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LA NOUVELLE DE L ARRESTATION DE NANA SAHIB

Le Spectator, que j'ai déjà cité, remarque que, sans être ni général ni homme d'État, Nana Sahib était un danger pour l'Angleterre, parce qu'il avait à l'attachement, à la confiance des siens un titre qui, en Orient, l'emporte sur tQus l^s autres. — Il ne pouvait les trahir, alors même qii'il en eût été capable et qu'il l'eût voulu. Entre lui et les Anglais, quel compromis était possible, après le carnage de Cawnpore? Il fallait, ou qu'il fût écrasé comme un insecte venimeux, ou que la domination de l'Angleterre dans les Indes fût extirpée. U s'était trop avancé, les pieds dans le sang des Anglais, pour qu'il lui fût désormais loisible de reculer, et il devait savoir que, tôt ou tard, leur vengeance l'atteindrait, fût-il caché dans les entrailles de la terre. Il y avait donc dans l'Inde, lui vivant, un homme intéressé à mettre son audace au niveau de ses périls, et cet homme était celui qui avait déjà porté à l'édifice de la domination anglaise dans ces lointaines contrées le coup le plus formidable qu'il eût reçu de la main d'un chef indigène depuis cet Haïder Ali qui se faisait appeler le Roi de la mer des hides.

Sous ce rapport, nul doute que l'arrestation de Nana Sahib ne soit un événement dont l'Angleterre est fondée à se réjouir ; mais ce qu'elle ferait bien de méditer avec inquiétude, c'est l'ensemble des circonstances auxquelles cet événement se lie. Elles montrent que, dans l'Inde, la haine qui germe au sein des populations est profonde, que le feu y couve toujours sous la cendre, et qu'il importe de se défendre des illusions !

Certes, à ne voir que l'aspect extérieur des choses, tout est au mieux. La présence d'une armée de 70,000 blancs ne répond-elle pas de la soumission de la race conquise? Le revenu indien n'est-il pas dans un état singulièrement prospère?

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L'argent ne court-il pas se placer dans reniprunt indien avec une ardeur que ne découragent ni le chiffre élevé de la prime ni la crainte d'un prochain remboursement? N'a-t-on pas construit, en douze ans, dans ces régions où le génie de l'immensité est un des ennemis à vaincre, 2,200 milles de chemins de fer, et, dans quelques mois, la distance entre Calcutta et Bombay ne sera-t-elle pas franchie en quatre jours?

Rien de cela n'est à nier. Mais cela n'empêche pas que l'Angleterre, aux Indes, ne soit appuyée en partie sur des baïonnettes, — situation que le prince de Schwartzemberg déclarait impossible, — et, singularité menaçante, sur les baïonnettes d'un peuple qu'elle a vaincu, mais qu'elle ne s'est jamais assimilé.

On ne prétend plus aujourd'hui que le soulèvement épique de 1857 fut le résultat éphémère d'une circonstance purement accidentelle, — de l'idée répandue parmi les cipayes que leurs cartouches avaient été frottées avec une graisse sacrilège et qu'en y touchant ils encouraient l'irréparable malheur d'être déchus de leur caste. Si la révolte fut si terrible, c'est qu'elle eut, quoi qu'on en ait dit, un caractère national; c'est qu'entre lesbrahmes, qui, d'après les croyances indiennes, sont sortis de la tête de Dieu ; les chactryas, qui sont sortis de sa poitrine ; les veysiahs, qui sont sortis de ses cuisses, et les sudras, qui sont sortis de ses pieds, il y avait de commun, outre le fanatisme de la caste, une haine invétérée à l'égard des étrangers, leurs maîtres, et une haine basée sur de justes griefs.

Voilà ce que l'Angleterre se doit de prendre en sérieuse considération. Elle a des bras, c'est vrai, qui peuvent, pardessus les océans et leurs abîmes domptés, atteindre aux extrémités de la terre; et les Indous, s'ils essayaient d'une

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