‹ Lettres sur l'éducation des fillesChapitre 21 sur 61 · AUX DEMOISELLES · texte numérisé non relu

AUX DEMOISELLES

DB LA CLAS9B DU «UBATf JÀCICB, A IfOIST«

À Versailleg, ce 20 septembre 1695«

Je suis très-contente de vous, mes chères jaunes '5 rien n'est plus joli que votre lettre et vous êtes fort éloquentes, ou vous avez de fort bons amis. Les

1 Les constitutions de la maison de Saint-Cyr.

* Lettres édifiantes, 1. 1, 10* lettre, p. 314.

' Les demoiselles de Nolsy étaient partagées, suivant leur âge, en quatre classes et distinguées par des rubans de diverses couleurs : celles de sept à dix ans avaient le ruban rouge ; celles de onze à quatone ans , le ruban vert ; celles de quatorze à dix-sept ans, le ruban jaune ; celles de dix-sept à vingt ans, le ruban bleu. Ces couleurs furent transportées à Saint-Cyr, et Ton appelait vulgairement les demoiselles les bleues ^ \ei jaunes, les vertes, les rouges.

14 LETTRES StR l'ÉDUCATIOIS.

nouvelles que vous me mandez m'ont fait plaiidr; k familiarité n'est point incompatible avec le respect, et tous me l'auriez appris quand je ne l'aurois pas su r car votre lettre est toute pleine de l'un et dii l'autre. Continuez à bien faire, et que tout ce qui a autorité sur vous en soit aussi content que M. Lheîmineau ^ 5 je ne vous oublie point , et je vous aime de tout mon cœur.

ii<— A L'ABBÉ GOBELIN.

(Sar la foûclatioit âé âaini-€yr.)

Ce 10 octobre i6i^.

Je saii* bien aise que vous soyez content de éë IpJé vous tiet vu à Noisy, et vous tiîë ferez trèâ-grâiid plaisir d'y retourner avant que le froid vienne 5 je voudrois que vous entretinssiez en particulier toutes celles qui veulent entrer dans notre communauté. J'ai mandé a M""® de Brinon de les examiner toutes et de né rien commencer pour le noviciat qu'à mon retour -, j'ai plusieurs raisons pour cela : elle ne leur donne pas assez de liberté pour la conscience, et la crainte bien fondée qu'elle a de l'abus des confesseurs, fait qu'elle les réduit à un seul cordelier qui ne leur dit jamais un mot-, elle croit que les filles n'en souffrent pas, parce qu'elles n'osent s'en plaindre, mais, comme elles sont fort libres avec moi,

^ Maître brodeur qui montrait à trayaîller atnt demoiselles. Lfâ demoiselles de Noisy se distingaèrent par leur habileté à trayaiflét la tapisserie; elles brodèrent poor le foi un lit d'une grandÔ beauté, dont le fond était de velours cramoisi et la broderie d'ctf et d'argent. Ce Ut existait encore à Versailles en il 92,

* Lettres édifiantes, t. I, 72« lettre, p. 320.

A 11. l'abbé GOBELIN (1685). 15

elles uie montrent leurs peines. Je compte bien à l'avenir ne recevoir que des filles élevées à Noisy, inais il en feut d'autres présentement ^ toutes celles que pous avons sont des enfants qui, de longtemps, ne pourront gouverner. Il est grand dommage que la càanoinesse ' n'ait pus de vocation , car ce seroit un pxcellei^t sujet.

Nous ne recevrons a l'avenir que des demoiselles 5 il est vraisemblable que l'on en trouvera suffisamment dans la maison. Quand vous irez, je vous prie 4^ faire quelques exhortations familières à toute la communauté. J'approuve comme vous que les filles fassent un an d'épreuve, mais il me semble qu'elles seroient bien plus utiles si , au lieu de les enfermer dans le noviciat à s'instruire de leur règle et à ne savoir leurs obligations qu'en spéculation, elles passoient cette année en fonctions dans les charges qu'elles auront et surtout dans le gouvernement et l'instruction des enfants qui est le fondement de leur Institut 5 je sais bien qu'il ne faudroit pas les y assujettir si entièrement qu'elles n'eussent pas les temps de prières, d'oraisons, silence, retraites et conférences; mais on pourroit faire un mélange qui feroit connoître, et aux autres et à elles-mêmes , de quoi filles sont capables. Occupez-vous de cette affaire-là, je vous prie, puisque vous espérez qu'elle pourra être uti}e et que Dieu et le Roi m'en ayant chargée,

* Mme de la Maisonfort, chanoinesse dePoussay.qui était une (les maîtresses de Noisy. Voir sur cette dame, qui devint relil^euse de Sain(-Louis, VBist. de la maison royale de Saint- CyVy ch. X.

VOUS devez m'aider a m'en bien acquitter. Vous ne pouvez trop , en public et en particulier , prêcher à nos postulantes Thumilité, car je crains que M"' de Brinon ne leur inspire une certaine grandeur qu'elle a, et que le voisinage de la cour, cette fondation royale, les visites du Roi et même les miennes, ne leur donnent une idée de chanoinesses ou de dames importantes qui ne laisse pas d'enfler le cœur et qui s'oppose au bien que nous voulons faire ^ le reste va, ce me semble, fort bien -, et il y a une très-solide piété dans cette maison ; mais nous avons à prendre un milieu entre la superbe de notre dévotion et les misères et les petitesses de certains couvents, que nous avons voulu éviter.

Je ne sais encore de quel nom on les appellera. Si vous avez lu les constitutions, vous aurez vu que M"® de Brinon les appelle les Dames de Saint^Louis^ ce qui ne peut être, car le Roi ne se canonisera pas lui-même et c'est lui qui les nomme en les fondant' 5 il me paroît aussi qu'elle les veut appeler partout les Dames pour les distinguer des demoiselles, mandezmoi vos avis là-dessus.

Quant à leurs habits, ils seront noirs, de la forme approchante de l'usage et sans cheveux ni aucun ajustement, et tels, je crois, que saint Paul les demande aux veuves chrétiennes. Adieu, écrivez-moi, je vous prie, quand vous le pourrez, sans vous incommoder.

^ Le scrupule de Mme de Maintenon n'était pas fondé et les institutrices de la maison de Saint- Gyr eurent en effet le nom de Dames de Samt-Louis,

Page 1