LETTRE XXV
oi> CHt^c:r.!i ii'(TkDLi.M>i.ii.^r d'i ^ toi tf nMim^T im.iiD.n.
r.iris, jiiillcl ISÔS.
l'arnii les obstacles qui rcndenl si (lllVu iles le triomphe définitif «1 l'organisation intérieure du gniivernement de la reine, il en est quelques-inisipii lra|i|)ent les jeu\ tout d'abord, c(inune,pare\emple, le délabrement des finances, la ruine du crédit, rinq)érilie des généraux et les rivalités (|ui les divisent. Des dillimllés de cette nature sont grandes sans ilnule; mais si elles étaient seules, nous n'y verrions point île motif sullisant pour désespérer du succès. Co sont là, en eiïel, des accidents où le hasard entre pour beaiu'oup et que le hasjird peut corriger. Au milieu de généraux médiocres, un homme détalent peut surgir, et, quant à l'étal des finances pour ]i'M|uelles, iiesl vrui,on ne peut rien espérer du hasard, descxenqiles nombreux et décisifs ont uuinlré (ombiiii l'élan énergiipie d'un
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mouvement national pouvait créer de ressources inespérées. Nos glorieux conscrits de la révolution ont commencé bien des campagnes nu-pieds et presque sans pain , et ils s'en sont néanmoins assez passablement tirés. C'est plus avant, c'est au fond même de l'organisation sociale qu'il faut aller chercher le secret de cette irrémédiable faiblesse qui se trahit chaque jour par mille symptômes, parmille désastres qu'on devrait s'être habitué à prévoir et qui étonnent toujours, tant ils sont peu expliqués.
Grâce à la tendance positive et matérialiste de notre siècle, on ne tient guère compte aujourd'hui que des arguments et des explications qui peuvent se réduire en chiffres. Je ne prétends nullement infirmer la valeur des considérations de cet ordre ; mais il nie semble toutefois qu'elles n'ont guère qu'une importance secondaire et ne peuvent servir qu'à achever des démonstrations commencées plus haut. Cette vérité, applicable à tous les peuples, l'est surtout aux Espagnols, dont toutes les actions sont déterminées par la passion, par le tempérament et par l'empire des habitudes, plutôt que par le raisonnement et les théories. Chez nous, en France, les désirs, les espérances des partis, les vœux des populations sont vite ramenés à une formule générale qui devient comme la devise et le mot d'ordre de toute une époque ; c'est un mètre sur lequel on mesure tout, jusqu'à ce que toutes les institutions se soient conformées au régime qui a été conçu et qui représente la tendance et l'idéal qui sont au fond des esprits. Les Espagnols ne procèdent point ainsi, ils ne sont point comme nous des abstracCeurs t/e jwmtessences; ils vont où l'instinct les mène et marchent plus lentement versunbntmoinsnettementdéterminé. Il ne faut doncpass'étonner si, depuis tant d'années que l'ancien régime est attaqué chez eux. leur vœu ne s'est pas encore exprimé par une de ces formules brèves que leur clarté rend à l'instant populaires. Ce sont les étrangers qui ont toujours pris la peine de faire la théorie de leurs révolutions, et la plupart du temps ces étrangers, pleins des idées et des préjugés de leur propre pays, ont contribué à compliquer des questions déjà très-obscures d'une foule de notions fausses et sans rapport aucun avec l'état réel des choses. La crise qui désole l'Espagne depuis quatre ans nous en fournira un exemple remarquable-
L'anciennne constitution de l'Espagne , qui était le résumé de son histoire et qui, pour n'avoir jamais été couchée sur parchemin.
n'en avait pas moins une cxisU'ncc très-réelle et Irès-t'nerjjiiiue, jtouvait se ramener à quelques éléments fort simples.
D'abord l'esprit et les institutions municipales dont l'origine remonte au moins aux Romains. Dans les pays si nombreux et si divers soumis à leur domination, les Romains, avec cet instinct du îiouvernement qui les a caractérisés en tout temps, avaient toujours laissé les populations se régir par leurs propres institutions sowj l'obligation d'ui\ tribut dont les proconsuls étaient cbargés de surveiller et d'assurer la perception. On peut voir, dans l'intéressant ouvrage de M. Viardot •, le détail de l'ancienne organisation romaine ; un sénat en général liéréditaire, une assemblée municipale élective ou curie représentée par les décurions qui administraient la cité, recouvraient les impôts et levaient les troupes sous l'inspection du cornes, espèce de commissjiire attaché à clia(pie municipalité et relevant du proconsul, qui relevait lui-même du préfet du jiréloire. Cet esprit municipal et local, favorisé par les circonstances politiques et par la configuration même du sol, a toujours joué un grand rôle en Kspagne ; nous aurons occasion d'y revenir.
L'esprit provincial et les fueros qui en étaient l'expression politique jouèrent, au moyen Age, un rôle considérable. Si l'on en excepte les provinces basques, toutes les autres, y compris l'Aragon, perdirent leurs fiieius u la suite de la révolte des comiituncnis sous (Jiarles-Quint, plus tard sous l'Iiilipjie II, et enlin sous l'bilippe V et la duiastie fruin;ai>e. .Mais l'esprit provincial a survécu, «'t aujourd'hui encore c'est un des mobiles les jilus énergiques (]ui aient résisté ù la fatigue de trente années de réudiitioB. (ionimenl pourr lit-il en être autrement"? de pr(»ince à province, il e\i>le depn»loiide» différences île climats, d'inléréts, de caractère» et de races. La (jalice et les Asturies, i)ays de petite propriété, l'Auvergne et la Savoie de l'Ilspagne; les pro\inces basques et la Na\arre, pays de pri\iléges et d'inilépendance obstinée; les Catalans, navigateurs et manufacturiers; les Valenciens et les .Murciens, cultivateurs liabile»; r.Vndalousie, pays de poésie, d'amour, île paresse et de far uirnle; len (Xslilles enlin, vastes et fertiles plateaux plus favntmés que le reste nu joug iminarc bique , forment des groupes tellenient
I Kluilrt tiir riiltloiri' ilr> linllliilluns. <1r lu lill r.iliir>' 'In lh<'.)lr<' rt ilci liraui-irU m F.*p«Kiir l'arl*, l'aulln, IH.V1.
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dissemblables de tout point, tellemenl séparés par la nature, par les mœurs, par tout ce qui imprime aux hommes un caractère spécial, qu'on peut dire, au pied de la lettre, que ce sont six nations différentes juxta-posées, mais qui ne sont ni confondues, ni même unies. Chez nous sans doute, le Flamand et le Provençal, le Normand et le Gascon, le Breton et l'Auvergnat accusent à l'œil de profondes diBférences de type et de physionomie ; mais tous ces éléments hétérogènes ont été pétris par nos guerres avec le continent, par notre vieille lutte avec l'Angleterre, tous ces tronçons, ont été soudés sous le marteau de l'ennemi. Puis, au centre de la France, s'élève Paris , vaste foyer d'unité où les générations de toutes les parties de la France entrent, pour ainsi dire, périodiquement en fusion , et dont elles ne sortent qu'après avoir reçu !a trempe commune. En Espagne, point de capitale, point de circulation active du centre à la circonférence et de la circonférence au centre; mais l'amour de la province, du village, du foyer natal; point de voyage , point de communication , point de commerce , rien de ce qui rapproche , de ce qui lie les hommes. Les préjugés , les traditions, les sentiments d'autrefois, préservés de tout contact et de toute altération, se conservent dans l'isolement comme des momies dans des bandelettes parfumées. Séparés par le sang , par les mœurSf ')ar le costume, les hommes des provinces le sont aussi par le langage. La langue espagnole est pour eux la langue castillane; le paysan valencien ou catalan ne l'entend pas. Enfin une profonde antipathie vient résumer, en quelque sorte, toutes ces oppositions. Entre provinces éloignées, c'est du mépris; entre voisins, c'est de la haine. Le Catalan, actif et grossier, ne fait que rire de la poltronnerie et de la paresse andalouses, mais il déteste le Valencien qui le lui rend avec usure. C'est cet assemblage incohérent de peuplades ennemies qu'on a baptisé du nom commun de nation espagnole.
Depuis le xvi' siècle, une sorte d'unité plus apparente que réelle est venue comprimer plutôt que détruire ces germes invétérés de désunion. La réunion des couronnes de Castiile et d'Aragon et bientôt l'avènement de la puissante maison d'Autriche donnèrent à la royauté, jusque-là faible et contestée, un ascendant décidé sur l'esprit provincial vaincu et soumis avec Padilla et les communeros. Mais le lien le plus fort, le contre-poids le plus ef-
ficacc opposé à l'esprit de dissidence, ce fut sans contredit l'induence que la défaite et l'expulsion des Maures donnèrent au clergé. La > ie de l'Espagne , au moyen Age , n'avait été qu'une longue croisade; la religion avait été constamment mêlée aux événements politiques et les avait pénétrés de son esprit. Aussi le premier acte du clergé triomphant fut-il d'obtenir de la royauté l'établissemctit de l'inquisition. Tous deux \iolents et despotiques dans la forme, le clergé et la royauté n'ont pas moins été, depuis Charles- Quint jusqu'à nos jours, le seul lien politique de l'Kspagne, et l'on peut croire que l'énergie de concentration que conservèrent si longtemps ces deux institutions ne fut que juste siilllsaiite pour faire éipiilibre à la tendaïue dissohanle de l'esprit pro\incial et municipal, fortiliée de tout ce que laconliguration du sol, profondément silloimé de chaînes de montagnes, peut ajouter de force à une tradition qui se perd dans la nuit des temps.
Le clergé , les événements de ces dernières années l'ont assez prouvé, a beaucoup |)erdu de son crédit ; lesdeux in\asions desl'ran- Vais, en IHOSet 1823, et le contact des Anglais alliés à l'Kspagne contre Napoléon ont semé sans doute dans les esprits beaucoup d'idées révolutionnaires : maisceserait une grande erreur de croire (pie les idées \oltairiennes et anticléricales jouent en ce moment, en Espagne, la centième partie ilu rôle (ju'elles ont joué dans notre ré»olulioii. Lorsque la constitution actuellement en \igueur était discutée au ■.(•in lies cortès constituai! tes dansrhi\er de ISI((i-IS;n,on voulait écrire la liberté des cultes au nombre di's dr(iitsnou\eaiix que réclamaient les besoinsde l'époiiue. (le fut l'opposition l.i ]ilus avancée, représentée |)ar .M. Olo/.aga, tpii repuussa cette proposition. « L'Espagne, disait l'orateur, au milieu de tous les germes de discorde <|ui ragilcnl, ii eu , parun privilège spécial, le bonheur d'échapper aux (pn-relles de religion. Il n'y a point en Espagne de dissidents religieux ;sans doute, si de nouvelles sectes venaient à s'y propager, rétnl des mœurs et l'esjirit de l'époque interdiraient ronlre eux toute )u>urHuite; mais pounpioi inscrire dans la loi e( consacrer un mobile de désunion déplus, nlnrsque rien n'en fait sentir la nécessité. » Le discours de ]\L Olo/ngii, applaudi de tout ce ipie l'Espagne renferme ilhoimnes Miges cl inlelljgcnis, fut cnuronné il'un plein sucrèn, et aujourd'hui l'ICspagne libérale, l'Espagne révolutioiuiaire, qui a détruit les ( ouvent- et égorgé les moines, n'a pas voulu pro-
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fiter de son triomphe pour se donner une des libertés que nous avons été plus empressés à réclamer. Un fait de cette nature sufiirait seul à démontrer que la question révolutionnaire n'est pas posée en Espagne comme chez nous.
D'un côté, l'esprit provincial et municipal tendant au fédéralisme, de l'autre la royauté et le clergé tendant au despotisme ou, pour mieux dire, à l'immobilité, telles sont les puissances réelles entre lesquelles un certain équilibre s'était établi; c'était un extrême tempéré par un autre, comme il arrive toujours en Espagne ; car de rêver le juste-milieu pour un semblable pays, c'est une chimère ; si cet esprit moyen venait jamais à prévaloir en politique, ce serait une exception à la nature même de l'Espagne ; pays d'insouciance sans bornes ou d'activité désordonnée, de fertiles oasis à quatre récoltes par an, perdues au milieu de friches immenses et de terres crayeuses où l'herbe même refuse de pousser ; sol brûlé en été par des chaleurs suffocantes de 30, 33 et 38 degrés (Réaumur) au pied des mêmes montagnes où, l'hiver, les soldats en faction sont trouvés gelés et roides de froid.
Au fond, je le répète, le débat n'a jamais existé en Espagne qu'entre l'esprit pro> incial et l'esprit de centralisation monarchique. C'est là même, on peut le dire, toute la querelle entre l'Espagne constitutionnelle et les provinces basques; c'est là surtout une des raisons encore peu aperçues, si ce n'est sur les lieux mêmes, de la difficulté que le gouvernement de la reine trouvera à s'affermir d'une manière définitive. Depuis quatre ans il n'est point de grief libéral qui n'ait été articulé contre le gouvernement. On a parlé de tout, hormis du point important. En effet, comment en aurait-on parlé ? c'eût été s'écarter du symbole tout rédigé du libéralisme français sur lequel on s'est si fidèlement modelé. Conformément aux traditions de la révolution française, on a déclamé contre la noblesse, la plus bénigne, la plus inoffensive et la plus populaire de toutes les noblesses; on a inventé un parti démocratique qui n'existe que sur le papier ; le fédéralisme est la seule chose dont on n'ait pas parlé, bien que le fédéralisme n'ait pas laissé de faire silencieusement son chemin, comme nous le verrons tout à l'heure. Pour revenir au parti démocratique, je dis qu'il n'existe pas et ne peut pas exister dans le sensfrançaisdumol. En France, pays de lra\ail, le paysan et l'ouvrier ont un lourd fardeau et une dure servitude à porter ; la concurrence, les
besoins factices diminuent leur aisance ri'cllc, et régalilt'- leur a rendu communes avec la clause bourgeoise les charges et les restrictions légales. Dans toute l'Espagne, si l'on excepte le littoral de la Catalogne, le tra\ail manufacturier et la concurrence sont à peu près nuls. Sobre, presque sans besoins, jouissant sans limite du droit de port d'armes, du droit de chasse, du droit de piV'he, le paysan trouve à se pr icurer, à un prix excessivement modique, toutes les denrées de première nécessité '. Une démocratie qui n'est travaillée ni par la misère, ni par l'ambition, ni par un sentiment d'égalité hostile contre les classes plus favorisées, une démocratie où chacun est ou se croit aussi noble que le Hoi et vit content de scm sort, n'est pas naturellement très remuante; aussi, quelques efforts qu'on ait tentés depuis quatre ans, la démocratie continuet-clle imperturbablement à mener ses mulets, à labourer son champ et à faire sa conlrebaude, [ii plus ni moins que dans le bon \ieuv temps de l'ancien régime ; il est résulté de là une situation assez singulière. La révolution était d'abord partie d'en haut, c'était In royauté qui avait donné lo signal de la réforme. Mal conseillée, iidiabile, impuissante, la royauté échoua, et débordée par le parti exalté, elle fut annulée de fait par la révolution de la (iranja. On devait croire qu'en changeant de main, qu'en passant de la royauté à la naiiun, la ré\olution allait preruire de tout autres allures et relo\irner tout de fond en comble. Kien de tout cela n'arriva. On sup|trime la chambre des i)roceres déclarée absurde et surannée, et on la rem|)lace par un sénat dont le nMe politique n'est guère plus intelligible tpie celui du procrrnzijo. Vu an à peine s'est éc(udé, II- jtarli tiaiionnl tondie en faillite morale et polili(iiii'. et le i>o\i- M>ir, échajipé de ses mains défaillantes, \a retomber, par un ricochet inconce\able, au\ mains de cette piMe royauté encore toute
I I.'abiindanrc (liivincsl Irllc ni l!.il!iln;;ni', qu'une |ii|)C ilc Ci.">0 lumloillcsilp v|n iKvcbnud et lri'»-((*n*riMii iir rrviciil , Tiiliiillr cl traii»|ii)rt rciiiipris , tjii'4 •Ht plaiktrcKliasrr.) Ihin> la tirilIrCa^lilIr, la riini-|(uc ilo liliWlc DO Ii\rc5 ne coùlr, iiitnCr niuji'iiiii-, i|iio 7 ri'.iiii (,V)Mnis) On rsl nii'iiii- MiiMfiit iil>lii;c, fiiiilo ilr ili>-
l'iiiirli*. iL'ji'Irr k- lil<' <lr Mire rcill nii ili- l.il'.'iT | rrir le r:ii»ln sur In vlKiir J'ai
wip;(<t, iUii> Irt rciy.iiinic% île Miirrir cl «le Gri'liaili', .ivrr dct imilclicrs (|iii |»«- Xiidcnt |>ar jour 3 ttiui (un |iru niutn« de <U »uuii) lit falxalrnl IruU rrpns |Mir j'Hir ; de la «lundc le malin el À dîner, le soir du |iain el dei iriir», le tout nrruki> larKenirnl d'un eirellenl «In, d< ni mi n'aiir.ill p.is IVi|iiit.ileiil, Il l'arU, Ji nmlii^ ilri0«<iu«, |irl<aud'lall.
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meurtrie et toute flétrie par les brutales étreintes des sergents de la Granja. Cela revient à dire que l'unité politique, que le pouvoir central et dirigeant, arraché des mains du clergé, brisé dans celles delà royauté, s'est trouvé trop lourd pour le parti qui croyait représenter la nation, et que si la lassitude des partis et la conscience de leur impuissance leur défendent de prétendre au gouvernement, toute apparence d'autorité, de direction, de commandement n'est aujourd'hui qu'un vain simulacre, qu'un fantôme sans consistance. L'Espagne, en un mot, est aujourd'hui livrée à la plus complète anarchie. L'absence de tout mobile énergique ne laisse se développer qu'avec lenteur les conséquences logiques d'un pareil état de choses; mais, à partir d'aujourd'hui, ce n'est plus qu'une affaire de temps.
Un fait très-remarquable se produit déjà, qui montre dans quelle voie l'Espagne est désormais engagée. Je veux parler de l'importance politique récemment conquise par les députations provinciales.
En temps régulier, les députations provinciales peuvent être assimilées, pour les fonctions et l'importance, à nos conseils généraux de département, de même que Vayuntamiento répond à nos conseils municipaux. Les membres de l'ayuntamiento et de la dépulation provinciale sont élus par tous les citoyens actifs majeurs de la commune ou du c!ief-lieu de la province, et tous les électeurs sont éligibles. Pour être nommé de la députation provinciale, un revenu décent est exigé ; cette condition n'existe pas pour les ayuntamientos. Une particularité très-curieuse , c'est que l'autorité de ces deux corps ne se borne pas, comme chez nous, à des attributions d'édilité ou d'administration locale. Par une confusion qui n'est pas d'hier, puisqu'elle date de l'occupation romaine, ils servent d'instrument au gouvernement central pour la levée des troupes et le recouvrement des impôts. Ce ne sont point, comme eu France, des agents ministériels, préfets, receveurs généraux, qui remplissent ces fonctions. Le gouvernement fixe seulement le contingent de chaque province, la députation provinciale opère la répartition entre les communes [lus pucLlos) , et l'ayuntamiento de chaque pueWo entre tous les membres de la commune. Le gouverneur civil ou préfet, le capitaine général ou commandant militaire surveille les opérations pour le compte du gouvernement, mais il ne les dirige
pas. Les conséquences de celle ancienne organisation sont écrites dans loule l'hisloire d'Kspagne ; c'est la faillite que trouve une province mécontente à secouer le joug du gou\ ornement el à faire elle-même ses propres affaires. Dès que la révolte est une fois convenue, rien de si simple; la dépulalion s'assemble, elle \c\c des hommes, de l'argent, c'est un gouvernement complet, c'est une république tout organisée. Anéantir l'aris, ce serait décapiter la France ; chaque partie de la France ne vaut que par le lien qui l'unit au reste; c'est comme un organe, un viscère séparé auquel la vie vient du cœur. 11 n'en est point ainsi de l'Fspagne. Semblable à ces reptiles dont les lron(;ons di\isés deviennent autant de centres de vie, chaque province, chaque ville, chaque village est un être politique complet. Sa vie est en lui, faible et chéti\e sans doute, mais indépendante. 11 ne ressent point cette circulation active, cet afllux du sang (jui porte toute la vie sur le point menacé. La Bretagne et la l'rovfiice, la Flandre et le Béarn sont plus liés, plus unis, plus solidaires ipie deux villages espagnols situés à deux lieues l'un de l'autre.
De|)uis le commencement de la guerre civile, mais surtout depuis la révolution de la («ranja, les députations provinciales se sontpresipi(! partout mises en |iossession du pouvoir de fait. Les nombreux assassinats commis sur la personne des capitaines généraux ont inliiniilé leurs successeurs ; les courses des bandes carlistes qui coupent les communications avec .>ladrid ont, d'un autre cùté, contraint souvent les provinces à se sutfire à elles-mêmes; grAce aux députations provinciales, la machine est toute montée; on a des hommes, de l'argent ; (pi'a-t-on besoin de IVIndrid'? Madrid demande de l'argent et n'en envoie jamais, il en est de nu>me pour les hommes ; Madrid e»t la \i Ile îles employés, c'esl-îi-dire delà lèpre de l'Fspagne; e'est une armée de fonctionnaires nécessiteux, allâmes, qui perpétue les traditions de la vénalité et delà concussion la plus elVrénée. Je ne veux pasdire<|ue l'ailniinislralioii proxiiii laie \aille niieuv, mais c'est une raison de plus pour n'en g.irder (pi'uiie nu lieu d(* ih'ux. On ne saurait croire combien peu les ordres de .Madriil agissent sur la pro\inre; et les députés, (pii se plaignent qu(* le gou\ernenuMit ne se fasse pas obéir en pro\ ince, ont sans doute bien complélement oublié ce qu'ils ont \\i mille lois de leurs yeux, l ii ordre arrive de .M.idiiil : on répond au ministre pour lui accuser réception, on lui
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débite force compliments et protestations d'obéissance, puis l'ordre est mis en poche, et c'est une affaire Gnie. Il y a un proverbe pour exprimer cette louable habitude : se ohedece, pero no se cumple ; on obéit, mais on n'exécute pas. C'est une chose miraculeuse que de voir combien peu l'on s'inquiète, à Barcelonne, par exemple, de ce que font ou disent les Icchuguinos ( les dandys , les beaux fils ) de Jladrid. On se bat contre les carlistes, on se bat entre soi dans la ville ; le capitaine général et la députation provinciale sont en guerre, on déclare l'état de siège, on le lève, on se déclare indépendant ; les ministres apprennent cela par les journaux et viennent aux cortès déclarer que tout est pour le mieux et que le gouvernement est parfaitement satisfait. Quand le capitaine général est un homme de vigueur et de résolution, comme le baron de Jleer, il prend quelquefois le dessus ; quand c'est un homme faible comme Palarea et vingt autres, il devient le très-humble serviteur et le premier commis de la députation provinciale.
Si les députations provinciales, en s'emparant des pouvoirs, l'exerçaient dignement, il n'y aurait que demi-mal; mais, nommées en général à l'aide de la hullanga, elles abusent de mille manières de l'autorité qu'elles ont usurpée. Ainsi elles méconnaissent les droits des étrangers, ne veulent pas entendre parler des traités qu'elles ne connaissent ni ne reconnaissent , et tyrannisent impitoyablement tout ce qui est condamné à subir leur mauvais vouloir. EnQn , fatigué de tant d'abus, le gouvernement vient de présenter aux cortès un projet de loi pour limiter les attributions des députations provinciales. On le dit fort sage , et il sera probablement voté par les cortès. Le voter, ce n'est pas là le difficile; mais le faire exécuter, qui s'en chargera ? L'armée est occupée dans le Nord , on ne la distraira pas de ses opérations pour l'envoyer sur les provinces. Il y a plus, bien des personnes pensent que la guerre civile, si fatale, si désastreuse qu'elle soit, est pourtant le seul lien qui empêche une rupture ouverte , et que , si le souci de la défense commune ne faisait pas sentir le besoin d'un reste d'union , l'Espagne, privée désormais des deux instruments de son unité spirituelle et temporelle, retournerait, pour un temps du moins , à l'état purement fédéral. Et en effet, quand on songe qu'il n'y a, pour résister à cette vieille et organique tendance de l'Espagne, que l'appareil stérile et factice d'un gouvernement à l'anglaise qui, en Espagne, ne repré-
sente rien, on se trouve conduit à prt-Noir le fodéralisme comme l'issue naturelle delà réaction antireligieuse et aiitiinoiuirchique.
Car, de croire que les cortès qui ont, en réalité, hérité du pouvoir roval pussent, aussi bien que lui, représenter et maintenir riinilé politique du pays, ce serait une gra\e erreur. Une assemblée, parla multiplicité des opinions qu'elle renferme et la mobilité de sa composition que l'élection renouvelle périodiquement, est, parle fait, hors d'état de montrer dans l'exercice du pouvoir la suite, la tenue, la préoccu|mtion de l'ensemble qui n'appartient qu'à lautorilé d'un seul , si imparfaitement exercée qu'un la suppose. .Mais cette impossibilité n'existerait [las jiour un payscalme, prospère, et où toutes les (]uestions poliliipies sont nettement posées, qu'il n'en faudrait rien conclure eu faveur de l'Kspagiu' travaillée depuis trente ans par les changements révDlulionnaires et les inévitables désordres qu'ils traînent à leur suite. La France, lors de la révolution de '.12. était bien autrement luéparée pour l'unité par toute son histoire, depuis IMiilip]ie-Auguste jusqu'à Louis \IV, préparée surtout par la solidarité que les guerres avec l'Kurope avaient établie entre toutes les provinces. Elle se trouvait , de plus, sous la main du comité de salut public, c'est-à-dire de la dictature la plus énergique qui ait peut-être januiis existé, et cependant h quoi a-t-il tenu que le fédéralisme ne compromit son existence et ne la livrât désarmée au mauvais vouloir de l'Kurope".' Les résolutiiuis hardies et le sacrifice des intérêts privés à l'intérêt général ne sont pas en général, nous en sivons quelque chose, le côté brillant du gouvcrnemeni parlementaire. Or, si à ces vices organiques en (piehpie sorte vous ajoute/ par la pensée les réelles et inconciliables oppositions d'intérêts qui existent en Espagne de province à province, vous com|)reiulre/ faiiliMut-nt ipie de réunir en im même corps les représentants de toutes I es aniipalhies, c'est avoir peu fait i>our l'unité. La Catalogne manufacturière et commerçante ne peut pas avoir eu malien; de doimneit les mêmes principes que l'Amlalousie exclusivenuMil agricole; l'une appelle la liberté du commerce, l'autre la repousse. Croit-«)n (|ue de mettre face à face les députés de Malaga et ceux de Iiarc4'lonne ce soit avoir avancé de beaucoup la fusitui des intérêts? C'est tout simplement avoir commencé um* qin'relle imp<uianle h viiler sans douli', main |>eu opportune , tant que la giu'rre civile ciintinneàinellretiuit «inpicslion. Les cortès espagnoles renlermenl
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beaucoup pius d'éléments de division que la convention nationale , et elles n'ont ni Danton , ni Saint-Just , ni aucun de ces terribles apôtres de l'unité qui argumentaient avec la guillotine et la mitraille.
Il y a d'ailleurs, dans les antécédents du peuple espagnol et dans les longues habitudes de son intelligence, quelque cliose qui semble profondément répugner aux fictions du régime représentatif tel qu'il existe aujourd'hui. L'Espagne est un pays catholique, façonné, par l'esprit catholique , au sentiment de la foi et de l'autorité. L'esprit de la réforme , les doctrines de libre examen inaugurées dans le monde par Luther, sont venus expirer au pied des bûchers de l'inquisition. L'Espagnol raisonne peu, discute mal, il entend peu de chose aux subtilités de l'analyse ; la discussion, au lieu de l'éciaircr, au lieu de le décider, le jette dans le doute et dans l'incertitude; il a besoin, pour agir, d'avoir foi dans celui qui commande , et je ne crois pas que ce peuple puisse supporter comme nous l'action dissolvante de la discussion appliquée aux questions de pouvoir et d'autorité. L'unité de la France n'est plus seulement une croyance, une théorie, c'est un fait, et lors même que nous ne trouvons plus dans le pouvoir le symbole de l'unité sociale, nous sommes avertis, j)ar tout ce qui nous entoure , que cette unité existe quelque part et qu'elle finira par se produire. L'Espagne, au contraire, assemblage incohérent de peuples, de climats, d'intérêts opposés, n'avait, pour lier ces éléments hétérogènes, que le ciment de la foi monarchique et religieuse ; les idées révolutionnaires de liberté ont à peu près achevé de le dissoudre ; aussi y a-t-il peu de chances pour que le fantôme expirant de l'unité monarchique résiste longtemps encore à la réaction fédérale. Il est assez remarquable , d'ailleurs, que les formes parlementaires de gouvernement n'ont encore, à proprement parler, régné que dans le Nord et chez les peuples de race anglo-saxonne, l'Angleterre et les Etats-Unis; car j'ai trop haute opinion des destinées de la France pour croire que ce que nous voyons chez nous puisse être autre chose qu'une forme de transition et qu'un moyen régulier d'arriver à une constitution du pouvoir plus conforme à la nature des besoins de notre époque. Essayée dans les républiques de r.'Vmérique espagnole, cette forme politique n'a enfanté qu'un inextricable chaos qui fait craindre pour l'Espagne quelque chose de semblable. Je voudrais que ceci fût une crainte purement conjec-
turalc; mais, quand on a pu obsorvcr de près et à dislance l'effet des discussions des corlès , on sent qu'il manque là quelque chose , et l'on reconnaît dans ces institutions je ne sais quoi d'étranger qui contraste avec l'humeur et le génie national; c'est une plante exotique née sous les brouillards de l'Angleterre , qui sèche et dépérit sous l'ardent soleil de la Péninsule. Les luttes oratoires sont là, comme ailleurs et plus qu'ailleurs, une joute de vanité personnelle , 011 la forme emporte le fond. Ce qui réussit au\ certes , ce sont les grands mots bien sonores , les phrases ronflantes ; on voit par exemple , à chaque instant, les tribunes applaudir alternativement des orateurs luirlaiit dans un sens opposé. Croyez-vous que ce soit à l'opinion, au système cpie s'adressent les applaudissements? l)as le moins du monde; c'est à la période oratoire, à la déclamation accentuée, au geste brillant. Le public écoute en artiste et apl>la»idit en connaisseur, comme aux taureaux, un beau coup de corne ou un beau coiqi d'épée ; bravo , toro! bravo, torero! Ouant nu fond de la question , rien de plus indilÏÏ'rent. .\u mois de jan- ^ier 1837, le ministère Calatrava avait demandé une loi en vertu lie laipielie il fût autorisé à faire sortir d(> >Iadrid , dans les quarante-huit heures , tout étranger suspect , sans autre forme de procès. On était au fort du siège de Bilbao. Néanmoins l'afTaire était tellement grave, tellement importante pour la siketé de l'Klat que, toute affaire cessante, on entama la discussion qui dura huit jours, et dans Inquelle M. Argiiellès se signala par un discours qui Dcciipn n lui seul deux .séances, en tout onze heures. Après mainte répli(|ue et mainte conlro\erse, le ministère oblinl sa loi. Savervous ce (pi'il en lit '? On e\|inlsa un jeune Français, le plus inoffensif des honunes, on en tracassa deux ou trois (pii ne voulurent point piirlir et (pii ne |iarlirent pas; mais cela suflisait , la pairie était sainée,et surtout les orateurs pour et contre s'étaient signalés par une ver\e (|ui a>ail un peu ré>eillé les Iribunes toujours nmies des fêles et du spectacle, l'ondé et exercé par la classe bourgeoise, je gou\ernemenl parlementaire se ressent de son origine. Il est fiivorable aux idées d'ordre, d'économie, i\ tout le détail des affaires; mais, par opposition, il t>st empreint de je ne "»iii» quoi de médiocre , de mesipiin , de terre -A -terre; il n'a rien de ce ipii peut Hnlisfaire ii ce besoin de poésie, d'éclal extérieur et de grandiose qui cnrnclérise le génie espagnol, (les bourgeois en
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frac, qui se disputent et se disent publiquement des injures, font peu d'impression sur un peuple accoutumé à se découvrir devant le roi son seigneur [el rcij su senor) et à suivre avec respect les cérémonies pompeuses du culte et les longues processions des moines. Dépouillé de tout son antique éclat, le pouvoir est devenu si terne, si décoloré, que les yeux du peuple ne l'aperçoivent plus et qu'il ne veut pas croire que ce soient là ses chefs. Le peuple espagnol est désorienté, il ne sait plus à qui entendre, à qui obéir, à qui se rallier. Dans des circonstances aussi graves que celles où il se trouve placé, une pareille démoralisation est fatale, plus fatale que tout.
Résumons-nous. DifTicultés militaires, administratives et Gnancières, déconsidération jetée sur le pouvoir royal par la faiblesse qu'il a déployée dès l'origine et par l'humiliation qu'il a subie à la Granja, déconsidération justement acquise au parti exalté par l'usage qu'il a fait de sa victoire, hésitation et découragement universels,progrèstoujourscroissantversla dislocation fédérale, insulTisance des pouvoirs nouveaux qui ont tenté de s'élever sur les ruines de la royauté et du clergé, tels sont les principaux obstacles qui s'opposent aujourd'hui à l'établissement d'un gou\ ernement fort et régulier. Et pour soulever cette montagne de difficultés, de quelque côté qu'on tourne les yeux, on ne trouve pas en Espagne un seul point d'appui résistant. Aussi le paysan espagnol, dans son bon sens profond et résigné, répète-t-il d'un bout de la Péninsule à l'autre : n Perdida estàEspana; si no vienen los Franceses, eso no se acaba nunca. » L'Espagne est perdue; si les Français ne viennent pas, ça ne 6nira jamais.
C'est donc le cas de dire ici un mot en passant sur cette question d'intervention qui, deux ans de suite, adonné lieu dans nos chambres à des débats tout à la fois si éloquents et si peu décisifs.
LETTRE XXYI.
CO.ICLISIOI.
l'iiris. juillet I83>1.
I.e temps qui s'est écoulé depuis que la plupart de ces Ictlros sont écrites n'a point apporté de cliaiigemciit bien jçraxe dans la situation resi)ecti\e des partis. Des mécontentements, des révoltes militaires ont éclaté dans le camp de don Carlos sans que le parti constitutionnel, arrêté par l'argent, ait pu mettre à profit cette lieureuse diversion. C'est toujours des deux côtés même imimissance d'en tinir; seulement il est visible que don Carlos a perdu toute chance décisive, et que su plus grande ambition doit se borner maintenant à inquiéter ses ennemis avec plus ou moins de succès, et à perpétuer le désordre. Si l'Espnj^ne pouvait finir cette guerre avec ses seules ressources, ce serait évidemment en cvploitant avec habileté le mécontentement et les germes de dissidence qui mûrissent chaque jour dans les provinces. Isoler les Basques de don Carlos, ce serait déjà, pour le gouvernement de la reine, un avantage immense, au point de vue européen surtout; la ditliculté, d'ailleurs, n'a rien d'insurmontable. I.a principale barrière qui sépare les provinces du reste de l'Espagne, ce sont leurs privilèges municipaux, leurs fuerva, et les douanes. Quant au\ fiicios, la constitution les a supprimés; mais on dit que le gmivemement de Madrid ne serait pas éloigné de transiger sous ce rapport, et ce ne srrait que justice. Outre qu'on ne sait guère en vertu de quel droit .Madrid a pu abolir les privilèges de provinces souveraines et librement réimies h la couronne, tout le inonde recoimail que l'administration libre des provinces était InlininuMit supérieure is l.i dévorante incapacité de radminislralion rojale; les IJasques on! contracté des i-nqiriuils |iour subvenir a leurs dépenses, ils ont à siqqioiter des obligations et des charges résultant tle leur vieille iiidépeiidnnce. Passer le niveau sur des faits de celle imporlani e l'I tniil l.iire lilier deviuil In passion no peu piirrile d'une égalité
SLK l'espagne. 213
symélrique, c'a été un grand tort, et il serait à désirer que le gouvernement de la reine, mettant à profit les leçons d'une expérience chèrement acquise, offrit solennellement aux Basques de revenir sur une erreur qui a été certainement la cause principale de leur résistance opiniâtre.
Quant aux douanes, il y a lieu de croire que les provinces transigeraient. On sait que la frontière commerciale de l'Espagne n'est pas sur les Pyrénées ni sur la mer, mais sur la limite des provinces et de la vieille Castille. Il en résulte bien pour elles cet avantage , qu'elles peuvent commercer librement avec l'étranger sans rien payer au fisc ; mais cet avantage est compensé par d'assez graves inconvénients; ainsi les Basques paient les droits à la frontière de Castille, et s'ils jouissent de la libre importation des marchandises du dehors, en revanche leurs produits sont exclus des marchés de la Péninsule, ou du moins assimilés à ceux de l'étranger. La même loi règle leurs rehùions avec les colonies espagnoles. Aussi les villes commerçantes seraient-elles, dit-on, assez disposées à laisser reporter aux Pyrénées la frontière commerciale ; ce qu'il y a du moins de remarquable, c'est que les villes du littoral, telles que Bilbao par exemple, ont montré, depuis le commencement, une préférence marquée pour la cause constitutionnelle et un éloignement invincible pour le prétendant. Il faudrait bien s'attendre h l'opposition des contrebandiers de la frontière intérieure ; mais c'est là une considération tout à fait secondaire.
Reconnaître franchement les fueros et négocier pour les douanes, voilà ce que le gouvernement de la reine pourrait faire dès aujourd'hui, et nul doute que des intentions aussi conciliantes, hautement manifestées, n'ébranlassent fortement la plupart des adhérents de don Carlos. La tentative de Munagorry n'a point eu le 'succès qu'on en attendait ; mais néanmoins des révoltes militaires ont eu lieu, la discorde est dans le camp de l'insurrection. Faut-il s'en étonner? voilà maintenant cinq années que les pro\inces sont dévastées par la guerre, que le propriétaire ne touche plus de fermages, que le négociant ne fait plus d'affaires, que le paysan n'a plus d'autre industrie possible que celle des coups de fusil; c'est un pays las, fatigué, épuisé, qui ne demande qu'un prétexte hoiinèle pour po^er les armes. Touttîfois quelques eflorts (pic fassent les cortès, à quelques moyens conciliants qu'on ait recours, il y a tout
'21 i LETTBES
lieu de douter qu'on puisse jamais ai i i\ ti ^ un arrangement définitif, laiit que la France ne consenlira pas à se porter garant et médiatrice. Ce n'est pas seulement parce que l'orgueil des Basques répugne à se soumettre au joug espagnol, c'est surtout parce qu'après de si longues et de si cruelles hostilités, la crainte bien légitime des réactions épou\ante, c'est enlin qu'il n'est pas naturel que des populations armées se mettent à la discrétion d'un ennemi qui n'est pas encore ^ainqueu^. Les chefs carlistes l'ont répété à plusieurs reprises : que la France fasse une seule démonstration, et lespro\inces saisiront avec empressement celte occasion pour se soumettre sans honte.
Faut-il donc que la France prenne parti dans les aiTaires de l'F^spagne '?
Cette question, deux fois résolue négativement par le gouvernement d'accord avec les chiimbres, peut-elle encore élre posée de nouveau"? nous le croyons. La question d'Kspagne, lorsqu'elle a été débattue devant les chambres, n'a guère été débattue, discutée pour illf-méme. Derrière les choses, on apercevait les personnes; dcrlirre rinler\ention, apparaissait clairement la question de cabinet, le renversement ou le maintien du ministère. Des considérations decclle nature peuvent, dans des circonstanci'S données, influencer le voti' d'une assemblée délibérante, elles ne ciuingent rien au fond des choses, ni aux intérêts permanents d'une nation. C'est pourquoi nous demandons la permission d'ajouter quelques réllevions impartiales aux débats passionnés cl élotpients, mais trop é\idenunent iiilércss«''S des chambres.
(Juela France ait un grand iiilérèl commercial cl sinlout polilicpie a voir finir promplemcnl la guerre civile espagnole, c'esl ce qui n'a été nié par personne; ceux-là même qui s'op|iosaienl avec le plus de ( lialriir à loiile inl(■r^(■ntion ai li\e ne cro}ai<Mil pas |H>ii\iiir se >li>peiiscr d'olfrirà ILspagnc libérale le Irilmt annuel de leurs sympathies. La (piesliun se lédiiisail donc à sa>oir s'il était |)ossible ou • ippiirliiti d'entrer dans la l'éninsiile pour la pacifier. Nous insiste- Kins peu sur l'opportunité. <,Miand un gouvenienu'iit se retranche derrière les ténèbres du sanctualri! diplomatique, il est dilficile di* l'y Miivrc et do l'y forcer. Ilornons-nous seulement à remarquer i|u'nn gouvernement, conNaincu de l'importance d'en Unir, aurait bii'n du malheur si, dans un es|iarc ih> ciiii) années, il ne sa\»it
trouver ou faire naître le moment favorable. Aussi faut-il croire que le gouvernement français n'a pas compris l'importance du résultat , ou qu'il s'est exagéré les dilVicultés de l'entreprise.
La révolution de juillet marquera une époque décisive dans l'histoire de la ci\ilisation française. D'une part, la chute irrévocable des derniers débris du régime féodal, de l'autre l'avènement politique de la bourgeoisie apportant avec elle au pouvoir ses traditions de travail pacifique, ses habitudes d'ordre, d'économie, et préparant, par son activité industrielle et son habileté administrative, l'affranchissement de fait de cette masse immense de prolétaires, de salariés qui forment le fonds et la base de la nation, et qui, convenablement préparés par l'éducation, devront, dans un avenir plus ou moins rapproché, devenir les associés des bourgeois qu'ils appellent encore leurs maîtres. Ces idées qui sont le résumé de l'histoire de la France et du monde, et qui, il y a quelques années à peine, paraissaient de folles utopies, sont aujourd'hui si bien entrées dans toutes les tètes pensantes , qu'elles ne trouvent plus devant elles d'autre obstacle que le temps, et qu'il ne se produit pas dans toute notre société industrielle et intelligente une seule idée, un seul fait qui n'aient pour effet de nous acheminer visiblement vers ce but désormais clairement aperçu de tous. Nous qui vivons en France sur le théâtre même où ces idées sont nées et fructifient, nous savons que le travail et la science sont appelés à devenir les instruments les plus efficaces de cette grande et pacifique révolution. Mais si telle est la glorieuse mission que la France commence à se concevoir, si elle arrive chaque jour à préférer davantage les conquêtes intérieures qui fécondent et améliorent aux conquêtes sanglantes qui détruisent et qui dévastent, il y aurait toutefois par trop de simplicité i\ croire que l'Europe qui entend encore vibrer à ses oreilles l'écho magique des mots de liberté et d'affranchissement, et qui pendant vingt ans a vu le drapeau tricolore ilottcr sur toutes ses capitales, puisse voir avec sécurité et bienveillance une révolution qui , bien que contenue dans les limites de la France, a donné dans le monde entier un coup fatal au régime du privilège et des exceptions sociales. Tout l'Est de l'Europe constitué sur le principe féodal a dû voir dans la France de juillet, même pacifique, une menace organisée, une atteinte \i\anle à la perpétuité de ses institutions. Il y aurait donc, ce nous semble, une haute imprudence à ne pas tenir compte
2ir> I.ETTRtS
(le ce mauvais \ouloir cl ii ne pas supprimer, à mesure qu'elles se produisent, loules les chances sur lesquelles il peut compter. La j)ai\, bien qu'achetée par de pénibles sacrifices, n'en a pas moins été un grand bienfait; reconnaissons-le, sans oublier non plus que la paix n'a fait qu'ajourner l'explosion des xolontés hostiles, et ne les a pas converties. La paix d'ailleurs, n'a pas, pour asseoir et consolider une dynastie, l'ellicacité souveraine de la guerre, et si la crainte bien légitime d'une conflagration générale a dû faire renonicr le gouvernement français à tirer parti des chances que la guerre lui offrait à l'origine, du moins serait-il d'une politique prudente de tourner les événements en sa faveur, de multiplier et d'alTcrmir ses alliances, d'aplanir les diflicultés à mesure qu'elles se produisent, de mettre le temps dans son parti et de chercher ;'i rendre sa position tellement nette et tellement forte, que ses ennemis les plus décidés perdissent la tentation de l'attaquer.
Ln parlant de ce principe, il nous semble que la l- rince ne peut, sans se manquer à elle-même, rester spectatrice impassible d'une lutte dont l'issue peut établir à ses portes un ami ou un ennemi, l'résenler le succès ou la ruine de la révolution espagnole comme une alternative indiiïérente nous parait donc un sophisme indigne de réfutation sérieuse. Si appauvrie el si désolée que soit aujourd'hui ri'.Npagne, elle ne forme pas moins une masse de douze millions d'hommes, el l'alliance ou l'inimitié d'une r.alion de douze millions d'hommes ne saurait, quoi qu'on dise, être considérée comme un uccidciil sans Vtileur.
Je ne veux point faire intervenir ici les sentinu-nls d'humanité. On aurai! pu |)eul-èlre, dans d'autres temps, trouver beau de soustraire à la barbarie qui I envahit chaque j(Uir une nation voisine, en proie il une crise (pu* ni>uslui avons inoculée, victime de nos (>\emplesel dupe dein)sencour.igenunts. Nous savons (pu' le siècle se fail lM)>itif et (pi'il se refu>e aux générosités dispendieuses; aussi laisserons-nous de ciUé les considérations de senlinu-nl pour ne parler que le langage de l'intérêt, c'est un langage universellement compris de nosj urs.
(lonunj-rualennnt jinLint, nos provinces du .'Midi ont déjà beaucoup HoulVert des troubles de la Péninsule, el l'on peut allIrnuT. »ans exagération, que les pi-rles qu'elles (uit supportées de|iuis linq ans eus.<ienl été plu» (piu HUlUsanles pour payer les frais d'une dé-
SIR l'ëspag.ne. 217
inonstration énergique. Il faudrait d'ailleurs ajouter à la suppression de leurs affaires courantes le dommage bien plus grand qu'elles éprouvent à être privées des déboucliés importants que la paix leur eût ouverts. Toute paralysée qu'elle est aujourd'hui, l'Espagne participe néanmoins à tel point à l'activité industrielle, qui est le fait dominant du siècle, que douze ou quinze bateau'i à vapeur tant anglais que français desservent mensuellement les points les plus importants du littoral, qui n'en avait pas un seul il y a six ans. Une fois le pays pacifié, les habitudes et les besoins de la vie française contractés par tant d'Espagnols durant l'émigration donneraient lieu nécessairement à de nombreuses demandes dont notre commerce profiterait. Mais tout cela est encore secondaire : à vos yeux, la question politique prime tout.
L'Europe est en paix, cela est vrai en ce sens du moins qu'on ne se bat nulle part; à cela près toutes les puissances se tiennent sur le pied de guerre, et nous voyons, à chaque mesure un peu compromettante réclamée par l'opinion, le gouvernement se retrancher derrière les éventualités et s'autoriser de l'état précaire de l'Europe et des événements possibles pour opposer là tout ce qui engagerait l'avenir un perpétuel refrain d'inopportunité. En effet, tant que le gouvernement de juillet ne se sera pas fait accepter à l'Europe par quelque coup décisif, le roi Louis-Philippe, considéré des cours étrangères en raison de ses talents, ne sera jamais pour elles qu'un bâtard de bonne maison qu'elles supporteront sans l'adopter, et l'on verra se prolonger cet état faux, ces relations équivoques qui ne sont ni la paix ni la guerre et qui fatiguent et démoralisent l'opinion. Le chef de la nouvelle dynastie a eu jusqu'ici beaucoup d'habileté et de bonheur. Le duc de Reichstadt est mort, la duchesse de Berri s'est déconsidérée, la république s'est follement compromise et s'est fait écraser. Il semble que, fortifié par tant de succès, son gouvernement aurait dû prendre à tâche de vider une à une toutes les difficultés de la position. C'est ce qu'on n'a point fait; après s'être montré habile à l'intérieur, on a déployé dans les questions extérieures un esprit de temporisation qui n'a peut-être de la sagesse que les apparences. La question belge n'est point terminée et peut d'un moment à l'autre amener un conflit; la question es{)agnole n'est guère plus avancée que le premier jour, et en cas de guerre il y aurait là une belle ouverture laissée aux légitimistes et au duc de
Bordeaux, qui, d ici à quelques années, devra, sous peine de iléshonneur, faire sa lenlali\e. Kn pareille occurrence, le camp do D. (larlos, aujourd'hui si peu redoutable, serait un mauvais voisinaac pour nos pro^ inces méridionales. Nous ne sommes jtas de ceux qui désespèrent facilement des destinées de la France, et nous croyons que môme, en mettant toutes choses au pire, elle saurait défendre ses conquêtes et faire encore une fois front de tous côtés. Mais enlin pourquoi faire soi-même un pont à ses ennemis, pourquoi ne pas mettre la paix à profit pour liquider ce vieux reliquat de la restauration? Est-ce de la prudence, est-ce de la diijnité que de laisser déployer impunément depuis ciiu] ans sur sa frontière un drapeau puliliqueinent salué des vœu\ de tous ses ennemis? Quand un intérêt est si direct, si prochain, la prudence qui le sacrifie n'est plus de la prudence, et elle doit recevoir im nom moins honorable, à moins, toutefois, cpie ce que demandent l'imiineur et l'intérêt du pays ne présente dans l'exécution d'immortelles dillicultés.
Aussi les partisans de la neutralité de la France n'ont-ilscpie faiblement contesté les aAanlap;es (pi'il y aurait, pour nous et pour notre commerce, à pacifier l'Fspafjne et l'attitude tout autrement imposante (pie nous donnerait, vis-à-vis de l'Kurope, 1). Carlos écrasé et le gouvernement constitutionnel définitivement alVermi dans toute la l'éiiinsule. C'est sur les dillicultés qu'on s'est rejeté.
Nous serons bien aise de nous arrêter un peu sur ce point, car il nous semble que les dillicultés d'une intervention en F'spagne ont élc monstrueusement exagérées. Il n'y a rien de dillicile comme les i hoses qu'on ne veut i>as faire; mais nous croyons tpie les hommes ({ui ne veulent pasenireprendre sont (h> mauvais juges des dillicultés lie l'entreprise, parce (lu'ils tiennent comjjte de tout, excepté de l'énergie et de la volonté, celte puissance souveraine à (pii rien n'est dillicile.
l.'inter\enliiin devrait nalurellemenl reiiconlrer <les obstacles en F.spagne, en Furope, en l''rance ; e\aniinoii> rapidement la portée réelle de ce triple tbinger.
OunnI ini\ dillicultés (pi'iine iiiter\enlion rencontrerait en F^spagne, elles seraient tout à fait subordonnées h la manière dont I inlervenlion serait com;ue et exécutée. Certainement, s'il fallait, ainsi l'ont soiiteiui le» orateurs du gouvernement , jeter cent millo hommes do l'autre cAlé des l'yréiiéeset occuper toute la IVninsulo
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pendant dix ans, s'il fallait pendant dis ans se faire le tuteur et le pédagogue d'une nation tout entière, ce serait là une entreprise que pas un homme sage ne voudrait conseiller. Une pareille entreprise a quelque chose de chimérique ; mais, si l'on refléchit que ce plan gigantesque a été présenté par ceux-là même qui conseillent à la France une inaction complète et indéfinie, nesera-t-il pas permis de croire qu'on a exagéré ses demandes afin de se faire plus sûrement refuser ? Quant au projet si habilement développé par M. Thiers et connu sous le nom de coopération, il nous paraîtrait de nature à décider complètement la question, surtout si , en même temps qu'on agirait militairement contre D. Carlos , on négociaitavec la cour de Madrid la reconnaissance des fueros des provinces. Le prétendant, isolé des populations basques, ne représentant plus les libertés locales , et réduit au contraire à n'être plus qu'un symbole de ruine et une cause de dévastation, ne tiendrait pas six semaines devant vingt-cinq mille Français bien commandés. En combinant ainsi l'action militaire et diplomatique, le succès ne pourrait être douteux, parce que , je le répète , les Basques sont horriblement fatigués de la guerre, très-dégoûtés de D. Carlos, et que voilà déjà deux ans qu'un de leurs chefs les plus importants a avoué qu'à la première apparition du drapeau tricolore ils saisiraient tous avec empressement l'occasion honorable d'en finir.
Or, D. Carlos éloigné et les provinces pacifiées, voilà ce qui importe à la France. On dit : mais l'Espagne, dans la situation où elle se trouve, aurait encore bien des plaies à guérir, bien des questions à résoudre pour lesquelles elle aurait grand besoin de notre appui. Eh ! qui doute que bien du temps, des soins et des efforts ne soient nécessaires pour effacer les traces d'une révolution de trente ans? 3Iais enfin la guerre civile n'est-ellc pas la plus grave difTiculté de la situation, et si l'Espagne a pu la supporter depuis cinq ans, pourquoi, en appliquant aux besoins de l'état de paix les forces qu'elle dépense dans la guerre, ne pourrait-elle pas dominer sa situation et reprendre son rang parmi les nations? Mais d'ailleurs, au point de vue français, le principal intérêt n'est-il pas l'expulsion de don Carlos? et dût l'Espagne se débattre encore longtemps contre ses voleurs, ses contrebandiers, contre son administration plus redoutable et plus onéreuse encore, la France n'aurait-elle pas gagné la partie
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le j')iir où la question dynastique serait définit i\cmenl hors de cause ?
On a beaucoup insisté sur la posilion délicate qu'auraient les Français en Espagne, cn\ ironnés de partis contraires qui se disputeraient leur appui et qui parviendraient peut-iMre à les compromettre: el à ce sujet on a rappelé la lutte de 1808. Pourquoi n'a-t-on pas itlutôt rappelé 1823? l>n 1808, la nation espagnole tout entière avait été trompée, insultée, la querelle était nationale, et pourtant partout où les Français ont séjourné, partout où ils se sont comportés avec justice et modération, comme par exemple en Aragon et en Catalogne, sous les ordres de Sucliet, ils ont vécu en très-bonne intelligence avec les populations et y ont laissé des regrets après eux. VA en 1823, où le parti constitutionnel avait une bienautre importance que les carlistes aujourd'hui, quelle facilité à se soumettre! Or il faut remarquer (pie l'Espagne est bien plus lasse aujourd'hui (pi'en 1823, qu'elle ne s'agite que faute de trouver une main assez forte pour la maintenir, et que le gouvernement constitulioiuiel débarrassé de l). Carlos, pouvant disposer de son armée cl retrouvantdu ( redit, aurait plus de force qu'il n'eu faut pour contenir un pays (jui ne demande plus qu'à se reposer. Je crois donc, avec tous ceux qui ont vu l'Espagm' de près, qu'une intervention ellicace, sullisantc pour abattre I). Carlos, redonner de la force au gouvernement et amener entre Madrid el les j)rovinces une transaction équitable, serait une entreprise facile, peu dispendieuse el qui exigerftil beaucoup moins de temps qu'un ne parail le croire généralement.
Ine des raisons les plus péremploires qu'on ail fait valoir contre l'intervention, c'a été, sans contredit, ropi)osititMi qu'une pareille démart lie rencontrerait de la part de l'Europe. Si vous mettez trente mille Imnimes en Espagne, a dit le ministre des alfaires étrangères, il en faudra mettre deux cent mille sur le Itliin. A la sensation produite par ces paroles, il a été fai Ile de voir tpu> la question était jugée. IVuirnous, nousTavimons, la prophétie fût-elle exa( te, nous eussions mieux aimé qu'elle ne fût point portée à la tiibuni*. Oii-'o^l on a l'inmnenr de représenter vis-à-vis de l'étranger les intérêts et la dignité d'uni* naliiin oiuime la France, il est nu moins (h* mauvais goiU de se faire, auprès tie S4)n propre pays, l'interprète de.i menaces de l'Europe, et un pareil langage esl si peu dans les habitudes françaises, qu'il n dû en coûter beaucoup uu ministre de lu
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tenir et à la chambre de l'entendre. La paix est, sans doute, une fort belle chose ; mais il nous semble que c'est un mauvais moyen de la conserver que de la demander si humblement, et de tout sacrifier à la peur de la guerre. L'Europe, d'ailleurs, a-t-el!e et peutelle avoir à notre égard des dispositions si belliqueuses? aurait-elle tant à gagner à la guerre ? et la question d'Espagne est-elle pour elle si importante qu'elle voulût tout risquer pour nous empêcher de passer les Pyrénées?
Remarquons d'abord que, dans toute l'Europe, il n'y a que deux puissances, la France et l'Angleterre, qui aient en Espagne des intérêts de commerce. Pour la Russie, pour la Prusse, pour l'Autriche , elles ont réellement peu de chose à perdre ou à gagner dans la querelle qui s'agite; leur commerce , leur navigation , leurs intérêts matériels sont entièrement hors de la question. Quant à l'Angleterre, les intérêts qu'elle a en Portugal et la solidarité qui unit les destinées des deux royaumes péninsulaires lui font désirer aussi vivement qu'à nous le succès de la cause ccnstitutionnelle. Si l'Europe se décidait à la guerre, ce serait donc exclusivement pour la plus grande gloire du principe de la légitimité. Mais, en vérité, ce serait s'y prendre un peu tard. Comment! elle a assisté l'arme au bras à la chute d'une dynastie de huit siècles, et à l'érection d'un trône révolutionnaire ; elle nous a laissé fonder à nos portes le royaume de Belgique; elle nous a laissés aller à Anvers, en dépit des intérêts prochains pour lesquels la Prusse et la Russie pouvaient craindre, en dépit surtout de la tiédeur de l'Angleterre, notre seule alliée ; elle nous a regardés faire à Ancône, et, aujourd'hui seulement, elle s'aviserait de se gendarmer parce que nous irions donner le coup de grâce à une royauté déjà plus d'à moitié estropiée , dont elle sent si bien la faiblesse qu'elle n'a pas encore osé la reconnaître ; et , après s'être résignée de bonne grâce depuis huit ans à tant d'événements désagréables, elle choisirait précisément, pour témoigner sa mauvaise humeur, une question dans laquelle le concours franc et entier de l'Angleterre nous est assuré? Cela est-il probable? Et puis, avant de nous déclarer la guerre, nous croyons que l'Europe y regarderait à deux fois. Si nous l'avons un peu trop oublié, l'Europe se souvient de notre savoir-faire en ce genre ; elle sait que nous sommes la seule puissance qui possède à la fois des hommes et de l'argeut; elle sait qu'elle ne pourrait plus compter sur les subsides de l'Angleterre ;
lu Prusse embairajsi'C de ses querelles religieuses, esl oliligée de prendre garde à ses provinces du Rhin ; l'Aulriche et la Russie, qui ont l'une l'Italie, l'autre la Pologne à surveiller, savent parfaitement que nous sommes alertes et dispos, et libres de tous nos mouvements; elles savent enlln que, si l'on nous poussait à bout, nous avons, dans notre vieux vocabulaire de la rcvolution, des mots qui ne sont pas encore tout à fait usés, et qui pourraient leur causer de sérieux désagréments. Ce ne sont pas là des rodomonlades de nationalité, c'est l'cipression pure et simple delà situation respecli\c des puissances.
II y a de plus une coiisiiléralion importante sur laquelle il convient de s'arrêter.
La Russie et l'empereur Nicolas jouent un grand rôle dans les patriotiques espérances de nos vieux légitimistes; ils aiment à se le représenter comme un nouveau Naliucbodonosor destiné, par la Providence,;! chAlicr une nation oublieuse et rebelle. Nous ne voulons point décourager des vœux si respectables en faisant remarquer que ce redoutable exécuteur des hautes-œuvres de la justice divine a été deux ans sans pouvoir venir à Itout de la Turquie , un squelette épuisé, et qu'il lui a fallu une aiuiée toute entière pour réduire en Pologne uiu' poignée de soldats héroïques rassemblés à la liAte ; nous ne voulons point insister sur linipuissaïue linancière de ce colosse nui pieds d'argile; nous nous bornerons il une seule remanpie. La Russie convoite depuis longtemps l'héritage des sultans, et elle sait que i'yVngleterre ne lui cédera pas sans coup férir l'empire de Conslantinople et la route de l'Inde; or, queli]ue zélé pour la légitimité qu'on nous rejirésente le cznr, iu)us crovons qu'il est des intérêts de position (pii dominent les sentiments persoimels les plus forts, et que la Russie, qui n'a rien h atlemlre ni rien à prétendre en Occident, n'ira pas, de gaieté de cœur, se melire sur les bras «in ennemi comme in France, dont i'nltilude en Orient jiourrait, d'un jour h l'autre, devenir si décisive pour elle.
.Mais nous allons pins loin; nous crovons que le pituvernemenl français, en prenant, il esl vrai, un autre langage et une autre attitude, seroit un mesure de l'aire accepter paciliqiiement par l'I'.iirope son intervention en l'.spagne. Si notre gouvi-rnenient ei'lt dit auv gouvernements de ri'.uro|ie : n Je suis le produit d'ime révolution u i|ui pouvait nultre le monde en feu et ébranler tous les trônes;
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» j';ii dompté el contenu cette ardeur de renversement, c'est à moi » que vous devez la paix et l'existence; j'ai respecté le droit des » souverains jusqu'au point de me faire accuser de faiblesse ; j'ai » laissé la Russie aller à Varsovie et à Constantinople; j'ai laissé » l'Autriche remettre l'Italie sous le joug; j'ai sacrifié au désir de n la paix les vœux et les sympathies de la portion la plus énergique M de la France; je vous ai laissés faire vos affaires, j'entends qu'on » me laisse faire les miennes ; j'ai supporté l'absolutisme chez vous; » vous, vous respecterez la liberté chez moi. L'Espagne s'est donné » un gouvernement libre, je l'ai reconnu ; elle me demande de l'ai- » der à soumettre un parti qui la trouble et qui me trouble moi- » même ; c'est une affaire qui ne regarde que moi; je me rends à » ses vœux et j'attends de vous la même tolérance dont j'ai fait » preuve à votre égard. »
Quand on parle de la sorte, qu'on s'appelle le roi des Français et qu'on a pour appuyer sa harangue quatre cent mille baïonnettes régulières et trois millions de gardes nationaux, on a plus qu'il ne faut pour convaincre et pour persuader.
Ce n'est, je le crois, ni en Espagne, ni en Europe, mais en France, qu'il faut chercher les seuls obstacles sérieux qui s'opposent à l'intervention. Dire que la France a intérêt à terminer les affaires d'Espagne, mais que l'entreprise est au-dessus de ses forces ou de son audace, ce serait une véritable dérision. La France a accompli des travaux plus difficiles, et, sans aller si loin, la restauration, placée vis-à-vis de l'Europe et de la France dans une position bien moins heureuse que le gouvernement de juillet, la restauration a su faire accepter à l'Europe une intervention en Espagne bien plus grave et bien plus importante que celle dont il s'agit aujourd'hui. Disonsle franchement : si la France n'est point intervenue, ce n'est pas par crainte des menaces de l'Europe ou des résistances de l'Espagne, c'est tout simplement qu'elle n'a pas cru nécessaire d'intervenir ; ce n'est pas la force ou le courage, c'est la volonté qui lui a manqué ; nous ne faisons aucune difficulté de le reconnaître. Le gouvernement et les chambres ont par deux fois repoussé l'intervention, et, loin d'en appeler, selon l'usage des vaincus, des chambres à l'opinion publique, nous reconnaissons volontiers que les chambres ont été, sur ce point, les représentants fidèles de l'opinion; que l'intervention est peu populaire en France, et ne soulève aucune-
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ment les sympalliies du grand nombre. Au lieu de nier celle liédeur, nous aimons mieux l'expliquer et la comballre ; car rien n'est infaillible en ce monde, pas même les majorilés, qui, trop souvent, se laissent détourner de l'inténH réel des questions par des circonstances secondaires ou accidentelles. La jwpularilé de la mesure est fort peu de chose à nos yeux. A quoi lient, enelTet, celle fiopularité? Si l'on n'eùl pasfaiUle rinler\eiitionune (jueslionde personnes et de cabinet; si le gou\ernemeiil, qui, en 183."), hésita un instant, s'était décidé pour l'aflirmalive; s'il eût employé son crédit, son influence, l'éloquence de ses orateurs et le talent des écri\ains à prêcher l'intervention ; si la thèse que nous soutenons ici, nous, écrivain obscur et sans autorité, avait été développée à la tribune et dans la presse avec l'appui et au nom du gouvernement, celle impraticable et dangereuse intervention aurait été jugée tout aussi universellement pour ce qu'elle est, c'est-à-dire pour une mesure parfaitement simple, parfaitement réalisable et tellemenl indiquée par 1 intérêt et lu dignité de la France, que l'Europe, qui, après tout, n'a rien à y voir, et qui n'aflecte, par moments, de désirer la guerre, que parce que nous jjrenons peut-être trop de soin pour ré\iler, nous aurait regardés faire, ainsi qu'elle l'a fait déjà dans des circonstances plus solennelles. Le gouvernement s'y est pris tout à fait comme il fallait s'y |»rendre i>i»ur iléguùler les chamiires. Au lieu d'aller de l'axant et de venir dire ensuile aux députés: Voilà ce que nous avons fait dans l'intérêt du pays, il est >eiui huir dire d'abord : .'Messieurs, \oule/.-M)us nous «lonner cent mille hommes et <ent millions? C'est là la marciie à suivre avec les chambres toutes les fois qu'on voudra se faire refuser. Le procédé est infaillible, les chambres ont suiv i leur pente et leur mission ; mais nous croyoïis que le gouvernement sur ce point a man<]ué à la sienne, en faililissanl devant des inclinations que son devoir est de combattre et non d'encourager.
Ln ell'el, les considérations de |iolitique générale, les prévision;) lointaines, les intérêts éloignés ne |)euvenl guère être du ressort de» I hambres. Les députés, par exenqile, sont, pour la plupart, des liommeH spéciaux, légistes, négociants, foniliiuuniires. qui trèséminenls quelquefois dans les tliverses carrières qu'ils ont suivies, •Minl en général porté"*, jmr les doctrines régnantes, à conlrêlcr le |Mjuvuir, à le surveiller, à le restreindre, et à faire prévohiir dans
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le gouvernement les idées d'économie et d'ordre, beaucoup plutôt qu'à se préoccuper des questions de politique éirangère, des alliances à former, des conflits à prévoir. Envoyés par les départements, représentant à un haut degré l'esprit de localité, très-ambitieux d'attirer sur leur arrondissement et sur leurs électeurs la rosée des grâces ministérielles, et obligés, en dépit même de la supériorité de leurs vues, de se conformer, justprà un certain point, à l'esprit de ceux qui les ont envoyés, ils doivent en général se montrer beaucoup plus préoccupés des intérêts particuliers de la France, et plus avides d'obtenir quelques centimes de réduction sur l'impôt, que de voter des millions pour une entreprise dont les politiques de leur arrondissement n'apprécieraient peut-être pas aussi bien qu'eux l'importance nationale. La chambre des députés, c'est la bourgeoisie exerçant sa part des fonctions souveraines, et apportant, dans ces fonctions récemment conquises, les qualités et les défauts qui lui sont propres. Les qualités, on les connaît, c'est l'ordre, l'économie, l'amour delà pais, racti\ilé. Ses défauts qui tiennent à la date toute moderne de son a\énement politique, c'est l'égoïsme et une certaine médiocrité dans les vues et dans les sentiments. Ceci n'est point un reproche, c'est un fait, et un fait qui ressort tout naturellement des antécédents historiques de la bourgeoisie. La bourgeoisie s'est affranchie elle-même, elle a tiré sa force de son travail et du temps. N'étant pas liée à la royauté, comme la noblesse, par un sentiment de fidélité chevaleresque, n'ayant pas charge d'àme comme la noblesse, ne devant pas, comme elle, protection et patronage au vilain, la bourgeoisie n'a jamais eu à songer qu'à elle-même ; et l'on peut dire que, jusqu'à la révolution de juillet, qui l'a mise en possession, ellea été plus occupée à faire reconnaître ses droits qu'à les exercer. Entraînée sous l'empire par la force unique qui gouvernait toutes choses, jalousée et inquiétée sous la restauration, sa puissance offîciclle, reconnue, incontestée, ne date que de huit ans, et l'on sent encore dans le nouveau potentat les allures et les sentiments du parvenu. En envahissant le pouvoir, la bourgeoisie y a porté les qualités qu'elle possédait déjà; elle n'a pas encore eu le temps de s'appro- ])rier toutes celles que réclame la dignité de ses nouvelles fonctions. Or, pendant que la chambre des députés discute et vote des chemins de fer, des canaux, des lois de douanes, pendant qu'elle travaille au bien-être matériel et à la prospérité intérieure du pays.
qui prendra souci des intérêts moraux de la France, de sa considération, de sa dignité? qui s'occupera d'assurer, par une polilique extérieure, généreuse et forte, un long et honorable a\enir à toute cette acti\ité industrielle qu'une guerre européenne pourrait arrêter court au milieu de son dé\eloppemenl? qui s'en occupera, si ce n'est le gou\ernement , seul placé assez haut pour dominer les intérêts de localité, l'esprit de parcimonieuse économie, et pour initier les itt'pules des dcpaitemenis au senlimeut d'unitv française'? Eh bien ! il nous semble que, dans la discussion qui a eu lieu au sujet des affaires d'Espagne, le gouvernement s'est complètement démis de son rôle naturel. Au lieu de parler de dignité politi- <|ue, d'alliance de principes, de prévoyance, d'avenir, il est venu lui-même égorger la polilique sur l'autel de l'économie quand même et delà paix à tout prix; c'était, de gaieté de cœur, se faire la lioublure de la chambre. I.c gou\ernement se plaint quelquefois du peu de ménagement qu'on lui témoigne, et de l'esprit d'envahissement de la chambre; les didicultés et les humiliations qu'il endure ne seraient-elles pas l'expiation et la conséquence de l'abandon qu'il a fait lui-même, à propos de l'Espagne, de son rAle, de sa mission, de son es|)rit !
l'our me résumer sur celte question d'Espagne <iue l'opinion fatiguée commence à délaisser, je crois :
Que la prolongation de la guerre civile en Espagne conduirait ce pavs à une demi-barbarie hoideuse pour la l'rance et pi>ur l'Europe ;
Que les rivalité'S qui existent entre les provinces et l'Espagne, jointes à la crainte des réactions, empêcheront pour longtemps, pour jamais peut-être les Hasques de se soumettre;
(Jue la France a le plus grand intérêt, ecmunercialemenl et politi(iuemenl, à ne jias soullVir plus longtemps sur sa frontière le <lrnprau de I). Ciirlos;
(Ju'en se portant médiatrice entre les pro\inceset iMadrid jiour la recoimaissani'e d(•^ juuds, et en appuyant ses négociations par une démotistration énergique, elle pourrait facilement amener la lin de la guerre ;
Je crois enlin (|uc l'Eumpc rtubirail en Espagne la décision concertée lie la Frani (' et de l'Angh-li-rre ;
l'I ipii', si le gDUMMiieini'nl prenait lui-même riniliali\e, les
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chambres, loin de l'entraver, lui rendraient en crédit, en considération, en discipline tout ce qu'il aurait gagné en énergie et en dignité.
Ce n'est point un vain désir de mouvement qui nous porte à faire des vœux pour l'intervention ; mais il serait, nous le croyons, d'une bonne politique de ne pas laisser les difficultés s'amonceler les unes sur les autres. Deux questions préoccupent déjà en ce moment la diplomatie européenne : la question belge et la question espagnole. Le désir universel qu'on a de conserver la paix a jusqu'ici prévenu tout conflit; mais si les nuages qui se forment en Orient venaient à s'épaissir, si quelques-uns des hommes d'État ou des souverains sur lesquels repose la paix de l'Europe venaient à manquer, que faudrait-il pour engager une guerre générale? et, dans ce cas, la France n'aurait-elle pas lieu de se repentir de n'avoir pas employé la paix dont elle jouit aujourd'hui à purger ses frontières et à étouffer un à un tous les germes de conflit.
Mais d'ailleurs, une fois à l'abri du côté de l'Espagne, et élevée dans l'estime de l'Europe par une politique modérée, mais ferme et hardie, la France pourrait peut-être beaucoup pour la paix du monde. Elle-même, après avoir marché, pendant des siècles, à la tête des nations guerrières, elle semble vouloir se frayer une nouvelle route; l'industrie, les arts de la paix, l'affranchissement, non plus théorique, mais réel des classes pauvres par l'éducation et par le travail, la reconstitution définitive d'un pouvoir empreint d'un caractère plus conforme à ses nouvelles destinées ; que dirai-je ? l'espoir de voir un jour l'esprit religieux se poser au sommet de l'édifice et renouer entre le ciel et la terre des communications depuis trop longtemps interrompues, telles sont les brillantes perspectives que la France peut voir dès aujourd'hui s'ouvrir devant elle. C'est ce travail intérieur qui germe dans son sein pour l'exemple et le bonheur du monde, qu'il s'agit de protéger et de défendre contre les causes de trouble qui pourraient lui venir du dehors.
Tel est le sentiment que nous avons porté dans l'étude de la ques^ (ion espagnole, et (jui nous fait désirer que la France intervienne pour terminer les maux intolérables d'une nation amie, et pour assurer le libre développement de ses proprés destinées.