A UNE NOVICE
Qoi tbhàit la placi de prbmibrb maitrbssb dbs bougbs '.
Je trouvois bien mauvais, ma chère sœur, que vous ne me disiez rien de votre classe, mais je me doutois un peu que c'étoit pour garder la modestie d'une novice. Je vous pardonne aussi, pour la première fois, la cérémonie qui est dans votre lettre, pourvu que les autres soient en billet et sans compliments. Attachez-vous bien au règlement, et s'il y avoit quelque endroit déraisonnable ou impraticable, marquez-le pour mon retour. J'espère que Dieu bénira vos soins et ceux de nos chères sœurs. Tra-? vaillez toutes avec une grande patience, sans empressement et sans relâche-, semez sans jamais vous décourager, d'autres feront peut-être la moisson 5 mais qu importe, pourvu que vous ayez fait votre
^ Lettres et Avis, p, 2hS. ■ . ■ ^
* Cette novice est probablement Mlle de Glapion.
devoir. Faites mes amitiés, je vous prie, à nos petites rouges dont vous êtes contente, et dites à celles dont vous ne Vêtes pas qu'il faut se corriger avant mon retour, afin que vous puissiez rendre bon témoignage de la classe en général. Je vous embrasse, ma chère sœur, et toutes celles qui travaillent avec vous.
56 «. —A MADAME DU TOURP «.
MAITRESSE OBTfBKALB DBS CLASSES.
Fontainebleau, mars 1694.
Je n'ai rien de particulier à vous apprendre, ma chère fille, pour rendre les demoiselles plus soigneuses : les réprimandes, les punitions, et les laisser manquer des choses qu'elles ont négligées, sont les seuls remèdes que je corinois.
. Vous avez raison de dire que ma sœur de ... a de quoi être une excellente maîtresse, si elle peut.se
* Lettres et Avis, p. 264.
' Marie-Marthe du Tourp de la Cour. Ce fut la huitième Dame de Saint-Louis. Elle avait été élevée à Noisy , fit profession des YŒux simples le 1 1 janvier 1G87 , et des vœux solennels le 1 1 décembre 1693. Ce fut une des Dames renvoyées avec M^^ de la Maisonfort, par ordre de Louis XIV, pour cause de quiétisme, (Voir VHist. de la maison royale de Saint-Cyr^ ch. x). Elle sortit de la maison le 7 août 1G98, et fut placée au couvent des Ailes de la Visitation de Grenoble, où elle mourut. Voici ce que les Mémoires de M>"e du Pérou disent d'elle : « On peut dire que ce fut un grand dommage d'avoir été obligé d'éloigner cette flUe, qui étoit un très-bon sujet. A ses préventions près, elle parloit de Dieu comme un ange, toutes les demoiselles l'écoutoient avec grand plaisir ; elle les touchoit, elle les édifloit, les portoit à tout le bien qu'elle vouloit. Avec cela elle étoit si régulière, si austère et si vertueuse dans toute sa conduite, qu'on la rcgardoit comme une sainte. » . . .
persuader de ce que nous avons jugé devoir être pratiqué dans les classes : elle a une vertu et des talents qui sont propres à y faire beaucoup de bien ; mais comptez, ma chère fille, que tout manque à une religieuse à qui la docilité manque, et qui ne sait pas se soumettre aux sentiments de ceux que Dieu lui a donnés pour la conduire-, elle feroit des miracles, qu'ils ne la sauveroient pas, sans cette soumission que Dieu lui demande, et qu'elle lui a promise. Souvenez-vous que votre fondateur vous a dit qu'il faut être capable de pratiquer et d'étaAlir ce qui a été réglé contre notre avis *. Adieu, ma trèschère fille-, soyez toujours douce, ferme, silencieuse 5 ce sont des qualités admirables pour votre Institut. Je n écris quà vous^ faites donc mille amitiés de ma part à toutes les autres. Je compte tous les jours-, je n'en ai plus que onze à être séparée de vous.
(Manière de corriger les défauts des enfante avec douceur, raison,
fcimcté. )
Je crois comme vous , ma chère sœur, qu'il faut
^ Après la réforme de Saint-Cyr, et quand les Dames ayant fait des vœux solennels, la maison fut transformée en monastère, les constitutions changées, l'éducation des demoiselles modifiée, Louis XIV vint consacrer de sa présence et de ses exhortations ces changements, et dans le discours qu*il fit aux Dames de Saiiit- Louis, il dit : « Représenter son avis et ensuite se soumettre, soutenir ce qui a été réglé contre son propre sentiment, quitter tout pour ne jamais quitter les demoiselles, voilà vos maximes. » ,
' Lettres et Avis, p. 260.
' 5 Voir la note 3 de la page 119.
122 LETTRES SUK L'ÉDUCATION.
se contenter de semer et attendre en paix que Dieu donne Faccroissement. Ne faites pas votre charge par rapport à votre humilité , ni à votre qualité de novice ; il faut que vous la fassiez comme les autres la feront : cette différence feroit de mauvais effets. Quand vous aurez quelques difficultés, écrivez* moi^ je serai soigneuse de vous répondre. Vous avez raison de croire fermement que Dieu vous aidera : vous travaillez pour lui, il vous soutiendra et bénira tout.
• On ne peut leur donner trop d'horreur pour le mensonge^ cependant il faut le détruire dans les nouvelles venues avec une grande patience; il faut leur lire souvent les défenses qu'on a faites, et les faire obéir là-dessus comme dans tout le reste, observant toujours la différence des anciennes d'avec les nouvelles venues. Servez-vous de toutes sortes de moyens pour les corriger : une exhortation générale à l'approche d'une grande ffete, une correction douce en particulier à la veille d'une confession, une confusion publique, une humiliation devant les autres, une amende honorable, un relâchement de plaisir, une posture contrainte *, enfin , tantôt de la rigueur, tantôt de la douceur, et toujours une grande patience.
Continuez dans la pratique 5 que celle qui préside dans la classe ne soit attachée à rien de particulier, et qu'elle ait les yeux ouverts sur tout ce qui se passe, tant à l'égard des enfants que dé celles qui leur apprennent quelque chose. Appliquez-vous surtout à la lecture et a l'écriture. Je prie
Dieu , ma chère fille , de bénir vos peines. Priez beaucoup pour les enfants ; faites mes compliments à ma sœur Marie-Constance ' , et croyez-moi toute à vous.
• Observez les grandes mangeuses et faites -leur donner de plus grosses portions*, tout cela doucement et par manière d'essai, et nous en parlerons a mon retour.
(Elle lui enyoie le petit traité do VEspril de l'Imlitut des filles de Saint'LouiSy et lui en fait l'^oge.)
Mai 1694.
. Je crois, ma chère mère, devoir remettre entre les mains de la bibliothécaire un écrit qui doit demeurer à tout jamais dans la bibliothèque de Saint- Cyr. Faites- en bien acheter la lecture à M'"*' de la Maisonfort, et si on désire quelque chose dans sa conduite, voilà un moyen sûr de l'obtenir. Il faut que je sois bien désintéressée de ne me pas garder le plaisir de le lui montrer, car je crois qu'à la vue d'un tel volume toute sa vivacité se renouvellera ' ; mais, madame, ce sera bien pis après la lecture, car c'est un ouvrage dicté par l'esprit de Dieu pour
^ L'une des religieuses de Ghaillot qui continuait à gouverner le noviciat.
* Lettres édifiantes, t. IV, 8« lettre.
' Pour comprendre le commenccnfient de cette lettre, il faut lire le ch. x de VHist. dç la maison royale de Saint-Cffr, relatif au quiétisme , dans lequel M°^ de la Maisonfort fat le princi|»ai personnage.
Futilité de notre chère maison : le mépris du monde et l'estime de votre vocation y sont parfaitement bien traités, mais ce sont deux sujets sur lesquels les Dames de Saint-Louis sont bien avancées. Rien n'est si beau ^ que ce qui est sur les vœux et sur rinstitut; il démêle bien nettement ce que j'avois toujours pensé confusément sur la grandeur de votre fonction et Thumilité de votre personne*, il vous appelle servantes des demoiselles, et vous charge de mettre la religion dans leur cœur -, c'est l'idée que j'ai toujours désiré que vous eussiez de votre état. Rien de plus élevé que vos occupations, rien de plus humble quand il n'est question que de vous-, nul rang, nulle autorité, nulle envie d'être estimées, considérées et respectées qu'autant qu'il est nécessaire pour conduire les filles dont vous êtes chargées. que Dieu bénira votre travail quand il se fera dans cet esprit, et que cette fondation royale si riche et bien bâtie, si bien protégée et si voisine d& la cour, sera remplie par les plus humbles religieuses qui soient dans l'Église:. Voilà, ma chère fille, ce que je vous souhaite et ce que j'espère de voir bien avancé avant ma mort. Lisez et relisez ce que je vous envoie, il doit être appris par cœur de toutes nos Dames, et je serai ravie de l'entendre au réfectoire. Il faudra me le rendre pour le mettre dans nos recueils^.
1 u^e de Main tenon dissimule sous ces éloges la part qu'elle eut à la composition de VEsprit de l'Institut, Languet de Gergy dit positivement que ce petit livre fut son ouvrage, et que rêvéque de Chartres ne flt que le corriger.
* On le lit Imprimer en 1000 à Timprimerie royale, en un petit
A MADAME DU TOCRP (1694). 125
59». — A MADAME DU TOURP*,
KAITftBSSI GBIfBKALX DBS CLA8SBS.
(Sar rimmoclestie dans les paroles et sur le mariage' . )
9 juin 1694.
Ne nous contentons pas de nous plaindre, ma chère fille, et de craindre l'avenir ^ tâchons d'établir le présent le mieux que nous pourrons. Vous y pouvez contribuer plus que personne, et vous êtes assez prudente pour ne pas fâcher vos sœurs en même temps que vous ne devez pas souffrir à vos demoiselles de se parler bas les unes aux autres. Il faut leur passer bien de pauvres discours qu'on entendra, et ne pas tout relever quand il n'y a point de péché.
M"" d'Auxi ^ est hors d'elle quand elle a un habit neuf ^ elle me consulte sur l'assortiment : j'y entre, et lui donne mes avis en lui disant que cette joie et le goût des ajustements sont de son âge, qu'il faut que la jeunesse se passe, et que j'espère qu'elle viendra plus tôt qu'une autre à des inclinations plus solides. Je crois que cette condescendance porte plus au bien qu'une sévérité en tout,
volume in-32 qui renferme aussi les constitutions et les règle* ments de Saint-Cyr. Les Dames de Saint-Louis en avaient chacune un exemplaire qui ne les quittait jamais.
* Lettres et Avis, t. U, p. 199.
* Voir la note 2 à la page 119.
' J'espère que le lecteur ne se scandalisera pas de ce chefd*œuvre de bon sens et de naturel.
^ C'était une enfant qu'elle prenait quelquefois chez elle.
126 LETTRES SUR l/ÉDUGATION. ,
qui ne sert qu'à les rebuter et à les rendre dissimulées.
On m'a dit qu'une des petites fut scandalisée au parloir de ce que son père avoit parlé de sa culotte: c'est un mot en usage ^ quelles finesses y entendent-elles ? Est-ce l'arrangement des lettres qui fait un mot immodeste? Auront -elles de la peine à entendre les mots de curé, de cupidité, de curieux, etc. ? Cela est pitoyable. D'autres ne disent qu'à l'oreille qu'une femme est grosse : veulentelles être plus modestes que Notre- Seigneur, qui parle de grossesse, d'enfantement, etc.? Une petite demoiselle s'arrêta avec moi quand je voulus lui faire dire combien il y a de sacrements, ne voulant pas nommer le mariage ; elle se mit à rire, et me dit qu'on ne le nommoit point dans le couvent dont elle sortoit.
Quoi! un sacrement institué par Jésus-Christ, qu'il a honoré de sa présence, dont ses apôtres détaillent les obligations, et qu'il faut apprendre à vos filles, ne pourra pas être nommé ! voilà ce qui tourne en ridicule l'éducation des couvents ! Il v a bien plus d'immodestie à toutes ces façons-là qu'il n'y en a à parler de ce qui est innocent, et dont tous les livres de piété sont remplis. Quand elles auront passé par le mariage, elles verront qu'il n'y a pas de (juoi rire. Il faut les accouiumei* à en parler très-sérieusement et même tristement , car je a^ois que c'est l'état où Von éprouve le plus de tribulaiions , même dans les meilleurs. Il faut leur apprendre, quand l'occasion s'en présente, ladiffé-
A UNE DAME DE SAINT-bOUlS (1694). Î27
rence des paroles immodestes, et qu'il ne faut jamais prononcer, et des paroles grossières : les unes sont des péchés, les autres sont contre la politesse.
Adieu, ma fille*, je ne puis finir quand il est question de nos filles et du bien de la maison.
PBUXlitXB XAlTEBSSt DBS CLASSES.
Harly, 20 septembre 1694.
Il est vrai, ma chère sdfeur, que nous avons jeté les yeux sur vous pour vous mettre seconde maîtresse à une classe; j'espère que vous aurez Tintelligence qu'il y faut et la docilité pour mettre les choses sur le pied où elles doivent être pour toujours. Je vous ai parlé mille fois là-dessus, et je ne puis, comme vous en convenez vous-même, que vous redire ce que je vous ai dit. Je vois tous les jours qu'on ne m'entend point sur cet article, et c'est ce qui nous presse de faire des expériences qui formeront mieux que tous mes discours. Vous ne comprenez point cette uniformité de maximes et de conduite, cette intelligence parfaite qui doit être entre les maîtresses, et la soumission en tout des subalternes à la première. Je crois que vos doutes viennent de votre peu d'expérience, et de ce que pensant toujours à vous, et vous regardant d'un âge et d'une capacité assez pareille, vous avez peine à comprendre la déférence que je vous demande pour cette première.
' Lettres et Avis, p. 397.
Cependant , si vous voulez y faire réflexion , vous trouverez qu'il est impossible que les classes soient autrement, et que si les maîtresses avoient une autorité à peu près égale avec des vues différentes, il seroit impossible que les demoiselles ne se partageassent selon leur inclination. Les inconvéniens de cette conduite seroient plus grands que ceux qui se trouveroient dans la subordination qui est gardée entre tous ceux qui ont quelque chose à gouverner, quand ils sont plusieurs, ce qui n'est pas une invention nouvelle. Votre conduite a l'égard de votre supérieure doit m'assurer que vous pratiquerez à merveille ce que je désire dès que vous l'aurez bien entendu, elle n'est guère
Le 30.
J'ai été interrompue, il faut reprendre, je voulois vous dire, ce me semble, que votre supérieure n'est pas des plus vieilles de la maison * ; cependant , dès qu'elle a été placée , vous lui avez été soumise, et vous voyez aussi ce que Dieu fait en elle et en vous. J'espère qu'il donnera la même bénédiction aux classes qui sont la fin de l'Institut : oui, je crois que vous vous comptez trop, et que vous voyant quatre Dames de Saint-Louis à une classe, vous avez peine à comprendre cette soumission des unes aux autres-, aussi faut-il éviter autant qu'il se pourra cette grande égalité, à moins de choisir celle dont on se croira assuré de la docilité. Mais supposez qu'on mît à une classe ma sœur de Loubert première, ma sœur de Fontaines seconde, et mes sœurs de la
« C'était Mme de Fontaines.
Bozière et de Fauquembergue aides \ vous paroîtroit-il bien déraisonnable qu'elles n'y suivissent pas leurs vues, et que les vôtres fussent soumises et concertées avec ma sœur de Loubert? Il me semble qu'il n'y a rien en cela qui choque le bon sens, et qui ne soit très-praticable, et c'est par où il faut commencer en attendant que nos chères filles soient assez formées pour vouloir bien obéir •, car il viendra des temps où l'on mettra une plus ancienne et peutêtre plus capable en seconde, parce qu'elle n'aura pas assez de forces pour être première, qui sera certainement la place la plus pénible.
: Les demoiselles ne doivent point s'adresser à la maîtresse générale : il faudroit pour le permettre une raison particulière et bien rare ; mon idée pour la maîtresse générale a été qu'elle fit tout ce qu'il y a à faire hors des classes, afin que les maîtresses particulières n'en sortissent point, et pussent avoir auprès des demoiselles l'assiduité qui y est absolument nécessaire. Encore une fois, mes chères filles, la pratique en apprendra bien plus que mes écrits.
Il est vrai que je vous ai dit quelquefois que vous comptiez trop sur lesdispositions de votre cœur, etque vous négligiez trop les démonstrations ; ce n'est pas que je vous voulusse affectées, ni même trop affectionnées, mais il faut garder les bienséances. Peu de gens sont assez solides pour ne regarder que le fond des choses : on se touche par l'extérieur -, ce n'est donc pas assez de respecter dans le cœur vos supérieures, il
^ Les deux premières avaient été supérieures et les deux autres étaient encore du noviciat.
faut le montrer par des respects extérieurs et par des déférences en tout. Vous savez que je ne suis pas fort touchée de ces sortes de cérémonies, mais j'ai vu par expérience qu'elles entretiennent le respect, et que les pratiques contraires passent de la liberté à la familiarité, et de là au mépris. Saint Paul or-< donne de se prévenir d'honneur les uns les autres : il connoissoit la faiblesse humaine *, il y a des personnes à qui ces manières ne sont point nécessaires pour leur inspirer ce qu'elles doivent, mais il faut se conformer au plus grand nombre, qui est toujours le plus défectueux. Saluez donc vos supérieurs, ne les disputez jamais avec opiniâtreté, n'usez point avec eux de termes trop libres, ne décidez point devant eux, et pour sanctifier les pratiques, faites-les en esprit de foi, regardant Notre-Seignôur dans leur personne; cette vue-là en.ôtera l'air des cérémonies mondaines, et y mettra la simplicité, l'honnêteté, la liberté et le respect filial et cordial que vous devez avoir pour ceux qui vous gouvernent. Voilà répondre à tous les articles de votre lettre. Quant à vos besoins particuliers, il me semble, ma chère fille, que vous n'avez qu'à continuer à vouloir avancer; vous comprenez très-bien la beauté et l'importance de votre Institut, l'honneur que Dieu vous a fait de vous appeler à un si grand ouvrage, les talents qu'il vous a donnés pour y réussir, le compte que vous lui rendrez si, au lieu de les employer pour lui, vous vous étiez occupée de votre plaisir et de celui des autres; qu'il faut vous mettre à profit ; que votre esprit vous est donné pour vous
AUX DAMES DE SAINT-LOUIS (lG94). 131
bien acquitter de vos emplois; que votre santé vous met en état d'être l'exemple de la régularité : que votre joie doit contribuer a la joie de toutes vos sœurs; que votre raison doit éclairer celle des autres; que Famitié que vous inspirez aux autres doit être employée à insinuer ce que les supérieures désirent pour le bien de votre maison , et qu'enfin tout ce que vous avez reçu de Dieu doit lui retourner, ou au trentième, ou au soixantième, et peut-être au centième.
Je crois qu'il sera très-bon de mettre dans le livre des usages la manière dont votre saint évéque vous a montré à faire le catéchisme. Adieu, je compte tous les jours de notre séparation. Nous voici au tiers de notre voyage ; rien ici ne vaut nos récréations, et rien ne me peut tenir lieu de mes chères filles.
Gli. — AUX DAMES DE SAINT-LOUIS.
(Instruction pour rinGrmeric. )
Les infirmières sont comme les maîtresses des demoiselles, et doivent prendre les mêmes maximes pour leur éducation avec d'autant plus d'application, que le temps de la maladie et de la convalescence sont des temps de relâchement, comme vous le dites fort bien. Vous devez être encore plus patientes que les autres, mesdames, parce qu'il faut une grande charité et beaucoup de condescendance pour les malades ;
* Lettres et Avis, ^, 443.
132 LETTRES SliR L'KDUCATION.
mais Dieu vous préserve de pousser Tune et l'autre trop loin, ou, pour mieux dire, de les mal régler, car la vraie charité est droite et solide, et n*abandonne pas les mœurs pour soulager le corps. Son* gez donc toujours à leur inspirer la vertu et la raison avec des manières plus ou moins fermes, selon qu'elles sont en état de le soutenir. Il ne faut point exciter l'opiniâtreté d'une malade, et, dans ce temps-là, il faut agir avec une extrême douceur *, mais dans le temps de la convalescence, il faut être ferme et ne leur pas laisser tenir des discours et la conduite dont vous me faites une peinture fort vive. Ne souffrez point qu'elles disent : Je veux ou je ne veux point» Faites -leur mettre un corps dès que vous jugez qu'elles pourront le porter. Qu'elles ne demandent jamais rien pour leurs compagnes; n'accordez rien à leurs caresses -, que la piété règle tout. Ce que je vous dis convient à toutes sortes de filles bien élevées et surtout à celles de Saint-Cyr.
Faites-les agir dès qu'elles peuvent marcher : il y a bien des choses qu'elles peuvent faire à Tinfirmerie, comme balayer la table après leur repas, servir celles qui sont au lit, mettre la nappe, habiller les petites, etc. Enfin, mes chères filles, il faut que vous soyez en garde contre la pente que vous avez de les trop considérer et ménager-, c'est leur bien qui me fait parler ainsi. Plus vous les élèverez durement , plus vous contribuerez à leur bonheur; c'est tout ce que vous pouvez faire de meilleur pour elles.
A MADAME DU TOURP (1694). 133
62^— A MADAME DU TOURP,
HAITKISSI OBIflftALV Dit CI.AS8B8.
Le peu d'autorité des dames externes, et le peu de déférence des demoiselles pour elles, m'a fait consentir à ce que vous les aidassiez dans toutes les occasions où elles auroient besoin de vous; mais présentement que Von a mis une classe entre les mains des personnes de la maison, je vous conjure de faire votre charge comme elle doit être faite à l'avenir. Je vous ai dit plusieurs fois que la maîtresse générale est pour avoir soin des demoiselles quand elles sont hors de la vue de leurs maîtresses; du reste, elle ne doit point s'en mêler : ce n'est point à elle à les voir sortir du chœur, à les redresser, à les arranger, etc. Elle peut recevoir leurs révérences quand il n'y a pas de supérieure, pourvu qu'elles ne les reprennent point devant les maîtresses. Elle doit les observer au chœur, au réfectoire; et quand elle voit quelque chose qui va mal, en avertir quelque maîtresse.
C'est à elle à voir en général si on les habille mal , si on leur donne trop peu à manger, et en avertir la supérieure; mais elle ne doit point reprendre en particulier une fille qui mangeroit de mauvaise grâce ou qui feroit quelque autre faute ; mais, après l'avoir vue plusieurs fois, si elle continue, en avertir les maîtresses. Rendez-vous facile à prêter des demoiselles pour rendre service à la mai-
son; c'est à vous qu'on doit s'adresser pour cela, et vous devez ensuite aller à la classe, et dire à la maîtresse qui y préside : Ma sœur, envoyez, s'il vous plaît, six, huit ou dix filles à une telle de nos sœurs qui en a besoin. Mais vous ne devez point choisir les tilles^ cela appartient à la maîtresse de la classe.
Soyez libre de donner des noires ^\ mettez-vous à la place de celles qui en demandent. Si vous croyez que les officières en abusent, consultez notre mère, allez dans les lieux où vous avez envoyé des demoiselles, pour voir comment elles s'y comportent, car elles sont hors des yeux de leurs maîtresses.
Les noires sont entièrement sous vous ^ il ne faut plus que les maîtresses s'en mêlent que pour vous avertir des fautes qu'elles feroient quand elles sont aux classes. Quand vous voulez donner le ruban noir, il faut que ce soit sur le témoignage des maitresses, et en avertir la supérieure.
Enfin le but qu'on a eu en créant votre charge a été de soulager les maîtresses de tout ce qui se
* C'était des demoiselles qu'on- tirait de la classe bleue popr aider, soit les maîtresses des ciasses) soit la supérieure et les ufficiôres de la maison. Elles portaient le ruban noir. Voici ce qu'en di>ait W"^^ de Maintenon dans une de ses instructions : « Madame nous dit encore que les noires étoient un'corps très-utile, pourvu qu'on ne le laissât pas affaiblir; que» pour le conserver dans son intégrité, il falloit n'en point faire un trop grand nombre , parce qu'il est bien plus aisé de trouver dix filles raisonnables que d'en trouver vingt; qu'il falloit aussi tâcher de les choisir si bien, guon rCeût pas à les punir, parce que , si une fois il n'y avoit point de différence entre elles et les demoiselles des classes , on ne pourroit plus s'en servir utilement: il faut que leur réputation soit, pour ainsi dire, sans tache >» {Recueil des réponses de M^^ de Maintenon, p. 14).
fait hore des classes, afin qu elles y demeurent avec une grande assiduité ^ mais il faut qu'elles y gouvernent leurs filles avec une grande liberté, selon les règlements, pourtant, dont elles ne sortiront point.