LETTRE I
C’est avec beaucoup de vérité que l’on a observé “que pour purifier les sources de la société, il faut commencer par la jeunesse.” La justesse de cette observation est singulièrement frappante, si l’on en fait l’application à l’état actuel de la société en Canada. Si pourtant, l’on inférait de la citation qui précède, qu’elle n’est susceptible que d'une interprétation absolue, l’on arriverait à des conclusions bien erronées, tant en théorie qu’en pratique. Quoique l’on ne puisse refaire facilement les habitudes formées de l’âge mûr, non plus que le caractère de ceux qui ont le bonheur ou le malheur de les avoir contractées, suivant qu'elles sont bonnes ou mauvaises, néanmoins l’influence que doit produire sur l'esprit et le cœur de la jeunesse, un système convenable d'Education Primaire, Elémentaire et Pratique, ne se fera pas ressentir que chez les enfans, elle réagira sur les parens. Elle sera moins puissante.sur ces derniers ; cependant l’on aura déjà beaucoup gagné, si elle produit un effet sensible, ou même éloigné.
Si les observations qui précèdent sont. justes, et je me flatte qu’en y réfléchissant, on verra qu’elles le. sont, elles nous mènent naturellement à deux considérations importantes, savoir: 1, L’éduçation élémentaire et pratique, en Canada, est nécessaire à. la jeunesse. 2. L'éducation élémentaire et pratique que recevra la jeunesse, influera sur ceux qui sont parvenus à l’âge mûr.
Les résultats que l'on doit attendre d’un tel procédé, s’il est judicieux, sont d’une importance tellement vitale pour toutes les classes de notre société déchirée par les divisions, que l’on doit: occuper le public de ce sujet, de l’éducation.
Je me propose de faire.un effort dans une série. de lettres familières, pour agiter l'esprit, public sur le sujet tout important de l'Education Elémentaire et Pratique.
Je réclame l’indulgence de mes lecteurs: je ne-prétends à aucune supériorité de pensées, ce que je dirai, la plupart d’entre nous, le savent. Mon but est de fixer l’attention du public, sur un sujet dont on s’occupe peu, parceque sans doute, on le regarde comme trop famillier ; et ‘de même que les élémens de la nature, la terre, l’air, le. feu et l’eau, comme une chose trop commune et trop ordinaire, pour qu’elle provoque nos recherches, ou fasse naître aucun intérêt.”
J'aï un autre droit à l’indulgence du public: la langue Anglaise n’est pas ma langue maternelle. Le désir sincère, que j’éprouve, et l’espérance ardente que
je nourris, de voir étendre à toutes les classes de la société, quelques soien* leur origine, leur religion, ou leur croyance politique, les bienfaits d’un système convenable d'Education Elémentaire et Pratique, expliquent comment jai pu me hazarder à faire connaître en anglais, ce que je regarde comme intéressant pour la société,
LETTRE II, Dans ma dernière lettre, j'ai fait allusion, en termes généraux, aux résultats que lon doit attendre de l’opération d’un système convenable d'Education Elémentaire et Pratique : avant de soumettre au public, mes vues sur ce que je crois devoir être la bûse de ce système, qu’il me soit permis de faire quelques autres observations.
Les écoles primaires sont une des institutions les plus intéressantes dans toute société bien organisée, elles sont regardées comme la source principale de l’instruction élémentaire ; sans elles, il n’y a aucune sécurité dans la société, il ne peut y avoir de stabilité dans un gouvernement qui les néglige ou les proscrit. Un peuple éclairé se garantira presque toujours contre l’influence corruptrice de gouvernans pervers ; il échappera de même aux pièges que lui tendraient des démagogues ignorans, ou intrigans et sans principes; dans lun ou l’autre cas, les gouvernés évitent la tyrannie d’un seul, celle du petit, ou celle du grand nombre. La cause de l’education, est donc la cause de la liberté.
Indépendemment de ces résultats si importans, l’action d’une Education El£mentaire et Pratique, en produira d’autres. L’éducation élève le caractère moral du peuple collectivement, elle élève aussi le caractère individuel de chaque membre de la société : l’homme devient meilleur, et par conséquen:, l'état de la société s’améliore. Les devoirs de l’homme envers san Créateur, ce qu’il doit à son gouvernement, et les règles d’après lesquelles il se conduira vis-à-vis de ses semblables, seront sacrées ou sans poids à ses yeux, à proportion de la culture du sentiment moral chez lui.
La prospérité d’un pays, sera nécessairement proportionnée à l’industrie individuelle et collective de ceux qui l'habitent. Le succès du cultivateur, du marchand et du commercant, de l’ouvrier, du marin, en un mot le succès de tous, dépend de leur connaissance de l’art, de la profession ou du méticr qu’ils suivent, et par conséquent la prospérité et le bonheur de la société et des individus, dépendent essentiellement du dégré d’intelligence et de connaissances pratiques qui existent dans un pays.
Les écoles primaires où l’on enseigne les élémens d'une éducation populaire, solide et utile, sont donc de la plus haute importance au bien être du pays, et doivent faire naître le plus vif intérêt.
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Dans ün pays qui, pour üne cause ou autre, a été privé d'un système efficac e d'Education Elémentaire et Pratique, les besoins qui naissent d’une circon- Stance aussi malheureuse, sont gratids, ils sont incalculables. Il est peu d'hommés qui ne ressentent plus ou moins, les effets d’un étât de société atissi désorganisé. Celui qui ne les ressent pas, est où un égoiste ou un sot, ofi peut ramener le premier à la raison, mais il est difficile, pour ne pas dire impossible d’influer sur le second. Cependant, et il est heureux qu'il en soit ainsi, la plupart des hommes sont influencés parcequ’ils regardent comme leur intérêt : dès l'instant, par conséquent, que le peuple dans ce pays, commo ailleurs, s'aperce vra qu'il a tout à gagrier à être instruit, il cherchera à le devenir.
Avant que nous puissions espérer de parvénir à un état de société où les notions de l'utilité ou plutôt de la nécessité de l’éducationt, soient suffisimment répandues, il est du devoir de tous les gens de bien, de faire usage de leur influence, pour aider à cette grande cause, la cause de l'éducation. Le vrai patriote, celui qui désite sincèrement le bien de son pays, l’homme qui aspire après son propre bonheur et celui de ses semblables, dans ce monde, et un meilleur avenir dans l’autre, est obligé de faite tous ses efforts pour instruite où faire instruire le peuple,