‹ Lettres sur l'éducation des filles (volume 2)Chapitre 21 sur 49 · POUR UN ONCLE · texte numérisé non relu

POUR UN ONCLE

Pardonnez-moi, monsieur mon cher oncle, si j'ai été si longtemps sans vous écrire. L'espérance oi j'étois que vous me feriez l'honneur de me venir voir en est la cause ; mais voyant le quartier fini, et que je n'ai pas même eu le bonheur de recevoir de vos nouvelles, je crains que vous ne soyez tombé malade. Vous pouvez croire le chagrin que j'en aurois, ayant pour vous tout le respect et toute la reconnoissance que je dois pour tous les biens que vous continuez à me faire, et que je n'aurois jamais osé espérer. J'ai aussi un grand désir d'apprendre des nouvelles de ma mère, y ayant fort longtemps qu'elle ne m'a fait l'honneur de m'écrire. J'ai appris avec une grande joie que mon frère s'est enfin con-

> Lettres édifiantes, t. IV, p. 222.

» Lettres édifiantes, t. IV, p. 223.

A MADAME DU TOURP (1695). 143

sacré à Dieu par la profession religieuse ; je vous supplie, quand vous le verrez ou que vous lui écrirez, de rassurer que je prierai Dieu pour lui. Je suis, etc.

64*. — A MADAME DU TOURP.

Ce 5 mai 1695*

Il faut défaire nos filles de tous les compliments, excuses, résolutions et promesses qu'elles savent faire, et leur montrer par notre conduite que nous ne compterons plus que sur la leur : je serai contente d'elles quand leurs maîtresses le seront, et jamais autrement. Faites de même, je vous en conjure-, n'écoutez point leurs sentiments héroïques sur les reproches que je leur ai faits. On n'est que trop porté à Saint-Cyr à bien parler : il est temps de pratiquer. J'aimerois mieux leur modestie, leur soumission et leur travail, que les témoignages de leur reconnoissance.

Vous voulez, ma chère fille, que je vous parie sur vous 5 je n'aurois, ce me semble, qu'à vous appliquer ce que je viens de vous écrire pour vos filles, et j'ai à me l'appliquer incessamment à moimême. Nous savons assez, nous parlons à merveille, nous exhortons les autres bien mieux qu'il n'appartient à notre sexe, mais nous ne pratiquons pas assez. Nous nous flattons que nous ferions notre devoir dans les grandes occasions, nous ferions des livres sur l'abandon à la volonté de Dieu, sur le détachement de nous-mêmes et sur la su-

* lettres pieuses^ p. 1 636.

144 LETTRES SLlfl l'ÉDIjCATIOX.

blime perfection', et cependant nous manquons presque à tout ce qui se présente devant nous. Comment, par exemple, avez -vous pu sentir de l'opposition à la manière dont on veut faire la retraite, vous que j'ai vue si disposée à vous passer des secours étrangers et à vous renfermer audedans de la maison ? Je ne comprends point ce qui a pu vous déplaire là -dessus. Soyons fidèles dans les petites choses, ma chère fille ; examinezvous bien sur la soumission au sens des autres et sur la défiance que vous devez avoir du vôtre. Il est très-vrai qu'il vous sera bon d'obéir avant de commander, mais il ne faut pas que vous souffriez dans votre perfection de la nécessité où nous nous trouvons de mettre de jeunes personnes dans les premiers emplois : vous y deviendrez propre si vous vous en croyez incapable, et vous vous y perdrez si vous en jugez autrement. Adieu, ma chère fille ^ demandez bien l'humilité pour vous, pour moi et pour tout ce que Saint-Cyr renferme : nous ferions des merveilles si nous avions toutes cette vertu.

Go*. — A MADAME DE SAINT-AUBIN»,

PREMIÈRB MAITHBSSX DUS BLBUB8.

H septembre 1695.

Plus vous aurez d'expérience dans les classes,

1 ^me du Tourp était une des apôtres du quiétisme à Saint Cyr» et ces expressions sont un blàmè de ses opinions religieuses (Voir le ch. X de VHtst. de la maison royale de Saint-Cyr),

2 Lettres édifiantes, l. IV, lettre 68. — Lettres pieuses, p. i:>77.

^ Louise de Saint-Aubin de l'Épine, née ^n 1C60, luorle en

LETTHES StlH l'éducation.

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