‹ Lettres sur l'éducation des fillesChapitre 18 sur 61 · AUX PAUVRES MLLES DE RUËIL · texte numérisé non relu

AUX PAUVRES MLLES DE RUËIL

Dieu veut que les riches se sauvent en donnant leur bien et les pauvres par n'en point avoir.

Les riches auront plus de peine à se sauver que les pauvres.

Il y a de bons riches et de très-méchants pauvres.

Les riches vous donnent de quoi vivre , donnezleur vos prières.

C'est ainsi que nous contribuons au salut les uns des autres.

Dieu a voulu que vous travaillassiez ; ne souhaitez point d^autre état.

Les pauvres dorment mieux sur leur paille que les riches sur leurs lits magnifiques.

Ne croyez pas qu'il suflSse d'être pauvre et souffrant pour être sauvé ^ il faut supporter patiemment cet état pour l'amour de Dieu.

N'enviez point le plaisir qu'il y a de faire l'aumône, puisqu'en la recevant vous pouvez avoir autant de mérite devant Dieu.

Ne murmurez jamais contre les riches; Dieu a voulu qu'ils le fussent, comme il a voulu que vous fussiez pauvres.

Si vous ne vous soumettez à la volonté de Dieu sur vous , votre misère vous sera aussi inutile pour l'autre monde qu'elle vous est pénible pour celui-ci.

Votre cœur est content pendant que votre corps travaille ; la plupart des grands ont le cœur agité pendant qu'ils nous paraissent bien heureux.

Maintenon commença à y faire élever des filles pauvres de la noblesse. Elle n*en continua pas moins ses soins aux filles des paysans et leur adressa cette instruction , le premier écrit qu'on

ait d'elle sur Téducation.

6 LETTRES SUR l'ÉPVCATION.

(Sur son école de Rueil.)

Ce samedi à 4 heures, février 1683.

Je fus Tautre jour chçtripée selon le monde et trè§rjédi(îée selon Dieu de la docilité que je trouvai dans nos mères ^, et je reconnois plus que je n'avois jamais fait la vertu de vos saintes, dans leur soumission pour tout ce que l'on désire d'elles.

N'aypps point de regret à une personne de plus ou de moins 5 si nous réussissons, notre argent sera bien employé, et jamais nos p^mvres ne feront rien si on ne les garde à vue.

Quant aux pensionnaires, j-aurois le même zèle que vous, et j'en aime la quantité, mais vous êtes peu pour en avoir tous les soins nécessaires, et c'est pour cela que je désirerois d'en avoir de plus grandes pour avoir soin des petites-, Louison avoit l'autre jour une chemise qui me fit pitié et mal au cœur.

Je ne puis vous dire à quel point je fus contente et surprise de l'extrêipe douceur de M"® de Saint- Pierre, qui me confirma ce que je vous disois un Tpoment auparavant que les gens les plus brusques et les plus fermes sont souvent les plus doux.

Vous êtes admirable de vous louer de tout ce qui vous environne, je ne laisserois pas de vous plaindre si vous ne souffriez pour Dieu, et si vous n'aviez une compagne qui me paroît connoître tout votre mérite \ vous êtes persuadée du sien et contente de

* Lettres édifiantes, t. 1, 67« lettre, p. 261.

' Les trois ursulines qui étaieat nvec Mme de Brinoa.

$on amitié, voilà de quoi se consoler de tout. Je lui demande quelque régal mardi pour nos petites sœurs, et à vous un campos pour toute l'aprcs-midi, à conditiop que mercredi, après avoir pris des cendres, elles commenceront un carême régulier en tout. Je crois que M"* de Saint-Pierre a songé à des fèves et à des pois qui cuisent bien.

(Sur l'établissement de Rueil qui devait être transporté à Noisy. )

Ce l'** septembre 1683.

Je suis ravie de toute la dévotion que nous avons attirée à Rueil, et vous m'avez fait grand plaisir de m' envoyer l'oraison de sainte Candide ^. Je vous envoie 244 livres pour les mois de nos filles 5 je revins plus affolée que jamais de nos petites sœurs. Qn me fit voir hier le plan de Noisy ^ les réparations ne peuvent être faites que pour le carême 5 je n'y perdrai pas de temps, car la complaisance que vous avez pour moi en cette occasion et le détachement que je vous trouve pour le monde ont si fort augmenté mon amitié et mon estime que je meurs d'impatience de vous voir et de servir Dieu avec vous. On^ a trouvé la disposition que nous avons faite pleine d'esprit 5 nous aurons le Saint-Sacrement et sainte Candide. Conservez bien tout ce que vous

* Lettres édifiantes, 1. 1, 59* lettre, p. 270.

' Corps saint enfermé dans une belle châsse que le pape Innocent XH lui avait envoyé le 30 avril 1G80, et qu'elle avait donné à la chapelle de Rueil.

8 Ç'est-à-dire le Roi,

avez pour l'autel, car j'ai dit que nous ne voulions point qu'on en fît et que nous arrangerions les dedans à notre fantaisie -, je connois MM. les architectes du Roi, ils nous accojnmoderoient de la façon du monde la plus régulière pour la symétrie et la plus incommode ^ ne perdons pas le moindre banc et la plus petite chaise de paille 5 tout nous servira et nous en demanderons moins, qui est pour moi le souverain bonheur.

(Sar le soin qu'elle veut qu'on prenne des petites pensionnaires. )

Ce jeudi matin, 1683.

Je vous prie d'entreprendre la fille de notre paysanne pour la bien instruire sur la religion et sur la morale, car je voudrois pouvoir la renvoyer à sa mère ^ en l'instruisant tout haut les autres en profiteroient. Vous m'avertirez quand vous croirez qu^il faut la renvoyer, je veux faire une épreuve de ce qu'elles pourront gagner.

M. le duc du Maine a le gouvernement de Languedoc, et j'espère qu'il en reviendra quelque chose aux Montchevreuil 5 n'en dites rien, ils ne le savent pas eux-mêmes.

Je vous envoie du beurre pour mes petites filles et l'argent que je dois pour le reste du mois passé, avec quelque avance pour celui-ci ^ j'ai des tabliers pour elles, mais je veux leur donner moi-même et voir si elles ont du potage raisonnablement, car JQ

^ Lettres édifiantes, 1. 1, G0« lettre, p. 273.

VOUS dirai librement que je ne leur ai jamais vu la moitié de ce qu'il leur en faut, et que j'ai quelque soupçon qu'elles meurent de faim. J'ai trouvé leur nourriture bien ordonnée sur le mémoire que vous m'avez envoyé. Mandez-moi bien des nouvelles du logis. Adieu, madame, je suis assurément fort à vous et à votre chère amie.

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