LETTRES
sur l'expédition de Constantine
en 1837.
I™ Lettre.
Bône, Août 1837.
Enfin, des préparatifs de guerre, la réunion d'une armée, l'armement d'une flotte prouvent que la France s'est décidée k la conquête de Constantine, et qu'une jeunesse impatiente de combattre, va sous les murs de cette ville montrer par sa valeur qu'il faut attribuer à l'intempérie de la saison les malheurs de Novembre 1836; l'Europe est attentive, et son intérêt se reporte, comme jadis au tems de Massinissa sur cette ancienne capitale de la Numidie. Il est donc opportun de receuillir tout ce qu'ont écrit sur ces lieux, les historiens de l'antiquité, et le voyageur Shaw, et tout ce qu'en rapportent les naturels du pays.
Constantine presque détruite par un siège et de longues guerres fut reconstruite et embellie par l'Empereur Constantin, qui lui donna don nom. Les Arabes
mêmes le lai conservèrent, car ils la nomment Costantina. Aurélien Victor rapporte dans la vie de Constantin: „per Afiicam sacerdotium decretum fla- „viae genti Cirtaeque oppido, quod obsidione Alexandri „ceciderat, reposito ornatoque, nomen Constantina iny> ditum"
Constantine est donc la Cirta des anciens, dont Pline indique fort exactement la position à 48 milles dans les terres. Dans la brochure de Monsieur le Maréchal Glausel, on lit : ^Suivant le président de Brosses, Cirta en phénicien voudrait dire la ville par excellence." — Sur la foi d'une autorité plus ancienne on peut prétendre qu'en langue punique Cirta signifie Etat 0).
Cirta fut la capitale des anciens rois Numides; Massinissa y régna 60 ans. Ptolémée la nomme Cirta Julia, comme ayant été conquise par César; d'autres écrivains romains l'appellent colonia Sittianorum, du nom d'une partisan nommée Sittius qui rendit d« grands services à César, dans sa guerre d'Afrique et la reçût en dotation sous la domination romaine. Cirta comme le prouvent encore ses restes imposans étoit une ville grande, florissante et guerrière. Suivant Strabon, Micipsa y avoit mené une peuplade grecque et l'avoit rendue tellement puissante, qu'elle pouvoit mettre sur pied 20,000 fantassins, et 10,000 cavaliers. Salluste rapporte que les armées de Ju-
(*) fiochardi chan. lib. I. Cap. 34: Cfrtha, stfve pmtice charta, id est civitas.
gurtba échouèrent contre Cirta (*), vu la force de sa position. Prise par les Vandales, reprise par les Numides, Constantine fût de nouveau dévastée dans les guerres de Bélisaire. Enfin l'Empereur Justinien ( 3 ) y fit de grandes réparations que Procope décrit ainsi : „La muraille d'enceinte était si basse qu'elle était „aisée a escalader, et si foible qu'il semblait que ceux ,,qui l'avaient bâtie n'avaient pas eu dessein qu'elle servît à la défense. Les tours étaient si éloignées les „unes des autres que ceux qui attaquaient pouvoicnt „se tenir hors de la portée du trait. Enfin le tems ,,1'avoit entièrement minée; il semblait aussi que la „ mu rail le du dehors n'avoit été faite que pour servir aux assiégeans, elle n'avoit que trois pieds de „ large, et n'était liée qu'avec de la boue, le pied „étoit de pierres dures, mais le haut n'étoit formé „qtic de moellons tendres ; Justinien en fit réparer „toutes les ruines du côté du septentrion et de l'occident, il doubla le nombre des tours, et les fit rechausser ainsi que les murailles. La ville située sur „une éminence manquoit d'eau, il y avoit à un mille „des fontaines qui arros oient un bois, Justinien y fit* construire un grand aquéduc, et distribua de l'eau „dans Constantine. Ces ouvrages acquirent à Justinien, „le nom de second fondateur de cette cité."
La domination du Bas -Empire en Numidie qui
(*) SaUest. Bell. jyg. §. 25. Jugurtha neque propter uaturam loci Clrtam annis expugnnre potest.
l 8 ) ProcvpJws de Aediûciis. lib. g. cap. 6.
date du renversement du trône de Gélimer, dernier
roi des Vandales en 534, ne fut ni aussi complette, ni aussi respectée que celle que les vieux Romains y avoient imposée; les relations commerciales étoient interrompues entre les différentes villes, les barbares interceptant les communications. Gomme tous les peuples vaincus qui fuient l'esclavage, les Vandales s' étoient réfugiés dans les montagnes ; ils s'y joignirent aux Numides dont ils avoient été les vainqueurs, et qui les avoient précédés dans ce dernier asyle de la liberté; à la fusion de ces deux peuples les Kabyles d'aujourd'huy durent leur origine.
De ces rochers inaccessibles Vandales et Numides bravoient les soldats du bas-empire, et quoique Salomon qui succéda à Bélisaire obtint sur eux quelques avantages, il ne put cependant jamais les réduire.
Tel étoit Fétat des choses dans la Pravineia Africa, lorsqu'au 7 im * siècle les hordes mah orné tan es et arabes, accourant de l'orient et unissant le fanatisme religieux aux vertus guerrières, à l'amour de la gloire, vinrent planter le croissant sur les ruines de Carthage et aux lieux mêmes où avoit plané l'aigle romaine, brillé la croix de Constantin, le musulman imposa ses nouvelles doctrines par l'éloquence de sa parole, et le tranchant de son sabre.
Depuis lors un voile impénétrable ne permit plus de connaître les destinées de Constantine; les voyageurs des pays chrétiens ne purent plus pénétrer dans ces contrées, d'où sortoient ces armées d'infidèles
qui, ménaçant la chrétienté de leur domination, ne furent vaincues et refoulées que par l'épée de Charles Martel.
Peut-être quelques esclaves européens sont -ils parvenus jusqu'à l'ancienne capitale de la Numidie, mais aucun n'en revint pour redire dans sa patrie ce qui se passoit au Coeur de ce royaume barbare; même lorsque plus tard les Maures chassés d'Europe après une possession de 800 ans, d'une partie de l'Espagne, eurent tous repassé le détroit, et que de leurs côtés, les chrétiens pénétrèrent en Afrique, l'intérieur des terres resta inconnu, car les Espagnols et les Portugais bornèrent leurs conquêtes à quelques villes du littoral, qu'ensuite, à l'exception de Ceuta, ils abandonnèrent l'une après l'autre. — La capitale de Massinissa resta donc pour l'Europe pendant plus de 1000 ans, une ville fabuleuse, dont on n'en tend oit jamais parler.
lie savant et célèbre docteur Anglais Shaw qui de 1720 à 1732 parcourut les états barbaresques fut, depuis Bélisaire jusqu'au 18*"" siècle, le seul voyageur qui put donner d'exacts renseignement sur Constantine si florissante du tems des empereurs, et que dix siècles de domination barbare avoit presque réduite a n'être plus qu'une ruine, attestant par le grandiose de ses proportions, le génie et la puissance de ses anciens possesseurs. Le voyage de Shaw dans les régences d'Alger et de Tunis prouve retendue de la science de son auteur et la profondeur de ses réflexions. 11 est encore aujourd'hui le meilleur guide des Français pour leurs expéditions dans Tin-
teneur des Beyliks, pour ce qui a rapport aux recherches archéologiques qui, au reste, depuis 1830 n'ont donné que de pauvres résultats. Malgré son style suranné, Shaw remporte par la lucidité et la fidélité de ses descriptions sur tous les voyageurs qui depuis lui, ont écrit sur le même sujet; sans doute son oeuvre n'est pas exempte d'erreurs, mais elles sont involontaires, causées par de faux rapports des indigènes ; il n'imite pas de célèbres écrivains de nos jours, dont l'imagination poëtique, a fait souvent aux dépens de la vérité, d'enchanteresses descriptions de lieux fort peu intéressans. En lisant Shaw, c'est bien la Barbarie que l'on parcourt.
Cirta, dit l'historien anglais, devoit, à en juger pàr ses ruines, avoir un mille de circonférence ; elle s'étendoit du sud au nord et se terminoit par un escarpement de 600 pieds de profondeur; de ce point elle se présente admirablement dans la direction du sudouest; la vue se repose sur de belles vallées séparées par des collines boisées et arrosées par des rivières et mille ruisseaux, a l'horison se développe la fertile plaine de Hameschah. Il ne fut pas possible à l'armée française, dans l'expédition de 1836, de jouir de ce magnifique panorama; elle ne fut pas maîtresse des positions du coté du sud -ouest, et des lieux qu'elle occupa, le tableau n'offre aux regards, que des montagnes et tl'arides rochers. Le docteur Shaw parle avec admiration des ruines de la ville au sud -ouest. „Les citernes colossales, dit -il, et le magnifique réservoir des eaux attestent le génie des anciens Cirtéens
„qot firent ces ouvrages dignes d'an grand peuple et „pour lesquels il fallut d'énormes travaux et d'immenses „matériaux. Tout près de l'escarpement, ajoute -il, se „voient les ruines d'un édifice considérable qui auv jourd'huy sert de caserne aux troupes du Bcy."
Le fameux pont que les Romains construisirent sur le Rummel, se trouve en face de la porte Bab-el- Cantara, et réunit les deux cdtés de cette grande coupure qui sépare la ville de la montagne Mansoura; sur ce point eut lieu l'attaque principale du Maréchal Clausel, mais à travers la fumée du canon et la grêle de balles et de mitraille qui accueillit les Français et leur fit éprouver des pertes considérables, ils ne purent guère examiner attentivement ce pont admirable; ils se rappellent seulement qu'il est large, très élevé et formé de 3 étages d'arches superposées, comme le pont du Gard en France. En 1827 Àchmet Bey le lit réparer par des Italiens. Le docteur Shaw ne l'avoit vu qu'en ruine; il donne les dessins de ses bas -reliefs et en parie en ces termes:
„Ce pont étoit un véritable chef d'oeuvre, les différentes galeries et colonnes des arches sont ornées de ^guirlandes et de têtes de taureau ; sur les arches mêmes „se voyent des caducées et autres emblèmes, entre „autre, un groupe représentant une femme qui se „ tient sur deux éléphans se regardant en enlaçant „leurs trompes; la femme porte une coquille sur la „tête, ses cheveux sont frisés, sa robe collante, de sa „main droite elle la relève in décemment, ayaut l'air de „regardcr la ville d'un air insultant. "
Un monument non moins remarquable et qui prouve aussi la splendeur de Cirta, est un arc de triomphe qui au tems de Shaw existoit encore en grande partie; les Arabes le nomment Kassir-Gulah, ou le château du géant, et racontent à son sujet de merveilleuses histoires.
Comme tous les arcs de triomphe, celui de Constantine est formé de 3 portes voûtées dont la principale, celle du milieu, est dans ses proportions le double des deux latérales; d'après le dessin qu'en donne Shaw, il a beaucoup de ressemblance avec l'arc de Marks, près d'Orange, bien qu'étant plus grand, et d'une architecture plus simple, les faces sont décorées de festons, de trophées et quelques autres ornemens en bas-reliefs, mais on n'y voit aucun grand sujet tel que triomphe ou bataille. Les colonnes d'ordre corinthien qui supportent la voûte principale, sont d'un goût tout -à~fait particulier aux monumens de l'ancienne Cirta; elles sont font dégradées. Tel étoit l'état de ce monument il y a un siècle, tel, a peu près, il est encore aujourd'huy. Les Musulmans ont peu de respect pour les antiquités et ne se font aucun scrupule de les détruire pour leur utilité particulière , mais jamais pour le seul plaisir de la destruction, comme agissoient les Vandales. — Ce que ces derniers n'ont pas eu l'idée de faire disparaître, existe encore actuellement, grâce a l'indolence des Arabes, et à leur indifférence pour tout ce qui porte le cachet du tems.
Constantin? est la capitale de la province ou Beylik de ce nom, elle est située au-delà du petit Atlas, et bâtie en amphithéâtre sur le penchant d'un rocher
de granit, s* élevant vers le nord -ouest dans une presqu'isle contournée par la rivière Oued Rummel (de sable) et dominée par la montagne El -Mansoura, dont elle est séparée par une grande aufractuosité où coulent les eaux du Rummel. La ville compte environ 1700 maisons, sans terrasses, contrairement à l'usage mauresque, mais couvertes en tuiles; sa population est de 30000 ames, Maures, Goulouglis et Juifs; 8000 hommes sont capables de porter les armes.
Constantine, presqu' entièrement entourée de rochers, a la forme d'un ovale allongé dans la direction du sud -ouest; on y entre par quatre portes: Bab-el- Gabia qui communique avec la rivière el -Rummel; Bab-el-Oued ou de la Rachba vers le sud, peu éloignée de la première, et conduisant aux ruines; Bab-el- Djedid (porte neuve) où aboutit le chemin d'Alger, et enfin Bab - el - Cantara (porte du pont) en face dr mont Mansoura qu'occupoient les Français dans la dernière expédition.
Les trois premières portes sont réunies par une muraille antique, haute de 30 pieds, souvent saus fossé et défendue par des batteries élevées; sur les autres points, la muraille d'enceinte est basse et sans terrassement, mais le rocher de granit coupé à pic y forme un mur naturel.
La Casbah est l'édifice antique cité par Shaw : bâtie sur la partie élevée de la ville, cette citadelle est défendue par quelques canons. Elle couronne le rocher de granit à l'endroit des plus forts escarpemens, et
commande la ville, mais elle est dominée par les rochers au nord et nord -est
Les Cactus (Cactus opuntia) sont aussi une des défenses naturelles de Constantine; ils garnissent les rochers et les murs, voilant la ville de leurs feuilles immenses ; pour qu'un assaut devint possible, il faudroit détruire ces obstacles, car ils rendraient toute brèche impraticable à plus de 2 à 3 hommes de front.
Le Palais du Bc> occupe le centre de la ville; il a des rapports avec la vieille résidence des Deys à Alger, moins élevé, mais d'une plus grande étendue et formé de plusieurs bàtimens qui communiquent entre eux.
Les rues sont tortueuses, sombres et étroites; les maisons touchent presque par le haut, celles de l'autre coté de la rue, de manière qu'on se trouve abrité de la pluie et du soleil. La rue principale est la Suk-elacba, (rue du marché aux laines) qui, en face de la porte d' el - Cantara, conduit du pont romain à Babel-Oued; elle est remarquable par un grand cyprès et un mât d'étendard sur lequel flotta le drapeau rouge, lorsque le Maréchal Clausel arriva sous Constantine. La rue Suk-el-Kolak , conduisant à la Casbah; enfin la grande rue, Suk-el -Kebir, partageant la ville en deux parties.
, Constantine possède plusieurs mosquées surpassant en beauté celles d'Alger et de Tunis. — Elles sont surtout riches en colonnes de marbre tirées des carrières avoisinant la ville , et en w mosaiques toutes d'origine
romaine. Les principales mosquées sont celles de Sidi-el-Kettani, Sidi-el-Kebir, et Sidi-Bouksea.
lies approches de la ville sont envahies par les cimetierres et les tombeaux de Marabouts; la plu part des familles musulmanes ont leurs sépultures sur la montagne Coudiat-Aty, et à la porte Bab-el- Gabia; généralement elles ne sont indiquées que par de simples pierres tumulaires sans inscriptions. Les tombes de quelques bevs assassinés, des marabouts et des Chalebs sont seules surmontées de beaux monuments. Le cimetierre des juifs est situé au pied du mont Mansoura; les tombeaux israelites consistent en arcades de marbre blanc ornées d'inscriptions hébraïques et de guirlandes de fleurs.
A peu de distance de la ville a l'occident, se trouvent les sources thermales très renommées de Sidi Mimum, ainsi nommées d'un Marabout placé auprès: dans ce même lieu on voit des tombeaux romains dont les inscriptions sont bien conservées.
A un quart d'heure de Sidi-Mimum, on découvre une jolie fontaine, Kabat-bir-Ahal , dont l'eau est fraîche et limpide, et les Bords couverts de tortues, qui sont le sujet de contes populaires les plus extravagans. Les femmes arabes (dit Léo l'Africain) ( 4 ) considèrent ces tortues comme des démons, et si un de leurs parens est saisi de la fièvre, ou si un malheur frappe leur famille, elles l'attribuent toujours à ces innocens animaux.
(*) J. Leonis descriptio Africae. lib. V. pag. 211.
Le Raramel qui baigne les murs de Constantine, prend sa source à cinq journées de cette ville, dans la partie la plus intérieure de l'Atlas; pendant son cours il change sept fois de nom, aussi est -il communément appelle par les Arabes, Oued - el - Kebir. (le grand fleuve.) II est guéable en toutes saisons; par les fortes pluies il a 4 pieds d'eau, mais sa profondeur ordinaire n'est que de 2 pieds. A une demie lieue de la ville, cette rivière se fraye un cours souterrain, les rochers obstruant celui à ciel ouvert qu'il suit au fond de la ravine; sans cette admirable précaution de la nature toute la vallée de Constantine seroit envahie par les eaux, et convertie en un lac immense. — Ël-Rummel est l'Ampsaga des anciens, il fournit à deux aquéducs, dont l'un se trouve à la porte El-Gabia, et l'autre, plus considérable, a la sortie de son cours souterrain. Sa chute en cet endroit a de 5 à 600 pieds. — Ce lieu avoit autrefois une sinistre renommée; au tems des Romains et des Vandales, on y précipitoit les criminels et les femmes adultères. ( 5 ) Cet horrible supplice fut encore en usage contre les femmes Musulmanes jusqu'à la fin du 18. siècle. (")
(*) Victoris Viterbiciisis historia de persecutione Vaudaloruin lib. II. siv. fratris uxorem, ligato pondère lapiriuni, in Ampsagam, fluvium Cirtenscm fauiosum, jactaiido demersit.
( 8 ) La contrée sur la rive gauche du lluuimel offredes plaines fertiles et cultivées, la rive droite baigne le pied d'el - Mansoura , à la porte d'El-Gabia est
Au nord -est de la ville, on voit la montagne Ël- Mansoura; elle est dépouillée d'arbres, niais la terre seroit facilement mise en culture; on la compare au mont Bouzaria, près Alger; le plateau du mont El - Mansoura est couronné de deux marabouts en marbre blanc, sous lesquels s'abritèrent le Maréchal Glausel et le Duc de Nemours pendant les terribles pluies qui firent échouer la première expédition; mais ces deux personnages cédèrent aux blessés ce seul lieu de refuge. Du mamelon ouest du Mansoura qui domine le premier plateau, il est possible de battre la ville avec des pièces à grande portée. — Mais il paroit que l'on projeté d'établir les batteries de brèche sur le mont Coudiat Aty, au sud -ouest, qu'occupoit la brigade Rigny, et duquel le valeureux colonel Duvivier dirigea la principale attaque, ( 7 )
uiie cascade, où commence la ravine profonde, qui contourne plus de la moitié de la ville, et, peut être considérée comme un immense fossé régnant le long des murailles jusqu'au pied de la Casbah, depuis la porte d'El-Gabia, jusqu'à celle d'El-Cantara; cette ravine n'a que 50 mètres de profondeur et 90 mètres de largeur; vis à vis de la Casbah la coupure est beaucoup plus large et plus* profonde. — Au dessous de la ville , non loin de la Casbah , est une cascade dite des tortues, elle fait mouvoir des moulins à blé* Extrait du mémoire du Cap. Saint-Hyppolite.)
( 1 ) (Extrait du rapport du colonel Duvivier commandant les et 3'"* bataillons légers d'Afrique, brigad.de Rigny.) Nuit du 23 au 24 novembre. — Vers li heures %, l'ordre fut donné au colonel, d'attaquer, avec le ba-
Cet Achille français, à la tête d'une poignée des plus braves du 1 er bon d'Afrique s'élança par l'entrée de Bab-el-Oued, et furieux de la résistance que la porte de fer opposoit au feu de l'artillerie, (les Français n'avoient que des pièces de 12) ce colonel
taillon d'Afrique, la porte située en face de Condiat-Aty, nommée dans le pays Bab-Raiba (Porte du Marché). La colonne se mit en route en tournant par la gauche de Coudiat-Aty ; mais l'ennemi s'en aperçut bientôt et commença à tirer. La colonne fut arrêtée dans un fond très-près de la place. Le colonel se porta de sa personne dans le faubourg pour mieux reconnaître les lieux; il plaça la 1" compagnie (Soutoul) sous un hangar à droite ; la compagnie (Troncosso) contre la mosquée au centre ; elle devait chercher à s'établir solidement dans la mosquée. Il plaça également la 3"" compagnie (capitaine Gouvion) à gauche, derrière une espèce de contregarde en terre et en boue, où elle se trouvait défilée. Le but était d'avoir ainsi trois compagnies, qui, lorsque le temps serait venu, pourraient tirailler contre la place. Puis il marcha avec le reste de la colonne contre la mosquée.
Avant d'engager la colonne dans la rue qui menait à la porte du marché, le colonel, sachant que vers la gauche il devait exister une autre porte nommée Bab-el-Djedid (Porte-Neuve), chercha à trouver le chemin qui pouvait y conduire; mais nulle part il ne put rencontrer d'issue pour se porter de ce côté* Il trouva un grand bâtiment dont la porte très-large était ouverte, le capitaine Grand, accompagné de quelques chasseurs l'explora, mais il était sans autre issue, et il fut reconnu que c'était un fonduck (marché), probablement le marché aux huiles; (1 fallut
frappoit de son sabre les battans de cette porte qui arrêtoit sa marche, demandant des haches pour la briser, ou des sacs de poudre pour pratiquer une mine, dont l'explosion eut pu être fatale aux Français mêmes.
donc se résoudre à aller directement sur la porte dit marché par la grande rue qui y conduisait; on le fit en glissant les compagnies paires suivant le côté droit, et les compagnies impaires suivant le côté gauche ; l'artillerie suivit le même chemin, et, parvenue à trente pas de la porte , dans un petit reutrant , elle chargea et tira deux coups contre celle-ci. Le lieutenant Bertrand y déploya beaucoup de courage en chargeant presque à lui seul ses pièces ; car un créneau de flanc, et tirant à très-petite distance, frappait juste dans ce rentrant, et y renversait les canonniers et les chasseurs qui s'y trouvaient. Du reste, les balles sillonnaient la rue, le canon y lançait de la mitraille, et il était presque impossible de passer * d'un coté à l'autre sans être touché.
Voyant que ces moyens d'artillerie, à cette distance, ne pouvaient rien produire d'efficace, le colonel se décida à porter son monde jusque contre la porte, afin d'enfoncer celle-ci avec la hache et le sac de poudre. Ce mouvement fut exécuté avec élan, et soldats et officiers vinrent jusque contre celle-ci. Le capitaine du génie Grand y était également; mais là, pendant dix minutes, on demanda vainement les haches et la poudre, rien ne répondit, ni à la voix du colonel, ni à celle du capitaine Grand, qui, bientôt blessé, fut obligé de se retirer. Voyant qu'avec des crosses de fusil et des baïonnettes il était impossible d'enfoncer cette porte bardée de fer, le colonel résolut de faire retirer son monde, et en donna l'ordre. Ce mouvement, excessivement dangereux, et dans le-
La troupe de Duvivier ne fut pag secourue par le Général de Rigny (*), cependant ses soldats, épuisés par des privations de toute espèce, des fatigues inouies ne cédoient pas un pouce de terrain, tant l'exemple donné par un pareil chef enflammoit leur courage ; ils tomboient autour de Duvivier, frappés à bout portant par le feu des assiégés. Le capitaine du génie Grand fut blessé grièvement en voulant miner la porte . . enfin les haches promises n'arrivant pas, force fut au brave colonel d'ordonner la retraite; il se retira lentement, le dernier de tous; le courageux Lieutenant Henri Bertrand , s'attela lui-même à un canon dont les chevaux avoient été tués . * il n'eut pas voulu, l'intrépide jeune homme, laisser aux Arabes ce gage de victoire, pour un combat dont toute la gloire appartenait aux Français.
Duvivier est convaincu que la porte Bab-ei-Oued, est le point le plus vulnérable de Constantine, et
quel les hommes n'étaient plus animés par l'espoir de vaincre, se fit avec bien peu de désordre; les pièces fUrent ramenées par le lieutenant Bertrand et un de ses canonniers; des caisses de munitions furent rapportées sur les épaules par des chasseurs, car les mules avaient été tuées. La majeure partie des blessés fut également rapportée, et dès que les compagnies parvinrent à hauteur de la mosquée et de la contre-garde, elles y furent arrêtées et défilées. (') La réputation du Général de Bigny est trop bien faite pour attribuer cette inaction à d'autres motifs qu'à des ordres supérieurs, ou à l'impossibilité d'envoyer plus de monde sur un lieu de combat si restreint.
comme son opinion, (quoique celle d'un partisan du Maréchal Clausel) a beaucoup de poids aux yeux du nouveau gouverneur, il est k croire que l'attaque principale aura lieu des hauteurs de Coudiat-Aty.
Au dire des naturels, la ville prépare une vigoureuse résistance; depuis une année on en fait les dispositions, mais les travaux en sont très mal combinés; et probablement, Achmet Bcy, n'aura pas plus qu'à la dernière expédition, le courage de diriger lui-même la défense, mais en laissera le soin k son Khalif, et aux Kabyles ; et de sa personne, a la tête de sa cavalerie il se retirera vers le sud, mettant toutes ses espérances dans l'assistance de Davudv - ben - Ghana son beaupére, puissant Cheick de Sahara.
ï^s Français qui désirent des ennemis dignes d'eux, en ont a craindre un, contre lequel leur valeur dcviendroit impuissante. Le manque d'eàu et de fourrages! La sécheresse est telle, même k Bdne, que les citernes commencent k se dessécher, et que les pauvres chevaux et bêtes de trait cherchent envain quelques touffes d'herbes dans des pâturages brûlés par le soleil d'Afrique.
Si Constantine est défendue avec courage, et quelque talent, et que l'armée française soit forcée de camper quelques semaines sous ses murs, le résultat de l'expédition devient douteux et une seconde retraite possible, car la plupart des chevaux périroient alors infailliblement ; mais il est beaucoup plus vraisemblable que Constantine succombera k la première attaque, dès que l'artillerie de gros calibre en aura brisé les por-
tes. Oh ! alors , malheur à ses habitans ; une soumission bien prompte peut seule prévenir pour eux une épouvantable catastrophe , tant le souvenir du dernier échec à rempli les coeurs d'un profond sentiment de vengeance. — Les auxiliaires indigènes sont généralement des hommes cruels, aux quels la pitié, la générosité sont complettement étrangères; d'ailleurs dans cette guerre,, sous ce ciel dévorant, les fortes passions s'exaltent encore, la cruauté, la soif des représailles deviennent égales des deux cdtés et pétrifient les coeurs.
Au reste, il faut prendre Constantine! . . Ce résultat est devenu une nécessité, une victoire peut seule rendre à l'armée le sentiment de sa force, et dissiper les sottes illusions que la retraite de 1886 a inspirées aux ennemis; plongé depuis cette époque dans l'inaction, le soldat français y pense sans eesse avec amertume, il pourroit cependant être fier du courage qui! a déployé, de l'admirable constance avec laquelle il a supporté les souffrances les plus cruelles de la guerre , mais pour des Français cette vie monotone, le service insipide de camp et de blockaus sont insoutenables. — Il faut des combats, il faut une victoire pour ramener la gaieté nationale, pour étouffer ce besoin de la patrie, qui s'est emparé de bien des coeurs.
Lettre II.
Bône 18. Sefitembre.
Le camp Raz-El-Àkba est occupé par l'avant garde de l'armée; la résistance des troupes du Bey a été insignifiante, et s'est bornée à quelques coups de fusils échangés entre les tirailleurs. I^e quartier général et 8000 hommes sont restés à Medjez-Kl- Àmmar. ï^e gonverneur vient d'arriver ici avec plu- . sieurs généraux pour recevoir le Duc de Nemours; ce jeune prince prendra le commandement de la brigade d'avant garde. — I) y a grand conseil de guerre aujourd'hny a midi, plusieurs officiers généraux, entr autres Messieurs de Caraman et de Rulhières sont, dit- on, contraires à l'expédition, regardant la saison trop avancée. lie bateau à vapeur, le Sphynx, nous a amené le 16 quatres compagnies de la légion étrangère», le 12* , de ligne est encore embarqué sur des batimens du commerce devant purger sa quarantaine de cinq jours ; ce régiment arrive de Marseille où le choléra vient d'éclater. On attend encore deux régi mens de France.
Le Colonel Du vivier reste toujours commandant du camp de Ghelma, qui a pourtant perdu toute son importance depuis que les avant -postes de l'armée en sont a une journée de distance. Ghelma, n'est plus qu'un vaste hôpital recevant tous les malades de Medjez-El-Ammar, parceque sa localité est très
saine, et que la place n'y manque pas. On s'étonne généralement qu'un officier aussi remarquable que le Colonel Duvivier soit ainsi laissé en arrière, lui, qui tiendroit si bien sa place au quartier général; certes le Général Damrémont rend tout autant de justice que son prédécesseur au mérite d'un tel militaire, mais le Colonel Duvivier est un partisan du Maréchal Clausel , les envieux de sa renommée profitent sans doute de cette circonstance pour l'empêcher d'être nommé à un commandement important, et où ils savent qu'il agiroit de manière a ajouter . une nouvelle, gloire à celle qu'il a acquise dans la dernière expédition, gloire qui a rejaillie sur des soldats dignes d'un tel chef; et les a consolés des désastres de cette campagne.
M. Adrien Berbrugger a reçu l'ordre du gouvernement français d'accompagner l'expédition en sa qualité d'antiquaire; il s'est adjoint plusieurs savans naturalistes; chacun d'eux se charge d'une branche à part, communiquera ses observations et le résultat de ses recherches scientifiques ; le tout est destiné au cabinet d'histoire naturelle, et au musée d'antiquités africaines, établis à Alger. On doit aussi opérer des fouilles dans les ruines d'Hippo Régius colonia (Hippone des anciens), non loin de Bdne.
Lettre IO.
Bôm, 9Î. Septembre.
On pense que le mouvement en avant sur Constantine commencera le 27 ; il régne dans l'armée une incroyable activité, on compte tout au plus 18000 hommes de troupes, et cependant le matériel de guerre, les bagages feroient croire à une réunion bien plus considérable, Une foule d'officiers d'état major presque tous jeunes, et des plus nobles familles de France, ou fils des illustres maréchaux ou généraux de l'empire, sont réunis autour du Prince ou du gouverneur général. Btfne est en outre remplie d'officiers étrangers qui feront la campagne en volontaires ; parmi eux, je puis citer le Capitaine Murait, du 3 e Régiment Suisse au service de Naples , qui fut avec moi à Bélida, et accompagna plus tard le Général Bugeaud a la Tafna; le Capitaine Russel, de l'armée autrichienne; le lieutenant bavarois Rapp, puis des officiers anglais, prussiens, danois, dont j'ignore les noms.
Une trentaine de Cheiks déserteurs du parti d'Achmet accompagneront aussi l'armée française; ils s'attribuent une grande influence sur les Arabes, mais n'en ont encore entrain é aucun dans leur défection.
Le vieux Hadji- Soliman, beau -frère d'Achmet, et son mortel ennemi commande les sphais irrégu-
liera, il est probable que les Français l'établiront Bey de Constantine, si Achmet ne fait pas la paix avant la prise de sa capitale.
Lettre IV.
Bône , 26. Septembre.
Le Camp de Medjez - El - Ammar, a été attaque le 23, par l'armée du Bey, l'infanterie arabe s'est approchée des batteries françaises jusqu'à portée de fusil, et fut repousséc avec une perte considérable. Le combat a été surtout très acharné au pied de Raz- El-Acba qui étoit occupé par les Zouaves, et le 47"* régiment de ligne; les Arabes ont laissé plus décent morts sur la place; la perte des Français n'est que de 6 morts et 35 blessés; le gros de l'armée de Constantine est posté à Hammam-Meskutin (les bains maudits); ce point est en ce moment presqu'innaccessible.
Puisque j'accompagne l'état major général, je ne pourrai plus probablement vous écrire que de Constantine, ou à mon retour; mais alors je vous promets une consciencieuse description de ce dont j'aurai été témoin.
Lettre V.
Bône, 94. Septembre.
Une conspiration vient d'être découverte a Tunis : un vaisseau de guerre arrivé hier de cette ville nous en a apporté la nouvelle. Il s'agissait d'assassiner le Bey et de le remplacer par un Pacha a la nomination de la sublime Porte. Khasera-Hadschi, premier ministre du Bey étoit le chef du complot; il a été étranglé ainsi que 20 Turcs de distinction. — Les conjurés étoient d'intelligence avec le Bey de Constantine, et le Grand Seigneur approuvoit leur entreprise, une partie de la flotte turque chercha à jetter quelques troupes de débarquement sur la plage tunisienne, mais en fut empêchée par l'escadre française, le but principal de la conspiration étoit d'opérér par Tunis une diversion en faveur du Bey de Constantine qui avoit imploré le secours de la Porte et qui, en fait d'intrigue, ne ménage rien pour résister aux Français; le Bey de Tunis est ennemi déclaré d'Achmet, dont il apprécie le caractère; aussi ce dernier qui a dans Tunis même un parti fanatique qu'il stipendie, n'épargne-t-il rien pour perdre un ennemi d'autant plus dangereux pour lui , que ce n'est que par Tunis que le Sultan pourrait envoyer au secours de Constantine.
J'ai recueilli sur les négociations entamées avec Àchmet, et de la bouche même du négociateur quelques détails que je m'empresse de vous transmettre.
Busnak, juif algérien, ei décoré de la légion d'honneur, a long teras habité la France, et son éducation est toute européenne; au mois de Juillet dernier, il fut de Tunis à Constantine , et se trouvoit porteur de lettres du gouverneur français; il fit d'abord mystère de son caractère officiel, et ne s'annonça qu'en sa qualité de fils d'un ancien ami duBey, qui venoit saluer ce dernier; mais le soupçonneux Achmct devina le motif du voyage de Busnak qui ne fut accueilli qu'avec froideur et méfiance; il étoit forcé de coucher sur les dalles des salles d'attente du palais, il n'avoit même pas une lampe pour s'éclairer et on ne lui offroit ni le café ni les pipes qui sont les indices d'une réception hospitalière.
Busnak, à sa seconde entrevue avecAchmet, sentant qu'il étoit inutile, peut être même dangereux de feindre davantage, lui remit ses lettres de créance ; les prétentions du gouverneur étoient: Reconnoissance de la souveraineté de la France; cession du pays entre le Raz-El-Akba et la mer, commerce exclussif avec Bône, au détriment de Tunis; enfin payement de 25 millions de francs pour frais de guerre. Achmet accéda à toutes ces demandes, sauf la dernière, qu'il accepteroit pourtant si le chiffre en étoit réduit. — Busnak apporta la réponse du Bey au camp de Merdjez-El-Ammar , mais il trouva les sentimens du gouverneur bien changés ; on vouloit imposer à Achmet des conditions beaucoup plus dures; un Maure Mustapha - ben - Kherim en fut le porteur, il avoit autrefois été au service du Général d'User.
Busnak fut renvoyé àBonc, sans qu'on daignât seulement le remercier, et maintenant il n'accompagne l'expédition qu'en qualité de simple spectateur. Le Bey rejetta les nouvelles propositions apportées par Khcrim, et ne songea plus qu'à une opiniâtre résistance.
Busnak m'a dit avoir vu à Constantine onze déserteurs français, dont six ont embrassé l'Islamisme. — Àchmet a affranchi pour trois années les Arabes de tout impôt, ce qui a causé une joie générale parmi ses partisans.
Les forces militaires du Bey sont considérables, et il y règne un grand désir d'en venir aux mains. Une partie est campée a Vad -El -Zenati, le reste sous les murs de Constantine.
Son infanterie consiste eu Kabyles et Nègres, sa cavalerie en Arabes de la grande tribu de Sahara. Parmi les chefs réunis autour du Bey, Busnak remarqua le puissant Davudy-ben- Ghana, beau- père d 'Achmet.
I*e négociateur israélite m'a fait une description très intéressante de la personne d'Achmet; ( 9 ) ses formes, dit -il, son très polies, ses manières remplies de noblesse, le caractère de sa figure est très imposant, et sa bravoure personelle des plus brillantes; il porte une barbe rouge d'une longueur étonnante, son oeil est plein de feu, et d'un expression un peu sauvage; son armée et les habitans de Con-
t 9 ) Voir aux pièces à l'appui.
stantine lui sont dévoués jusqu'au fanatisme; mais ce portrait me paroit plus que flatté et Busnak me semble avoir sur Achmet une opinion beaucoup trop favorable.
JLettre VI.
Ilûnfj iô. Septembre.
Le duc de Nemours étoit souffrant tous ces derniers jours d'un rhumatisme à la jambe, qui l'empêcha de monter à cheval. Il part pour le camp aujourd'hui k midi. Le Général Damrémont accompagné de son état major est retourné hier k Medjez - Kl - Ammar. On assure que le mouvement sur Constantine commencera le 29? comme le camp n'en est qu'a quatre journées, on peut être rendu sous ses murs le 3. Octobre.
Dans une de mes lettres précédentes, je vous ai parlé de plusieurs naturalistes qui doivent accompagner l'armée; le général en chef en a formé une commission scientifique, en leur promettant toutes les aides possibles, pour faciliter leurs recherches archéologiques, et il a prié cette commission de lui soumettre le résultat de ses travaux après l'expédition terminée; les membres de cette commission scientifique sont Messieurs Saint- Hippolyte, Charles Labordc, Berrier, Magnet, Bercheron , Adrien Berbrugger, Maurice
Wagner ( ,0 ). Le gouverneur publiera un ordre du jour qui enjoindra de remettre à ces naturalistes tous les objets d'art, ou ayant rapport aux sciences qui seroient trouvés; le tout sera destiné au Muséum d'Alger.
La Commission ne quittera pas l'Etat major Général.
Lettre VII.
Merdjez -El - Ammar , 99. Septembre.
Le départ pour Constantinc est décidément fixé au 1. Octobre; la force de l'armée française, y compris les corps auxiliaires indigènes ne dépasse pas 8000 hommes. Plus de 6000 fiévreux encombrent les hôpitaux; en outre le choléra ayant éclaté dans les rangs du 12 me régiment de ligne, le jour où il sortoit de quarantaine, il lui en faut recommencer une a Bdne, car il ne peut plus pour le moment rejoindre l'armée. Ce régiment et ceux attendus de France formeront plus tard un corps de réserve qui, sous les ordres du Général Bro, ou du Colonel Bernelle rejoindra l'armée sous Constantine.
L'époque avancée de la saison fait sérieusement craindre de ne pouvoir ramener le matériel de siège k Bdne après la reddition de la place; il sera donc
C 10 ) Ce dernier est Fauteur de cette correspoudaocc.
indispensable d' occuper militairement Cens tan Une jusqu'au printems, car sans cela, cette superbe artillerie tomberoit probablement au pouvoir des Arabes.
A la suite du combat du 23. Septembre, le Bey Achmet a dû abandonner son camp de Ouad-el-Zenati où il ne pouvait plus tenir, pour opérer sa retraite sur Constantine. Nous apprenons d'un déserteur qui vient de nous arriver, que dans la journée du 23., la perte de l'ennemi a été très considérable. Les Zouaves (ou infanterie irrégulière d'Achmet) ont eu plus de 120 morts et 250 blessés, les Kabyles ont le plus souffert en voulant s'emparer d'une hauteur qu'ils ont abordée avec intrépidité, "mais dont ils furent repousés à la bayonnette; ce déserteur ajoute que la plus grande partie des Kabyles découragés par cet échec abandonnent le Bey et regagnent leurs montagnes.
Le duc de Nemours est arrivé ici le 26. Septembre; il semble se plaire beaucoup dans sa baraque princière construite de rameaux d'oliviers et de branches de pistachier.
Le camp de Menljez-El- Ammar est très beau, sa position dans une vallée resserrée par des montagnes boisées, et arrosée par le torrent Seybous est pittoresque et sauvage; ces tontes, ces ouvrages de fortification passagère, ces batteries armées, ce mouvement, ce bruit d'un camp contrastent singulièrement avec la paix d'une telle solitude.
Le Prince et le Gouverneur suivis d'un nombreux état major, visitèrent hier Hammam -Mes kutin (bains
maudits), merveille de la nature sans contredit la plus étonnante qui se trouve dans toute l'Algérie.
Au milieu d'un camp, sous la tente, je ne jouis ni du calme ni du tems nécessaire pour vous décrire dignement ce que je viens de voir.
Les sources chaudes sont à 75° de Réaumur; elle» tombent en cascades vaporeuses d'une élévation formée peu à peu du dépôt des substances qu'elles contiennent. Figurez vous si vous le pouvez, ces rochers gigantesques que leur blancheur éblouissante feroient prendre pour des glaciers, et qui dans leurs mille découpures fantastiques offrent au regard des figures bizarres, des temples, des aiguilles pyramidales, des marabouts; de toutes les jointures voyez s'exhaler des nuages de vapeur, ou suinter l'eau bouillante, donnez à ces objets des couleurs, blanc de neige, rougeâtre. gris, selon l'âge de ceé masses qui sont le travail des siècles , puis cà et là , pour cadre du tableau, d'imposantes ruines romaines, et alors vous aurez une faible idée du pittoresque de ce paysage, dont la vue nous rendit immobiles de saisissement. Ce fut en vain que quelques uns de nous essayèrent de prendre un croquis de ce brillant tableau, leurs yeux restoient fixés sur ce rocher enchanté, dont il étoit impossible a leurs crayons de rendre les effets et de saisir les contours.
Nous ne restâmes que quelques heures aux bains maudits; ce lieu parut trop dangereux, quoique tous les alentours en fussent éclairés par des vedettes.
Parmi l'état major, ii ne fut question toute la soirée que du spectacle magique dont nous venions de jouir.
Aujourd'hui le Prince visite Ghelma, il commande décidément l'avant garde; le Colonel Lamoricière lui est adjoint; quant au Colonel Duvivier il fait partie de la 2<ie Brigade.
Lettre VIII.
Constantin^ iS, Octobre.
Constantine a été emportée d'assaut le 13. Octobre à 9 heures du matin. Cette nouvelle vous parviendra avant cette lettre par la voie des journaux de France; je n'ai pu vous l'écrire plus tôt, car les courriers arabes expédiés à Bdne ne pouvoient prendre que les dépêches officielles; il leur étoit expressément défendu de se charger de lettres particulières. Je remets la mienne à un officier de la 1™ brigade qui part demain pour Bône. On a retardé le départ de toute correspondance particulière, sans doute pour empêcher que la joie causée en France par la nouvelle de la victoire ne soit empoisonnée par des détails affreux et par la connoissance de la mort de tant de braves officiers qui, donnant l'exemple a des soldats dignes d'eux, trouvèrent sur la brèche un trépas glorieux, qui fut noblement vengé par la prise de Constantine. — Il me seroit encore impossible de vous
faire le récit de tout ce que j'ai vu. I,a sensation de ce que j'ai souffert, est encore trop vive, ma santé comme celles de tant d'autres est trop altérée, je suis encore trop ému, je ne puis que vous tracer rapidement ce dont je viens d'être témoin; plus tard, à mon retour a Bône, je vous conterai ce brillant fait de guerre, dans toutes ses détails, il mérite l'admiration de l'Europe.
Le 1 er Octobre l'armée française divisée en 4 brigades commença son mouvement de Merdjez - El- Ammar sur Constantine. Los corps d'Arabes auxiliaires sur lesquels comptait le Général Damrémont ont manqué de parole. Quoique la saison fut très favorable on ne faisoit que de petites marches; cette lenteur eût pu devenir fatale, car un seul jour de forte pluie si commune en ce pays , et l'artillerie et les convois restoient embourbés.
Le 6 Octobre on était rendu sous les murs de la place: la veille, à une heure de, Constantine, les premiers coups de feu avoient été échangés avec l'ennemi. La cavalerie arabe attaqua le flanc gauche du convoi, mais elle fut proinptement repoussée.
L'armée française prit position sur le mont Kl- Mansoura qui forme un vaste plateau dominant la ville.
Du bord de l' escarpement formé par des rochers perpendiculaires, on découvre Constantine dans tout son ensemble; sa position sur une roche à pic contournée par les eaux mugissantes d'El-RummeJ, est romantique et sauvage; le rocher d'un gris sombre
est couvert de verdoyons cactus, les alentours tout en accusant l'Afrique rappellent les paysages de la Suisse.
Ia ville présente un labyrinthe de maisons couvertes en tuiles grisâtres comme le granit même, et d'un aspect désagréable, les rues sort étroites, tortueuses et sombres, les minarets des mosquées rompent seuls par leur éclatante couleur, l'ensemble triste de ce tableau.
Le Général Damrémont, le duc de Nemours et leur suite s'arrêtèrent sur le bord escarpé de Kl - Mansoura, afin de reconnoître le terrain. Ce moment fut des plus imposans. Jusqu'alors on croyoit généralement la ville abandonnée, et que la prise en seroit facile, tout cela au grand regret de maint officier avide de gloire et de périls ; mais on fut promptement tiré de cette erreur, et on eût la certitude que la défense seroit vigoureuse.
Deux drapeaux rouges furent arborés et flottèrent sur la porte Bab -El -Djedid, un terrible cri de guerre parti de derrière les murailles, de l'intérieur des bastions s'éleva dans les airs; du haut des minarets, les marabouts encourageoient les défenseurs et adressoient au ciel des prières que couvroient le cri perçant et lamentable que les femmes d'Orient font entendre dans les fêtes et les funérailles. En même tems quatre batteries de la ville, ouvrirent un feu nourri et bien dirigé , les boulets et les balles sifflotent au dessus de l'état major, mais peu de personnes furent blessées, quoique les bombes éclatassent souvent autour de nous.
Le général Damrémont, sa lunette d'approche a la main, tout entier à la reconnoissance de la place, sembloit ignorer le danger qu'il couroit, et donnoit la preuve de ce sang froid vraiment admirable qui quelques jours plus tard lui devoit être si fatal.
Dans la nuit, du 7 au 8, un tems affreux de pluie et d'ouragan est venu assaillir l'armée; il a duré presque sans interruption jusqu'au 10, et a changé les bivouacs en des mares boueuses ( n )î I e9 troupes eurent beaucoup à souffrir, plusieurs officiers et soldats furent pris de la fièvre, et dès la ire nu it, 13 malades expirèrent dans la boue, car il étoit impossible de leur trouver le moindre asyle. Le 8, les Sème et 4 è me brigades s'établirent sur, le Coudiat-Aty, mais on n'y put transporter l'artillerie.
Le 9, on mit à peu près 20 pièces en batterie sur El-Mansoura, et le même jour, elles ouvrirent leurs feux contre la ville. Kn peu d'heures les batteries de la ville furent éteintes et une partie de la Casbah détruite par l'artillerie française; outre les bombes on jetoit dans Constantine des fusées à la Congrève, mais leur feu ne se communiquait nulle part. Enfin le 10 les batteries de brèche furent construites sur la hauteur de Coudiat-Aty; le transport des pièces de 16 et de 24 sur ce terrain fangeux présentoit d'incroyables difficultés, augmentées encore par les
(**) Les chevaux y enfonçoieuf jusqu'au ventre, et lus soldats ne pou voient trouver aucuu repos. (Rapport officiel du Général Vaiée.)
obstacles qu'opposa la rivière débordée an passage du matériel , et par les travaux qu'il fat I oit exécuter.
Cinq batteries de brèche firent un feu continu, pendant toutes les journées du 1 1 et du 12 ; Constantine n'offre dans tout le developement de son enceinte qu'un seul endroit vulnérable, c'est entre les portes Bab - el - Djeddid et Bab -el- Oued; sur tôns les autres points le rocher taillé à pic, forme un mur naturel et formidable que ni les boulets ni la mine ne pourroient entamer.
La perte des Français étoit encore peu considérable a l'époque du 12; toutes les batteries des assiégés ttroient sans interruption, leur feu de mousqueterîe étoit aussi continu, mais les Français défilés par la * hauteur se ressentoient très -peu de cette résistance opiniâtre. — I^es Arabes et les Kabyles te noient la campagne, mais aucune de leurs attaques sur nos derrières ne fut sérieuse ; 4 a 5000 de ces eavaliers barbares occupoient les hauteurs occidentales et tirailloient de loin , quelques fois ils en descendoient en poussant de grands cris de guerre, mais quelques escadrons de chasseurs suffisoient pour les repousser.
Le 12. Octobre au matin, le général Damrémonf fut emporté par un boulet au moment, où s'ex^posant bravement au feu des assiégés, il reconnoissoit l'état de la brèche. Dans ce moment le Duc de Nemours était à sa gauche , un aide de camp a sa droite, le reste de la suite plus éloigné, j'étais assez près de lui lorsqu'il tomba; il resta mort sur le coup.
Dans cette circonstance comme dans toutes les
autres, le jeune prinee fit preuve du plut grand courage, et sa noble contenance ne trahissoit aucune émotion; cependant les balles, la mitraille pleuvoient autour de lui, le corps sanglant du Général en chef étok là sous ses yeux, et il se refusa avec fermeté a quitter la place. Le général Perregaux, chef d'état major de Uamrémont et son ami intime, se jeta avec désespoir sur son corps, et au même instant fut atteint d'une balle au front. La mort du général en chef, dont peu de soldats furent témoins, causa peu de sensation dans l'armée; sa réputation militaire n'étoit pas encore faite; on n'avoit encore pu remarquer que son flègme au milieu des dangers, et son courage vraiment brillant. Mais possédait-il cette décision dans le caractère, ce coup d'oeil d aigk, cette résolution prompte comme la pensée, qui sont le cachet du génie dans les commandons d'armée, et l«nr acquiert toute la confiance du soldat. lient à prendre un parti , le général Damrémont a perdu un teins précieux; souvent, irce sujet, j'entendis, parmi les officiers, chercher a établir des comparaisons entre le général qui vient de périr si glorieusement, et son prédécesseur le Maréchal Clauzel, et (je dois le dire) les sympathies étoient toujours pour ce dernier. — ta lieutenant-général d'artillerie Valée succéda, comme le pkis ancien, dans le commandement en chef. Le 12, le beau tems étoît tout a fait revenu et dans la nuit du 12 au 13, par Je plus beau clair de lune les batteries de brèche ne cessèrent pas un seul instant leur len. La première colonne d'attaque composée
de sapeurs du génie, des Zouaves et des compagnie d'élite du 2« léger s'approcha dans la tranchée jusqu' à
50 pas de la brèche.
I^e 13, à 8 heures du matin, la musique de la légion étrangère donne le signal guerrier de l'assaut,
le brave Colonel Lamoricière h la tête des Zouaves
s'élança le premier en brandissant son sabre; les gène et &ème colonnes d'attaque suivirent le mouvement Les officiers donnoient à leurs soldats un héroïque exemple, partout à leur tête, c'étoit à qui auroit l'honneur d'entrer le premier dans Constantine. Le combat sur la brèche fut court mais terrible; eu peu d'instans plus des 200 cadavres français, turcs, kabyles jonchèrent le sol; une mine élata; alors les barricades qui arrêtoient les pas des assaillans furent lancées dans les airs; l'explosion fut épouvantable, plus de 40 Français en périrent, sans compter le nombre bien plus considérable des blessés par de fortes brûlures: la plupart des officiers Zouaves restèrent sur le terrain, morts ou blessés, parmi ces derniers leur brave chef Lamoricière. Sa chûte causa une confusion momentanée; mais le colonel Combes, à la tête d'une partie du 47«" ne Régiment, accourut ranimer le combat et fut mortellement frappé. — La résistance des habitans continua dans les rues; une heure après, Constantine étoit au pouvoir des Français. — I*e quart environ de la population est restée dans la ville, les autres habitans s'enfuirent au sud, dans la direction de Biskara; beauconp périrent en voulant se précipiter des murs de la Casbah dans Ja campagne, peu
réussirent; on trouva au pied des rochers, des centaines de cadavres horriblement mutilés.
Le cruel et fanatique Ben-Aissa, Kalif du Bey Achmet, avoit dirigé la défense; au moment de Tassant, il se laissa glisser le long d'une corde au bas du rocher-, on dit, qu'il a emporté ou mis à couvert Une partie de ses trésors, mais que le reste en est enterré dans sa maison. Ben-Aissa est regardé comme l'homme le plus riche de Constantine, et étoit la frayeur de* habitans. Achmet Bey est absent depuis un mois, le duc de Nemours occupe sa résidence, elle est digne d'un sultan; ce palais est d'une beauté et d'une élégance orientale, qui tiennent du prodige. On trouva dans le hareni du Bey 80 femmes et autant d'esclaves négresses. Les femmes d' Achmet sont revêtues des costumes les plus riches, et leurs appartenons éblouissent par leur magnificence. Le duc de Nemours s'avança vers ces dames avec une politesse et une galanterie toute française. Les ordres les plus sévères enjoignent les plus grands égards envers les femmes.
Nous nous, reposons enfin dans Constantine des fatigues du bivouac; on ne manque de rien, les provisions trouvées dans la ville fournissant à tous les besoins. Je suis installé en la compagnie de quelques officiers étrangers, dans un bel édifice mauresque, nous foulons de riches tapis d'Orient; de larges ottomanes remplacent nos lits d'Europe, et je me trouverois très confortablement établi , n'étoit le voisinage du grand hôpital; dans le silence de la
nnit notre sommeil est péniblement troublé par les tristes gémissemens des blessés. Le brave colonel Combes dont la mort fut héroïque, a été enterré hier. L'état du général Perregaux est alarmant.
Lettre IX.
Coustantine, iS. Octobre.
Le départ de la 1'* Colonne -pour Bone a été retardé par l'arrivée du prince de Joinville sous l'escorte de deux régimensv l'entrevue des dettx frèrea a été touchante et cordiale.
Les derniers honneurs ont été rendus Ce matin au général comte de Damrémont. Les régimens ont défilé devant son cercueil au son d'une musique lugubre , chaque soldat déchargeant son fusil en signe d'adieu, sur le corps de son général; tous les jours, il meurt des officiers blessés ; l'armée française comptoit le 13. Octobre 142 morts et 827 blessés; les deux tiers de ces derniers ont déjà succombés; en outre les fièvres font de grands ravages; la prise de Cons tan tin e coûtera plus de 500 hommes , sur lesquels aux moins 80 officiers.
Le capitaine de Richepanse, accouru pour venger la mort de son frère> tombé glorieusement lors de la V e expédition , a été grièvement blessé par l'explosion de La mine; il risque d'en perdre là :vue.
Le général Rulhières , le prince de la Mostowa, et une quantité d'autres officiers ont reçu des blessures légères et leurs habits furent criblés de balles.
Les soldats de la première colonne d'attaque, qui ont échappé heureusement à tant de dangers sont les plus contons, car ils ont fait un butin considérable, la ville ayant été livrée une demie journée à toutes les conséquences d'une prise d'assaut
On ne connoit pas jusqu'à présent les intentions du gouvernement français; le vieux Hadji Soliman, rêve la toute-puissance ; il se flatte d'être investi du Beylik, aussi porte- 1- il, ainsi que Ben-Zewi et les autres fugitifs, la tête extrêmement haute, les Maures le félicitent à l'avance ; toujours est-il certain que la ville conservera au moins plusieurs mois une garnison française.
Lettre X.
Merdje* -el-Ammar, 99. Octobre.
La S* colonne de l'armée, escortant un train considérable, est arrivée ici ; nous avons eu pour notre route, un très - mauvais teins, les deux derniers jours une pluie fine et froide nous transperçoit; ce ne fut qu'avec les plus grandes peines que nous parvînmes - à tirer les chariots du convoi de ce terrain défoncé par des averses continues; il a fallu laisser beaucoup de voitures en arrière, et les briser.
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Les Arabes n'ont pas plus inquiété noire marche, qu'ils ne l'avoient fait lors du passage de la l re colonne; une seule fois, quelques groupes de Kabyles apparurent sur les hauteurs avoisinant la route, mais nos éclaireurs, principalement les Spahis les éloignoient par quelques coups de fusil, en leur prodiguant des injures; quant aux soldats français, ils passoient dédaignant même de s'appercevoir de la présence d'un aussi foible ennemi, qui disparut bientôt à nos yeux. Ce furent peut-être les mêmes Arabes, qui, le soir de ce jour, nous amenèrent au camp un troupeau de brebis que nous leur achetâmes.
Au moment de mon départ, aucune nouvelle importante ne couroit dans Constantine. Plusieurs Cheicks arabes étoient entrés en relation avec les Français, par l'entremise de Hadji - Soliman et Ben-Zewi ; on n'entend rien du Bey Achmet et de son armée; les fièvres régnent toujours et enlèvent journellement de 10 à 12 soldats . • on parle même de quelques symptômes de choléra; le marquis de Caraman, général d'artillerie, a succombé; son corps sera, dit- on, transporté en France. — Parmi les victimes de l'explosion de la mine, on compte déjà plus de 300 morts ; enfin on végète tristement, attendant avec impatience des ordres de Paris. — La discipline de l'armée se trouve momentanément relâchée; le général Valée ayant toujours commandé l'artillerie, n'est considéré, (à tort ou à raison,) que comme un militaire d'une capacité spéciale, et les autres généraux lui obéissent avec répugnance, affectant de s'adresser de préférence au
duc de Nemours qui lui montre de la déférence comme au général en chef, et ne voudroit d ailleurs pas prendre la responsabilité d'aucune mesure importante.
Le général Perregaux souffre toujours beaucoup de sa blessure, on s'apperçoit bien dans l'armée de l'absence forcée de cet officier distingué et actif, qui, en sa qualité de chef d'état major général, donnoit à tout une excellente impulsion.
Le Prince devoit quitter Constantine avec la 3 èma colonne qui vraisemblablement sera rendue ici aprës demain; ce camp est aussi en proie aux fièvres et au choléra, on assure que ce dernier fléau a complètement disparu à Bdne.
Lettre XI.
llônc , 3. Novembre.
Des lettres de Constantine que nous recevons à l'instant et qui vont jusqu'au 30. Octobre contiennent une nouvelle de la plus haute importance. — Farhat- Ben-Seid , ce fameux chef du désert de Sahara, que les Arabes appellent le serpent du désert, est arrivé inopinément à Constantine a la tête de 800 cavaliers; il a voulu conclure lui-même en personne son alliance avec les Français, alliance a laquelle il attache un grand prix et que, depuis cinq années, il cherche à conquérir tant par ses députés que par ses lettres.
Farhat a été reçu per le duc de Nemours et le général Valée, dp la manière la plus distinguée, on le traite très honorablement; sur le champ il a été nommé Aga du pays; il a promis aux Français de leur apporter en peu de semaines la tête du malheureux Achniet, son implacable ennemi. Depuis six ans, cet énergique chef du désert est en guerre avec le Bey de Constantin?, et quoique souvent vaincu, il a toujours sçu se maintenir dans le Sahara, et conserver son armée.
Le vieux Hadji Soliman que le général Damrémont vouloit faire nommer Bey de Constatai ne, vient d'être inopinément renvoyé à Bdnc; on ne counoit pas encore le motif de cette mesure.
Le duc de Nemours et le prince de Joinville arrivent à l'instant, ils sont descendus chez le général Trézel, et ils feront voile après -demain pour la France; toutes les troupes ont quitté Constantine; il n'y reste que trois mille hommes, qui en formeront la garnison, sous les ordres du colonel Bernelle.