‹ Lettres sur l'éducation des filles (volume 2)Chapitre 30 sur 49 · INSTRUCTION DE MADAME DE MAINTBNON · texte numérisé non relu

INSTRUCTION DE MADAME DE MAINTBNON

lion ; pennettez*leur les petites choses qu'elles vous

demandent, qui leur fassent plaisir ^ dès que voud

pourrez les leur accorder sans danger, comme vous

voyez que nous faisons ici ; insinuez4eur, mais bien

doucement, de se rendre utiles à la maison* Votre

bon esprit vous fera trouver mille petits moyens

de les persuader, et pour cela, il faut , comme je

vous Tai dit, commencer par vous en faire aimer,

sans quoi vous ne réussirez jamais. N'est^il pas vrai

<{ue si, depuis que vous êtes ici et que vous tii'enten-

dez parler, vous ne m'aviez pas aimée , ou que vous

eussiez eu de laversion pour moi, vous n'auriez

pas si bien reçu tout ce que je vous ai dit? Cela

est certain, et que les plus belles choses enseignées

par des personnes qui nous déplaisent ne nous font

aucune impression et nous rebutent souvent. Ne

vous étonnez pas de ce que vous pouvez voir dans

cette maison*-là de différent de ce qui se fait ici :

chaque couvent a ses manières \ celui où vous allez

n'est pas fort régulier-, vous serez peut-être sur*

prise de voir aller seule au parloir, d'y passer beau-^

ooup de temps, d'y manger, etsembld)les choses où

vous serez portée de croire qu'il y a du mal, et il

se peut bien faire qu'il n'y en ait point, eu égard

aux circonstances dont elles sont accompagnées.

n n'est pas étonnant qu'il se soit glissé de pareils relâchements sous une abbesse de cent ans, et qui était en enfance depuis près de vingt ans. Loin dé vous décourager pour les difficultés que vous trou*verez en votre chemin , ne cessez de bénir Dieu des grâces qu'il vous fait. Les jeunes personnes de

256 LETTRES SUR L*EODCATION.

votre âge qu'il rend assez solides pour travailler à leur propre salut sont bien heureuses; combien donc Tétes^vous davantage, vous, mademoiselle, qu*il daigne choisir de si bonne heure pour vous employer a celui des autres! Vous ne pouvez trop l'en remercier et vous efforcer d'entrer dans ses desseins, car c'est une grâce qui vous est particulière, et qu'il n'a pas accoutumé de faire aux personnes de votre âge.

L'ordre de Saint-Bernard, dont est la maison o& vous allez, est excellent 5 tout ce que M™* de la Viefville nous en a dit aujourd'hui me paroit admirable.

(Puis, M'^'deMaintenon, leur adressant la parole à toutes, leur dit avec bonté) : a Adieu, mes enfants ; si vous aimez Saint-Cyr, vous ne pouvez en donner de meilleures marques qu'en vous comportant bien en tout. Soyez douces et accommodantes , ne soyez point prêcheuses , faites tout le bien que vous pour-* rez, et si vous ne vous accommodez point de cette maison, nous serons toujours prêtes à vous recevoir 5 mais si celles d'entre vous qui veulent entrer au noviciat trouvent qu'il commence avec ferveur, et qu'il y ait lieu d'espérer d'y former de bonnes religieuses, nous vous enverrons encore de nos meilleurs sujets. (Puis les embrassant chacune en particulier, elle leur dit) : Adieu, mes enfants, vos larmes m'attendrissent, je suis présentement toute occupée de votre abbesse. » ' .

(Qu'il fut toQJoun commeooer par la douceur et la raisoo dans let corrections que l'on est obligé de faire. )

5 décembre 1705.

Pour répondre à la question que vous me

faites, il faudroit savoir quelle sorte de personne vous voulez reprendre. La maxime de Saint-Cyr est de commencer toujours par la douceur et la raison avant d'en venir à la rigueur.

J'approuve fort la complaisance que vous avez eue pour vos religieuses; il faut chercher a se faire aimer, et ne vouloir être aimée que pour les porter a Dieu.

Je vous envoie un excellent sujet en vous envoyant Champlebon % mais je vous annonce qu'il me faudra bientôt rendre M"® d'Aumale , je n ai fait que vous la prêter ; charité bien ordonnée commence par soi-même, et nous avons besoin d'elle ici. Il faut lui donner le temps d'établir Champlebon; Saint- Laurent * fera fort bien en second. Je vous envoie trois petites pensionnaires : Tune est un enfant dont j'ignore la naissance \ les deux autres sont demoi-

^ Lettres édifiantes ^ t. V, lettre 98. — Lettres et Avis, p. 572.

* L*une des demoiselles de Saint-Cyr envoyées à Gomerfon* taine.

s Autre demoiselle de Saint-Cyr.

* « C*était un enfant de cinq ans, qu'elle trouva seule sur son chemin , ayant seulement un billet sur son corps qui marquoit qu'elle avoitreçu le baptême et son âge. Madame s'en chargea; elle avoit souvent de semblables rencontres » {Sote des Lettres et Avis).

268 LETTRES SUR L*fiDUGAT10M.

selles, et c'est en attendant qu'elles puissent entrer à Saint-Cyr.

J'espère que l'amitié que Vous avieî pour tnà Nanon * lui procurera les prières de votre maison et les vôtres.

Soyez ponctuelle, je vous prie, nette et précise en affaires; adressez^vôus directement à moi : j'ai été deux mois à vous demander une adresse pOut vous écrire, il y en a un que j'atteûds les noms des petites demoiselles que vous avez prises. J'aime l'ordre; tous ces détails sont écrits sur mon livre -, je ne brûle voij lettres qu'après y avoir répondu ^ et je ne passe pas un article^ Ne vous amusez point à me faire des compliments, c'est un temps pQrdu ; tâchons de rétablir votre maison. J'espère vous donner un petit secouris à la fin de janvier ou au commencement de février. Je vous envoie cent écus sur les pensions de mes filles *, marquez toujours quand vous aurez reçu mes lettres.

(Contre Vamasement et le danger des manascrits j qae les filles ne peuvent être trop sobres sor la lecture. )

20 décembre 1705.

Ce n'est pas à ce que vous m'écrivez que je veux répondre aujourd'hui, mais à tout ce qui me revient de vous. Je vous conjure, ma chère fille, de profiter

^ MUe Balbien, qui était morte.

* lettres édifiantes^ t. V, lettre 99.

À MADAME DK LA VIBFYILLE (1705). 369

de mon expérience et de ne pas vous laisser aller à tous les goûts de Saint-Gyr ; on y a eu longtemps celui des manuscrits, et ils nous ont fait tant de mal, que nous avons été contraints de les défendre ^ J'ai dit qu'il ne falioit point vous envoyer les méditations que vous demandez ^ toutes ces écritures-là ne sont qu'une grande perte de temps. U y a tant de isi boftô livres^ et il vous en faut si peu : le Nouveau Testai ment, rimitation, Rodriguez , saint François de Sales, les livres de votre ordre, en voilà plus qu'il n'en faut pour vous sanctifier. Le long temps que vous êtes à l'église, joint aux charges de votre maison, ne vous laisse guère de loisir, et ce n'est pas un malheur. La lecture fait plus de mal que de bien aux jeunes filles-, celles qui sont simples se contentent des livres que j'ai marqués, et encore y en a-t-il qui en savent faire un mauvais usage; les autres font les beaux esprits et excitent une curiosité insatiable. Nous avons éprouvé tous ces inconvénients, et, encore une fois, je voudrois bien que vous en profitassiez.

N'ôtes-vous point un peu indiscrète de vouloir garder mademoiselle d'Âumale parce qu'elle vous est bonne, sans penser qu'elle nous l'est aussi? Pressez donc votre résolution, ma chère fille, de nous la renvoyer vers les jours gras. J'espère que dans ce temps*là Champlebon sera accoutumée à vos pensionnaires. U y a assurément du miracle à ce qui se passe à Gomerfontaine. Je vous prie de dire à Martinville '

^ Voir la note de la page 179.

' L*uDe des demoiselles envoyées à Gomerfontaine.

SM LgTTlIBS SUR l'IDCCAT'

selles, et c'est en sttendaDt quV à Sainl-Cyr.

J'espère que l'amitié que vr non ' lui procurera les prière?

vôtres.

Soyez ponctuelle, je vous alTaires; adressez-vous dire deux mois à vous deinand< écrire, il y en a un que j'a , demoiselles que vous av tous ces détails sontécri' vos lettres qu'après y a pas un article. Ne vous compliments, c'est un tablir votre maison, i' secours à la fin de jar février. Je vous envr de mes filles; marqi reçu mes lettres.

r . '.f «M pour

j ,..",,jSprieDieu

.*estintelli-

.^'(ff en conjure,

'..' ,,wl(pourSaint-

\xïO\ts haïssent.

,,, j'en ai beaucoup

„riiis aider à rétablir

'«s et leur salut.

jfSAINT-tOUIS.

Page 1