DEUXIÈME LETTRE
RÔLE DE l'artillerie DE CAMPAGNE DANS LA GUERRE DE 1870
Dans la campagne de 1870, Tartillerie prussienne se trouva, à la vérité, au début, dans une situation matérielle bien plus favorable vis-à-vis de l'artillerie ennemie ; en effet, toutes les pièces prussiennes étaient rayées et construites en outre conformément aux progrès techniques et aux inventions les plus récentes. Les pièces françaises, au contraire, étaient encore ces vieux canons de bronze à âme lisse, transformés d'après le système Lahitte. Cette transformation constituait en quelque sorte un palliatif, on avait fait avec les pièces des canons qui n'étaient ni chair ni poisson. Mais on l'avait élevé à la hauteur d'un système, et on conservait ces pièces parce que, dans la guerre de 1859, on en avait obtenu de bons résultats. Or leur tir était encore bien plus mauvais que celui des canons autrichiens en 1866.
De plus, les chefs de l'armée prussienne surent en 1870
faire apparsdtre partout, au moment opportun et en quantité suffisante, leur artillerie.
Aux exemples historiques que j'ai empruntés à la guerre de 1866 vous pourriez être tenté d'opposer cet argument : dans cette campagne, nous n'avons livré que des batailles offensives, dès lors le défenseur pouvait amener au combat une masse d'artillerie considérable plus facilement que l'assaillant, qui, lui, était obligé de passer peu à peu de la formation de marche à la formation de combat. Mais cet argument n'a qu'une valeur apparente : Nachod et Trautenau étaient des rencontres fortuites où les deux adversaires passèrent de la formation de marche à celle de combat, et, à Kôniggràtz, la !!• armée a pu, elle, déployer, dès son entrée en scène, une masse d'artillerie supérieure en nombre à celle de l'ennemi. Pourquoi donc les autres armées n'ont-elles pas su faire de même?
Or une armée bien commandée devra, même si elle prend l'offensive, savoir mettre en position, au moment voulu, la masse d'artillerie nécessaire. En 1870, nous n'avons presque pas livré d'autres batailles que des batailles offensives, et les chefs de l'armée ont su satisfaire à cette exigence. Je n'étudierai que les engagements livrés jusqu'à la date du l*"^ septembre, car les combats ultérieurs livrés par des années aguerries et bien stylées à des masses do troupes de création nouvelle et inexpérimentées ne sauraient nous servir de base pour établir les règles qui devront être observées dans les combats entre armées d'une égale valeur.
Je vais suivre derechef l'ouvrage du grand état-major dans son ordre chronologique et je commencerai par le combat de Wissembourg. Or je lis à la page 179 que les Français n'avaient pas la moindre connaissance du mouvement en avant des troupes ennemies quand la batterie bavaroise Bauer ouvrit le feu contre Wissembourg presque en même temps que les chasseurs du 10*" bataillon. Plus tard, cette batterie se vit renforcée (page 180) par la bat-
terie Wurm. C'est quand ce renfort fut arrivé qu'on préluda au combat de Tinfanterie (à huit heures et demie). Les deux batteries étaient exposées au feu de Tinfanterie ennemie. De la même manière, Tavant-garde du V° corps préluda à son combat par le feu de cinq batteries (pages 145 et 146), lesquelles se virent secondées par deux batteries du XP corps d'armée.
Mais bientôt le V® corps fit en outre avancer au trot son artillerie de corps, qui, avant même qu'il fût onze heures, vint prendre position, au nombre de 30 pièces, au sud du Windhof. Finalement ce furent 66 pièces qui soutinrent l'attaque décisive. Dans cette attaque, l'artillerie agit presque à bout portant en défonçant les portes de Wissembourg après que l'infanterie eût été impuissante à les enfoncer; cle même elle se porta en avant au milieu du feu le plus efficace de la fusillade ennemie pour démanteler le château de Geissberg après que les tentatives faites par l'infanterie pour le prendre d'assaut sans attendre le secours de l'artillerie eurent échoué.
D'après les indications fournies à la page 196, on employa à cet effet les batteries Haupt et Kipping, en outre la 3® batterie de grosse artillerie de campagne et enfin sur la hauteur aux peupliers la 2' Abtheilung d'artillerie à pied, en tout donc 42 pièces qui décrivaient un demi-cercle autour du château. On ne voit pas clairement dans le récit si toutes avaient déjà ouvert leur feu quand les défenseurs se rendirent. Ajoutons, pour finir, qu'après le combat l'artillerie participa également à la poursuite (page 197).
Il est donc naturel que dans ce combat, en général, on employa plus d'artillerie du côté des Allemands que de eelui des Français, vu la supériorité écrasante de ceux-là. Mais le fait que, malgré la supériorité numérique qui était tout aussi importante par rapport à l'infanterie, on commença par employer 66 pièces contre 18 pour préluder à la lutte, ce fait est caractéristique, quand on le compare à l'emploi qu'on fit de l'artillerie dans la guerre de 1866.
Deux jours plus tard fut livrée la bataille de Wôrth. L'ouvrage de Tétat-major général nous dit que primitivement le général en chef et ses auxiliaires n'avaient pas Fintention de livrer bataille le 6 août. La bataille s'engagea par suite de reconnaissances, et le bruit du canon des différents corps détermina ceux-ci à aller réciproquement au secours les uns des autres. C'est ainsi qu'on tenta des mouvements offensifs partiels et isolés, auxquels on renonça après un certain temps# Dans ce prélude du combat, la tendance qu'on constate derechef d'employer presque immédiatement l'artillerie est fort caractéristique. Même la première reconnaissance fut, avant qu'il eût été tiré un seul coup de fusil par l'infanterie, commencée par la batterie Caspari (page 221). Et quand le bruit de cette canonnade détermina le général de Bothmer à aller de l'avant, lui aussi débuta par faire tirer l'artillerie (page 223).
Le bruit du canon résultant de la reconnaissance de Bothmer décida le général de Kirchbach, non seulement à faire reprendre la reconnaissance interrompue de l'avantgarde, mais bien à diriger une attaque sérieuse contre la position ennemie. Il déploya dès l'abord de l'artillerie^ et, du coup, toutes les pièces sans exception qui étaient présentes au corps d'armée; il forma, avec les 24 pièces du XP corps d'armée, qui, à ce moment-là, avaient également ouvert le feu près de Gunstâdt, une ligne de feux continue de Gôrsdorf à Gunstâdt.
Sur ce point donc, à partir de neuf heures et demie, 108 pièces tiraient, et cela non seulement avant que l'infanterie exécutât sa première attaque, mais même avant qu'elle eût passé de la formation de marche à celle de combat. Le déploiement se fit sous la protection de ces 108 pièces.
En voyant la façon dont l'artillerie du V® corps fut employée en cette journée, la pensée est involontairement ramenée au spectacle tout opposé auquel on assistait à Nachod, où l'artillerie était en quelque sorte employée
goutte à goutte. D'ailleurs, Touvrage du grand état-major insiste sur Teffet foudroyant produit par cette artillerie.
Au XP corps d'armée également, la 21® division, qui tenait la tête, avait envoyé en avant à Gunstadt toute son artillerie (24 pièces) pour qu'elle rejoignit le bataillon qui marchait le premier, et, par cette mesure, elle avait permis à son artillerie de soutenir à temps celle du V corps (page 235),
Peu après une heure-, cette ligne d'artillerie se vit renforcée par trois batteries du P' corps bavarois, à Gôrsdorf, batteries que la P® division du corps avait également envoyées en avant (page 243) ; à ce moment-là, près de 200 pièces — en y comprenant le reste de Tartillerie du XP corps — se tenaient prêtes à renforcer le front du V® corps d'armée.
Et cela eut lieu immédiatement après la phase préparatoire du combat, car jusqu'à cette heure il n'y avait d'engagée, en fait d'infanterie, que la 4'* division bavaroise, c'est-à-dire la 2" du IP corps, laquelle se trouvait sur un terrain boisé et ne pouvait engager toute son artillerie, la 20'' brigade et une partie de la 2P du V* corps et la brigade d'avant-garde du XP corps. Mais, dès que l'infanterie du V® corps eut poussé ses célèbres attaques de front dirigées contre les vignobles de l'autre côté de Wôrth assez loin pour qu'il y eût un espace disponible pour y poster de l'artillerie, nous voyons des batteries accourir de ce côté pour renforcer la ligne des tirailleurs (pages 249 et 251).
Le XP corps également, pendant que sa brigade d'avantgarde (la 41*) était aux prises avec l'ennemi, le XP corps, dis-je, avait également commencé par faire agir douze batteries (pages 253 et 254) avant d'employer le gros de son infanterie, qui, pendant ce temps, passait de la formation de marche à celle de combat. Deux de ses batteries seules n'ont pas été engagées dès le début, non qu'on voulût en former une réserve, mais simplement parce qu'on n'avait
pas assez de place pour les mettre également en position.
Là-dessus Tinfanterie de ce corps d'armée s'empara du Niederwald. Quand l'infanterie se vit empêchée par le feu ennemi de continuer à avancer depuis la lisière septentrionale de cette forêt, on posta l'artillerie en avant (pages 269à 271). Huit batteries prirent position au plus épais de la fusillade ennemie et secondèrent l'assaut dirigé sur Elssashausen, de même que plus tard elles aidèrent l'infanterie à repousser les retours offensifs de l'ennemi, et, à cette occasion, elles cessèrent à plusieurs reprises de tirer avec des obus pour tirer à mitraille.
Entre trois et quatre heures de l'après-dîner, on était déjà parvenu à hisser treize batteries sur les hauteurs escarpées de l'autre côté du Sauerbach, et à préluder, à des distances très rapprochées, à l'attaque dirigée contre Frœschwiller par ce feu de 80 pièces. Pendant cette opération, on vit certaines batteries se porter en avant de la ligne des tirailleurs qui attaquaient ce village (page 281).
Le I" corps d'armée bavarois, qui, dans cette journée, eut à livrer surtout des combats dans les bois, ne put employer que peu d'artillerie en» dehors des quatre premières batteries qui firent partie de la ligne d'artillerie à Gôrsdorf .
Mais pendant la poursuite, dans la soirée, l'artillerie seconda les autres armes sur tous les points.
Malgré soi on constatera le contraste qui existe entre l'emploi de l'artillerie à Wôrth et celui qu'on en fit dans l'engagement de Skalitz.
Le jour même où se livrait la bataille de Wôrth avait lieu également celle de Spicheren. Cette bataille, non plus, n'était décidée d'avance, et pourra s'appeler une bataille née d'une rencontre fortuite. Malgré cela, c'est l'artillerie qui ouvrit le feu, en nombre supérieur. Peu avant midi, la batterie d'avant-garde delà 14® division fut engagée, et peu après, à midi, quatre batteries (24 pièces) avaient ouvert
le feu. Elles prirent position assez près de Tartillerie ennemie et décrivaient un demi-cercle, et, de cette façon, elles contraignirent Ja batterie française postée à l'extrémité nord du Rothe-Berg à chercher une autre position située plus en arrière et Tempêchèrent ainsi de battre le terrain bas que l'infanterie devait franchir (pages 310 et 3H).
Une heure plus tard, les batteries prussiennes s'avancèrent jusqu'à portée de la fusillade ennemie sur le Galgenberg pour faciliter à leur propre infanterie le mouvement en avant vers le Rothe-Berg (page 318). Elles contraignirent l'artillerie ennemie qui s'y était établie à continuer son mouvement rétrograde, et la batterie d'avant-garde força plus tard l'artillerie ennemie qui battait le pied du Rothe- Berg à se retirer en arrière de Styring-Wendel (page 320).
Les divisions qui arrivèrent après que le général de François eut enlevé le Rothe-Berg envoyèrent également en avant leur artillerie. Telle la 16® division, qui (après trois heures) fit avancer deux batteries sous la protection d'un régiment d'infanterie (page 329), et auparavant, peu après deux heures, la S** division avait envoyé en avant une batterie. A ce moment-là, six batteries de la I" armée et une de la IP entretenaient un feu supérieur à celui de l'ennemi; elles chassèrent son artillerie et ébranlèrent son infanterie (pages 330 et 331). Pendant que, de quatre à six heures, les deux infanteries luttaient avec acharnement, le succès étant tantôt à l'une, tantôt à l'autre, les batteries restèrent en pleine activité et secondèrent à plusieurs reprises notre infanterie à repousser les retours offensifis très énergiques qu'exécutait celle des Français pour disputer aux Prussiens les avantages qu'ils avaient obtenus. Finalement, deux autres batteries de la 5* division gravirent même le Rothe-Berg par un chemin de montagne très escarpé qu'on avait regardé comme étant absolument impraticable pour l'artillerie; elles se mirent en position au plus fort de la fusillade très violente de l'ennemi et forcèrent
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les troupes de l'adversaire qui tenaient la hauteur de rétrograder toujours davantage, quoiqu'elles perdissent elles-mêmes la moitié de leurs servants (pages 354 et 355). Quoique le résultat obtenu par elles ne pût être <ïonsidéré comme absolmnent décisif, la possession du Rothe-Berg n'en parut pas moins assurée à partir de ce moment.
La décision devait être amenée par l'enlèvement de la montagne de Forbach et la prise de Stiring-Wendel. On i^ommença par y préluder en envoyant l'artillerie en avant. On mit en position, à six heures et demie, sur la hauteur de Folst, autant de pièces qu'on parvint à y placer, c'est-àdire 36 ; deux batteries durent rester en arrière par suite du manque de place (pages 357 et 358). Du haut de cette émioence, les 36 pièces ne canonnèrent pas seulement avec la plus énergique vigueur la montagne de Forbach et Stiring- Wendel, eUes se portèrent même en partie, dans les derdiers moments du combat, plus loin en avant jusque sur la hauteur de Golden-Bremm (page 365), jusqu'à ce que l'obscurité complète mit fin à la lutte.
Onze batteries en tout (66 pièces) avaient été employées dans cette bataille. Aucune batterie, de toutes celles qui purent atteindre le champ de bataille, n'est restée inactivo, ^et quoique les troupes arrivassent en partie par petites fractions, goutte à goutte en quelque sorte, au fur et à mesure que les trains de chemin de fer les amenaient, on était quand même parvenu à obtenir l'action une, pleine et entière, produite par une masse .d^ artillerie. C'est ainsi <que la 4® batterie légère du 1°^ corps d'armée, arrivant directement de Kônigsberg en Prusse par chemin de fer sur le champ de bataille, prit immédiatement part à la lutte.
Et maintenant comparez un peu, mon cher ami, tout cela avec l'emploi qu'on fit de l'artillerie dans le combat de Traiiténàu, le 27 juin 1866, qui, lui aussi, fut le résultat d'une rencontre fortuite.
Comme la bataille de Wôrth, celle de Colombey-Nouîlly n'avait pas été décidée d'avance. Elle résulta, comme celle Jà, de la reconnaissance faite par une avant-garde, au secours de laquelle les troupes rapprochées aœoururent dans la suite. Cette avant-garde comment sa reconnaissance, comme avait fait celle du V corps d'armée à Wôrth, par le feu de l'artillerie et eut bien vite engagé ses deux batteries (page 466). Les avant-gardes de la 1'* et de la 2® division d'infanterie accoururent à son secours et envoyèrent, sous la protection de la cavalerie, tout ce qu'elles avaient en fait d'artillerie fort loin en avant de l'infanterie.
Peu après le moment où le général von der Goltz eut échangé les premiers coups avec l'ennemiy c'est-à-dire un un peu après quatre heures et demie, 30 pièces avaient déjà ouvert leur feu (page 470), quoique ce fut une rencontre improvisée. A six heures, le nombre de batteries de la ligne d'artillerie fut porté à 40 par celles du gros de la 13® et de la 1'® division, qui, elles aussi, se portèrent au trot en avant de leur infanterie.
Peu de temps après, arrivèrent également au trot, sur le champ de bataille, toutes les batteries réunies du P' corps^ d'armée ; elles bivouaquaient et avaient été vivement portées en avant, les unes accompagnées par la cavalerie, les autres sans escorte. Peu après sept heures, elles formaient une ligne formidable de 90 pièces, dont 24 (les 24 de la 1'* Abtheilung) franchirent même le ruisseau de Colombey et ôtèrent l'avant-train dans la^ ligne des tirailleurs même. En comptant les sept batteries du VIP corps d'armée, il y avait dès lors 132 pièces qui prenaient part à la bataille, et cela jusqu'au moment où l'obscurité complète interrompit le feu. Elles contribuèrent puissamment à repousser les attaques énergiques que l'ennemi dirigeait contre le front et le flanc droit.
De même que les batteries des 7', l'*" et 2** divisions, l'artillerie de la 18® division et celle de la brigade de cava-
lerie Lûderitz précédèrent, en venant du sud, les troupes sur le champ de bataille pour préluder au combat, tandis que rinfanterie suivait et se déployait (pages 490 à 493).
La bataille de Vionville-Mars-la-Tour également était plutôt une bataille improvisée que préméditée, quoique, le 16 août, on s'attendît à une collision avec l'ennemi. Derechef, la bataille débuta par une reconnaissance, et on préluda à cette reconnaissance par le feu d'une masse d'artillerie à cheval qui n'était jpas inférieure à 30 pièces, car à l'eflFet produit par l'artillerie de la 5* division de cavalerie, qui avait été portée à quatre batteries, vint bientôt se joindre celui que produisait, depuis le sud, la batterie de la 6* division de cavalerie (pages 542 à 544).
Après que le feu de cette artillerie eut jeté tout le trouble voulu dans les bivouacs ennemis, en particulier dans ceux de la cavalerie, l'infanterie française, réunie vivement, refoula, grâce à sa masse énormément supérieure, la cavalerie sur l'infanterie qui avançait (six heures). La tête de la 5* et celle de la 6" division d'infanterie apparurent sur le champ de bataille s'avançant depuis Gorze et Tronville.
Pendant qu'elles s'apprêtaient à tenir tête à l'ennemi, qui gagnait du terrain, pendant que partiellement elles se virent entraînées à soutenir une lutte des plus sérieuses avec lui fee fut le cas pour les troupes de la 5" division), toutes les batteries dont le corps d'armée pouvait disposer s'avancèrent au trot sur les deux lignes de marche ; à dix heures vinrent les quatre batteries de la 6* division, à dix heures et demie les deux batteries à cheval de l'artillerie du corps d'armée, environ une heure plus tard VAbtheilung à pied de Tartillerie du corps d'année (pages 557 et 563), et la 5® division envoya toutes ses batteries, au nombre de quatre, auxquelles vint se joindre, de plus, la batterie du détachement Lyncker, du X* corps d^àrmée.
Entre onze heures et midi, un front d'artillerie des plus
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puissants couronnait les hauteurs de Tronville jusqu'au bois de Yion ville. Il comprenait donc 21 batteries ou 126 pièces (à savoir : 4 batteries de la 5' division de cavalerie, une batterie de la 6** division de cavalerie, 4 batteries de la 5* et 4 de la 6" division d'infanterie, une batterie du détachement Lyncker, 2 batteries à cheval du major Lenz et 4 batteries de la 2' Abtheitung à pied de l'artillerie de corps d'armée, et enfin, depuis neuf heures et demie, la batterie du détachement Lehmann). Certaines de ces batteries avaient à se défendre sans le secours d'une autre arme contre les masses réunies de l'infanterie ennemie, jusqu'au moment où leur propre infanterie arriva (page 557).
Avant encore que toute cette masse d'artillerie eût commencé à tirer, la 6* division d'infanterie avait enlevé Vîonville (à onze heures et demie), puis elle prit Flavigny (à midi), soutenue qu'elle était, cette fois-ci, par une fraction de la 5*^ division. La ligne d'artillerie dont nous avons parlé ci-dessus fut renforcée, vers trois heures, par quatre batteries de la 20* division, ce qui porta son effectif à 150 pièces (page 596) ; à partir de ce moment, elle n'interrompit pas son feu pendant un seul instant, jusqu'à ce que la bataille eût pris fin.
Je n'ai pas besoin, sans nul doute, cher ami, de vous narrer longuement tous les détails, de vous dire comment le centre de cette ligne gagna du terrain en se portant en avant et en se maintenant le long du chemin qui va de Gorze à Flavigny, ni comment son aile gauche, postée le long de la chaussée, arrêta net un mouvement tournant fort dangereux que faisait l'ennemi, ni comment enfin l'aile droite avança, le soir venu, avec les deux autres armes, quand toutes prirent l'offensive, et occupa le plateau 989, qu'on s'était disputé avec tant d'acharnement (page 637). Il suffit, pour ce que j'ai à démontrer, que ce fait ressorte avec évidence que l'obscurité complète seule imposa silence à cette masse d'flurtillerie.
Quand, vers deux heures et demie, la 20* division du
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X* corps d'armée arriva à Chambley, à proximité du champ de bataille, la première chose qu'elle fit, ce fut d'envoyer au secours du IIP corps d'armée toute l'artillerie qu'elle avait avec elle, c'est-à-dire 8 batteries; quatre, comme je l'ai déjà dit, soutinrent le centre, quatre prolongèrent l'aile gauche au nord de Tronville pour s'opposer au mouvement tournant dont on était menacé dans ces parages. Une partie de cette artillerie avait, depuis Saint-Julien, quitté l'infanterie et, prenant le trot, s'était portée en avant. Elle arriya juste à temps pour seconder l'aile gauche, sérieusement malmenée, jusqu'au moment où (à trois heures et demie) arriva la tête de la 20*" division (pages S96 à 398).
De cette façon, le X® corps d'armée avait fait agir toute son artillerie disponible avant que Tinfanterie prit part à la lutte (à l'exception des détachements mis, auparavant déjà, à la disposition du IIP corps d'armée, car la moitié de la 19® division, avec les deux dernières batteries, n'était pas encore arrivée).
C'est avec la moitié de cette division que ces dernières batteries ont aussi pris part à l'attaque dirigée contre le plateau de Bruville, qui ne réussit pas; puis elles avaient allongé la ligne d'artillerie le long de la chaussée (pages 616 à 619). En fait d'artillerie de la garde, était présente la !'• batterie à cheval venue avec la brigade de dragons, et cette batterie ne négligea aucune occasion de participer à la lutte. Ce fut elle qui préluda, en quelque sorte, au grand combat de cavalerie qui fut livré à l'aile gauche (page 619).
Enfin, à partir de trois heures deux batteries du VHP corps d'armée , à partir de quatre heures une troisième batterie du même corps prirent part à l'action. Par conséquent, toutes les pièces sans exception, au nombre de 210, qui purent atteindre le champ de bataille, ont pris part à la lutte, et pendant plusieurs pieures, dans le courant de l'après-midi, toutes ont tiré simultanément.
Vers la fin de la bataille, il y eut. en outre 12 batteries de la division hessoise qui prirent part à l'action.
Dans la bataille décisive de Gràvelotte-Saint-Privat, Tartillerie entre en scène sur tous les points en masses plus considérables encore.
Il fut d'abord préludé à cette lutte gigantesque par le feu de Fartillerie du IX* corps. Ce corps commença le combat en faisant agir rartillerie de la 1&® division et son artillerie de corps (pages 703 et 704). A midi, S4 pièces précédèrent sur ce point Tinfanterie et se laissèrent emporter par leur zèle si loin avant dans le feu le plus efficace de Fartillerie et de rinfanterie de Fadversaire qu'une batterie fut anéantie par les projectilesjennemis et que les autres, après avoir tiré deux heures durant, ne pouvaient guère plus être considérées coname étant capables de soutenir la lutte (page 714).
Environ une heure après ces 54 pièces, les cinq batteries hessoises de l'autre division .entrèrent en ligne à la gauche du bois de la Cusse, et, par leur arrivée, la ligne d'artillerie fut portée à 84 pièces (page 717). Ce chiffre fut porté à 90 par l'arrivée de la batterie à cheval de la brigade de cavalerie hessoise, qui vint se poster à l'est de Vernéville (page 715). Presque en même temps, les quatre batteries de la V^ division d'infanterie de la garde et l'artillerie de corps de la garde se mirent en position à la gauche des batteries hessoises et prolongèrent la ligne d'artillerie jusqu'à Saint-Ail. Dès une heure, il y avait par conséquent sur ce point 138 pièces qui avaient ouvert le feu avant que les masses d'infanterie eussent été engagées.
Pendant ce temps, le VIP corps d'armée seconda le IX® corps dans sa lutte en faisant jouer son artillerie, qui, après une heure (page 777), fit commencer le feu à sept batteries. En même temps, onze batteries du VHP corps se postèrent à leur gauche et ouvrirent le feu, de sorte qu'où préluda au combat par le feu de 108 pièces postées en avant du front de la I" armée à Gravelotte (page 783).
Un épisode fort instructif et très intéressant par rapport à l'artillerie, c'est l'enlèvement, pendant la canonnade qui suivit alors, de Saint&-Marie-aux-Ch,ènes à trois heures.
Treize batteries saxonnes et dix pièces de Tartillerie du <3orps de la garde, en tout donc 88 pièces, décrivaient un demi-cercle autour de ce village et le canonnaient (page 755), «t notre brave infanterie, attaquant avec le plus grand élan •et comme en une seule poussée, traversa tout le village et arriva d'un coup à la lisière opposée (page 757).
L'artillerie du XIP . corps vint, en outre, prolonger la masse d'artillerie dans la direction de Saint-Privat, l'artillerie de la 2® division de la garde fit de même en faisant entrer dans la ligne de combat trois batteries à Saint-Ail et une au centre, en avant d'Amanvillers.
X £n étudiant sur le plan de l'ouvrage du grand état-major l'état de la bataille à cinq heures de l'après-dînée, nous trouvons l'artillerie agissant groupée en trois grandes masses : la masse de l'aile droite à Gravelotte, dirigée contre la position du Point-du-Jour, était composée de 27 batteries; la masse du centre, agissant contre Amanvillers, en comprenait 13, et celle de l'aile gauche, dirigée contre la position de Saint-Privat, était forte de 30 bat- .teries.
Mais à Gravelotte, 5 de ces batteries avaient d'ores et «déjà été portées en avant et engagées en pleine lutte •des infanteries. On n'avait laissé en réserve que celles des batteries pour lesquelles on ne put plus trouver de place dans la position de Gravelotte. Au centre, par contre, on avait renfordé la ligne d'artillerie en empruntant des pièces au IIP corps d'armée^ qui s'avançait comme corps de réserve. On fit donc tirer simultanément 74 batteries, soit 420 pièces, avant de lancer les masses d'infanterie à l'attaque décisive.
La masse d'artillerie dont on disposait contre le village de Saint-Privat eut pu produire un effet tout aussi destructeur et préluder avec autant d'efficacité à l'attaque que fit celle qui agit contre Sainte-Marie-aux-Chènes, si elle avait su que l'attaque devait avoir lieu. Mais elle ne le Bavait pas, et quand soudain elle vit le tir de ses batteries
masqué par les masses d'infanterie qui attaquaient cette position, qu'elles la trouvèrent non encore ébranlée et se virent hors d'état de pousser plus avant, les batteries se portèrent vivement en avant au beau milieu de la fusillade et couvrirent la localité d'une telle grêle d'obus que du coup l'infanterie fut mise en état de l'enlever.
Puis, quand l'infanterie passa aux attaques décisives, l'artillerie fit comme à Gravelotte, elle s'avança ailleurs aussi jusque* dans la ligne des tirailleurs et soutenait l'arme sœur combattant avec elle épaule contre épaule; ainsi fit-elle à la ferme de Champenois et dans le terrain qui s'étend immédiatement en avant d'Amanvillers, puis encore à la droite de Saint-Privat sur la hauteur dont on venait de s'emparer. Sur ce point, elle repoussa les nombreux retours offensifs des réserves ennemies et elle seconda l'effet produit par le feu de l'infanterie sur le village campé sur sa hauteur comme une forteresse.
Quand enfin ce village fut enlevé, vers le soir, toute Tartillerie qui se trouvait à proximité couronna la chaîne des hauteurs dont on s'était emparé. A la gauche de Saint- Privat, toutes les battteries du XIP corps d'armée (96 pièces) se mirent en position. A la droite de Saint-Privat, je réunis quatorze batteries de la garde, et d'ailleurs aussi accouraient toutes celles qui purent atteindre la hauteur. Le colonel Stumpff se présenta à moi pour m'annoncer qu'il amenait six batteries, et, au moment où la nuit venait, le colonel von der Becke m'amena même quatre batteries de l'artillerie de corps d'armée appartenant au X* corps tenu en réserve. Par ces arrivées successives, le chifire de mes pièces fut augmenté à ce point que finalement je comptais 24 batteries.
Cela faisait tout près de 140 pièces; car quelques batteries n'avaient plus leur effectif complet, vu que, dans la lutte d'artillerie qui avait eu lieu auparavant, certaines pièces avaient été démontées et qu'il n'avait pas encore été possible de les remettre en état. Sur cette hauteur, il y avait
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donc, à l'entrée de la nuit, une ligne continue d'artillerie, coupée seulement par le village de Saint-Privat, ligne qui se composait de 230 pièces ; elles balayaient le terrain dans la direction du bois de Jaumont et dans celle du bois de Fèves, si bien que F ennemi renonça à toute tentative de nous arracher de nouveau la hauteur. C'est le bruit étourdissant de cette canonnade qui dura jusqu'à ce qu'il fit nuit noire et qui termina la bataille.
La récapitulation que nous venons de faire de l'emploi des masses d'artillerie à Gravelotte-Saint-Privat, toute superficielle qu'elle puisse être, n'évoque-t-elle pas le souvenir des chiffres de pièces si faibles que nous fîmes entrer simultanément en ligne à Kôniggrâtz et ne nous dispenset-elle pas de continuer notre étude comparative?
Dans aucune bataille offensive les difficultés que présentaient les lignes de marche ne pouvaient guère entraver davantage le déploiement rapide de grandes masses d'artillerie de la part de l'assaillant qu'à la bataille de Beau* mont. Les colonnes du lY** corps d'armée se traînaient péniblement à travers la forêt sur deux chemins fort étroits et extrêmement défoncés. Sept bataillons et demi seuls avaient atteint la lisière de la forêt où l'on voulait arriver, tout le reste était encore sous bois. Et cependant il y avait dès lors sur les lieux 48 pièces qui engagèrent la lutte (page 1048).
Peu de temps après, le XIP corps, quand le régiment de tirailleurs saxon eut chassé du petit bois situé auprès de la ferme de Beaulieù les troupes de l'avant-garde ennemie qui empêchaient le passage, le XIP corps, dis-je, fit commencer sa canonnade par six batteries, soit 30 pièces (page 1054). Mais bientôt les deux corps se hâtèrent de porter en avant tout ce qui leur restait d'artillerie, et entre une et deux heures les 14 batteries du IV* corps, toutes réunies, avaient ouvert le feu (page 1053), et presque en
même temps toute l'artillerie du XII® corps (page 1058) ouvrit le sien. Celle-ci , déduction faite de la batterie à cheval maintenue auprès de la division de cavalerie, comptait 15 batteries.
Mais cette batterie à cheval prit également par,t à la lutte depuis la rive opposée de la Meuse. Le combat avait donc commencé à peine depuis une heure entière que déjà 180 pièces étaient en pleine activité.
Vers la fin de la bataille, le IV® corps, chargé de poursuivre l'ennemi, employa encore douze batteries, soit 72 pièces, en les faisant tirer dans la direction de Mouzon, comme on peut le voir en jetant un regard sur le plan de bataille.
La catastrophe de Sedan commença de grand matin, à quatre heures, quand les Bavarois pénétrèrent dans Bazeilles. Tant qu'un épais brouillard, pendant le crépuscule, empêcha de voir même le terrain environnant le plus rapproché (page 1148), il ne pouvait naturellement être question d'employer l'artillerie. Cet état de choses dura jusqu'à six heures. Malgré cela, on essaya de tirer parti de l'artillerie. Le général von der Tann fit ouvrir depuis la rive gauche de la Meuse, par la réserve d'artillerie, un feu très lent, qui fut, d'ailleurs, presque absolument inefficace.
A six heures, une batterie saxonne entra en ligne à l'est de La Moncelle; un peu plus tard, la batterie bavaroise Hutten vint se rangea à côté d'elle (page 1154), et à sa gauche se posta la 6'* batterie de la 3*» brigade (page 1155). De plus, deux pièces pénétrèrent avec l'infanterie dans l'intérieur du village de Bazeilles ; elles participèrent au combat de rues, dans le voisinage immédiat des ennemis, jusqu'à ce que presque tous leurs servants eussent été tués ou blessés (page 1157).
Mais ce ne fut que vers sept heures que le brouillard du
matin tomba complètement, qu'il rendit la vue entièrement libre et qu'il fut possible de faire agir Tartillerie*
La première disposition'^que prit le général commandant le XIP corps d'armée à la nouvelle du combat de Bazeilles, ce fut d'ordonner à l'artillerie de corps de prendre le trot et de se porter en avant (page 1162). Or, cette artillerie était en marche encore, au sud de Douzy. Une heure et demie après que cet ordre eut été donné, elle ouvrit son feu depuis une position à l'est de la coupure de Givonne, dis-r taiite de près d'un mille allemand de Douzy.
Dans l'intervalle, toutes les batteries de la 24° division s'étaient mises à tirer, et à huit heures et demie on avait déployé sur ce point une ligne de douze batteries, soit 72 pièces, ligne. qui, dès qu'elle se fut formée, subit des pertes considérables causées par la fusillade ennemie, mais ne s'en maintint pas moins dans sa position (11&4). Une demi-heure plus tard, cette ligne d'artillerie fut portée à seize batteries ou 96 pièces.
A ce moment-là aussi, l'artillerie de la garde allongea cette ligne d'artillerie dans la direction du nord. Le ccèur de tout artilleur bondissait forcément de joie en constatant que tous les chefs n'avaient d'autre préoccupation que de se procurer de l'artillerie.
Le général de Pape avait accompagné les chasseurs et les fusiliers de la garde quand ils chassèrent de Villers- Cemay et de la forêt de cette localité les quelques tirailleurs ennemis qu'ils y trouvèrent. De l'autre côté du bois, il aperçut la grande ligne d'artillerie française qui tirait sur le XIP corps d'armée depuis le rebord opposé du terrain bas de Givonne. « Amenez-moi deux pièces, me criat-il quand je le rencontrai, pour que je prenûe cette ligne-là en flanc I
-*T Vous n'en aurez pas deux, mais bien quatre-vingl^ dix, » pus-je lui répondre non sans quelque orgueil. Car déjà, sur l'ordre du général commandant le corps de la garde, les batteries^ s'apt)rochaient au trot.
U LETTRES SUR L'âHTILLERIE
A neuf heures moins un quart, rartillerie de la 1" division de la garde ouvrit le feu en avant du bois et par une clairière qui s'y trouvait (page H 92), et, un quart d'heure après, elle se voyait renforcée à sa droite (au nord du bois) par YAbtheilung à pied de l'artillerie de corps et à sa . gauche par VAbtheilung de la 2' division de la garde. Au début, on ne trouva pas d'emplacement pour poster les trois batteries à cheval; mais, dans la suite, l'artillerie de la 2® division de la garde s'étendit plus à gauche, de sorte que ces batteries-là aussi purent entrer dans la ligne et participer à la lutte. Ainsi donc, l'artillerie de la garde commença sur ce point le combat^ avant que l'infanterie fut sérieusement engagée, avec 72 pièces qui furent bientôt
portées à 90.
Pendant qu'ici l'artillerie allemande voyait d'instant en instant croître sa supériorité sur l'ennemi, que les braves Bavarois s'emparaient peu à peu de toute la localité de Bazeilles, que Givonne était pris par l'avant-garde de l'infanterie de la garde et que l'infanterie du XIP corps enlevait les localités situées sur le ruisseau de Givonne entre la localité de ce nom et le village de Bazeilles, les avant-gardes des V® et XP corps d'armée se montrèrent, à partir de dix heures, sur les derrières de l'armée firançaise. Mais il fallait que ces deux corps d'armée franchissent l'étroit défilé de Saint-Albert avant de pouvoir agir. Ils firent immédiatement jouer leur artillerie.
Dès que les premiers bataillons de l'avant-garde du XI* corps eurent occupé Saint-Menges et la hauteur située à l'est en avant de cette localité, trois batteries y prirent position et ouvrirent le feu (page 1213). Immédiatement, le général de Gersdorff fit avancer l'artillerie de corps. Dès sept heures, sept nouvelles batteries s'étaient postées à côté des trois premières sur la crête de cette hauteur (page 1214), et à onze heures les quatre batteries restantes du XP corps d'armée vinrent renforcer cette ligne d'artillerie (page 1215). Dès lors, toutes les 84 pièces du XPxorps
avaient été portées en avant et formaient une énorme batterie unique, à un moment où une fraction si minime de l'infanterie avait franchi le défilé qu'il lui eût été difficile de protéger cette puissante ligne d'artillerie (page 1216).
Pendant ce temps, le général commandant le Y' corps d'armée avait, du haut de l'éminence du champ de la Grange, étudié la situation. Il donna l'ordre de faire avancer, sans égard pour les unités constituées, toute l'artillerie disponible pour soutenir la ligne d'artillerie du XP corps d'armée. Après avoir occupé quelques positions intermédiaires, une masse de dix batteries s'avança en passant en partie par Fleigneux même, en partie en contournant cette localité par le nord, et, à onze heures, elle se mit en position en faisant front à Illy (page 1221); son aile gauche dut être protégée par la cavalerie.
L'aile gauche de cette masse d'artillerie, qui comptait dès lors 24 batteries ou 144 pièces, combinait déjà ses feux avec ceux de l'artillerie de la garde, et dès lors le cercle de canons qui se formait autour de l'armée française se fermait pour se rétrécir davantage encore bientôt après, car, à ce moment-là, l'artillerie de corps du IV' corps d'armée et celle du IP corps bavarois ne laissaient plus aucune issue à l'ennemi, au sud de Sedan.
La manière dont on employa l'artillerie des V' et XP corps fournit la preuve pratique la plus évidente qu'il est fort bien possible, même quand on a pris l'ofiensive, de préluder au combat par le feu des masses d'artillerie, dût-on ne disposer que d'un seul défilé pour aborder l'ennemi.
Je craindrais de mettre votre patience à une trop rude épreuve si je voulais entrer dans trop de détails et montrer comment les masses d'artillerie dont nous venons de parler se virent augmentées encore, comment on ne laissa en réserve que celles dea batteries pour lesquelles il n'y avait absolument aucun emplacement disponible.
Qu'il mé- suffise de dire que tous les généraux et en par-
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ticulier ceux qui commandaient Tartilleiie, étaient pénétrés de cette idée qu'il fallait employer le plus vite possible autant d* artillerie que faire se pouvait et ne pas en tenir en réserve.
Je n'ai pas besoin non phis d'insister sur ce point que, en tous lieux, l'artillerie se porta en avant tout près de l'ennemi, jusque dans les lignes de tirailleurs, qu'die s'avança mènK au d^à des défilés pour faciliter à l'infanterie l'attaque d^ près dès que celle-ci se voyait en force 1 pour exécuter les attaques décisives.
Je n'ai pas davantage à parler ici des luttes héroïques que notre infanterie soutint, d'une part contre la cavalerie et l'infanterie ennemies, qui combattaient avec acharnement pour se dégager, et, d'autre part, en attaquant les différentes localités qu'il fallait enlever, car il importe de ne pas oublier que nous n'avons à nous occuper ici que de l'emploi de l'artillerie.
Il suffira d'étudier, par rapport à leur effectif, les différentes masses d'artillerie qui préludèrent à la dernière lutte décisive.
Nous trouverons au sud de Sedan, à Frenoia, une batterie de 414 pièces appartenant à la division wurtembergeoise et au IP corps bavarois, bombardant Sed^n, puis un groupe de six batteries ou de 36 pièces appartenant à l'artillerie de corps du lY* corps d*armée, posté près du Pont-Maugy> qui avait battu, quoique à une distance très grande, le terrain au nord de BaieîUes. A l'est, 24 batteries, soit 144 pièces appartenant au V* corps bavarois, aux IV* et Xir corps d'armée, avaient franchi la vallée de Givonne> et> ooixslituant une batterie formidable, elles avaient eouvi^rt d'une grêle de projectiles Balan, Fond de Givonne et Tanoi^n camp retranché de SedaK. 18 batteries appartenant à tHVjk trois corps d*armée ne trouvèrent pas d'emplacement pour se melUre en p^^tioa et all^wiaient impatiemment qu'on put tirer parti dettes
Je Bie souviens encore fort bien de U SAuvaiâe himiear
OÙ je mis un chef XAbtheilung du XIP corps d'armée. Il venait pour renforcer la position que j'avais prise plus au nord, et je dus lui dire que je ne disposais plus de Tespace voulu pour caser ne fût-ce qu'une pièce. On aurait dit que je venais de lui fsdre une insulte personnelle.
Plus au nord, 90 pièces du corps de la garde avaient ouvert le feu sur le bois de la Garenne. Au nord*ouest, la ligne formidable d'artillerie des V* et XI* corps d'armée avait été portée à 26 batteries, isoit 156 pièces qui balayaient le bois de la Garenne et le terrain situé au nord-ouest en avant de ce bois.
Il y avait donc cinq groupes principaux, qui, avec leurs S40 pièces, tiraient simultanément sur le même but, et ces 540 pièces constituent les quatre cinquièmes de l'artillerie présente aux différents corps qui purent prendre part à la bataille de Sedan.
* Je ne parlerai pas de l'emploi qu'on fit de l'artillerie dans la bataille de Noisseville parce que ce fut une bataille défensive, et que l'emploi des masses d'artillerie était forcément, dans une bataille défensive, bien plus facile que dans une rencontre offensive. Cette bataille ne pourra donc pas nous fournir de données pour notre ^comparaison des faits de 1870 avec ceux de 1866, où nous n'avons livré que des batailles offensives.
En outre, il me semble que nous' avons réuni des données suffisantes pour arriver à notre but.
Résumons les observations que, nous avons faites sur remploi comparé de l'artillerie dans les deux campagnes.
1? En 1866, on ne voulait pas, de parti pris, employer beaucoup d'artillerie pour préluder aux combats; en 1870, on faisait agir, de parti pris et dès le début, le plus d'artillerie possible.
2"" En 1866, c'était un principe dont on ne s'écartait pas, même au moment où la lutte avait atteint le plus haut
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Ed 1870. c'était im pirôiiirb^' et bmt «vaacer TartiDerie en eoUame de Hiarehe it p&os bxa en xvaiyL ipiîL était posirible aox deux autres anncs d«^ Iiiif*>iiiBir i^ escorte, qoelqnefoiii à peine suffisante, ^ovs tot&os même soorait les corpi» d'armée enroycr presque toute leur artillarie luen avant au fort de la bataille la garde at le HI* corps à Saint^Privaiy les W XI* et Xll* corps d'année à Sedan).
4* Enfin nous voyons, en 1866, les masses d'artillerie cheminer la plnpart do temps à une allure fort lente pendant lan marcher pour finir par un temps de galop au moment où e\U»M allaient ne mettre en position et auraient à enlever rtfvanl-train«
Tout au contraire, en 1870, de grandes masses d'artillerie parcourent nans jamais quitter le trot des distances IongU(;M do plufiicurs milles allemands, et, de cette façon, elles arrivent sur les lieux avec une avance de plusieurs heures. (iO fut Ih lo cas do Tartillerio de corps du IIP corps d'armée (i Vinn ville, do coUo du corps de la garde à Saint-Privat, fin vMi\ du IV* corps, du corps de la garde, des XI® et XIP corp« d*arméû à Sodan...
LETTRES SUR L'ARTILLERIB 49