POUR UNE MÈRE
Madame ma très-chère mère,
Je ne puis exprimer tout le plaisir que j'ai de recevoir de vos nouvelles. Si je n'ai pas eu Tlionneur de vous écrire depuis quelque temps, ce n'est pas, ma chère mère, que je manque à la tendresse et à la reconnoissance que je vous dois, et je vous assure que je n'ai pas de plus grande joie que lorsque je reçois de vos lettres. Je voudrais bien savoir si mon cher père a reçu celle que je lui ai écrite. Permettez-moi de l'assurer ici de mes profonds respects, et faites-moi la grâce de me croire, etc.
5". — pour un oncles
Pardonnez-moi, monsieur mon cher oncle, si j'ai été si longtemps sans vous écrire. L'espérance où j'étois que vous me feriez l'honneur de me venir voir en est la cause -, mais voyant le quartier fini, et que je n'ai pas même eu le bonheur de. recevoir de vos nouvelles, je crains que vous ne soyez tombé malade. Vous pouvez croire le chagrin que j'en aurois, ayant pour vous tout le respect et toute la reconnoissance que je dois pour tous les biens que vous continuez à me faire, et que je n'aurois jamais osé espérer. J'ai aussi un grand désir d'apprendre des nouvelles de ma mère, y ayant fort longtemps qu'elle ne m'a fait l'honneur de m'écrire. J'ai appris avec une grande joie que mon frère s'est enfin con-
* Lettres édifiantes, t. IV, p« 222.
* Lettres édifiantes, t. IV, p. 223.
A MADAME DU T(MIRP (t69o). 143
sacré à Dieu par la profession religieuse; Je vous supplie, quand vous le verrez ou que vouskii écrirez, de rassurer que je prierai Dieu pour lui. Je suis, etc.
64». — A MADAME DU TOURP.
Ce 5 mai 1695.
Il faut défaire nos filles de tous les compliments, excuses, résolutions et promesses qu'elles savent faire, et leur montrer par notre conduite que nous ne compterons plus que sur la leur : je serai contente d'elles quand leurs maîtresses le seront, et jamais autrement. Faites de même, je vous en conjure-, n'écoutez point leurs sentiments héroïques sur les reproches que je leur ai faits. On n'est que trop porté à Saint-Cyr à bien parler : il est temps de pratiquer. J'aimerois mieux leur modestie, leur soumission et leur travail, que les témoignages dç leur reconnoissance.
Vous voulez, ma chère fille, que je vous parle sur vous-, je n'aurois, ce me semble, qu'à vous appliquer ce que je viens de vous écrire pour vos filles, et j'ai à me l'appliquer incessamment à moimême. Nous savons assez, nous parlons à merveille, nous exhortons les autres bien mieux qu'il n'appartient à notre sexe, mais nous ne pratiquons pas assez. Nous nous flattons que nous ferions notre devoir dans les grandes occasions, nous ferions des livres sur l'abandon à la volonté de Dieu, sur le détachement de nous-mêmes et sur la su-
* Lettres pieuses y ^, I63C.
144 LETTRES SLR L'ÉDUCATION.
blime perfection', et cependant nous manquons presque à tout ce qui se présente devant nous. Comment, par exemple, avez -vous pu sentir de Topposition à la manière dont on veut faire la retraite, vous que j'ai vue si disposée à vous passer des secours étrangers et à vous renfermer audedans de la maison ? Je ne comprends point ce qui a pu vous déplaire là -dessus. Soyons fidèles dans les petites choses, ma chère fille ; examinezvous bien sur la soumission au sens des autres et sur la défiance que vous devez avoir du vôtre. Il est très-vrai qu'il vous sera bon d'obéir avant de commander, mais il ne faut pas que vous souffriez dans votre perfection de la nécessité où nous nous trouvons de mettre de jeunes personnes dans les premiers emplois : vous y deviendrez propre si vous vous en croyez incapable, et vous vous y perdrez si vous en jugez autrement. Adieu, ma chère fille ^ demandez bien riiumiUté pour vous, pour moi et pour tout ce que Saint-Cyr renferme : nous ferions des merveilles si nous avions toutes cette vertu.
paiMlBRB MA1TRB8SK DBS BLBUBS.
Il septembre 1695.
Plus VOUS aurez d'expérience dans les classes,
i ^me du Tourp était une des apôtres du quiétisme à Saint Cyr, et ces expressions sont un blâme de ses opinions religieuses (Voir le ch. X de VHist. de la maison royale de Saint-Cyr).
* Lettres édifiantes, t. IV, lettre 68. — Lettres pieuses, p. 1577.
' Louise de Saint-Aubin de TËpine, née en 1CG9| morte en
A MÀbÀSIË DE SAINT-AUblfH (i69ô). 145
et plus VOUS verrez qu'il faut les conduire avec une douce autorité, qu'il y faut être grave, silencieux, ferme, et toujours sur ses gardes pour ne pas se commettre avec les grandes filles, qui abuseront toujours de la familiarité. Il faut peu se fâcher, et encore moins caresser, mais leur faire observer leur règle exactement, ne pas voir toutes leurs fautes, punir celles de conséquence, ne pas vous impatienter du peu de progrès qui vous paroîtra, compter pour beaucoup d'empêcher le mal en les contenant en votre présence, et surtout prier pour elles. Vous ne pouvez être trop unies, ma sœur de Berval et vous; décidez tour à tour simplement, et si vous pensez difléremment en quelque chose de conséquence, prenez-naoî pour juge. Je suis ravie, ma chère fille, que vous possédiez votre âme en paix. Dieu ne vous a pas mise dans un état où il vous soit impossible d'être intérieure 5 et quand je vous ai vue dans la classe, il m'a paru que vous ne le perdiez pas de vue; conservez-le bien soigneusement dans les commencements ici *, il viendra un temps où les occupations les plus vives ne vous éloigneront pas de lui. Je me porte mieux, mais je ne sais pas quand Dieu voudra que j'aie la consolation d'aller travailler avec vous.
1700. Elle fut Tune des quatre premières Dames de Saint-LouiSy fit profession des vœux simples le 2 juillet 1686, et des vœux solennels le 1 1 décembre 1693. Elle était presque toujours employée aux classes, et succéda en 1695 comme première maîtresse de» bleues à Mine de Loubert, qui quitta la maison..
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