E SAINT-LOUIS
h'e^ ^^*^//r ^» grands desseins, il faut travail- ^^ii/ /^ftta» . ♦ Fsans trop d'empressement •, met-
^, .^'' ^ ^ ^^M^ ,^ ®^ ®^ repos, et ne vous agitez
. ^%^V. ^^ffi^ mporels jusqu'à vous troubler.
f ^^^k$àé^^^^ i^ ^^^^ ^ présence de Dieu , prati-
^^%r^z/^'.>^ 'rtes de vertus, veillez sur vos filles,
^^^^^ ^'^Ûll^ ^s, attaquez doucement et continuelle-
^/Jî Hv^iS/^^^ défauts, et encore plus leurs vices si elles ^'^'4^1 ^*^ -f n'oubliez rien pour former Jésus-Christ
. ^ l^î^ * pour les rendre raisonnables.
"i: , / '"^ ^ ^utes les instructions, les conversations, les
''^^Wi <ndes, les punitions, les récompenses, les
^ * '^pi^ aisances, les relâchements, soient employés
' '</^^ ies rendre vertueuses, de bonnes mœurs, mo-
^y*to ^^'i discrètes, silencieuses, secrètes, bonnes,
..es, généreuses, aimant l'honneur, la fidélité, la obité, faisant plaisir dans ce qu'elles peuvent, ne ichant personne, portant partout la paix, ne désunissant jamais, ne redisant que ce qui peut plaire et adoucir. Treize ans ne sont point trop longs, mes chères filles, pour les instruire et les former à tant de bonnes choses^ voudriez-vous renoncer à ce noble travail pour vous inquiéter et les inquiéter sur un ouvrage un peu plus tôt fait?
Il faut que vos* demoiselles travaillent à tout ce qui se fait dans la maison, mais tout ce que je viens de marquer est le plus pressé. Mettez-vous en repos dans toutes vos charges, ne donnez pas un moment à la lâcheté, à l'oisiveté, ne quittez pas vos emplois pour une prière que Dieu ne vous demande point ; mais quand, après cela, votre ouvrage ne sera pas
262 LETTRES SDR l'ÉDUGATION.
aôheté, n'en ayez pas la moindre peine, vous le reprendrez le lendemain ou d'autres le feront. Tâchez d'inspirer aux demoiselles le goût de l'ouvrage, il leur est absolument nécessaire*, mais vous y réussirez mieux en les divertissant qu'en les fatiguant trop.
Vous faites très-bien de vous servir des demoiselles et de les mettre à tout, mais il faut que ce soit dans le besoin, et il ne faut pas compter pour un véritable besoin l'envie que vous aurez de faire quelques misérables épargnes. Par exemple, vous faites balayer les demoiselles des années de suite pour soulager l'infirmité de leur sœur converse : rien ne seroit plus raisonnable que de lui donner ce secours de temps en temps -, il ne l'est pas qu elles le fassent toujours. Les demoiselles peuvent aider aux dames de la sacristie, aux sœurs converses, mais non pas être seules chargées de l'ouvrage.
Il est certain qu'il faut les mettre à tout, il est certain aussi qu'elles ne doivent pas trop travailler, ni être souvent tirées de leurs classes.
Qui trouvera ce milieu? la supérieure aidée et avertie par le conseil; mais vous devez garder une règle qui vous guidera, c'est de ne rien exiger d'elles que vous ne fassiez vous-mêmes. Vous voulez qu'elles balayent, balayez aussi -, vous voulez qu'elles veillent les malades, veillez comme elles, c'est-à-dire une religieuse avec plusieurs demoiselles, quand cela est nécessaire*, vous voulez retrancher leur nourriture, re^ tranchez la vôtre ; vous voulez qu'on ait moins de linge blanc, ayez'^en moins , mais ne retranchez ja-
AUX DAMBS DB SAINT-LODIS (1706). 96S
mais ni pour vous ni pour ellea que dans des caa trés^xtraordinaires, car on ne vous a marqué que le nécessaire ; mais, encore une fois, ne les souffrez point mal nourries quand vous le serez bien, ni mal vêtues quand vous serez très^propres.
Je sais ce qui est dû à la profession et à la gravité religieuse, mais je sais aussi que vous avez fait vœu de pauvreté', tout s'accommodera quand on le voudra. Yûusavez grand besoin d'une supérieure affectionnée et zélée pour Vlnstitut; que le conseil pense de môme, et que la maîtresse générale soit Tavocate des demoiselles, car on sera toujours tenté de retrancher sur elles, parce que le grand nombre fait que le moindre retranchement est considérable.
On sera de môme tenté de les faire trop tra* vailler pour épargner, mais on ne le peut sans prendre sur leur éducation, qui est un ouvrage de persévérance. Huit jours passés sans leur parler ne paroissent point y avoir nui y il est pourtant vrai que ce mal est réel, quoique invisible, et qu'il faut prendre le moins qu'on peut sur les maîtresses des classes et sur les filles.
Il est impossible que de temps en temps on ne fasse des fautes : les maîtresses des classes changent^ les esprits sont différents ^ il y en a de plus portées les unes que les autres à innover. Il faut que la supérieure tienne la balance et entre dans la conduite des classes, non pour tourmenter et troubler les premières maîtresses , mais pour juger des choses qu'elles doivent laisser à leur disposition et de celles qu'elle doit décider. Il faut que je marque ici que
964 LETTB88 80R L'ÉDDCATrOff .
mon intention n'a jamais été que la supérieure ne se mélàt point des classes; j'ai dit cent fois qu'il ne faut pas se mêler des charges les unes des autres, et qu'il faut laisser chacune en repos dans la sienne-^ mais cela ne peut regarder la supérieure, qui doit tout gouverner, tout conduire et tout savoir. Je ne puis trop conjurer mes chères filles de ne se point troubler les unes les autres en blâmant ce qui se fait*, toutes les plaintes doivent être portées à la supérieure; mais, du reste, il ne faut point trouver les demoiselles mal habillées, mal nourries, mal élevées, etc., parce que vous contristez vos sœurs, quelque vertu qu'elles aient. Quand les demoiselles montent d'une classe à l'autre, il ne faut point s'en plaindre, mais les recevoir toutes également ; j'ai vu faire de grandes fautes là-dessus.
i 42 «. — AUX DEMOISELLES DE LA CLASSE BLEUE.
Je vous ai recommandé, mes chères filles, d'avoir soin de ma sœur de Saint-Périer ] j'ai la même prière à vous faire pour ma sœur de Bouju, qui ne se porte pas bien ; ma sœur de Garnier est convalescente, de sorte que je ne vois que M"' de Lajonchapt en état de vous parler ^ mais il ne faut pas la tuer. Contentez-vous de faire des lectures pour vos instruc-
> Lettres et Avis, p. 498.
• M^es de Saint-Périer , de Bouju et de Garnier étaient maîtresses des bleues , M^e de U^onchapt étnit une des noim,
lions, et ne souffrez pas que vos trois maîtresses VOUS disent un mot jusques à mon retour de Marly. J'espère que vous vous piquerez d'honneur, et que vous me ferez voir que trois muettes vous conduiront fort bien.
24 mars 1706.
Je conjure les maîtresses de classes de tenir U main à ce qui suit :
De revenir toujours à l'éducation des demoiselles, qui doit être chrétienne et raisonnable -,
D'avoir ce but-là devant les yeux dans tout ce qu'on leur dit ^
De l'expliquer dans les petites classes aux exercices nécessaires , catéchisme , lecture , écriture , apprendre par cœur pour la répétition du dimanche et des fêtes;
De ne leur permettre ni vers, ni conversations, ni proverbes que par récompense \
De leur apprendre à travailler; de promettre, à celles qui sauront lire et écrire, qu'elles ne l'apprendront plus, de s'en servir pour montrer aux autres ;
De prêcher toujours l'amour du travail dans toutes les classes ;
De soutenir la dentelle aux jaunes, quand les autres ouvrages manquent ;
De conserver soigneusement les carreaux, pour y pouvoir travailler quand on veut.
* Lettres et Avis, p. 105.
M9 LBTTRBS SUR L'ÉDUCATIMir.
144 S — A MADAME DE GARNIERS
iUrly* 1709.
Gomment est-il possible que je ne vous aie jamais écrit, ayant tant de raisons de vous aimer ! Je le fais avec plaisir, ma chère fille, et je vous conjure de vous former pour les classes, et d'imiter ma sœur de Saint-Périer. Donnez-vous tout entière, comptez sur Fimperfection des demoiselles, ne vous en impatientez jamais, repretiez-les doucement , continuellement, raisonnablement et brièvement; ne les poussez point, n'attendez point leurs réponses, semez et priez le père de la moisson : vous ou d'autres recueillerez dans la saison. N'ayez rien à dire à la première maîtresse, finissez tout par vous-même, gouvernez dépendamment de cette première, n'en soyez point honteuse, et ne projetez jamais de faire autrement qu'elle : l'égalité de conduite entre les maltresses est l'essentiel du gouvernement des demoiselles.
Amusez-les aux récréations, mais ne vous y abandonnez pas -, il faut toujours agir et parler par rapport à elles, et remettre votre délassement avec vos sœurs. Vous voyez, ma chère fille, que je ne suis pas rebutée, et que je songe à vous former-, je crois tout , j'espère tout, et je n'ai plus que de la joie sur Saint-Cyr. Je me porte fort bien, et j'ai grand regret
* Lettres et Avis, p. 412.
* Marie-Anne de Garnter fit profession le 20 mai 1705 et mourut en 1754, âgée de soixante-qaatone ans.
au temps que je donne ici. Je vous embrasse de tout
mon cœur.
Ce 28 septembre 1707.
Je suis ravie, ma chère fille, de ce que vous êtes contente de votre classe, et encore plus du témoi* gnage que vous rendez de vos sœurs. Je voudrois bien que Dieu voulût rendre la santé à M. de Boufflers^. Il faut que ma sœur de Marans^ s'accoutume à prendre de Tautorité, elle n'est plus un enfant, et il ne faut plus trembler avec des enfants. Vous avez grande raison, ma chère fille, d'aimer tout ce qui est établi dans votre maison ^ si vous le continuez, vous ferez des biens infinis par l'édification que vous donnerez à toutes les maisons religieuses. Priez pour celles qui n'ont pas été aussi bien éclairées que la vôtre. Je me porte toujours bien et vous embrasse du meilleur de mon cœur.
Vous êtes appelée à un grand renoncement à vpush même ] il ne faut rien donner à votre goût, rien a
* Lettres et Avis, p. 393.
' Le maréchal de Bouillere.
* Nieole-Ffançoige de Marans de Penenverne fit profession ie 25 août 1707 et mourut en t7io, âgée de tingt-huit ans^ Elle n'avait pas été élevée à Saint-Cyr.
^ Lettres et Avis, p. 301.
Famitié particulière pour vos sœurs, rien à vos proches, rien au plaisir d'en faire; il faut aller droit en tout, et toujours sans acception de personnes.
J'approuve fort que vous profitiez des talents des filles qui vous aident dans les classes pour apprendre ce qu'elles savent à vos enfants; mais je désapprouverois fort que vous fissiez le moindre embarras â la maîtresse générale pour vouloir des filles par rapport à ces talents-là ; désirez toujours celles qui ont le plus de bonne foi et de raison, contentez-vous de celles qu'on donne.
Soyez en tout modérée, ne poussez à bout ni celles qui montrent, ni celles qui apprennent; ne regardez que la piété et la raison comme essentielles à l'éducation. Offrez toutes vos peines et tout votre travail à Dieu entre lui et vous; vos filles brilleront moins par leur catéchisme et par leur conduite, que par des vers et des conversations, et la pauvre maîtresse ne sera guère admirée quand ses filles prieront bien Dieu, et qu'elles ne feront ni ne diront rien de mal à propos. Je prie Dieu, ma chère fille, de bénir tout ce que vous faites et tout ce que vous voulez faire.
1471. xmS AUX DEMOISEF.LES DE SAINT-CYR.
Février 1708.
Quoiqu'il y ait un article qui vous regarde et qui devroit vous suffire dans l'Esprit de l'Institut des Dames de Saint-Louis, vous voulez que je vous
* LeUres édifiantes, t. Vï, p. 4.
AVIS AUX DEMOISELLBS OË SAINT-CTR (1708). 269
marque quelque chose qui soit en particulier pour vous, et je le fais de tout mon cœur, vous aimant coihme mes enfants et désirant avec ardeur que vous profitiez de l'éducation que le Roi vous procure.
Il faut, pour remplir son dessein, que vous soyez bonnes chrétiennes et dociles-, ces deux qualités renferment ce que vous devez désirer.
Instruisez-vous donc sans relâche de votre religion, aimez le catéchisme, qui contient tous les articles de foi, les mystères, et tout ce que nous devons faire pour accomplir la loi de Dieu.
Pratiquez ce que vous avez appris; soyez pieuses, humbles, charitables, silencieuses, modestes-, le christianisme est la pratique de toutes les vertus, la piété est utile à tout; une couronne sans piété ne feroit que vous précipiter plus sûrement dans l'enfer. Que seroit-ce que l'infortune de votre état sans piété ? vous seriez peu heureuses dans ce monde, et misérables pour jamais en l'autre.
Faites donc une bonne provision de piété, mes chères filles, qui vous soutienne contre les périls et les privations où peut-être vous serez exposées.
Voilà le fondement de votre salut, voilà ce que vous devez chercher aux dépens de tout, et quand vous l'aurez acquis, vous aurez assurément la docilité, qui est la seconde qualité que je vous désire. Soumettez-vous de bon cœur aux règles de votre maison; n'en méprisez aucune pratique; accoutumez-vous de bonne heure à l'assujettissement. Ne soyez point dédaigneuses, mais bonnes, simples, aimant à plaire à vos maîtresses et à les soulager dans
S70 LBTTRBS SUR l'bDDCATION.
lis peines que vous leur donnez ; jugez de votre naturel par les répugnances que vous trouvez en vous pour ce qu'on vous demande, par ramitié que vous avez pour vos maîtresses, par le goût pour les bonnes choses, par Tamour pour la vérité, par la reconnoissance pour les instructions et les avertissements que Ton vous fait. Que les bien nées se réjouissent et rendent grâce i Dieu ^ que les mal nées ne se découragent pas, car une grande récompense les attend si elles se font violence.
Que le caractère particulier des demoiselles de Saint-Cyr soit encore la piété droite et rattachement a la saine doctrine; voilà, mes chères enfants, ce que je vous recommande : à quoi serviroit ce que vous avez voulu que je vous écrivisse, si vous ne le mettez en pratique? La piété droite est celle qui nous attache aux devoirs de notre état : votre piété ne sera pas droite, si, tant que vous serez à Saint-Cyr, vous ne la faites consister à observer pour Tamour de Dieu les règles et les usages de la maison \ vous prieriez depuis le matin jusqu'au soir inutilement, si vous ne priez de la manière dont Dieu le veut et dans le temps qu'il veut
Votre piété ne sera pas droite, si, étant reUgieuses, vous n'êtes pas fidèles à l'institut où Dieu vous placera.
Votre piété ne sera pas droite, si, étant mariées, vous abandonnez votre mari, vos enfants, et votre petit domestique, pour aller dans les églises dans les temps où vous n'êtes pas obligées d'y aller. Que ce soit la piété droite qui soit la piété des élèves de
AUX REJLI6IC08BS DE 8AINT*U»I}» (1708). 271
Saint"Cyr. Attachez-vous à TÉglise, suivei«-en Tel^ prit et les maximes; craignez toutes les nouveautés; soyez simples dans vos lectures ; évitez la curiosité qui perd les personnes de notre sexe ; fiiyez les personnes et les livres dès qu ils sont suspects; prenez le chemin le plus sûr, qui est la pratique de F Évangile selon les devoirs de votre état^ et expliquée par un (Conducteur dont la doctrine soit irrépréhensible.
( Sur U séparation de la communauté d'avec les demoiselles. )
Mars 1708*
1 . Vous êtes instruites sur tout, meS chères filles, il rtie semble que je n'ai plus à vous parler que Suf les demoiselles; je tâcherai donc de traiter ici l'élôignenien t dans lequel la communauté doit vivre à leur égard, et la conduite que doivent tenir celles qui sont chargées de leur éducation.
2. On vous a assez expliqué de fois que les reli^ gîeuses qui ne sont pas employées aux classes s'acquittent du vœu d'instruire les demoiselles comme celles qui gouvernent, puisqu'elles leur rendent toutes sortes de services ; celui de lès édifier ne sera pas le moindre.
3. Qu'on ne s'informe point aux classes comment les filles sont gouvernées ; que la communauté vive dans une entière séparation d'avec les demoiselles,
^ Miret éd^iantea, t. VI. -« Mires et Aviâ, p. 69.
et si les particulières y ont quelques proches parents, qu'elles les abandonnent au gouvernement de la maison et qu'elles ne s'en mettent point en peine; qu'elles ne s'informent point de leur éducation, et qu'elles attendent en paix ce que la supérieure voudra leur en dire : vous avez renoncé au monde et à vos familles, voudriez-vous les reprendre pour vous troubler et pour troubler un ordre si nécessaire à établir parmi vous ?
4. Ces maximes paroissent dures , mais elles feront pourtant votre paix. On vous défend les communications entre vous, qui êtes toutes à Dieu, comment pourroit-on vous en permettre avec des jeunes personnes qui retournent au monde ?
5. Les Ursulines, qui sont destinées à l'éducation des filles, n'ont aucun commerce avec elles quand elles ne sont pas aux classes; si quelques couvents n'observent pas cette règle, c'est qu'ils ne sont pas réguliers ou que la pauvreté ou la disposition du bâtiment les met à même de se relâcher ; mais dans le grand couvent du faubourg Saint-Jacques, où j'ai demeuré, je n'y ai jamais connu que nos maitresses.
6. Si elles ont jugé cette conduite nécessaire, quoiqu'elles ne gardent point des filles au-dessus de seize ans et qu'elles n'en aient qu un petit nombre, voyez ce que vous devez faire, vous qui les avez jusqu'à vingt, qui est l'âge où elles sont plus difficiles à contenir.
7. Si vous ne comprenez ce danger, si vous ne l'évitez avec fidélité, il y aura des désordres qui per-
dront votre maison au dedans, et scandaliseront au dehors.
8. Vous avez déjà fait des expériences qui vous en ont fait voir les conséquences, et combien les procédés les plus innocents ont été susceptibles des plus mauvaises interprétations.
9. Vous ne trouverez de sûreté que dans Téloignement entier que je vous demande. Ne les voyez que dans les lieux où vous ne pouvez pas les éviter ; ne leur dites pas un mot, ne leur faites rien dire de particulier; s'il y a des honnêtetés a leur faire sur une maladie, sur une affliction, sur un bonheur, etc., que ce soit la communauté en général qui les assure de la part qu'elle y prend, sans que jamais elles croient être plus aimées les unes que les autres.
10. Mes chères filles, rien n'est plus important pour vous empêcher de trouver votre perte dans ce qui doit faire votre joie et votre couronne dans le ciel.
1 1 . Mes inclinations sont tout opposées à la sévérité de ces maximes, mais mon expérience m'a instruite, je vous conjure d'ei^ profiter.
12. Si la séparation du général de la communauté est d'une nécessité absolue, la conduite des mai* tresses n'est pas moins importante.
13. Votre grande afiSsdre, votre unique affaire après celle de votre salut, est le gouvernement des demoiselles; vous avez besoin pour y réussir d'avoir des maximes fermes, droites et uniformes, dont vous ne vous départiez jamais. L'Esprit de votre Institut vous marque de travailler a rendre les demoiselles
S74 LETTRES SUR L'ÊDOCATION.
vraiment chrétiennes et de les accoutumera une vie frugale et laborieuse; je ne vous en dirai rien ici, mon dessein n est que de vous marquer les moyens que vous devez prendre pour les conduire.
14. L'intelligence entre les maîtresses est ce qui peut le plus y contribuer; il faut vouloir les mêmes choses; il ne faut vouloir ni aimer, ni être aimées; il faut soutenir la conduite les unes des autres,' ilfa^t ne se pas mettre à portée qu'on ose s'en plaindre ; il faut ne point suivre ses inclinations particii/iéres pour les demoiselles, ni souffrir celles qu'elles pourroient avoir pour nous; il faut enfin ne vouloir que leur salut et l'édification de la maison, qui s'étendra sur toute la France.
15. Il faut un concert de bonne foi entre toutes les maltresses, qui ne se démente jamais, qui fasse voir aux demoiselles qu'il est indifférent à qui elles s'adressent, puisque tout ce qu'elles disent revient à toutes les maîtresses, et qu'on ne peut avoir oi mystères ni confidences avec aucune qui ne soient connus de toutes.
16. Qu'il est mèmq inutile de s'adresser à la mai' tresse générale, puisqu'elle revient examiner ce qui lui a été dit avec la première maîtresse de la classe; que la supérieure même tient cette conduite, et que, quelque tour qu'elles prennent, elles voient qu'elles sont gouvernées par un seul esprit et par des personnes si unies que rien ne peut les séparer.
17. Il n'y a que cette union, mes chères filles, qui puisse vous rendre assert fortes pour vous soutenir contre les demoiselles.
AUX RELIGIEUSES DE SAtNT-LOtllS (1708). 275
48. J'excepte de cette règle certaines confidences qpi'elles pourroient avoir à faire sur leur conscience^ qui obligent au secret quand ce sont des choses pas» sagères, car si elles doivent avoir des suites^ je crois qu'il faudroit prendre des mesures avec la première maîtresse et les supérieures.
19. Les maîtresses ou subalternes ne doivent point recevoir de ces confidences : il faut les renvoyer à la première maîtresse, ou à la maltresse générale, ou aux confesseurs et supérieurs ^ le nombre en est assez grand pour que ce ne soit pas gêner les consciences.
20. Gouvernez avec douceur, fermeté et gravité; ne vous familiarisez points ôtez même avec les plus petites ces caresses indignes de votre profession, et qui les amollissent et accoutument à ce qui seroit si dangereux dans la suite. Uamour-propre et la mollesse sont les écueils de notre sexe ; penchez plutôt à un peu trop de réserve ; qu elles aient cette conduite les unes avec les autres, quelque proches parentes qu'elles soient : les caresses ne peuvent être bonnes et sont presque toujours mauvaises. Ne les louez jamais d'être flatteuses; inspirez -leur une vertu plus courageuse, mais accompagnée de charité et d'humilité.
2t. Conservez précieusement cette droiture, déjà établie chez vous, sur l'égalité des traitements que vous faites aux demoiselles. Je vois avec un extrême plaisir que, malgré le respect, la reconnoissance et la sincère affection que vous avez pour le Roi, vous ne distinguez point les filles que vous tenez directement de sa main. J*ai le même plaisir de voir mes
276 LETTRES SUR L*ÉDUCATrON.
parentes oubliées, et que vous ne comptez ni protection, ni recommandation, ni élévation de naissance, mais sur leur seule vertu et leur plus grand besoin. J'espère qu'après de pareils exemples, personne ne sera en droit de vous demander des distinctions. N'en accordez jamais , mes chères filles , sous quelque prétexte que ce soit, ni au dedans, ni au dehors, et si«vous avez quelque préférence à faire, que ce soit pour celle qui auroit le moins de ressources d'ailleurs, si elle se trouve par elle-même propre à remplir ia place qui se présenteroit.
J'ai cru qu'il falloit vous laisser quelque temps dans la classe, sans vous rien dire, mais je crois qu'il faut présentement vous exhorter à parler plus que vous ne faites. Il y a sept à huit jours que vous êtes dans le recueillement et le silence 5 vous devez avoir fait une provision de vie intérieure, et mon intention n'est pas de vous la faire quitter. Je désire seulement que, suivant Fesprit de votre Institut, vous joigniez le service de Marthe à la contemplation de Madeleine, et que vous rempUssiez votre quatrième vœu. On n'instruit point sans parler ^ on n'élève point ses enfants en silence-, il faudra donc, ma chère fille, que vous parliez aux demoiselles, que vous les repreniez souvent et que vous les instruisiez toujours; il
> Lettres et Avis, p. 312.
faut même que vous entriez dans leurs conversations et dans leurs jeux, et que vous soyez bien persuadée que vous servez Dieu quand vous jouez aux dames, aux échecs, dans la vue d'acquérir par ces complaisances un pouvoir sur les esprits pour les mener à Dieu. On peut plus exciter par la parole que par le silence : les apôtres, formés par Jésus-Christ, instruisoient continuellement; songez donc à remplir toutes vos obligations, ma chère fille. Il y a dans la classe même bien des temps de recueillement où elles gardent le silence; il y a des lectures, des chants; tout cela vous laisse le temps de retourner à Dieu, quand vous en seriez éloignée, ce que je ne puis croire quand vous pratiquerez ce que je vous propose.
PKBMIKRK MAITRVSSl DS8 BLBUBB.
On nous interrompit, il y a quelques jours, dans le temps que je voulois vous dire, ma chère fille, ce que j'ai déjà écrit ailleurs, qui est que, quand vous avez des filles de grande naissance, il faut redoubler vos soins pour leur éducation^, mais d'une manière imperceptible aux autres, car TégaUté qu'on y garde
* Lettres et Avis, p. 304.
1 M">« de Maintenon parlait ainsi d'après l'esprit même de la fondation de Saint-Cyr, qui n'était pas, comme nous l'avons déjà dit, une maison ordinaire d'éducaUon, mais une source d'édification et d'instruction pour toute la France. Aussi, quand elle excitait Louis XIV à soulager sa pauvre noblesse en fondant Saint-
278 LtTTKfiS Stm L^éDUCATlOlf.
est excellente. Ce que je demande n'iroit qu'à leur parler un peu plus souvent en particulier, à les employer à tout pour leur ouvrir Tesprit, à leur inspirer une solide piété et tout ce qui peut former leur cœur à la vertu ; ces filles-là dans le inonde et môme dans les couvents peuvent faire de plus grands btens que celles qui sont forcées par la misère à retourner ch*ez leurs parents. M"* de Rochechouart est dans le cas que je vous parle, et il me semble que vous la poussez assez ; ce qui me fait espérer que ses incli* nations répondront à sa naissance.
Que vous êtes heureuse, ma chère fille, de ne pas dire un mot qui ne soit une bonne œuvre qui ira plus loin que vous 1 vous contribuerez à la gloire de Dieu sur la terre^ dans le temps que vous jouirez dans le ciel. Je ne puis m'empêcher de porter de Fenvie aux Dames de Saint-Louis.
Je vous prie de montrer cette lettre à ma sœur de Linemare', afin qu'elle fasse de même dans sa classe.
Gyr, elle lui disait : « Le bien et le mal que les gens de condition peuvent faire portent plus de coup que dans les autres classes de la société, parce qu'ils sont appelés à donner Texemple. » Dan$ sa pensée , plus on était élevé en naissance, plus on devait faire de bien ; mais ce qu'elle exigeait de la naissance , elle l'exigeait aussi de la ricbesse , car nous la verrons écrire : «r Je donnerois de mon sang pour communiquer l'éducation de Salnt-Cyr à toutes les maîtresses religieuses qui prennent des pensionnaires (de la bourgeoisie); elles feroient de plus grands biens que nous, parce qu'elles élèvent des filles qui auront de pins grands établissements. »
* Marie-Madeleine de Rocqulgny de Linemare fit profession ie 16 septembre 1706 et mourut en 1749, à soixante-deux ans. Elle fut élue trois fois supérieure.
21 octobre 1708.
Vous avez de la peine à accorder deux choses que je vous ai dites et que vous trouvez opposées : Tune, que vous devez former autant que vous pourrez la conscience de vos filles à être simple , ouverte et droite ; Tautre, qu'il ne faut pas les rendre discoureuses. Il n'y a point d'opposition , ce me semble, entre les deux conseils : ce ne sont pas les plus franches qui ont le plus à dire. La franchise ne consiste pas à dire beaucoup, mais à dire tout, et ce tout est bientôt dit quand on est sincère, parce qu'il n'y a pas grands avant-propos , et qu'il ne faut point em<ployer beaucoup de paroles pour ouvVir le cœur. Une personne simple dit naïvement ce qu'elle a sur le cœur, et quand même elle seroit un peu scrupuleuse, elle se calme par l'obéissance, et quatre mots lui suffisent Celles qui ne sont pas simples ne peu<^ vent se résoudre ni a parler ni à se taire ; il faut leur arracher leur confiance, et on se perd dans leurs tours et détours*, c'est ce qui fait ces longues conversations et ces retours i confesse : on a dit, mais on n'a pas tout dit, on n'a pas voulu dire une circonstance, et puis la peur prend de ne l'avoir pas dite, et on vient la redire ainsi que plusieurs autres. Un cœur droit dit dès la première fois tout ce qu'il sait. Ne voyez-vous pas que les plus franches sont les plus tôt confessées ? elles ne cachent
* lettres et Avis, p. 353.
rien, et le confesseur, qui connolt cette disposition, a peu de chose à leur dire. Tout cela, ma chère fille, est de même pour les premières maltresses : il faut dire peu à vos filles, il faut les accoutumer à peu dire d'abord, à ne se pas embarrasser de n'avoir rien à dire, à ne point chercher de quoi dire, à louer Dieu d'avoir peu à dire, car c'est la simplicité. Ces personnes-la doivent dire à ceux qui les conduisent : Je n'ai rien à vous dire, mais si vous voulez me faire des questions, j'y répondrai, car je ne veux rien cacher. Cette disposition à ne rien cacher est cette ouverture, cette droiture, cette simplicité que l'on demande et qui est si agréable à Dieu. Vous voyez bien qu'elle ne consiste donc pas à beaucoup parler. Vou^ ne pouvez trop vous opposer à ce défaut, il est grand, et les conséquences en sont encore plus grandes. Je suis souvent humiliée chez vous de tant parler, mais il me semble que Dieu le veut ainsi. Je ne sais si vous entendrez bien cette lettre ; elle a été souvent interrompue; je ne répondrai point présentement à la dernière que j'ai reçue de vous. Adieu, ma chère fille, c'est d'aujourd'hui en huit que j'espère me trouver avec vous.
La première maîtresse doit parler aux demoiselles le plus souvent qu'elle peut 5 c'est par les instruc-
^ Lettres et Avis, p. 316.
lions générales et particulières qu'elle leur inspirera le bien^ c'est par là qu'elles seront élevées solidement; le reste n'est qu'un ordre extérieur qu'il faut pourtant toujours observer, mais l'important est de les connoître, de leur parler sur leurs besoins, de leur donner des moyens pour se corriger, de les attendre avec patience et de les encourager, de suivre les progrès qu'elles font, de les louer ou blâmer selon le naturel qu'on leur connoît, de leur parler fortement en particulier et avec beaucoup de ménagements en général , de leur parler de la misère qu'elles trouveront hors de Saint-Cyr, mais avec bonté et jamais par manière d'insulte , se souvenant toujours qu'on a été soimême du nombre de ces pauvres demoiselles. Enfin il faut les traiter comme de bonnes mères qui compatissent à toutes sortes de misères, mais qui veulent toujours les consoler ou les adoucir. Les maîtresses subalternes doivent agir avec le même esprit de bonté et de charité et de vrai zèle pour le bien solide des demoiselles que le Roi et l'État leur confient.
La perfection de votre état, la perfection de maîtresse de classe, le zèle de votre Institut et les services que vous lui rendrez demandent de vous la même chose, ma chère fille ; vous ne serez jamais
1 Lettres édifiantes, t. VI, lettre 63.
iSS LETTRES SUR L'UMICATiOff.
bonne a vos classes qu'autant que vous serez bomie religieuse. Cest un abus qui a été de tout temps dans votre maison, qu'il faut de grands talents pour les demoiselles : tous les talents vous seront difi&ciles et dangereux, si vous n'avez point de vertu, et avec une véritable vertu, vous serez utile aux demoiselles, quelque peu de talents que vous ayez ; soyez solide, droite et simple, et vous les rendrez telles à proportion de leur âge et de leur état. Vous ne pouvez mieux faire, ma chère fille, que de vous bien porter *, je suis fortbi^d aujourd'hui.
On peut quelquefois leur faire faâré ée qui ft'esl pas marqué dans le règlement, comme, par exempte, les faire travailler pendant quelque temps aux récréations qu'elles ont libres, leur faire cesser pour un jour ou deux leurs exercices-, mais en même temps il est bon de leur faire sentir qu'on a des raisons pour cela , comme , par exemple , qo*6n e^ fort pressé de quelque ouvrage 5 et il ne faut pas qu'elles osent dire : Cela R'est pas dans nos règlements. Vous avez l'autorité de changer tout cela comme il vous plaît, mais cependant il faut prendre garde à le faire rarement et que chacune ne suive pas son goût particuUer, car une fille, par exemple, portée à la piété les retirerôit de leurs exercices
' Recueil d^ Réponses, etc., p. 56.
ordinaires pour leur faire faire , tantôt des oraisons particulières, tantôt des neuvaines à quelque saint; et une autre qui aimeroit le travail leur feroit quelquefois sentir, même sans le leur dire, qu'elle a regret aux moments qu'elles donnent à Toraison, et négligeroit volontiers leur instruction pour les faire travailler comme de bonnes servantes^ croyant que qui travaille fait tout, et que le reste ne doit être compté pour rien* Chacun pense diversement, et plus diversement qu'on ne sauroit dire^ et je suis persuadée que qui vous feroit écrire à toutes en particulier ce que vous. pensez sur l'éducation, il ne s'en trouveroit pas une qui ne pensât un peu différemment. Il y a bien de certaines maximes principales que vous auriez toutes, comme : qu'il les faut élever chrétiennement, les accoutumer à une vie laborieuse; mais il y a des choses plus particulières sur lesquelles vous ne conviendriez pas de même. Ainsi le remède c'est de ne les point conduire par votre propre esprit, de sacrifier vos vues, de n'entrer pas même dans ce qu'on pourroit vous proposer qui seroit meilleur que ce qu'on a établi dans la maison, mais le suivre par préférence à tout ', sans cela on ne gardera point cette uniformité dans les maximes qui est le capital pour elles et pour vous. Quand j'ai dit qu'on est maîtresse de changer leur règlement, j'entends pour quelque temps en passant : ce seroit renverser l'ordre si l'on étoit plus longtemps hors de la règle que dans Texercice de la règle.
384 LETTRES SUR L'ÉDCCATION.