‹ Lettres sur l'éducation des fillesChapitre 17 sur 61 · PREFACE. XVII · texte numérisé non relu

PREFACE. XVII

apprenaient la même chose, avec la musique et des notions d'histoire, de géographie et de mythologie. A Tâge de quatorze ans, elles passaient dans la classe jaune , où l'instruction roulait principalement sur la langue française, la musique, la rehgion ; on leur donnait aussi quelques leçons de dessin, et on leur apprenait à danser. A l'âge de dix-sept ans , elles passaient dans la classe bleue^ où l'instruction ne roulait plus que sur la langue et la musique, mais où l'instruction morale était développée jusqu'à la perfection. D'ailleurs, plus de la moitié des demoiselles de la classe bleue était dispersée dans la maison, soit \yo\ir aider les maîtresses des classes, soit pour assister les officières de la maison, c'est-à-dire la dépositaire, l'économe, les infirmières , les maîtresses d'ouvrages , la sacristine , l'apothicaire , etc. C'était dans ces divers exercices qu'elles trouvaient le complément de leur éducation. On dispersait de même un certain nombre de jaunes, pour aider au service de la maison, et même on y employait les plus petites.

L'éducation manuelle était fort étendue à SaintrCyr; on y apprenait à coudre, à broder, à tricoter, à faire de la tapisserie; on y faisait tout le linge de la maison, de l'infirmerie, de la chapelle, les robes et vêtements des Dames et des élèves; « mais point d'ouvrages exquis, dit M™* de Maintenon, et d'un trop grand dessin, point de ces colifichets à broderie ou au petit métier qui sont inutiles. » Enfin les religieuses et les sœurs converses étant insuffisantes pour l'instruction et le service de la maison, les demoiselles étaient appelées à les aider pour desservir le réfectoire, balayer les dortoirs, net-

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loyer les classes. « 11 faut les mettre à tout, dit M"'* de Main tenon, et les faire travailler aux ouvrages pénibles, ix)ur les rendre robustes, saines et intelligentes. »

Les demoiselles sortaient de Saint-Gyr à vingt ans, et on leur donnait une dot de trois mille livres avec un trousseau.

Les Dames de SaintrLouis étaient prises ordinairement parmi les élèves de Saint-Cyr : elles étaient dans Torigine astreintes seulement à des vœux simples; puis en 1692 on transforma la maison en monastère régulier de l'ordre de Saint-Augustin, et elles firent des vœux solennels. Elles étaient au nombre de quarante, professes ou novices, qui se partageaient les charges de la maison.

Les grandes cliarges étaient celles : 1° de la supérieure, qui avait le gouvernement général de la maison, sous la surveillance de l'évêque de Chartres pour le spirituel, et pour le temporel d'un conseiller d'État nommé par le roi; elle était nommée à l'élection et pour trois ans; T de Y assistante^ qui était la suppléante de la supérieure; 3® de la maîtresse des novices ; 4" de la maîtresse générale des classes , directrice générale de l'enseignement et supérieure particulière des demoiselles ; 5** de la dépositaire, qui avait le maniement général des recettes et dépenses de la maison.

Les petites charges étaient celles des maîtresses des classes, de Y économe, de la portière, de Yinfrmière, de la maîtresse générale des ouvrages, de la r obier e, etc.

Les affaires de la maison de Saint -Louis étaient régies par un conseil du dedans, composé des cinq

PREFACE. \l\

oUncicres, et par un conseil du dehors^ oom|)osé d*iin conseiller d*État, d'un avocat au parlement de Paris, et de l'intendant de la maison.

La maison jouissait, à l'époque de la révolution, de quatre cent quatre-vingt seize mille livres de revenu.

Elle fut supprimée par la Convention en 1793.

LETTRES

1«. — A MADAME DEBRINON»,

A MOnTMORBIfCT.

Fontainebleau, ce 3 juin 1680.

Je reçois toujours vos lettres avec plaisir, madame, quoique je n'y réponde pas aussi régulièrement que je le désirerois, et je me souviens très-souvent, et de votre mérite, et de l'amitié que vous avez toujours eue pour moi; nous en parlons avec vos amis

** Lettres édifiantes de Jlf»»« de Maintenon, t^ I, 46e leUre, p. 1 90 (Voir sur ce manuscrit des Dames de Saint-Cyr la Préface).

' Marie de Brinon, religieuse ursuline du couvent de Lihon, diocèse de Rouen. « Cette dame avoit été obligée de sortir de son couvent à cause qu'il étoit tombé dans une pauvreté extrême ; on en sépara les religieuses, et Mme de Brinon vint demeurer aux environs de Montchevreuil , où W^^ de Maintenon la vit et goûta son esprit et sa piété. Cette religieuse voulant s*adonner, selon Tesprit de son institut , à l'éducation des filles , Mme de Maintenon lui donna des pensionnaires , et , pour l'avoir plus près d'elle , elle l'engagea à s'établir près de Paris. La religieuse s'étant associé deux ou trois autres du même ordre, établit sa pension près de Montmorency, et là forma des ûlles que M^e de Maintenon lui confioit. Au bout de deux ans, M^e de Maintenon la trouvant trop éloignée, la transféra à Rueil, afin d'être plus à portée d'aller visiter plus souvent cette école , et veilloit à l'éducation qu'on y donnoit aux enfants » (Note des Lettres édifiantes , 1. 1, lettre 45). Cette école de Montmorency fut le berceau de Saint-Cyr , dont Mme de

2 LETTRES SUR L*ÉDUCATlON.

(|ui sont ici et qui y réussissent à merveille 5 la marquise de Montchevreuil a été malade \ le marquis * est en J)8irfaite santé. Je tous supplie, inadame, de vouloir bien recevoir les deux petites filles que je vous envoie, et de les instruire comme ayant à servir^ : il faut, s'il vous plaît, qu'elles apprennent leur religion, à lire en françois et à écrire, à compter, et, du reste, à servir à tout ce qu'il y a de plus grossier, autant que leur âge lé peut permettre. Il me semble que vous m'avez dit que vous preniez cent francs de pension ^ je compte là-dessus, et vous en serez bien payée. J'aurois pu les inettre , pour vingt -cinq écus, à Maintenon, mais je les crois mieux chez vous, et je suis bien aise de partager le peu de charités que je puis faire. Adieu, madame, écrivez-moi quand vous le pourrez, faites prier Dieu pour nous, et croyez que l'on ne peut vous estimer et vous aimer plus que je le fais.

MAmTEl^ON.

Brlnoti fut la première supérietire (Voir VBist. de la maison royale de SainUCyr, ch. m),

^ Le mar(|uis et la marquise de Montchevreuil étaient des plus anciens amis de M^^^ de Maintenon et ceux qui l'avaient le mieux accueillie dans les misères de son veuvage -, elle n'eut jamais aucun secret pour eux et ils lui restèrent constamment attachés. Le marquis devint gouverneur du duc du Maine et fut Tun des témoins du mariage de Mme de Maintenon avec Louis XIV. La marquise était une femme d'une très-grande vertu et d'une piété angélique : « elle avoit tellement captivé Mme de Maintenon, dit Saint-Simon, que celle-ci ne voyoit que par ses yeux. »

* M™e de Maintenon ne pensait pas encore à l'Institut de Saint- Cyr; elle ne faisait élever à Montmorency que des ûlles de pauvres gens, principalement de sa terre de Maintenon.

A MADAME DE BBINON (1682). 3

(Sur les enfants qu'elle élevait à Rueil aui dépens de Mme Je Ifaintenon '. )

Octobre Ï682.

ie n'ai pu encore vous témoigner la joie que j'ai d'être rapprochée de vous, l'envie que j'ai de vous voir et ma reconnoissance du beau présent que vous m'avez fait pour ma fète^ je voulois vous renvoyer le saint François, aimant mieux parer votre autel que ma chambre, mais depuis que j'ai appris que c'étoit une rareté et môme une relique , j'ai résolu de le garder toujours et de ne le quitter que le moins que je pourrai. J'ai écrit à Maintenon pour ^voir du lin, et j'ai grande impatience de me trouver dans cette étable ^ \ je suis ravie de ce que Ton m'aime chez vous plus que l'on ne me craint , et je verrai vos enfants avec un grand plaisir. J'embrasse M""* de Saint-Pierre*, et je lui porterai de l'argent ^u premier jour-, il me semble qu'il n'y a guère que je vous ai payé toutes les pensions, et cependant nous touchons au jour de l'an; tout cela conclut que le temps passe vite. Vous m'embarrassez tout à fait touchant le Saint-Sacrement ^ ; vous savez mes sentiments qui n'ont pas changé un mo-

* Lettres édifiantes, t. 1, 53® lettre, p. 239.

* Les sommaires qui se trouvent ainsi en tête des lettres sont tirés des Lettres édifiantes et autres manuscrits des Dames de Saint-Cyr.

3 Oq logeait les pauvres enfants, faute de bâtiment, dans une étable.

* C'était une ursuiine qui aidait M"»e de Briiion.

* M»ne (le Briiion demandait d'avoir une chapelle dan.-^ sa mai- ^n et û'y f^ire dire la messe; elle fmit par Tobtcnir.

ment ; je vous ai toujours dit que je serois ravie que vous l'eussiez, parce que vous le désiriez, mais que je ne ferois jamais de pas pour cela, m'y étant engagée dès le commencement et ne le trouvant que trop raisonnable^ agissez donc là-dessus indépendamment de moi, et croyez que je souflPre plus que vous quand je vous refuse quelque chose.

Quand je vous propose d'ôter Marie Chéron, c'est pour son instruction -, je ne me souviens plus si elle a fait sa première communion, et il n'en faut point ôter qu'elle n'en ait fait plusieurs chez vous.

Je vous prie que personne ne sache que j'irai demain chez vous -, faites en ma faveur quelque petit régal à nos petites sœurs, et que je les voie dîner en bon ordre. Vous savez que je vous ai toujours demandé que l'on ne dérangeât rien pour moi^ que Ton ne s'aperçoive pas que j'arrive; j'irai tout droit faire le catéchisme; n'y venez que quand vous n'aurez plus rien à faire, et traitez-moi en tout comme une personne de la maison. Adieu, madame, faites seulement une réflexion sur tout ce que vous me mandez, qui est que votre maison roule sur votre tète et la mienne qui sont très-mortelles.

POUn LES PAUVRES PILLES DE SUEIl'.

Dieu vous a voulu réduire à servir -, rendez-vousen capables et accommodez-vous à votre fortune.

* Lettres édifiantes, t. I, p. 257.

3 L'école de Montmorency ayant été transférée à Rueil, Mme do

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