DAMS LA GUERRE DE
Vous me posez froidement une bien grave question,
mon cher ami, en me demandant : « Quelle est la cause de ce que notre artillerie, qui, dans la campagne de 1870- 1871, a accompli de si grandes choses, n'a absolument pas répondu, quatre ans auparavant, dans la guerre avec l'Autriche, à. l'espoir qu'avait fait naître l'effet qu'elle produisit à Dûppel en 1864, et cela quoique son matériel fût, à peu de chose près, le même, et que les mêmes hommes la commandassent? »
A diverses reprises on a soulevé cette question et on y a brièvement répondu en faisant remarquer que l'artillerie prussienne, quoique à peu près égale en nombre à celle des Autrichiens , ne comptait , pour chaque groupe de 16 batteries, que 10 à canons rayés, taudis que chez nos adversaires toutes les pièces à âme lisse avaient disparu. Or, ajoutait-on, les pièces à âme lisse ne peuvent rivaliser
Lettrks sur l*Artillbrik. 1
avec les pièces rayées. Ceux qui faisaient cette réponse ne traitaient ^as la question. à fond, et, de plus, ils oubliaient que les pièces autrichiennes de 1866 étaient des armes rayées se chargeant par la bouche, qui, par suite de la construction fort compliquée de leurs rayures, de leur manœuvre difficile et fort longue, de Téclatement incertain de leurs obus à système concutant et de Teffet douteux de leurs shrapnels, étaient absolument inférieures, sous le rapport de la justesse et de l'effet du tirj aux pièces rayées prussiennes, qui se chargeaient par la culasse.
Si de part et d'autre on avait su également bien employer l'artillerie, si de part et d'autre on avait été à même de fournir un tir également réglé et rapide, on eût très bien pu exiger de dix pièces rayées prussiennes qu'elles produisent un effet égal à celui de seize piàoes autrichiennes, tellement celles-là étaient supérieures à celles-ci sous le rapport de la construction. Dès lors on eût dû considérer les six batteries à âme lisse dont disposait chaque corps d'armée prussien en dehors de ses dix batteries rayées comme constituant pour nous un excédent d'artillerie qui eût dû faire pencher en notre faveur la balance dans le combat d'artillerie. Les pièces rayées des Autrichiens étaient, en effet, sùpérietires, sous le rapport de la justesse du tir, aux pièces de douze prussiennes à âme lisse, mais cette supériorité n'était pas telle que ces dernières n'eussent pas été capables de leur tenir tête, surtout si elles avaient été mises en batterie en nombre suffisant*
A Schweinschàdel, la 3® batterie à cheval de la garde a même pu tenir tête, avec ses six pièces de douze à âme lisse, à seize pièces rayées autrichiennes, et bien d'autres batteries à âme lisse, comme par exemple les batteries Schmelzer et Theiler à Kôniggrôtz, ont pris une part active et glorieuse au combat général de l'artillerie, et cela quelquefois même étant isolées, quand elles s'approchaient carrément de l'ennemi à une distance assez rapprochée pour obtenir tout réffet désirable. Si donc on ne tenait compte, pour
LETTRES ftÙR L'ARTILLBHIE ^
trouver la solution du problème, que des facteurs matériels, on serait tenté d'admettre que, dans la guerre de 1866, l'artillerie prussienne eût dû se montrer supérieure à celle des Autrichiens.
Mais ce n'a pas été le cas, et c'est justement ce qui vous autorise à demander quelle a été la raison réelle de ce fait?
U m'a fallu bien du temps pour me décider à chercher la solution de cette question, car du moment qu'on se met à rechercher le motif par lequel telle chose n'a pas été faite quand elle l'eût pu être, qu'on examine pourquoi une entreprise à éohoûé ou pour le moins n'a pas réussi autant qu'on était pleinement en droit de s'y attendre, on trouve, d'ordinaire, ^ue tel on tel a commis une faute, et l'on se voit obligé de déclarer : « C'est un tel qui est cause de l'échec. »
Ajoutons que la foule a la tendance toute naturelle de chercher, pour tout ce qui arrive de fâcheux, un bouc émissaire, comme le montre si bien le sort tragique de Bazaine. Mais d'avoir trouvé un bouc éaflâssairé, cela ne prouve rien; cela ne sert qu'à accabler un seul homme de la haine et du mépris général, qui peut^tre n*est pas aussi coupable qu'on le croit, qui peut-être même est absolument innocent. Cette haine et ce mépris suffisent à la foule, mais quel résultat en tire-t-on? Aucun.
Mais plus je creusais ce problème, plus aussi s^affermissait en moi la conviction qu'il ne pouvait être question de rendre responsable tel ou tel de ce qu'on avisât été déçu dans son attente et qu'on né' serait amené à accuser qui que ce soit en cherchant, avec une impartialité tout objective, à résoudre ce problème. C'est, d'ailleurs, ce que vous indique^ vous-même en formulant votre question comioe TOUS lé faites , en constatant que ce furent les mêmes hommes qui étaient à la tête de l'artillelrié en 1870 commfe en 1866. En effet, un certain nombre de colonels de 1866 commandaient en 1870 l'artillerie des corps d'armée; une partie des chefs d'escadronsplacés en 1866 à la tête des
Abtheilungerij commandaient des régiments en 1870; une partie des capitaines commandants se trouvaient à la tète des Abtheilungerij et bien des chefs d'escadrons et des capitaines se trouvaient, en 1870, à la tête de la même troupe qu'ils avaient commandée en 1866.
D'autre part, l'étude des causes en question m'a amené à examiner des principes tout nouvellement établis sur le mode d'emploi et la tactique de l'artillerie de campagne, si bien qu'il va me falloir toucher, pour répondre à votre question, à tout le vaste domaine que comprend cette arme, vu que je me verrai contraint d'exposer les développements successifs qui ont amené les procédés de 1870. Nous tirerons de cette étude des enseignements qui ne perdront rien de leur valeur dans l'avenir, alors même que la sphère d'action des armes à feu devrait être élargie encore par de nouvelles inventions.
En fournissant donc une réponse motivée et approfondie à votre question, nous ne ferons pas seulement une étude historique rétrospective, nous en tirerons en outre des conclusions qui auront une valeur pratique. Dès lors, n'ayant, pour répondre à votre question, à porter des accusations contre qui que ce soit, et croyant en outre pouvoir formuler des enseignements pratiques et utiles à l'avenir, je vais me livrer à cette étude. Mais il faut que vous déployiez une grande patience.
La matière, en effet, que je vais avoir à traiter, est fort considérable : il ne me sera pas possible de ne lui consacrer qu'une seule lettre. En outre, je vais avoir besoin de beaucoup de temps pour la bien répartir et y mettre de l'ordre; vous ne recevrez donc mes lettres qu'à des intervalles assez longs. Il vous faudra m'autoriser à vous entraîner de nouveau à ma suite sur presque tous les champs de bataille de 1866, de 1870 et de 1871. Et cela ne me suffira pas ; je me verrai obligé de vous introduire dans le cabinet où se fait, pendant la paix, l'élaboration de tout ce qui touche à l'artillerie, au risque de vous ennuyer de
tous les détails qui ne doivent que médiocrement vous intéresser, vous qui n'appartenez pas à l'arme. Mais cela est indispensable, si vous voulez que ma réponse soit concluante et complète.
Les données qui me sont fournies par mon propre passé, si elles n'embrassent pas tout l'ensemble du sujet, n'en sont pas moins fort étendues. Non seulement j'ai suivi de très près comme officier de l'arme toute l'action de l'artillerie dans nos quatre dernières campagnes, c'est-à-dire en 1864, 1866, 1870 et 1871, mais encore j'ai approché de fort près les hommes qui avaient la haute main dans toutes les affaires qui touchaient à l'arme, et j'ai été fréquemment appelé à collaborer aux modifications qu'on lui faisait subir.
Je ne saurais, par conséquent, me dispenser de convenir, dans ce qui va suivre, des faiblesses et des erreurs dont nous autres artilleurs nous nous sommes rendus coupables avant 1866, et peut-être serez-vous tenté de comparer, cher ami , l'examen auquel je vais me livrer au chapitre de Wilhem Meister intitulé : « Confession d'une belle âme. » Mais j'en prendrai facilement mon parti, car le résultat auquel j'arriverai sera tout autre que celui qu'atteignit l'héroïne de Goethe. Elle ne s'amende et se perfectionne qu'intérieurement, tandis que nos perfectionnements se sont fait sentir, et cela fort clairement, en dehors de nous.
On a été fort mécontent, en 1866, des résultats obtenus par notre artillerie de campagne, et grand a été le nombre de ceux qui ressentirent ce mécontentement, tous en conviendront. Et ce mécontentement était basé sur des faits tellement connus que chacun d'entre nous, les hommes du métier, était bien forcé de le considérer comme fondé, quelque fort qu'il fût de sa conscience, quelque sûr qu'il fût d'avoir rempli son devoir tout aussi bien que les officiers des autres armes. Le grand public, lui, ne scrutait pas les consciences ; il ne pouvait que constater les résultats, et ce fut notre tâche, à nous autres artilleurs, d'avoir à trouver les causes du mal, les voies et les moyens d'y remédier.
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Or, les résultats obtenus dans la campagne de 1866 sont absolument dé&vorables à rartillerie.
Si nous les étudions en suivant Touvrage du grand étatmajor, nous constaterons qu'en 1866 notre artillerie, presque sur tous les points^ entre en scène bien trop tard et avec un n(»nbre de pièces très restreint. Dans le cours de tous les engagements, Finfanterie s'est vue exposée au feu meurtrier d'une masse d'artillerie bien, supérieure en nombre à la nôtre, et, pour y riposter, pour s'en défendre, il lui fallait recourir à son propre feu de mousqueterie.
Commençons notre examen par le combat de Trautenau, livré le 27 juillet 1866.
Au début de l'engagement, une batterie alla, il est vrai (page 119), passer par Trautenau pour aller se mettre en position sur la rive droite de l' Aupa ; elle se vit même renforcée par deux pièces du détachement de droite; mais bientôt, après un peu plus d'une heure, les trois batteries de l'avantgarde qui avaient passé la rivière furent ramenées sur la rive gauche (page 121), pour couvrir la retraite si celle-ci devenait nécessaire, depuis les hauteurs septentrionales.
Après une heure de l'après-dîner, la batterie Bôhnke (p. 122) engagea la lutte de concert avec les 44® et 4S" régiments d'infanterie. 24 pièces ennemies la contraignirent à se retirer. Une heure et demie après la batterie Bôhnke, deux batteries (12 pièces) sous le major Noak engagèrent, au sud de Trautenau, la lutte avec ces vingt-quatre pièces autrichiennes et détournèrent au moins de l'infanterie le feu meurtrier de cette artillerie. Mais le major Noak dut laisser en réserve une batterie à l'issue occidentale de la localité de Trautenau, parce qu'elle avait des pièces à âme lisse, dont la portée n'était pas suffisante pour permettre d'ouvrir le feu depuis cette position-là*
Quand, à trois heures et demie (page 124), l'ennemi, renforcé par des troupes fraîches, s'avança derechef à l'attaque, les deux batteries du major Noak furent et demeurèrent la seule artillerie qui soutint l'infanterie sur
hETom «m l'artuxbrib 7
la rive gaiiofae^ quoiqu'il y eût à proxirnîté la batterie de 13 laissée eu réserve à Tissue oceideutale de Trautenau, puis la batterie Bôhnke, et eufiu les tiH)is batteries postées au uord de Trauteuau, qui avaieut été renforcées par deux autres empruntées à la réserve, en tout par conséquent 42 pièces. Les deux batteries du major Noak quittèrent également leur position entre quatre et cinq heures.
A partir de ce moment, l'infanterie soutenait la lutte sans le secours d'aucune artillerie, tandis que l'ennemi porta la sienne à 40 pièces (page 125). Ce n'est qu'à huit heures du soir que nous trouvons de nouveau (page 126) la mention que notre artillerie reprit son action; cette, artillerie, forte de deux batteries, couvrait la retraite en battant l'iasue de Trautenau depuis une position au nord-ouest de Parschwitz située, par conséquent, de 5 kilomètres en arrière de la position des batteries du major Nbak dont nous avons parlé ci-dessus.
Du côté des Prussiens, ce sont donc tout au plus six bain teries et un tiers ou 32 pièces qui ont pris une part active au combat; mais jamais plus de deux batteries n'ont tiré à la fois, à savoir huit pièces au début, puis deux autres, et enfin douze autres. Après cela, durant trois heures, l'infaaterie, accablée par le canon ennemi, est restée sans être soutenue par une seule pièce, et ce n'est qu'à huit heures du soir que deux batteries se sont mises à tirer pour couvrir la retraite. Pourrait-on, dès lors, en vouloir à l'infanterie, qui savait que 96 pièces d'axtillerie de campagne étaient présentes au corps d'armée, pouvait-on lui on vouloir de ce qu'elle se demandait avec étonaement : « Qu'a donc fait, pendant toute cette longue journée, la masse si considérable de notre artillerie? »
Le lendemain du combat de Trautenau, le corps de la garde royale enfonça, comme on sait, à Soor, le X* corps d'armée autrichien, qui avait été victorieux la veille. Quel r6le joua notre artillerie en cette occasion, et de quel secours ftttrelle à l'infanterie dans cet engagement ? Au début, une
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batterie de l'artillerie deréserve du corps autrichien canonna la tête des troupes prussiennes, et, de notre côté, on lui opposa la première batterie de quatre (ouvrage du grand étal-major, page 164). Tandis que la batterie autricbienne se vit renforcée par plusieurs batteries qui entrèrent successivement en ligne, nous voyons, du côté des Prussiens, la première batterie de sis venir en aideàcellequiavaitpris position tout d'abord. L'ouvrage de l'état-major autrichien nous apprend (pages 145 et 146) que, avant le moment où l'infanterie de l'avant-garde'prussienne exécuta son attaque contre les bouquets d'arbres k l'est de Burkersdorf, les batteries suivantes avaient été mises en position : les 9", 5", 8", 10", 3", T du III' corps, c'est-à-dire six .batteries, 48 pièces par conséquent. Cette ligne d'artillerie n'a pas été renforcée dans le courant de la journée.
Sur un autre point du champ de bataille, au nord de Weu-Rognitz, la batterie de la brigade Mondel (1" batterie du 111° corps) et en outre, au sud de Hohenbruck, la batterie de la brigade Wimpffen (page 147), ont pris part à l'action. Des neuf batteries (72 pièces) dont disposait le X' corps d'armée autrichien, huit par conséquent (c'esl-à-dire 64 pièces) ont été employées en cette journée, dont six (48 pièces) dès l'abord, sur une seule et même ligne de feu très étendue.
Le corps de la garde prussienne, au contraire, n'a engagé au début que deux batteries (douze pièces); il n'a pas augmenté ce chiffre, car si plus tard la S" batterie de douze prit une part active au combat, elle n'a fait que relever la 1" batterie de quatre (ouvrage du grand état-major prussien, page 16S), 18 pièces seulement ont pris une part active à la lutte, des 78 présentes k ce corps d'armée, car la batterie à cheval, ce jour-là, avait été, avec la brigade de gcosse cavalerie de la garde, détachée au V' corps d'armée.
Noire brave infanterie de la garde a exécuté ce jour-là ses attaques avec une bravoure, un renoncement au-dessus de tout éloge, malgré le feu meurtrier des pièces ennemies;
elle a remporté une victoire éclatante. Mais on ne saurait lui en vouloir, à elle non plus, d'avoir constaté que Tarmesœur ne la secondait pas et de s'être demandé : « Mais où étaient donc les 60 autres canons? »
J'avais, le jour de cet engagement, quitté de très grand matin avec l'artillerie de réserve de la garde le bivouac qui m'avait été assigné à Braunau, et, comme j'en avais reçu l'ordre, je m'étais porté par Politz et Hronow sur Kosteletz, qui m'avait été assigné comme but. Je me disais forcément que nous nous verrions obligés de combattre immédiatement après avoir franchi la frontière, et, en conséquence, j'avais accéléré ma marche le plus possible. J'arrivai avec ma tête de colonne dès dix heures du matin à Kosteletz; j'avais donc fourni, en six heures, une- marche de 30 kilomètres en pays de montagne.
A Kosteletz, je reçus l'ordre de me tenir au préalable en réserve avec quelques autres troupes, vu qu'on combattait aussi bien à Skalitz qu'à Soor et qu'on ne pouvait pas savoir encore où devrait se porter la réserve pour soutenir les troupes engagées. Ce ne fut qu'à cinq heures du soir, quand arriva la nouvelle que le combat de Skalitz tournait à notre avantage, que je reçus l'autorisation de chercher à rejoindre mon corps d'armée, et je dus faire encore une marche de quelques milles allemands en franchissant finalement le défilé d'Eipel.
Après une marche pénible à travers ce défilé, long d'environ 5 kilomètres, rendu impraticable par les fourgons d'ambulance qui transportaient les blessés et par d'autres voitures encore, j'atteignis, quand depuis longtemps déjà la nuit était venue, la rase campagne entre Ober-Raatsch et Staudenz, où, conformément à l'ordre qui m'en avait été donné, je fis établir le bivouac. Il était minuit passé quand les dernières batteries purent se reposer. A la pointe du jour (entre trois et quatre heures), des troupes autrichiennes débandées pénétrèrent dans mon bivouac, et le bataillon qui m'avait été donné comme escorte (le 2^ du
10 LBTISm SUE L'ARTiLUiftIS
1*^ légîmeoi de la garde) dut eo^a^er avee elles un court combat po«Br les «simfar.
Dans la première partie de la mAiBée, ee faài ^e renonr-
vêla plusieurs fois jusqu'à ce qu'il me fût possible de joindre le corps d'armée et son étatHaoui|or, afin d'en recevoir des ordres. Dans le &it, je croyais avoir fait des efforts surhumains afin de venir au secours des camarades engagés dans la lutte. Aussi £u&-je fort désagréablement surpris, quand, pour marcher dans la direction de Kôniginbof, je pris à Burkersdorf^ selon l'ordre que j'en avais reçu du général commandant le corps d'armée, ma place dans la cokmne, d'être âocueilli de la part de tous lés camarades de l'infanterie qui étaient pour moi de vieilles connaissances, des amis, d'être accueilli^ dis-je, par ces paroles : « Où êtes-vous donc fourré? Vous voilà donc, à la fin! Nous avons dû laisser une quantité innombrable de pièces ennemies nous a^ccabler d'une grêle de projec* tiles. Sans cesse nous regardions si vous ne veniez pas; mais nous ne vous voyions pas arriver ! » A ce moment-là, ces reproches me causèrent un vrai désespoir; mais en comparant à cette heure les chif&es fournis plus haut et empruntés par moi aux ouvrages des deux étatsHiiajors^ il ne m'est plus possible de m'étonner de ces reproches.
Pendant le combat de Trautenau eut lieu, à Nachod, un autre combat fortuit, résultant de la rencontre du V corps d'armée prussien avec le YP corps autrichien et la division de cavalerie du prince de Holstein. Du côté des Autrichiens, on disposait de douze batteries (96 pièces). Du côté des Prussiens, le général de Steinmetz avait à sa disposition quinze batteries avec 90 pièces.
Au début du combat (page 132), deux batteries tiraient l'une sur l'autre. La batterie autrichienne (de la brigade Hertwich) fut forcée de battre en retraite, mais elle se vit renforcée par la batterie de la brigade Jonak, à laquelle vin-
LBTTRES SUR VkarmjLmùL' H
rent se joindre deux antres encore, tandis que du côté des Prussiens, une seule, la 4'* batterie de quatre, vint se joindre à la première engagée,'c'est-à-dire à la 5* de quatre, de sorte qu'en cet endroit 32 pièces autrichiennes combattaient contre 12 prussiennes. Vers onze heures, ces dernières furent portées à 13, par l'arrivée d'une batterie à cheval.
Il semblerait que, dans l'intervalle, la ligne d'artillerie des Autrichiens ait été portée à 40 pièces par l'arrivée de la batterie de la brigade Solms (voyez l'ouvrage de l'étatnia}or autrichien, page; 791), car quand, à midi, la réserve d'artillerie du corps d'armée autrichien entra en ligne à Kleny avec 40 autres pièces, il y avait 80 canons autrichiens qui avaient ouvert le feu (page 139). Du côté des Prussiens, d'autres batteries n'arrivaient que successivement sur le champ de bataille (page 139). Mais la ligne d'artillerie ne se trouva pas renforcée dès lors, car les deux batteries qui avaient commencé l'action (la 1'* et la S"" de quatre) en furent retirées, et l'unique batterie à cheval fut démolie au moment on elle enlevait les avant^-trains et ne put ouvrir son feu.
Ce ne fut qu'entre quatre et cinq heures de l'après-diner,' quand le mouvement tournant tenté par la cavalerie et l'infanterie autrichienne contre l'aile droite prussienne eut échoué, mouvement pendant lequel la seconde batterie attachée à une division autrichienne semble être entrée en scène (comparez l'ouvrage de l'état-major autrichien, page 90) et avoir porté la masse de l'artillerie à 88 pièces, à ce moment-là seulement l'artillerie de réserve des Prussiens, forte de quatre batteries rayées, fit son apparition, et les deux batteries de l'avant-garde, qu'on avait fait avancer de nouveau, se joignirent à elle. Le feu de ces 42 pièces, puis celui de la 4° batterie de douze qui prit part à l'action sur l'aile gauche, combiné avec celui des 18 pièces déjà engagées, en tout donc le feu de 66 pièces semble avoir décidé l'eonemi à renoncer à renouveler ses attaques.
il LETTRES snn l'artillerie
Dans le combat de Nachod, par conséquent, on voit, jusqu'à onze heures, 12 pièces prussiennes tirer contre 32 autrichiennes; jusqu'à midi, 18 prussiennes contre 32 autrichiennes; de midi h quatre heures et demie, 18 prussiennes contre 80 et même 88 autrichiennes, et, à partir de quatre heures et demie, 66 pièces prussiennes contre l'artillerie autrichienne, qui bat en retraite et voit son nombre de pièces se réduire peu à peu. Du côté des Autrichiens, nous ne voyons pas mentionner la batterie de fusées, qui ne semble pas avoir pris part à l'action.
Du côté des Prussiens, la i" batterie de six a dû, dans le courant de la Journée, se retirer, parce qu'elle ne pouvait pas tenir, et la batterie Ohnesorgc a été détruite par les projectiles ennemis. Les 3' et 4' batteries de quatre, je ne les trouve pas mentionnées dans l'ouvrag'e du ^and état-major. On me dit qu'elles ont été employées, mais qu'on se vit oblig'é de les faire rétrograder, devant le tjr supérieur de renoemi. Nous constatons donc que, du cAté des Prussiens, quatre batteries n'ont pas pris une part active et vigoureuse au combat. En cette occurrence encore, notre brave infanterie a dii vaincre malgré une artillerie ennemie supérieure à la nôtre, et même, jusqu'à quatre heures et demie, cette supériorité était triple et quadruple.
Quant au combat de Skalitz, qui suivit celui de Nachod, nous pourrons constater le même fait.
D'après l'ouvrage de l' état-major prussien, le corps d'armée autrichien avait à sa disposition 88 pièces; d'après l'ouvrage autrichien, il n'en avait que 64 contre 102 pièces prussiennes. Nous pourrons considérer les chiffres autrichions comme exacts, mais comme, dans ce chiffre, tii pièces , ne sont pas comprises les huit de la brigade Schindincker, nous pourrons admettre que les Autrichiens "ppoaaicnt, en réalité, de 72 pièces. De ces 72 pièces, les ^e la réserve d'artillerie du corps d'armée étaient, dès
le début de Taffaire, en position, et avaient ouvert leur feu quand une batterie du détachement du général Lôwenfeld commença sa canonnade inutile, qui, de part et d'autre, fut arrêtée, parce que la distance était trop grande (ouvrage du grand état-major prussien, page 178).
Mais quand, à onze heures moins un quart, le général de Steimnetz résolut de faire une attaque sérieuse, on ne vit, du côté des Prussiens, entrer en scène sur tous les points que des batteries isolées, qui n'obtinrent que des résultats fort douteux, et notre infanterie dut subir le feu de l'artillerie ennemie, qui était d'une violence écrasante. Même « les batteries spécialement attribuées à l'avant-garde étaient restées en arrière » (ouvrage de l'état-major prussien, page 180).
A nvdi, deux batteries prussiennes (page 180) parvinrent à se mettre en position contre les 40 pièces de la réserve d'artillerie du corps d'armée autrichien, et ce corps fit, de plus , entrer en ligne les trois batteries de ses brigades ; il avait donc 64 pièces qui tiraient. Ce ne fut qu'à midi et demi que l'artillerie de réserve du V® corps d'armée prussien atteignit la position de Kleny, dont, depuis le matin de fort bonne heure, elle n'était éloignée que de 3 800 mètres. Dans cette position se massèrent alors neuf batteries prussiennes rayées, et elles exercèrent une influence décisive sur le combat d'artillerie. Du côté des Autrichiens donc, nous voyons que, dès le début, presque toutes les batteries furent engagées. Du côté des Prussiens, on ne fit prendre part à la lutte la masse principale de l'artillerie que quand l'infanterie eut été forcée, pendant deux heures entières, de subir le feu des pièces ennemies, très supérieur.
Je n'ai pas l'intention de vous ennuyer en analysant, au point de vue du rôle joué par l'artillerie, tous les engagements livrés pendant la guerre de 1866. Nous n'allons plus qu'étudier un seul combat livré par une autre de nos armées pour voir si partout on put constater les mêmes faits, avant d'aborder la grande bataille décisive de Kôriig-
14 LSTTRES SUR L'âRXILLBRIB
graiz. C'est poorqaai je vous prierai de vottteàr kîftn assister avec moi au combat de Gitschin.
La 5^ division était accompagnée de ses quatre balteams. Quand sa tête fut accueillie par le feu de Variillerie ennemie, elle porta en avant^ à quatre heures, une de ses batteries, à laquelle se joignit bientôt après une seconde. L'ennemi riposta par le feu de 48 pièces (ouvrage de Fétat-major ptussien^ pa?^ 200). Vers quatre heures et demie, Tartilierie prussienne fut portée à 18 pièces. Ce fut là Teifectif avec lequel elle combattit pendant tout le temps que dura l'engagement, car l'histoire ne dit pas que la 4* batterie de douze ait été employée. Du côté des Autrichiens, au eontraîre, on démasqua bientôt une autre batterie encore, et des hauteurs au sud de Dieletz, d'autres encore ouvrirent leur feu. D'après cela, il semblerait que, jusqu'à cinq heures, près de 80 pièces agis, saient contre la 5^ division pruâsienne (page 202).
En outre, la division saxonne de Stieglitz ^ avec elle l'artillerie de réserve saxonne reçurent Todrdre de se porter en avant. Ëtles arrivèrent àsix heures et deanie (page 20S). D'après V Ordre de bataille^ le I""' corps d'armée autrichien était composé de cinq brigades d'infanterie qui chacune avait sa batterie d'artillerie; de plus, il avait une réserve d'artillerie de corps d'armée de sept batteries. De ces cinq brigades, l'une (ouvrage de l'état-major autrichien, page 201), celle du général Piret, était postée à Kisenstadt, la brigade Poschacher à Brada, en arrière de celle-ci la brigade Leiningen, tandis que les brigades Abele et Hingelshrim avai^it pris position à Prachow et à Lochow. Il est à suipposer que les batteries de ces deux detnikres brigades n'auront agi que contre la division Werder.
Toute la réserve d'artillerie du corps, la batterie de la brigade Poschacher, de plus deux batteries de la divîsioit de cavalerie Ëdelsheim et deux pièces de la brigade Leiningen, en tout donc 82 pièces, tiraient, dès le déiwit, sur la "&" division (pa^e 202). Plus tard, entre cànq et six heures
LETTRES SUR L^ARTIIUSIlIfi 15
(page 203) y les batteries de la brigade de cavalerie Appel et de la brigade d'infanterie Piret se jmgnirent à elles, d'où il résulterait que toutes les 104 pièces prirent part à raetion. D'après le même ouvrage (page 205), denx batteries des bri* gades saxonnes ont renforcé encore le feu vers six heures et demie, et un peu plus tard une batterie de l'artillerie de réserve saxonne se joignit à elles. Dès lors, les pièces, au nombre de 122, formaient une puissante masse d'artillerie contre laquelle on ne put, du côté des Prussiens, faire entrer en ligne que 18 pièces seulement.
Quoi d'étonnant si, en étudiant ce combat dans l'ouvrage de Tétat-major prussien, il vous semble que l'héroïque infanterie de la 5"* division n'a été arrêtée dans son mouvement en avant que par l'artillerie ennemie? On ne saurait s'étonner davantage qu'elle eut le sentiment de n'avoir pas été suffisamment soutenue par son artillerie à elle.
La situation n'était pas absolument la même, ce jouivlà, dans le combat que livra la division Werder en avant de Gitschin. Du côté des Prussiens, il y avait là trois batteries (18 pièces) qui luttaient contre trois batteries autrichiennes des brigades Ringelsheim et Abele. A la vérité, l'ouvrage de l'état-major prussien parle (page 210) de trois batteries autrichiennes {« en outre de la batterie déjà mentionnée, postée à l'ouest du village, il y en avait deux autres encore qui avaient pris position à l'est »). Mais l'ouvrage de l'état-major autrichien ne parle que de deux bat» teries, et l'ouvrage prussien semble, sur ce point, se baser sur les rapports des troupes prussiennes engagées; or celles-ci ont peut-être pris deux demi-batteries tirant de deux endroits différents pour deux batteries entières. Il serait difficile de voir, d'après les Ordres de baêaiile, d'où aurait pu être tirée une troisième batterie sur cette partie du champ de bataille. Par conséquent, il s'est trouvé qu'unie fois le nombre des pièces était^ de part et d'autre, à peu près égal, 48 prussiennes contre 16 autrichiennes, et l'on ne constate pas ici la disproportion qui régnait ailleurs.
16 LETTRES SDR L'âRTILLERIE
A la bataille de Kôniggrâtz, on préluda au combat en faisant s'approcher les différentes colonnes de la I^® arméq et de Tannée de TElbe prussiennes de la Bistritz défendue par les troupes autrichiennes les plus avancées. Ces colonnes furent accueillies par le feu de Tartillerie ennemie, auquel elles répondirent.
D'après l'ouvrage de l'état-major prussien, l'armée de l'Elbe mit en position à Nechanitz une batterie contre une batterie saxonne (page 265). Dans la I" armée, la division Herwarth engagea trois batteries à droite de la grande route de Kôniggrâtz ; la division Horn trois autres à gauche de la même route. La division Fransecky n'en engagea que deux au nord de Benatek (pages 266, 267). Quand, à huit heures, la marche en avant se vit suspendue pendant quelque temps, pour attendre l'arrivée du reste des forces, il y avait donc neuf batteries prussiennes, soit 54 pièces qui, pour préluder à la bataille, tiraient en étant réparties sur le front d'action prussien long de 10200 mètres.
L'ennemi, au dire de l'état-major prussien, accueillit nos troupes débouchant de Nechanitz par le feu d'une batterie, par celui d'une autre batterie depuis le petit bois de Sadowa, par celui de quatre batteries depuis Dohalicka et celui d'une batterie depuis la forêt de Skalka (page 266). Avec cela, pour le moins, deux batteries encore tiraient sur nous depuis les hauteurs de Maslowed et de Horenowes. Par conséquent, une batterie saxonne et 7 autrichiennes, pour le moins 62 pièces, avaient canonné les têtes des colonnes prussiennes. Aussi cet ouvrage parle-t-il de l'artillerie ennemie « nombreuse » qui accueillit les têtes des colonnes prussiennes.
L'ouvrage de l'état-major autrichien est en contradiction avec le prussien, car il dit que jusqu'à neuf heures il n'y avait du côté des Autrichiens, &ur l'aile droite, simplement que la batterie de la brigade Brandenstein au sud de Maslowed, au centre uniquement les batteries des brigades Appiano et Prohaska du IIP corps d'armée, puis les deux batteries de la brigade Knebel du X® corps qui prissent part
à l'action, ce qui ferait, en y comprenant la batterie saxonne à Nechanitz, 46 pièces. Il ajoute que jusqu'à ce moment-là, c'est-à-dire pendant une heure et demie, le petit nombre de batteries autrichiennes durent tenir tête, non seulement à un nombre de pièces presque triple, mais qu'en outre il leur fallut empêcher l'infanterie ennemie d'avancer (page 275).
Quoi qu'il en soit, que l'artillerie autrichienne, à ce moment-là, disposât de 46 ou bien de 62 pièces contre les 54 prussiennes, nous constaterons que le nombre des pièces employées de part et d'autre pour préluder à l'action n'était pas considérable, eu ég-ard à la masse d'artillerie présente dans les deux armées.
C'est de huit à onze heures que la bataille se dessina. Dans ce laps de temps, on ne fit que peu d'usage, de part et d'autre, de l'artillerie, dans les combats soutenus par l'armée de l'Elbe, qui s'empara de la ligne de Lubno à Hradek. En général, la lutte ne fut pas acharnée.
Elle l'était d'autant plus dans les combats que dut livrer la I" armée quand elle se fut emparée des passages de la Bistritz. Dès onze heures, le général de Fransecky avait dû engager l'ensemble de ses forces, onze bataillons, dans la lutte qu'on se livrait pour la possession de la forêt de Swip, où ils durent tenir tète à 40 bataillons autrichiens, derrière lesquels onze autres encore se tenaient en réserve. L'infanterie de Fransecky n'était secondée que par 24 pièces. L'infanterie et l'artillerie furent couvertes d'une grêle do projectiles lancés par 128 pièces ennemies. Les Autrichiens disposaient donc d'une artillerie cinq fois supérieure à la nôtre, sans compter une réserve de 24 pièces * (page 294).
1. A la vérité, en faisant le compte des batteries, je trouve 136 pièces autrichiennes, car aux 96 pièces qui (page 288) avaient ouvert le feu en cet endroit dès neuf heures et demie, vinrent se joindre encore la batterie de brigade Thom et la 5* batterie de quatre de la réserve d'artillerie du corps d'armée, puis deux batteries des divisions de cavalerie et la
i8 LETTRES SUR L'ARTILLERIE
Les rapports si connus émanant de Tinfanterie du général de Fransecky sur les effets foudroyants de rartillerie ennemie ne sont, hélas! que trop fondés^ ne se basent que trop sur une triste réalité.
Au centre, les trois divisions les plus avancées de la !'• armée s'emparèrent, entre huit et onze heures, des passages de la Bistritz qu'elles rencontrèrent et en assurèrent la possession en allant occuper les objets fixes se trouvant sur le terrain immédiatement en avant de ces passages, à savoir : Mokrowous, Dohalitzka, Ober-Dohalitz et Unter- Dohalitz, la forêt de Hola. Ayant reçu Tordre de ne pas aller plus en avant, elles durent se borner pour l'instant à se maintenir sur ces points, par conséquent sur la défensive. C'est là qu'elles se virent couvertes par une grêle de projectiles lancés par une masse d'artillerie qui couronnait le rebord des hauteurs allant de Lipa à Stresetitz, et dont on peut considérer comme formant l'aile gauche la brigade saxonne Heydenreich, postée sur la hauteur entre Stresetitz et Tresowitz.
On peut admettre que, en cet endroit, les pièces autrichiennes étaient au nombre de 124, car l'ouvrage de l'état-major prussien (page 304) dit que, dans toute la ligne de Horenowes par Lipa à Stresetitz, il n'y avait guère moins de 250 pièces; or il admet qu'il y en avait 128 dirigées contre la forêt de Swip *.
batterie de fusées de la réserve d'artillerie, en tout cinq batteries ou 40 pièces. Peut-être n'a-t-on pas fait entrer en ligne de compte la batterie de fusées, vu le peu d'efficacité de son tir. D'après VOrdre de bataille, chacun des deux corps d'armée autrichiens combattant sur ce point avait avec lui dix batteries ou 80 pièces. Par conséquent, s'il ne se trouvait là que 128 pièces au feu et 24 en réserve, il faudrait qu'une batterie de huit pièces eût été détaché'e. Mais, à la vérité, cela n'a qu'une importance relative.
1. En compulsant l'ouvrage de Tétat-major autrichien, il n'est pas possible de se faire une idée exacte du nombre des pièces employées sur ce point. Y étaient postés : le III* corps à droite, le X« corps à gauche. Celuilà avait il batteries, celui-ci 10, d'après VOrdre de bataille. En outre, Gablentz (X® corps) a employé la 3« division (4 batteries) de la réserve d'artillerie de l'armée, remplacée par la 4^ division quand elle eut, à deux heures et demie, épuisé ses munitions; il a employé également deux batteries de la 3? division de cavalerie de réserve. La masse d'artil-
Jusqu'à onze heures, on fit agir du côté des Prussiens, contre cette masse d'artillerie, les trois batteries que la 8® division (ouvrage de Tétat-major prussien, page 298) établit au sud de la forêt de Skalka et les deux batteries auxquelles la division Werder (page 302) fit franchir la Bistritz, tandis que, à ce moment-là, l'artillerie de réserve du IP corps d'armée s'apprêtait à franchir ce cours d'eau. Cje furent donc tout au plus trente pièces qui répondirent au feu ennemi, c'est pourquoi l'ouvrage de l'état-major prussien dit (page 298) : « cependant ces batteries ne parvinrent pas à détourner de la forêt et à attirer sur elles-mêmes le feu excessivement violent de l'artillerie ennemie fort nombreuse! » Donc, sur ce point également, les troupes d'infanterie (2*^ et 8* divisions), qui avaient engagé la lutte, étaient en butte à un feu véritablement infernal de l'artillerie ennemie et se sentaient abandonnées de l'arme-sœur.
Après onze heures (je suis l'ordre chronologique adopté par l'ouvrage de l'état-major prussien pour la description des événements), la II® armée prussienne entra en scène. Vis-à-vis d'elle, l'aile droite autrichienne devait se former en potence, le front au nord, et 40 pièces autrichiennes furent postées sur la hauteur de Horenowes pour protéger l'aile qui devait évoluer de la sorte (page 318). L'ouvrage de l'état-major autrichien (page 301) dit que c'étaient les batteries n°' 5, 7, 9 et 10 du IP corps d'armée. Contre elles furent mises successivement en position, jusqu'à midi, les batteries de la 1"*" division d'infanterie de la garde, tirant depuis le terrain qui s'étend entre Zelkowitz et Wrchownetz, et celles de la IP division d'infanterie, tirant depuis la hauteur située au nord-ouest de Racitz ; elles formaient
lerie disponible sur ce point est donc portée à 26 batteries ou 208 pièces, dont il faut, à la vérité, retrancher un certain nombre de canons que le X* corps avait perdus à Soor. On ne sait pas non plus — et l'ouvrage de Tétat-major autrichien ne fournit pas de donnée certaine à cet égard — à quelle heure la masse d'artillerie atteignit le chiffre le plus élevé. En tout cas, le chiffre de 120 pièces, qui sur ce point avaient simultanément ouvert le feu, que donne l'ouvrage de Tétat-major prussien, est le chiffre minimum que nous puissions admettre.
ua total de 48 pièces (ouvrage de l'état-major pmssien, p&ge 318). Peu aprëa, à midi et demi, ce chiffre fut porté à 90 par l'arrivée de cinq batteries de l'artillerie de réserve de la garde et de deus batteries de la là" division d'infanterie, qui pendant quelque temps ont également dirigé lear feu sur la hauteur de Horenowes.
C'est le seul combat d'artillerie de toute la bataille de Kdniggratz dans lequel il soit pronvé que l'artillerie prussienne ait eu la supériorité numérique. Il no dura que peu de temps; l'artillerie autrichienne recula bientôt. Nous autres, les artilleurs prussiens, nous croyions en ce moment-là qu'elle rétrogradait devant la supériorité de l'effet de notre tir, mais, d'après l'ouvrage de l'état-major autrichien, elle obéissait à un ordre catégorique venu de haut d'avoir h occuper la ligne de Chium à Nedelist et les redoutes situées en avant de cette ligne.
Pendant ce temps, l'infanterie prussienne continuait sans un moment d'arrêt son mouvement en avant. Les corpiv d'armée antrichiens de l'aile droite battirent en retraite, le II" dans la direction de Lochenitz sur l'Elbe; le IV' alla occuper la ligne de Chlum à Nedelist.
C'est là que furent mises en position les batteries du IV' corps autrichien qui avaient été retirées de la hauteur de IlorenowGS; elles furent renforcées par les batteries du 11° corps, ainsi que par deux divisions de La réserve d'artillerîp de l'armée (48 pièces), et portée, d'après l'ouvrage de l'élal-major prussien (page 325), à 13 batteries, c'est-à-dire h pliLs (le 100 pièces. J'ai essayé, en ce moment-là, de comjilcr tes pièces, et j'en ai compté 120 en y comprenant l'arliiloric qui nous prenait en flanc depuis le bas-fond.
D'apri'S l'ouvrage de l'état-major autrichien, avaient été po»l*^^'8 «ur ce point: les batteries n'I.n'S, n°4, n'IO, n"9, n" 7, u" H, n" 5 du X' corps d'armée, en outre les huit baUerii'H do Hoffbaucr (pages 319 à 321), en tout donc 1S8 piècos, sans compter les batteries du II' corps d'armée M^Ulricliirn et de la division de cavalerie Tour-et-Taxis, les-
quelles, depuis le terrain bas où coule TElbe, nous prirent en flanc pendant un moment, sans compter de plus la batterie Grôben, qui, à l'instant même où elle commençait son attaque contre notre infanterie, alla se briser contre l'extrémité sud de Chlum. A deux heures, la grande ligne d'artillerie acheva de se mettre en position.
Après avoir ouvert pendant un court laps de temps un feu inefficace depuis la hauteur de Horenowes, quatre batteries de l'artillerie de réserve de la garde se postèrent, à deux heures et demie, sur la crête des hauteurs qui courent de Maslowed à Nedelist ; à leur droite et à leur gauche vinrent se placer en outre trois batteries de la 1" division d'infanterie de la garde pour agir contre la grande ligne d'artillerie des Autrichiens. Il y avait donc là 42 pièces prussiennes contre 126 autrichiennes, car la V batterie à âme lisse de la l*"® division de la garde était restée en arrière à la sortie de Maslowed pour de là diriger son feu vers Cistowes, tandis que les batteries du VP corps d'armée et la 4® batterie à cheval de la garde s'avançaient eontre le IP corps d'armée autrichien posté dans le basfond où coule l'Elbe.
Grâce à l'impétuosité et à la rapidité avec lesquelles notre infanterie se portait en avant, la supériorité numérique de l'artillerie ennemie, dans cette phase de la lutte, ne put pas, faute de temps, produire un effet aussi foudroyant que celui qu'elle produisit sur d'autres points et dans d'autres moments au cours de la bataille. Sans doute qu'à cause des blés très hauts et de la fumée de la poudre produite par le feu rapide qu'elle entretenait contre nos batteries, l'artillerie autrichienne n'aura pas été en état de suivre avec toute l'attention voulue le mouvement en avant de nos lignes de tirailleurs les plus avancées.
Ce sont ces lignes qui soudain et presque à bout portant couvrirent par un feu rapide les pièces ennemies d'une grêle de projectiles et enlevèrent 68 pièces de cette longue ligne d'artillerie (la ^f division d'infanterie de la garde en prit
55 et le 2* bataillon du 50* régiment 13, pagfes 338 et 337 de Touvrage de Tétat-major prussien). Les autres parvinrent à se sauver. Ce moment, j'en vois encore tous les détails et avec cela la grande netteté. A peine avionsnous fait feu de toutes nos pièces et fort lentement, en rectifiant notre tir, en ripostant au feu rapide de Tennemi qui produisait un fracas vraiment étourdissant, que nous vîmes éclater chez lui quelques cofiFrets d'avant-train, et là-dessus la ligne d'artillerie autrichienne soudain cessa son feu et disparut. Tout d'abord, nous crûmes que ce résultat était dû à l'effet de notre tir et nous en poussâmes des cris de joie. Ce ne fut que plus tard que nous apprîmes — et, j'en conviens, notre désappointement fut grand — que ces explosions étaient dues principalement aux cartouches k balle explosive de l'infanterie.
Au commencement de la bataille, la division Fransecky avait dû continuer à tenir tète à l'ennemi, dont la supériorité numérique était écrasante. Dans le courant de la bataille, elle continua à être écrasée sous l'effet supérieur de l'artillerie ennemie, qui ne commença à diminuer qu'après midi. Ce ne fut qu'entre une et deux heures que l'on commença à s'apercevoir d'un relâchement dans les attaques ennemies, mais la lutte continuait, et à deux heures et demie seulement la division cessa de se trouver dans une situation périlleuse au plus haut point. . Au centre, pendant ce temps, la I'' armée avait ressenti toujours davantage la supériorité de l'efficacité de l'artillerie autrichienne. A la vérité, un plus grand nombre de batteries prussiennes purent se poster de l'autre côté de la Bistritz; mais, à gauche de la chaussée (c'est-à-dire au nord), on ne put pas placer plus de 48 pièces, et à la droite (c'eat-à-dire au sud-ouest) de la chaussée et de la forêt de Sadowa, où il y avait plus d'espace disponible pour poster de l'artillerie, nous voyons à la vérité un plus grand nom-
bre de batteries prussiennes (au nombre de 10, page 348 de Fouvrage de Tétat-major prussien) qui entrent en ligne.
Mais ces batteries arrivaient une à une, plusieurs durent retourner en arrière pour se reformer, d'autres avaient épuisé leurs munitions et ne trouvaient pas à les renouveler. Sur ce point donc, et cela à aucun moment, Tartillerie prussienne n'a atteint plus de la moitié de l'effectif de celle des Autrichiens qui était en face d'elle, occupant en outre'une position plus avantageuse. Celle-ci semble, dans ce laps de temps, avoir agi avec le chiffre complet de pièces que j'établissais plus haut pour la matinée, car l'ouvrage de l'état-major prussien indique (page 347) le chiffre de 200 pièces comme ayant été son effectif. Ce même ouvrage (pages 353 à 3S7) nous dit dans quelle situation f&cheuse se trouva ainsi placée notre infanterie. Il était tout naturel qu'elle se crût abandonnée par son artillerie.
Pendant ce temps, sur la partie du champ de bataille où l'armée de l'Elbe luttait contre les troupes saxonnes, il ne s'était produit à onze heures qu'une canonnade assez inefficace, à cause de la grande distance d'où 24 pièces prussiennes tiraient sur 34 saxonnes (ouvrage de l'étatmajor prussien, page 358). A midi et demi, la ligne d'artillerie prussienne fut portée à 11 batteries ou 66 pièces (page 364).
Vers trois heures, on posta ces pièces prussiennes aussi bien à l'est de Ichlitz qu'auprès de la forêt de Popowitz, d'où, la distance n'étant plus aussi grande, leur tir se montra très efficace, et dès lors ces batteries, de même que quelques batteries à âme lisse (Schmeltzer et Theiler), prirent énergiquement part au combat d'infanterie. Mais l'artillerie saxonne fit de même, et Ton ne peut pas dire que d'un côté ou de Fautre il ait été possible de constater une supériorité quelconque de l'artillerie, par rapport au nombre
OU à Tefficacité du tir. Mais à Nechanitz se tenaient encore neuf batteries prussiennes (page 372), dont cinq deTartillerie de réserve qui restèrent inactives.
Dans la phase de la bataille qui suivit, notre infanterie, c'est-à-dire celle de la première division de la garde, s'est vue encore une fois accablée sous une grêle de projectiles lancés par Tartillerie ennemie supérieure en nombre. C'était au moment où les réserves autrichiennes (P' et VP corps d'armée) furent mises en mouvement contre cette division. La 1^° division de la garde lîe se vit soutenue dans sa lutte, en fait d'artillerie, que par les quatre batteries de l'artillerie de réserve postées sur le rebord des hauteurs au sud de Chlum et par la 5® batterie de quatre (30 pièces).
Les Autrichiens préludèrent à leur retour ofiFensif en faisant jouer une masse d'artillerie très considérable. J'ai compté en ce moment-là 120 pièces (15 batteries) qui tiraient concentriquement sur nous, postées qu'elles étaient en un arc de cercle depuis Langenhof jusqu'à Wsestar et Sweti et même plus loin encore, jusqu'à Rosnitz.
L'ouvrage de l'état-major autrichien ne parle, il est vrai, que de la batterie de la brigade Appiano et des quatre batteries de la V division, des batteries de la réserve d'artillerie de l'armée (page 348), puis de la réserve d'artillerie de corps d'armée du VP corps et des batteries des brigades Rosenzweig et Waldstàtten, en tout donc, de 96 pièces ou de douze batteries qui sur ce point avaient ouvert leur feu contre nous.
Mais la 1" division d'infanterie de la garde, dans son mouvement en avant, avait également attaqué le P' corps d'armée autrichien, et dès lors il est permis d'admettre avec certijtude que ce corps fit jouer également contre nous une partie de son artillerie, et je suis sûr de ne m'être point trompé. En tout cas, l'artillerie ennemie était de plus du
triple supérieure à la nôtre, et cette supériorité a été en grande partie cause que la 1" division d'infanterie de la garde dut abandonner Rosberitz.
Après que Tinfanterie prussienne eut remporté la victoire et que Tarmée autrichienne eut été incapable de rétablir la bataille en faisant exécuter des charges énergiques par sa cavalerie, nous voyons, à la vérité, que certaines Abtheilungen d'artillerie secondèrent l'infanterie qui se mettait à la poursuite de l'ennemi, soit les six batteries de Scherbening au pied de la hauteur de Chlum, sept autres batteries entre Stresetiz et Langenhof et neuf batteries du VI® corps sur la hauteur de Wsestar et Sweti.
Mais quand, du côté des Autrichiens, une série de batteries eussent été établies dans la ligne de Stôsser, Freihôfen, Ziegelschlag à Plotitz, ces batteries, de concert avec la cavalerie qui les couvrait, mirent fin à la poursuite pour ce soir-là, et les batteries prussiennes qui prirent position à Charbusitz, Rosnitz et Briza ne purent pas réduire au silence la ligne d'artillerie autrichienne.
Je ne vous fatiguerai pas davantage aujourd'hui en vous citant d'autres exemples historiques empruntés à la guerre de 1866. Ceux que j'ai cités suffisent amplement à démontrer que les événements prouvent la justesse de ce que nous avancions en disant que l'artillerie, dans cette guerre, n'a pas répondu à ce qu'on se croyait en droit d'attendre d'elle; qu'elle n'est jamais arrivée sur les lieux en nombre suffisant.
Car dans une seule phase de la lutte, au moment où la 11° armée entrait en scène à la bataille de Kôniggrâtz, elle a été supérieure en nombre à l'artillerie ennemie, tandis que celle-ci, dans tous les autres moments, a su entrer en ligne avec un nombre de pièces double, triple, souvent
même quadruple, quoique, en tout, elle ne comptât pas plus de canons que Tartillerie prussienne.
On a constaté d'autres faits encore, à savoir que notre artillerie n'a pas compté autant de coups heureux qu'on était en droit d'attendre d'elle d'après les résultats obtenus au polygone et les succès qu'elle eut devant les redoutes de Dùppel ; que le renouvellement des munitions épuisées ne se faisait pas d'après un mode régulier, que beaucoup de batteries furent hors d'état de nuire à l'ennemi par suite du manque de munitions ; qu'en outre elles se retirèrent du feu fréquemment soit à cause du feu de l'infanterie ennemie, soit pour se reformer, alors qu'elles eussent agi plus sagement en restant dans leur position. Mais je compte vous entretenir de tout cela une autre fois...