I.UiUCES DF D0^ CkKlOS
Madrid, ii décembre 1837.
Nous savons maintenant ce que le parti exalté a fait de l'Espagne. Des fiasses puissantes tout entières dépossédées ou inquiétées; les biens nationaux, ce trésor de l'Espagne libérale, siandaleusement dilapidés et devenus à la fois, entre les mains d'une administration insensée, stériles pour l'avenir et onéreux dans le présent; dans les élections , la violence appelée au secours du mensonge ; les institutions faussées tournées contre la cause de l'ordre et de la sûreté publics , et le poids de toutes ces calamités nouvelles ajouté h l'Iiérilage déjà si lourd des anciens abus de la monarchie; la guerre rivile enlin, grandissant chaque jour à la fa>eur de ces dissensions intestines, voila les (uuvres de ce parti et ses titres à la reconnaissance de la nation espagnole. I.orsipi'on songe cependant ipie des hommes si notoirement incapables ont pu surprendre et su|iplanter, momentanément sans doute, In masse des gens honnêtes et modérés, «euls >éritablement intéress/'S i\ une sage réforme, et que les destinées de la liberté espagnole sont aujourd'hui conliées aux soins de send)lables tuteurs, on ne peut s'empêcher de reporter un regard inipiiel vers les montagnes de la Na>arreel M-rsTinsurrei tiondont elles ont été le berceau et dont elles sont encore aujourd'hui le jibis -Ar asile.
I.e» cnuse> de riiisurreilion des proxinres basques ont toujours "•lé fort diversement appréciées, et n'a>ant pu en juger sur les lieux mêmes, je ne puis rienallirmer surcoujet. D'après ce ipie j'entends • lire, beaucoup de motil- fort di\ers ont contribué à faire i\ailre In révolte. In ueil esjirit d'bo>.lilité dédaigneuse contre le ri'sle ile iKspngnc règne depuis btugteinps dans ces pro\inces. qui M-ules,
dans toute la Péninsule, n'ont jamais été conquises, et qui se sont librement et volontairement réunies à la couronne de Castille, mais à des conditions que n'ont point assez songé à respecter les entrepreneurs de nouvelles constitutions. Un juste prix attaché à des formes d'administration démontrées par l'expérience bien supérieures à celles de la couronne d'Espagne, un attachement plus fort aux principes religieux très-mal à propos froissés par le libéralisme dans chacune de ses nombreuses tentatives, des intérêts de douane et de contrebande ajoutant au reste une nouvelle force, toutes ces causes également alléguées, et jointes peut-être à d'autres moins connues, ont donné naissance à la révolte, et aujourd'hui les haines réciproques engendrées par quatre ans de lutte, et l'obstination naturelle au caractère espagnol, suffiraient seules, à défaut de tout autre motif, à perpétuer la guerre. On dit même que quelques hommes éclairés et sincères ont été portés à soutenir les prétentions de don Carlos, par l'appréhension des maux que pourrait attirer sur leur pays l'esprit dissolvant et peu éclairé des libéraux extrêmes.
Quoi qu'il en soit , toujours est-il que le Nord , les provinces basques, les Castilles, la Haute-Catalogne, le Bas- Aragon , semblent plus portés vers la cause du prétendant, tandis que le 3Iidi et généralement tout le littoral favorisent le parti de la reine et sourient aux idées de réforme dont le triomphe d'Isabelle donnerait nécessairement le signal. Les provinces de l'intérieur, privées de communications de commerce, de relations avec les étrangers, inclinent naturellement vers le parti rétrograde, et, par la même raison, les campagnes, où les idées pénètrent plus difficilement, gardent pour don Carlos toute la sympathie que les villes, par la raison contraire, réservent pour le gouvernement libéral.
Les forces se trouvant ainsi réparties, il faut remarquer, à l'avantage de don Carlos, que les populations du Nord sont plus belliqueuses que celles du Midi. Les Basques, les Navarrais, les Aragonais , les Catalans des montagnes , sont des races tout autrement énergiques que les Andalous , par exemple. Lors de l'invasion des Arabes, l'Andalousie fut perdue par une seule bataille et n'essaya plus de résister; le Nord se défendit, échappa à l'invasion, ou s'en affranchit de bonne heure, et ce fut le Nord qui sortit de ses montagnes et qui reporta au Midi les souvenirs presque éteints de son
.uicienne natiunalUé. Lors de l'inMision plus récente des rninçais en 1808, toute la résistance fut, pour ainsi dire, concentrée dans le Nord. Saragosse, Gironne, Tarragone, Tortose, 3Iur\iedro supportèrent tout le poids de la défense; ce fut des nionlagnes de la Navarre que sortit Mina, et ce fut dans ces mêmes >allées, espèces lie forteresses naturelles, qu'il tromait un abri contre la poursuite de nos troupes. Pendant ce temps, les Andalous, grands orateurs, discutaient la constitution ; mais de bataille, point.
A rimnieur plus belliqueuse, à la forte position géographique des proNinces carlistes, il faut ajouter deux autres éléments de succès, tous deux très-dignes d'être pris en sérieuse considération. L'un est l'existence encore assez \ivace du principe religieux; l'autre, la nature même du princijie politique (pie soutient don (larlos. L'esprit religieux, ainsi (pie j'aurai occasion de le déxeloppcr i>liis tard, joue encore un grand tîAc en Esjjagne ; le clergé fait corps a\cc la nation, d'une manière qui n'a peut-être pas d'exemiile dans aucun autre pays; et bien que l'esprit religieux ait singulièrement perdu depuis vingt ans, il a tant et de si >ieilles racines, qu'il est fâcheux de l'avoir contre soi ; aussi ne saurait-on trop regretter la manière violente et maladroite dont le parti exalté a compromis, vis-ù-vis du clergé, le gouvernement de la reine. Nous reNieiidrons plus au long sur ce sujet ; bornons-nous seulement à constater ce que le fanatisme doit a\oir de force dans des provinces ignorantes, peu accessibles et livrées à l'ascendant d'un clergé méconteiil. Ouunt au principe politi(|U(! que soulicnt don Carlos, c'est le principe d'autorité dans son extension la plii> illimitée. (»r, (pielipie fumistes que |)uissent être en temps régulier les consé(piences de ce prin- »;ipc, on ne peut nier (pi'il ne soit merveilleusement commode cl avantageux dans l'action. Tous les peuples, même les plus susceptibles en fait de- liberté, l'ont toujours adopté pendant la guerre: il est In loi naturelle, pour ainsi dire, dt> la société militaire, et il faut avouer (pie la force de concentration qui lui est propre n'est |ms pour don Carlos un nu'-diocre avantage. Il peut concerter ses opérations comme il lui plall, destituer un général, s'il est mécunlent (le lui; il peut se tromper même, sans avoir riiez lui, et dans les rangs de son |iroprc parti, des ennemis l'i l'alTi'il pour prendre avantage d'une erreur ou d'une faute. Ce (|u'on sait des affaires intérieures de don Carlos, on ne le sait (pie par les journaux étnin-
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gers, et on le sait mal. Chez lui, on parle peu, on délibère peu, et on agit beaucoup. C'est sans doute à cet esprit d'unité , de secret et d'activité qu'il faut faire honneur des progrès véritablement remarquables de l'insurrection. Quand on songe qu'au début de la guerre , don Carlos n'avait pour toute armée que quelques guérilleros sans discipline, et qu'aujourd'hui il balance les forces de la reine, tout en détestant la cause, on ne peut s'empêcher d'admirer le résultat. Il eut, il est vrai, le bonheur de rencontrer dès l'origine un Zumalacarréguy pour organiser ses volontaires ; mais Zumalacarréguy lui-même aurait-il pu faire ce qu'il a fait, si de perpétuelles discussions avaient élevé dès l'abord contre sa volonté de fer des myriades de bannières hostiles? Don Carlos a pu, sans la moindre difficulté, disgracier Gomez qui revenait pourtant d'une expédition brillante. Croyez-vous que le gouvernement de la reine n'y regarderait pas à deux fois, même avec les plus légitimes motifs, avant de frapper Espartero ? C'est un grand avantage à la guerre qu'une autorité une; c'est un grand avantage d'être maître chez soi, surtout quand on a affaire à des ennemis chez qui la discussion est organisée , et qui , à force de s'expliquer, finissent par ne plus s'entendre. Enfin les mouvements du prétendant paraissent contestés avec plus d'entente et de tactique que ceux des généraux constitutionnels. Si, en rase campagne, ses troupes, accoutumées à la guerre de montagnes, ne peuvent tenir contre celles de la reine, du moins on remarquera qu'il a toujours l'offensive, et que c'est toujours lui qui choisit le théâtre des opérations; en sorte que si la guerre devait se prolonger, il serait à craindre que, l'habitude venant à façonner ses montagnards à la guerre de plaine, cette heureuse inégalité ne finît par s'effacer. Pour expliquer la supériorité de tactique des carlistes, les constitutionnels disent que tous leurs plans d'opérations sont combinés par des officiers appartenant à l'armée d'une des puissances du Nord, renommée pour la belle éducation militaire de ses troupes.
Vous voyez que la cause de don Carlos n'est nullement désespérée, et qu'elle possède, même abstraction faite de tout appui étranger, d'assez nombreux éléments, je ne dis pas de succès, mais au moins de durée. Ajoutons que ce qui a fait jusqu'à présent sa plus grande force, c'est la désunion de ses adversaires , leurs discordes intestines et le pitoyable maniement de leurs ressources.
Est-ce à dire pour cola qu'il faille sallondre à voir, dans un temps plus ou moins long, le prélendanl remplacer la reine à 3Iadrid et soumettre à ses lois l'Espagne conslitutionnelle? J'avoue que de toutes les solutions qui peuvent s'oiïrir à mon esprit, cotte dernière me parait la plus invraisemblable. Je n'ai point dissimulé, vous avez pu le voir, les forces réelles du prétondant ; il me reste à vous parler des obstacles qui rendent aujourd'hui, et plus encore à l'aNonir. le succès de sa cause à pou prés impossible.
Militairement parlant, si D. Carlos a pour lui les campagnes des provinces do l'inlériour, on peut dire que tout le littoral, depuis Barcelonno jusqu'à Cadix, est tros-décidémont prononcé contre lui ; <|ue toutes les \illes nidammonl, si l'on en oxcoplo (piolques >illes de l'intérieur, comme (^ordouo, par exomplo. apparlieiuient à lu reine do fait et d'intention; nous romarquoro/. quo, mémo dans les pro\inces basques, les carlistes ne possèdent pas une seule \ille de quelque importance; ils ont tenté deux fois inutilement le siège de Hilbao, et deux fois ils ont éprouvé une héroïque et \iclorieuse résistance. La possession des villes est une chose capitale; car on sait comniont les Espagnols se battent derrière des murailles; nos armées de l'empire en Siivent quelque chose, et les sièges de Sarragosse, de Turragone et vingt autres altostont leur sa\oir-fairc en ce genre. C'est un trait commun a\oc les Orientaux, auxquels ils se tiennent par tant do côtés. Or, lonimo je vous le disais tout à l'heure, tout le littoral, c'est-à-dire la iiarlie la plus éclairée, la i>lus inliustrieuso et la plus riche do l'Esiiagno, no peut plus aujourd'hui rentrer sous les lois du prétendant. J'ai pu, dans lo long et pénible trajet (pu* j'ai fait dans ces pro>incos, m'assurcr dos dispositions de la ptqiulation. Elle ne vont se mêler do rion aujourdliui, |>arco {]uo, dans son bon sons, elle profosse un égal mépris pour I). (^arlos et |>our M. Moiidi/abal, et ipn' d'ailleurs elle n'est pas sérieusement menue éo ; mais, au fond, les moines ont perdu là leur prestige : ils n'y sont jms délestés connue individus; mais un ne veut plus de l'institution, économiquement parlant, parce que, comme me le disait un paysan des environs do Barcelonno : Eh el ttemjio lie Ion frailm, lodn ci a \inra rllon; parce quo, du temps des moines, il n'y avait <pio pour eux. Dans les provinces moins avancées de l'intérieur, l'administration ot les ainnônos des moines pouvaient Cire d'un grand secours au paysan; mais sur lo littoral.
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où la terre est plus divisée et plus arrosée, le paysan serait fort aise et fort capable de devenir propriétaire à son tour. Enfin c'est dans les villes du littoral surtout que la bourgeoisie, plus commerçante, retrouverait du courage, si elle voyait ses espérances sérieusement compromises par les succès de D. Carlos. Mais au-dessus des motifs d'intérêt il faut placer un sentiment qui élève entre le prétendant et les populations compromises un mur infranchissable, je veux dire la crainte des réactions.
Au commencement de la lutte, la question était moins une question de principes politiques qu'une question de légitimité. Beaucoup ont embrassé la cause de la reine, non par haine de l'absolutisme. mais simplement par la conviction de son droit. Les principes bien ou mal entendus n'ont été introduits que plus tard ; mais la responsabilité des conséquences pesant également sur la tète de tous les adhérents de Christine, quels qu'aient pu être originairement leurs motifs, il en résulte pour tous un péri! et une nécessité égale de se défendre. Peut-être si don Carlos était un autre homme et l'Espagne un autre pays, la lassitude et le mépris qu'on éprouve pour les buUangueros ( les émeuticrs) auraient-ils déterminé beaucoup de constitutionnels à transiger; mais qu'espérer d'un tel homme et d'un tel parti? On peut honorer dans don Carlos le courage avec lequel il dispute personnellement sa couronne, et l'on s'accorde en général à dire que sa parole est sûre et qu'on y peut compter; mais ceux-mêmes qui lui concèdent les éloges que méritent ces deux qualités reconnaissent en lui un esprit étroit, bigot, hostile à toute lumière, et une dureté de caractère qui ressemble passablement à la cruauté. Avec de pareilles dispositions, toute transaction est impossible , très-heureusement pour l'Espagne qui n'a pas fait la guerre et soulTert mille maux depuis tant d'années, pour revenir purement et simplement au stalu quo anle hélium; mais il y a plus : en supposant que don Carlos bien conseillé consentît à des transactions raisonnables, il lui serait matériellement impossible de contenir son propre parti. Il faut penser à ce qu'il y a de haines, de vengeances, à ce qu'il y a de sang entre don Carlos et le trône d'Espagne ; il faut penser à tout ce qu'ont souffert ces Basques, ces Navarrois, à l'àpreté a^idede ces misérables bandes qui courent les campagnes pieds et jambes nus, avec une chemise et un caleçon pour tout vêtement, et le fusil par-dessus ; il faut songer aux repré-
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sailles qu'aurait à exercer un Cabrera dont ou a fusillé la mère, et tant d'autres qui se trouvent dans des situations analogues, et qui couvent de pareils ressentiments; il faut songer à tout cela pour se faire une idée de ce que pourrait être une restauration en Espagne. Les guerres civiles sont des guerres impies ; mais il n'en est point de plus affreuse que la guerre ci\ile espagnole, parce qu'aux dissentiments poliliiiues, aux griefs religieux, aux haines personnelles, se joint une profonde antipathie do race. Basques et Castillans sont déjà ennemis sous le drapeau de don Carlos; jugez ce que ce serait si le Basque victorieux pouvait venir venger sur les plaines de la Castille ou de l'Andalousie son pays ravagé, ses eidants tués, sa maison brûlée, et si sa vengeance, achetée à la pointe du sabre, pouvait se confondre dans son esprit avec le service de IMeu et de son roi! Aussi n'ayez pas peur que le parti libéral se laisse endormir l)ar des protocoles, des amnisties et des promesses, l'n homme influent du parti modéré m'écrivait dernièrement de Madrid que. lors de la dernière approche de don Carlos, il y avait eu, gasconnade à part, une étu-rgiquc et universelle résolution de se défendre. Je le crois; car alors on ne combattait plus pour Vexialulo ou pour la constitution; il s'agissait de la vie; et alors les modérés qui. en toute autre circonstance, restent chez eux et ne se mêlent de rien, les modérés se joigiu'nl à leurs ad\ersaires, et dès (pu- l'iuiion s'établit, et elle s'établira toujours dans le dernier danger, les forces de do[i Carlos ne sullisent plus. Depuis la réxiiulion de la (iranjn, les modérés usent d'une lacliipie (pu; nous i;e conce\ons guère, nous autres l'ran^ais, mais (pii est bien dans le caractère temporisateur des Kspagnols. Peu de temps avant de (piilter .^ladrid. je demandais il l'un des hommes les plus distingués de celle opinion d'où venait leur inertie à l'égard des exaltés, le peu île résistance tpi'ils avaient opposé à leurs altatpu-s, et l'espèce d'abandon ipi'ils semblaient faire des intérêts de leur parti. Sa réponse me frappa. « Si nous entrions aujourd'hui en lutte avec les exaltés, me dit-il, ce Norait faire un pont à don Carlos, cl c'est ce que nous voidonsé\iler par-dessus tout. Oiiant aux Inillavijueros, leur Iriompiie est un mal, mais un mal (emporair<r; ils sont tellement ineptes qu'ils se détruiront i-ux-mènies, cl abus U; pou\oir nous reviendra de lui-ménu' •■( presque sans lutte. ■> l>uis><! sa iircqihétie se réaliser juscprau bout! — Il parait, en ellil, ipi'en dépit des arguments électoraux
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employés à Barcelonne et à Cadiv, la majorité sera aux mo(férés. 5Iais, pour nous borner à le qui fait l'objet de cette lettre, de même que la désunion du parti de la reine a fait jusqu'à présent la principale force de don Carlos, de même il y a lieu de croire que l'union, qui est le fruit naturel de l'extrême péril, déconcertera toujours ses efforts.
En admettant même, chose peu vraisemblable, que le prétendant parvînt à s'emparer de Madrid , la guerre ne serait pas finie pour cela ; vous verriez les troupes constitutionnelles se réfugier dans Barcelonne et dans toutes les places de la côte, d'où elles viendraient faire des incursions sur les provinces du centre. Don Carlos et Christine auraient changé de rôle, et la guerre recommencerait, ou pour mieux dire continuerait sous cette nouvelle forme ; car Madrid, vous le savez, n'entraîne nullement l'Espagne, comme Paris, par exemple , entraîne la France. Rien de semblable n'existe : D. Carlos aurait une ville de plus, voilà tout ; mais comme aujourd'hui il n'en possède pas une seule un peu importante, il n'y a pas lieu de croire qu'il débute par celle-là.
Vous voyez que, dans l'état présent des choses, il règne entre les deux partis rivaux un équilibre fatal. D. Carlos , appuyé sur les vieilles sympathies traditionnelles, est inexpugnable dans ses montagnes ; fort de l'unité de son pouvoir et de l'obéissance plus grande qui en est la suite, il a toujours grandi depuis quatre ans ; il ne peut être vaincu, mais il ne peut vaincre. Le parti de la reine, divisé luimême en deux partis, a passé son temps à s'entre-déchircr, et a laissé l'ennemi se fortifiera la faveur de ses divisions. Toutefois, grâce à la possession des villes, à l'appui de tout le littoral et aussi à la meilleure organisation de ses troupes, son existence n'est point en danger. Il a en lui, au fond, une force réelle; desidées d'amélioration ont été conçues, qui ne peuvent être abandonnées, et la bourgeoisie elle-même, telle que je vous l'ai définie et pour laquelle on ne m'accusera pas de partialité, a droit, sinon à gouverner, du moins à exister et à grandir par les moyens légitimes. Elle en a le droit et elle a conscience de son droit. En ce sens seulement, le temps, qui fa\orise la diffusion des idées, combat aussi pour la cause libérale; il n'y a donc pas lieu de craindre sa ruine. Ainsi voilà deux partis pour qui l'offensive est périlleuse et la défensive pleine de ressources. Vous sentez ce que tout ceci veut dire; il y a là un cercle >icieux, une question sans
issue et sans fin. Il y a dans un problùmc ainsi posé la promesse il'une guerre tiède, qui passera à l'état chroniipie, qui ne pourra pas finir, et dont le seul résultat sera d'enfanter, chaque année, une moisson régulière de massacre, de pillage et de dé\astation.
Pour trouver une issue à ce cercle fatal, il faudrait une chose impossible ou peu s'en faut ; il faudrait que, pendant que l'équilibre est maintenu sur les champs de bataille, le pays put s'organiser sous le bouclier de l'armée; alors le surcroit de forces qui naîtrait naturellement de cette organisation progressive pourrait peut-être, à la longue, faire pencher la balance. Ceci revient à ce que je vous disais l'autre jour, que la question entre 1). Carlos et la reine était de nature à se décider plutôt par la politique que par la guerre. Mais une ceuvre semblable, dillicile pour tous les peuples et dans tous les pays du monde, trouverait en Espagne dans la nature même des choses des obstacles d'une gravité particulière.
Dans ma prochaine lettre, j'essaierai de vous eu donner une idée.