‹ Lettres sur l'éducation des fillesChapitre 29 sur 61 · MAXIMES OU NOTES (1690). 6Ô · texte numérisé non relu

MAXIMES OU NOTES (1690). 6Ô

ligion aux demoiselles qui sont capables de les concevoir.

Reporter tout à Dieu et à la Providence.

Leur montrer souvent ce qu'il y a de faux dans les plaisirs du monde et de solide dans leur retranchement.

Ne leur faire rien affecter à l'extérieur de trop gène, mais leur faire pratiquer la modestie et la bienséance convenables aux personnes de notre sexe.

Leur soulager l'obéissance en leur rendant raison de tout ce qu'on leur refuse quand la chose d'ellemême paroît faisable.

Avoir toujours beaucoup de complaisance pour tout ce que l'on peut accorder sans blesser la règle.

Leur faire aimer la vertu en la leur montrant par ce qu'elle a de plus attirant pour elles.

Se ménager de telle sorte dans son autorité, que la crainte n'empêche pas la liberté de l'esprit des enfants, dans les temps de récréation.

Leur former tout doucement les sentiments du cœur par beaucoup de mépris pour la lâcheté et pour la bassesse.

Les faire juger d'un événement, leur donner de certains choix qui puissent faire connoître ce qu'elles pensent et ce qu'elles conçoivent, comme, par exemple : Lequel aimeriez-vous mieux d'être reine avec tous les avantages qui accompagnent cet état, mais sans aucune des qualités nécessaires à la royauté, ou être pauvre demoiselle sans biens, privée de tous les plaisirs du monde, mais ayant d'ailleurs de la sagesse , de Vesprit et de la vertu , etc. ? Et ensuite les

faire Convenir , quand elles choisissent ce dernier, qu'il faut que le mérite soit d'un grand prix, puisqu'on le préfère à tout ce qui charme et qui éblouit dans le monde, et les exciter par là à l'amour de la Vertu et à là correction de leurs défauts.

Il ne faut point forcer l'esprit des enfants ni s'opitiiâtrer à les rendre toutes des merveilles , car il est îttipossible que dans un si grand tiombre il n'y en ait d*un médiocre génie -, mais il ne faut semer ni insinuer que ce qui est bon, et laisser le succès à la Providence. Il est impossible que des filles, qui ne voient dans leur jeunesse que de bons exemples et qui n'écoutent que de bonnes pàlfoles, ne deviennent avec le temps tout ce qu elles peuvent être, du plus au moins î ainsi il faut se réjouir de celles qui font des progrès , et espérer pour les autres qu'elles en feront ou qu'elles sont capables d'en faire.

Il faut prendre garde à un abuis que forme quelquefois la trop grande tendresse de conscience, c'est de se mettre en garde pour empêcher que la conduite ne soit cause que les enfants ofiTensent Dieu, comme, par exemple, ne les point interroger sur un fait, parce qu'on craint qu'ils ne mentent -, ne leur rien commander, parce qu'on se persuade quHls désobéiront. Cette maxime est pemieiéuse à Téducation des enfants. Quoique ce Sôit l'efltet d'une bonne cause , il faut en tout avoir l'esprit droit, et songer qu'il est impossible de tuer un môûstrè bîeti caché 5 ainsi il faut , pour connoître les vices et les inclinations de fa jeunesse, remuer leurs passions avec âiscrétiùn, leur fidre la guerre, et î*e pas craindra

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leurs vices -, leur aider à les surmonter dans un âge où le plus grand péché est de laisser croître les inclinations naissantes du péché.

n faut éviter de donner de la jalousie, mais il faut donner de l'émulation, en louant et récompensant beaucoup celles qui en sont dignes devant celles qui en sont indignes.

Il ne faut jamais excuser les défauts de celles qu'on conduit, en leur présence, quand la supérieure les reprend -, c'est une mollesse qui gâte l'éducation et qui fait croire qu'on n'oseroit les fàther, ce qui rend leurs défauts plus hardis et affoiblit l'autorité des maîtresses.

Il ne faut rien promettre aux enfants qu'on ne leur tienne, soit récompense, soit châtiment. Ne les point corriger mollement, mais user rarement du fouet \ et quand on le donne, le faire craindre pour toujours , afin qu'on ne recommence pas , ce qui doit être onéreux.

11 faut les accoutumer à trouver bon qu'on les reprenne de leurs défauts et à aimer d'en être avertie^; il ne faut point souffrir celles qui accuseroient par inclination d'accuser.

Il ne faut pas souffrir qu'on traite de rapport^ses celles qui donnent des avis aux maîtresses, mais il ne faut pas que les maîtresses souffrent qu'on lenr dise des riens inutiles à corriger ou propres à altérer l'amitié.

Il ne faut jamais chercher à se faire aimer de ht jeunesse que par les moyens qui lui sont utiles.

U ne faut jamais se décourager dans T éducation :

68 LETTRES SLR l'ëDLCATION.

ce qui ne vient pas tôt peut venir tard, mais il se faut armer de beaucoup de patience.

Il faut se souvenir que ce qu'on ne recueille pas sur la terre dans les soins qu'on prend de bien élever les enfants, on le trouvera immanquablement au ciel, si on les instruit dans la vue de Dieu.

( Qai lui aToit fait part de son désir d'être religieuse. )

30 septembre 1690.

Je n'ai pu vous répondre plus tôt, quelque envie que j'eusse de vous marquer la joie que j'ai de ce que vous me mandez : Dieu veuille bénir vos intejitions et les conduire jusqu'à l'exécution. Vous serez trop heureuse si vous vous donnez à lui, et vous le serez dès ce monde-ci. Votre naturel doux, facile et tendre, sera bien dangereux si vous ne le tournez à ce qui seul mérite d'être aimé, et je serai bien aise si je vous vois prendre un parti qui assure le salut de votre âme et le bonheur de votre vie. Je vous demanderai compte de temps en temps de votre vocation : traitez-en avec Dieu 5 demandezlui une piété qui vous puisse demeurer en quelque état que sa Providence vous mette. Adieu, ma chère fille ; j'espère que des desseins si sérieux n'empêcheront point votre gaieté, car rien n'en donne tant que de bien faire.

* Lettres édifiantes, t. H, lettre 110.

AUX DEMOISELLES DE LA CLASSE BLEUE (t690). 69 31*.— AUX DEMOISELLES DE LA aASSE BLEUE.

Fontainebleau, 19 octobre 1690.

Quand vous ne faites rien qui vaille, J'ai bien de la peine à m'empécher de vous aimer, mes chères bleues ; jugez si vous êtes mal avec moi dans un temps où M"'' de Montaigle ^ me mande que vous faites votre devoir entier, et que M"* la chanoinesse^ m'écrit que vous êtes nonnseulement soumises et dociles pour ce que l'on désire de vous , mais que la piété se met parmi vous autres, et que loin de blâmer celles qui en ont , on songe à profiter de leurs exemples ^ jugez encore une fois si, à de tels témoignages, je sens redoubler la tendresse où mon inclination se porte si naturellement. On dit qu'autant que les choux < étoient à la mode l'année passée , autant elle est à présent d'avoir des livres dans sa poche où l'on écrit ce que l'on croit qui peut être utile. Je me réjouis d'une telle mode, elle n'est pas même incompatible avec l'autre; nous en parlerons ensemble cet hiver, si vous le voulez. Vous me ferez part de vos livres, je vous communiquerai les miens, et nous prendrons ensemble de bonnes mesures pour la seule affaire qui mérite notre attention. Ne vous en effrayez point, vous n'en serez que plus

* Lettres et AviSy p. 475.

' Françoise-Louise de Montaigle, la vingt-unième dame deSaint- Cyr, ût profession le 13 mars 1694. Ce fut l'une des trois dames qui furent renvoyées de la maison pour cause de quiétisme en 1698 ( Voir VHist, de la maison royale de Saint-Cyr, ch. x).

' Voir la note de la page 15.

* Nœud de rubans porté au bonnet.

70 LETTRES SUR l'ÉDUCATIOX.

heureuses, plus gaies, plus tranquilles et plus accommodantes pour tous les états où la Providence voudra vous mettre. Adieu, mes chères enfants -, je vous embrasserai dimanche, au moins dans mon intention^ car le Jour se passeroit en embrassades^ si je les commençois. — Je ne ifeis à qui vous avez adressé vos lettres, je n'en ai presque pas reçu.

Je vous prie de dire aux rouges que je suis fort contente d'elles. On m'a donné vos lettres deux heures après que j'ai écrit celle-ci, c'est-à-dire les patticulières, car j'avois reçu celles que vous m'écriviez en corps.

d^K —A UNE DEMOISELLE DE LA. CLASSE BLEUE».

Dééembre 1690.

Il m'est revenue une désobéissance que vous avez faite à M"' de Labarre *, et j'ai arrêté la punition qu'on vouloit vous faire. Comment pouvez -vous croire qu'on souffrira de pareilles révoltes ? y a-t-il quelque exception là-dessus? Est-ce que vous vous croyez nécessaire parce que vous avez la voix belle, et pouvez-vous me connoître et penser que la représentation d^Athalie * l'emportera sur les règlements que nous voulons établir à Saint-Cyr? non certai-

* Lettres et Avis, p. 457.

' Cette lettre sévère est la seule de ce genre qu'on trouve dans lés divers recueils des Dames de Saint-Cyr.

* C'était une des maîtresses séculières qu'on avait données aux demoiselles dans les commencements de la maison^ tes jeunes Dames de Saint-Louis n'ayant encore qu'une faible instruction.

* Athalie fut représentée pour la première fois le 5 janvier 1691 (Voir YBist. de la maison royale de Saint-Cyr, ch. vi).

OL^jjaept, et vous sortirez de la maison si j'entends encore parler de vous. Soumettez-vous, si vous voulez y demeurer; et, si vous avez envie d'en sortir, il vous sera plu3 honorable que ce soit de concert ay.ec nous , que de vous faire chasser. Vous êtes lâche et froide pour Dieu, c'est cç qui vous fait tomher en toutes sortes de fg^ules. Songez, je vous prie, a ce que V0U3 pouvez espérer de vous au milieu des occasions que vous aurez de vous perdre , puisque vous ne. pouvez Je servir étant environnée de bons e^Lcmples , et instruite du matin au soir. Vous devenez grande ^ Àl est temps de faire de sérieuses xéflexions. C'est à Dieu , ma chère enfant, à toucher votre cœur, mais c'est à nous à régler votre conduite; vous serez hieu malheureuse si .eJiLje n'esthpI^le que dans l'extérieur. J'ai voulu vous donner ces avis avant de vous punir, et J'espère que vous me donnerez la joie d'en profiter ; je vous le demande de tout mon cœur, car je suis aussi fâchée d'avoir à vous traiter avec rigueur, que je suis résolue d'établir dans la classe une obéissance entière à tous les règlements.

Non, je ne trouverai point mauvais que vous écriviez à M. Tiberge ^, et je ferai tenir vos lettres

* Lettres et ÀviSf p. 453.

* Confesseur extraordinaire de I^ mai^n de Saint-iLouis. C'était un prêtre aussi pieux qu'éclairé, et dans lequel Mmç de Maintenon uvait toute coniûiice.

et ses réponses avec plaisir. Je suis ravie de pouvoir espérer que vous voulez penser à Dieu : j'ai toujours appréhendé pour vous le commencement de votre éducation. On avoit tourné votre esprit du côté du monde, du paganisme et des sentiments héroïques : c'est ce qu'il y a de plus opposé au christianisme , qui est humble et simple, et dans lequel on retrouve la véritable grandeur. Dieu veuille vous pénétrer de cet esprit-là, comme vous paroissiez l'être de celui d'Esther : songez comme elle étoit remplie de Dieu, combien elle se confioit en lui, comme elle lui reportoit tout, et priez avec autant de ferveur qu'elle ] nous avons ce qu'elle attendoit, et l'on ne nous demande point de donner notre vie à Dieu, mon cher enfant. Je désire bien ardemment qu'il vous conduise et vous bénisse.

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