APPUI
Pièces à l'appui.
Beylik de Constantine.
Des trois beyliks de la régence d'Aller, le plus étendu , le plus riche et le plus important, était celui de Constantine, ou de Test. Borné au nord par la mer, ses autres limites étaient: à l'ouest, les monts Jnrjura et les versans du Schot; au midi et au-delà des pays occupés par les Beni Mezab, s'étend le désert, où les beys exerçaient peu leur puissance; enfin à Test, la province de Constantine est limitrophe de la régence de Tunis. Le voisinage de cette rivale d'Alger a surtout donné de l'importance au beylik de Test. Il fut le prétexte ou le théâtre des guerres que se faisaient ces deux états, gouvernés par des chefs de races différentes. Aujourd'hui encore notre expédition, d'ailleurs si nécessaire depuis que le beylik de Constantine n'a pu être donné provisoirement à la maison de Tunis, ne serait pas entreprise si l'empereur Mahmoud, d'intelligence avec Achmet bey, n'eut pas fait des démonstrations hostiles contre le bey Mustapha. Dans la province de Constantine, les chaines de montagnes sont plus distinctes que dans les autres beyliks* Depuis le Jurjura, dont les appendices descendent sur Delys, jusqu'à Bône, des monts élevés de 1000 à 1500 mètres, abrupts, inaccessibles et couverts en grande partie de bois, bordent îe littoral. A l'est de
Bune, le rivage de la mer n'est plus occupé que par des collines, hautes de 200 mètres; mais en arrière, à 7 ou 8 lieues, après des plaines immenses, on retrouve la continuation des montagnes du littoral qui forment le long de la Méditerranée la chaîne du petit Atlas. On a remarqué que les montagnes étaient presque partout couvertes de bois ou de broussailles, tandis que les plaines sont dépouillées de haute végétation. Dans les montagnes de l'ouest, vers Mejana, sont des mines d'argent, de plomb et de souffre. I*es cours d'eau qui sillonnent la province de Constantine sont nombreux; la majeure partie se déverse dans la Méditerranée ; les autres se perdent dans les terres. Non seulement la province de Constantine est la plus grande, mais relativement ce doit être la plus peuplée de celles de la régence; on y compte plusieurs villes, centres de population et de relations commerciales.
Sur le littoral on trouve Bougie, Gigely, Collo, Stora et Bône, sans mentionner les petites bourgades telles que Skiqueda et la Cal le, autrefois le centre de nos possessions d'Afrique. A l'intérieur et au-delà du petit Atlas, on voit Constantine, capitale de la province, Milah, Setif, Mejana, Callah, Zamorah, Msila, Biscara, Tipsa, Çalet-Senan et, dans le désert, Tuggurt et Ouergala.
La province de Constantine , plus étendue et plus peuplée que les autres, est divisée en grandes tribus ou circonscriptions administratives. Dans le.beylik de Test ces grandes tribus sont si puissantes, qu'elles n'ont pas conservé la simple dénomination de arck (tribu), on les nomme enjouhe (grande tribu). Des Arabes habitent généralement les plaines et les montagnes de l'intérieur. Les Kabaïles sont dans les montagnes du littoral.
(Extrait des mémoires du Maréchal CUmsei.y
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Constantine.
On parle beaucoup de Constantine, mais beaucoup plus de l'extérieur que de l'intérieur. Nous devons , a un déserteur des chasseurs d'Afrique, qu'un moment de colère avait fait passer dans la ville ennemie, et que le repentir a ramené sous ses drapeaux, des renseignemens sur l'administration et la force militaire de Constantine. C'est un devoir de les publier.
Au midi se déroule le désert par delà les collines ; au levant, un cordon de roches , mais au nord c'est le paysage le plus varié, le plus riche, et nous pouvons ajouter le plus fertile. Vers le sud-ouest il y a des décombres marquées du sceau romain. C'est par ce seul point que la ville est abordable. De tous les autres côtés, Constantine est perchée sur la crête d'un précipice de 200 toises. Au fond de ce précipice écume, bondit le Sufegmar, toujours gros deau pluviales aux équinoxes. Il sort de cet amoncèlement de roches qui borne l'horizon a l'est, et son premier début est une fort belle cascade bleue, écumeuse, mugissante, sur laquelle surplombe le point le plus culminant de la ville, c'est Jk que le bey fait jeter les criminels quand il sèvre ses chiaoux du plaisir de faire voler une tête d'un coup d'yatagan, car il n'y a pas de plus grande jouissance pour tout Maure que de répandre le sang. On y a toujours mille bourreaux de bonne volonté pour un condamné. Cependant, comme il faut varier les plaisirs , on y entremêle quelquefois les décollations, genre de supplice auquel toute la multitude prend sa part de jubilation.
Cette multitude est encore plus barbare que toutes les autres de la Barbarie. Son isolement dans les terres ne lui â rien laissé perdre de son affreuse nationalité. Avant les hostilités, tout Européen n'entrait
dans la ville qu'au milieu des vociférations, des crachats, des injures, des coups de pierres. On sait qu'indépendamment de quelques déserteurs français, des renégats italiens, des repris de justice sont allés offrir leurs services au Bey, mais ils n'ont pu arriver à son palais sans passer par cette initiation. Instruit a tems, Achmet, envoyait ses chiaoux pour protéger leur entrée. Vaine précaution! Malgré les coups de bâton distribués avec la plus magnifique prodigalité sur les dos et les têtes de cette canaille , elle n'en persévérait pas moins dans son genre de réception.
Quant à la caserne de cette garnison, mi -partie turque, mi-partie maure, entremêlée de quelques Européens, c'est un restant du grand édifice de jadis. On a badigeonné a la chaux, a replâtré au mortier lé mieux possible ces frises corinthiennes, ces volutes d'acanthes, ces fûts, ces chapiteaux dont le maçon bédouin ne soupçonnait ni le génie ni le grandiose.
Comme dans toutes les milices turques, la plupart de ces chiaoux ont femmes, enfans et maisons en ville. Avant la guerre, leur service se bornait a monter à cheval dans la saison pour aller lever le tribut dans les fiefs du beylik. La on bâtonnait les contribuables jusqu'à remplissage du budget. C'était un moyen de perception également applicable aux tribus conquises et aux douaires héréditaires d'Achmet. Cependant on doit avouer que les propres états de celui-ci doivent jouir d'une certaine sécurité bien rare dans ce pays, tant les troupeaux sont nombreux et propres, les campagnes soignées.
Le despote de ces lieux fume son narguilé dans une maison spacieuse mais de peu d'apparence, qu'il appelle son palais , et située dans la rue Assoued-Aly, rue non moins étroite que les autres de Constantine, et a laquelle toutes les maisons tournent le dosj, car le musulman égoïste et jaloux s'enferme chez lui comme dans une forteresse qu'il rend le plus possible inac- :
cessible aux regards, a la curiosité et par conséquent à la séduction. Point de fenêtres extérieures, tout au plus quelques trous grillés. Mais au milieu une cour sur laquelles ouvrent toutes les chambres, lesquelles n'ont point de portes, mais un rideau.
Achmet n'est guère logé plus somptueusement, et encore son faste est-il non compris de nous. Sur ces murs blanchis, ce sont des fusils incrustés de nacre et d'or, des pistolets, des cartouchières enrichies, des housses , des selles avec arabesques et clous d'or. Si l'on joint à cela des coussins de soie et. une ottomane qui accompagne le pourtour du salon, on aura une idée de l'ameublement. Mais ses deux autres somptuosités sont le harem et les écuries.
On lui suppose une soixantaine d'odalisques ou négresses ou très blanches, car les femmes barbaresques de l'aristocratie ne le cèdent pas en blancheur à nos Européennes, blancheur encore relevée par des sourcils très fournis qu'elles teignent eu noir. If y a encore dans ce harem de ces jeunes esclaves que nous nommons icoglans, et que les Turcs appellent fils de ïâme; ils sont vêtus magnifiquement et remplissent les fonctions de pages. Les écuries sont remplies de ces beaux chevaux barbes en réputation justement méritée en Europe.
Constantine est naturellement fortifiée par sa position, excepté du coté du sud-ouest, comme nous l'avons dit II y a là une porte romaine à colonnes d'une pierre très lisse, que l'on prendrait pour du porphyre. Elle donne sur un pont de sept ou huit arcades décorées avec toute l'élégance des beaux jours de l'architecture antique, entre autres reliefs, on y remarque une nymphe montée sur deux éléphans, un pied sur chacun, qui jette sur la ville un regard moqueur; énigme historique dont la solution est perdue.
Il ne faut pas oublier un bel arc -de -triomphe dans le goût de celui d'Orange; les cintres en sont
quadrillés de rosaces du goût le plus pur, très bien conservées, a l'abri qu'elles sont de la pluie. Les colonnes et les bas-reliefs sont méconnaissables, Les Arabes l'appellent Cassir-goulath, c'est-a-dire la porte du géant.
La milice du Bey ne dépasse pas six milles hommes; on peut y joindre environ deux mille Maures ou Juifs, garde urbaine enrôlée par la force du bâton, et quelques Européens. Issah, la forte tête de la diplomatie de Constantine, a intrigué a Constantinople, il compte sur un renfort dont il élève le chiffre à uue exagération fantastique.
Nous ne comptons pas dans la garnison de Constantine une nuée d'Arabes du désert de Sahara, mais que le Bey se gardera bien d'rdmettie dans la ville. Pillards, hôtes incommodes et remuans, ils ont mission de harceler l'armée française au dehors, moyennant une piastre par tête ennemie.
Point d'ordre dans leurs attaques; ils arrivent impétueusement, déchargent leur canardière en aveugles, tête baissée. Si l'ennemi cède, ils jettent un croc retenu par une corde à la selle, sur un cadavre, et [ entraînent au loin pour le déshabiller et lui trancher la tête.
Ce qu'ils redoutent beaucoup, c'est l'artillerie française et surtout les obus, qu'ils ne comprennent pas bien* On en a vu de tout-à-fait démoralisés du teins des combats d'Abd-el-Kader, ce qui faisait que le saiut marabout leur disait avec une extase prophétique: „Les infidèles ont pour eux l'artillerie, j'ai pour moi le soleil africain."
Moeurs et coutumes de ConstanUne.
Les femmes de Constantine portent de longues robes à manches larges, et jettent quelquefois par dessus un manteau bleu azuré qu'elles attachent sur les épaules avec une boucle d'argent. Elles portent aussi des bagues d'argent aux oreilles, aux doigts et même aux cuisses et aux chevilles des pieds. Elles se couvrent la figure d'un masque percé de deux trous pour les yeux. Quand elles rencontrent un étranger, elles ont soin de s'enveloper de leur manteau. Lorsque les Arabes se mettent en voyage, ce qui leur arrive fort souvent, ils placent leurs femmes dans des corbeilles d'osier, qu'ils suspendent à la selle d'un chameau.
Les jeunes filles se fardent ordinairement le visage, les mains et les doigts, avec des couleurs qu'elles préparent elles même?. Mais les femmes n'observent point généralement cette coutume. Il est vrai cependant qu'elles font une préparation de fiente de pigeon et de safran, avec laquelle elles se dessinent un petit cercle sur les joues ou un triangle entre les paupières, ou bien encore une feuille d'olivier sur le genou. Il y en a même qui se peignent les paupières soit en jaune, soit en bleu. Les poètes arabes attachent beaucoup de prix a toutes ces minuties et les célèbrent pompeusement dans leurs vers passionnés.
Lorsque les Arabes vont se rendre visite d'un douar â l'autre, si ce sont des individus d'un rang égal, ils se baisent sur la bouche ou sur le front; mais si c'est un cheick ou un marabout qui vient les voir, ils se prosternent devant lui. Après les premiers complimens d'usage, ils se demandent des nouvelles de leurs femmes, de leurs enfans, de leurs vaches et de leurs poules, sans oublier non plus leurs chiens et leurs
chats, car ils font le plus grand cas de ces animaux. Les ehiens leur sont précieux parcequ'ils les avertissent, par leurs aboiemens, de rapproche des lions, que Ton redoute avec raison dans cette partie de l'Afrique, et ils sont attachés aux chats parcequ'ils font la guerre, non seulement aux rats et aux souris, mais aussi aux serpens, qui pénètrent audacieusement dans leurs tentes.
Les habitans des campagnes se livrent exclusivement aux travaux de L'agriculture. Ils vivent pêlemêle avec leurs bestiaux; toute leur batterie de cuisine est composé de deux ou trois pots de terre dans lesquels ils font cuire leurs aliments, qui consistent ordinairement en du riz et des gâteaux de maïs. Ils n'ont point d'autre boisson que du lait et une espèce de bière. Il ne se lavent jamais que la main droite lorsqu'ils veulent manger. Enfin ils .ne se servent ni de fourchettes ni de gobelets, ni de serviettes, et s'étendent à terre sur une natte faite de feuilles de palmiers.
Chaque famille, dans ses émigrations, emporte avec elle une meule, afin de moudre et de réduire en farine le blé nécessaire à sa subsistance. Cette meule est formée de deux pierres posées l'une sur l'autre, et qu'on fait tourner au moyen de morceaux de bois placés sur leur diamètre, a peu près comme les rayons d'une roue. Le meilleur régal qu'on puisse offrir à un Arabe des plaines, est un plat d'huile et de vinaigre avec du pain chaud, qu'il trempe dans cette sauce.
Notice sur Achmel Bey.
Adji-Achmct, Bey de la province de Constantine, est un courouly de cette ville; il a une cinquantaine
d'années. Sa taille est moyenne et sa complexiôn forte. C'est un homme de sens et de résolution.
La capitale de la province étant éloignée du littoral, et le chemin de la ville d'Alger, où résidait le mattre absolu de la régence, se trouvant long, difficile et coupé par des accidens de terrain formidables, Achmet a jugé qu'il devait baser sa puissance sur les bonnes dispositions des chefs de ses tribus arabes. Il a espéré braver ainsi les efforts de ses ennemis et les caprices du pacha d'Alger. Achmet a épousé quatre femmes, qui sont filles et soeurs des Cheiks les plus puissans. L'une est de la tribu de Gerfa sur le chemin de Bônc; deux appartiennent aux peuplades du sud; une d'elles est fille de Ben Gana; la quatrième, descendant d'un pacha d'Alger, est alliée aux grands personnages de la ville de Constantine.
La prise d'Alger et la chute de Hussein, dey, ont permis à Achmet de suivre ses projets de réforme. Quoique fils de Turc, il préfère avoir des soldats arabes à son service, et il a saisi avec habileté une occasion propice, mais difficile, pour se débarrasser des Turcs que le dey d'Alger lui avait imposés, et de ceux qui s'étaient réfugiés auprès de lui lors de la prise d'Alger.
Un courouly comme Achmet était parvenu à se rendre favorables plusieurs tribus, et a gagner les Turcs de la garnison de Constantine, qui allèrent le joindre dans son camp. Le bey marcha contre eux et parvint, par ses promesses et ses libéralités, à faire rentrer dans le devoir les Turcs rébelles. Dès lors son adversaire ne put lui résister; il le fit périr et rentra à Constantine, où, par des exécutions fréquentes, il punit la perfidie des Turcs, et s'affranchit d'une milice infidèle. Il ne lui en reste plus qu'une centaine incapables d'un bon service.
Il y a dix ans que le bey Achmet remplace Ibra-
him, qui ne payait pas des impôts assez considérables au pacha d'Alger.
Les forces permanentes du bey consistent en 2,000 zouaves à pied et en 12 à 1,500 Arabes à cheval, qui reçoivent une solde journalière. lis ont quelques pièces de montagne, et campent sous les murs de Constantine. Cette armée de 3 à 4,000 hommes peut être grossie par les tribus arabes, et s'élever a plusieurs milliers de combattans. Des Cheiks puissans, ordinairement insoumis, font la guerre au Bey, mais par haine contre les infidèles, ils pourraient se" réunir à lui.
(Explications du Maréchal CUtttsel.)
Notice sur Ben-Aissa Kalif <f Achmet.
La renommée de ce lieutenant (kalifah) d' Achmet (Bey de Constantine) égale peut-être celle de son maître , et, bien qu'il ait été l'exécuteur impitoyable de ses ordres sanguinaires, son nom, entouré du prestige du fanatisme, est généralement respecté lorsque celui d'Achmet est un objet d'horreur.
Ben-Aïssa exerce un immense ascendant sur les tribus: son influence s'appuie sur une grande fortune et sur une réputation méritée d'activité, de courage et de talents militaires. Confident des projets d'Achmet, il était chargé de l'exécution de ses ordres secrets et du commandement de ses troupes.
Ce fut à Ben-Aïssa qu'Achmet remit, eh 1832, le soin de soumettre Bône, dont les habitants repoussaient l'autorité du Bey de Constantine et sollicitaient la protection de la France. Parvenu à s'y introduire après plusieurs attaques infructueuses, il l'abandonna précipitamment à la .vue du drapeau tricolore arboré
sur les remparts de la Casbah, par vingt-six Français sous les ordres des capitaines d'Armandy et Youssouf. Nous avons parlé de ce coup de main extraordinaire, l'un des plus hardis dont les fastes de la guerre fassent mention.
Ben-AYssa, en quittant Bdnc, y laissa de tristes souvenirs de sa présence; toute la population, sans distinction d'âge et de sexe, reçut ordre de quitter la ville dans vingt-quatre heures et de le suivre a Constantine; tout ce qui essaya de se soustraire a cet ordre cruel fut massacré sans pitié, et, après cette terrible exécution, Bdne fut livrée au pillage et enfin incendiée. Lorsque, quelques jours après, les troupes françaises, arrivées récemment, descendirent de la Casbah pour occuper cette malheureuse ville, elles, furent frappées du spectacle de la plus affreuse dévastation ; il fallut se frayer un passage par la sape à travers des édifices consumés, et dont les débris recouvraient des cadavres sanglans ou mutilés; on en trouvait jusque dans les puits, qu'il fallut désinfecter.
A l'époque où le duc de Rovigô ouvrit des négociations avec le Bey de Constantine, Ben-Aïssa, quoiqu'il fût le séide d'Achmet, prêta très facilement l'oreille a la proposition que le gouvernement lui fit faire de se charger de la perception de l'impôt dans le beylik.
Ben-Aïssa, secondé par les rigueurs d'une température extraordinaire, qui fut son premier et son plus puissant auxiliaire, a eu l'honneur de défendre Constantine contre un maréchal de France, dépourvu, a la vérité, des ressources matérielles et numériques nécessaires pour l'exécution de cette conquête; moins heureux dans notre récente attaque, s'il a succombé devant la supériorité de notre valeur et de notre science militaire, il faut en convenir, sa chute du moins n'a pas été sans gloire.
A. DAUMONT. (Afrique française.)
Me.
Organisation de f armée expéditionnaire.
Le lieutenant-général comte de Damrétnont, gouverneur-général, commandant eu chef.
Le maréchal de camp Perregaux, chef d'état major général.
Etat major de ï artillerie. — Le lieutenant-général Comte Valée, commandant en chef l'artillerie.
Le maréchal de camp de Caraman, commandant en second.
Le colonel de Tournemine, chef d'état major.
Le chef d'escadron Gellibcrt, directeur du parc.
Etat major du génie, — Le lieutenant-géuéral baron Rohaut de Fleury, commandant en chef le génie.
Le maréchal de camp Lamy, commandant en second.
Le lieutenant-colonel Guillemin, chef d'état major.
Le chef de bataillon Villeneuve, directeur du parc.
Administration. — M. Darnaud, faisant fonctions d'intendant en chef.
M. Guy on, chirurgien principal.
Troupes. — Première brigade. — I* duc de Nemours, maréchal de camp.
Lieutenant-colonel Lanioricièrc. — Zouaves, 1 bataillon; 2 e léger, 1 bataillon.
Colonel Corbin. — 17 e léger, deux bataillons ; deux escadrons de spahis réguliers.
Colonel Laneau. — 3 e régiment de chasseurs, six escadrons; deux obusiers de montagne; deux pièces de campagne.
Deuxième brigade. — Le maréchal de camp Trézel.
Colonel Duvivier. — Spahis irréguliers; détachement du bataillon turc.
Commandant Paté. — Compagnie franche; tirailleurs d'Afrique.
Colonel Bernelle. — 11« de ligne; 23« de ligne; deux obusiers de montagne; deux pièces de campagne.
Troisième brigade. — Le maréchal de camp Rtilhières.
3 e bataillon léger d'Afrique (l bataillon); 2 e de ligne (2 bataillons); légion étrangère (l bataillon); deux escadrons de spahis réguliers; deux escadrons du 1er de chasseurs; quatre obusiers de montagne.
Quatrième brigade. — Le maréchal de camp Bro, en son absence le colonel Combe, du 47 e de ligne; 26« de ligne (2 bataillons); 47 e de ligne (2 bataillons), deux obusiers de montagne, deux pièces de campagne.
Artillerie. — Une batterie de campagne, une batterie de montagne. Quatre batteries de siège, dont une de 24, une de 16, une de mortiers.
Génie. — 10 compagnies de génie et un parc, 5 compagnies du train des équipages.
Sur les fouilles exécutées à Sdadem.
Au camp de Merdjez-El-Hammar, le 10 Septembre 1&37.
M. le gouverneur-général fait explorer les nombreuses ruines qui se trouvent autour des points occupés par notre armée. Il est déjà facile de reconnaître que la contrée où nous sommes, avait pour les Romains une haute importance qu'attestent, soit les ruines de villes, postes militaires et vigies, soit les restes de temples et de grandes maisons de plaisance.
Sur la rive droite de la Sey bouse, au confluent de rOued-Chirf avec cette rivière, se trouve un mamelon auquel les Arabes donnent le nom de Sdadem. De ce point on aperçoit le rocher d'Announa, à deux, lieues de distance, et la vue s'étend dans les vallées
de la Seybouse et de rOued-Chirf, ainsi que sur les deux plateaux de M e r d j ez-El-Hammar. Une grande quantité de pierres taillées répandues à la surface du sol indiquaient qu'une vaste construction romaine avait autrefois existé sur ce point
M. le gouverneur-général a ordonné que cet emplacement fut fouillé. Les travaux des fouilles ont jusqu'à présent produit des résultats satisfaisans, et il y a lieu d'espérer que dans quelques jours on pourra découvrir quelques indices de l'époque de la construction de ce monument.
On a aujourd'hui retrouvé à peu près complètement le tracé de cet édifice, qui devait avoir environ cent ' mètres de longueur sur soixante de largeur. -Tout prouve que ce bâtiment était une simple maison de plaisance; mais aux dimensions des pierres • employées au travail des corniches et pilastres, on reconnaît tout le luxe mis par le propriétaire dans la construction de cet édifice, et tant de grandeur dans une maison particulière donne a penser' qu'elle était le centre de l'occupation romaine dans cette province.
I* porte d'entrée est sur la façade sud de l'édifice. L'atrium, de trois mètres de largeur, a été décoré de colonnes de marbre, comme l'indiquent les tronçons qu'on a retrouvés. De chaque côté de l'atrium sont placés divers petits appartements de forme carrée.
En sortant de l'atrium, on entre dans le tablinum, d'environ 16 mètres de longueur sur 10 de largeur. Après avoir traversé le tablinum, on se trouve au milieu d'une grande cour à peu près carrée, entourée d'un portique donnant entrée dans différentes pièces qui, suivant l'usage des Romains, ont dû être les s%lles a manger, de visite, de bains, de bibliothèque, #*c. En un point de ce portique, qu'il y a lieu de croire avoir été la salle de bains, on a retrouvé environ 2 mètres carrés de mosaïque composée
de parallélépipède** de briques, sans aucun mélange de marbre, pierre ni verre colorié. Cette mosaïque est assez grossièrement travaillée.
On a retrouvé dans les fouilles des meules de moulin a bras en grès, venant du désert, des débris de vases ou poteries, tels qu'amphores, diota, lampes, assiettes des restes de fioles et de glaces on verres, quelques anneaux en cuivre, des épingles a cheveux en pierre. .M. le gouverneur- général a ordonné que ceux d'entre ces objets qui le mériteraient, fussent conservés pour être déposés au musée d'Alger. Jusqu'à présent on n'a encore trouvé qu'une douzaine de médailles, dont qnelques unes du Haut -Empire et d'autres de Constantin le-Grand.
On a tout à espérer que la prolongation des fouilles amènera quelque découverte plus intéressante; car n'ayant plus actuellement de doutes sur l'ancienne destination de cet édifice, on devra nécessairement retrouver sous le seuil de la porte et l'inscription dédicatoire et les monnaies enterrées lors de la pose de la première pierre. De même, des fouilles faites dans l'intérieur du tablinum pourront amener quelques découvertes, puisque cette pièce était destinée aux archives du propriétaire.
Tous les murs de cet édifice sont construits par chaînes en pierres de tailles posées debout et telles qu'on les retirait de la carrière, et reliées entre elles par une bonne maçonnerie de moellons et mortier de chaux et sable. L'édifice entier était recouvert en tuiles; les carrelages étaient, les uns en briques rectangulaires, les autres en briques triangulaires équilatéraies.
L'édifice a dû* être détruit par le feu, c'est du moins ce qu'indiquent les amas de cendres et de pierres calcinées qu'on rencontre de un mètre à deux mètres de profondeur au dessous du sol, et au milieu desquels on retrouve une multitude de clous de dif-
fêrentes formes, provenant sans doute des différentes charpentes de l'édifice.
Un résultat aussi complet que le sera celui de ces premiers travaux promet une ample collection de renseigneinens intéressans que fournira la suite de l'expédition; et il y aura de la reconnaissance pour te gouverneur-général, que le soin des affaires n'aura pas empêché de donner une partie de son attention aux intérêts de la science.
Copie de la traduction d'une lettre du Bey Achmet aux tribus des environs de Stora pour les engager à prendre part à la guerre sainte.
Les Français occupent Bône depuis cinq années, où nous les avons tolérés. Ils avaient nommé un Bey, l'infidèle Youssouf, qui se disait musulman; tout le temps qu'il a commandé aux environs de cette ville, il n'a commis que des horreurs. Il s'est baigné dans le sang de nos frères, il a coupé leuis tètes il les a dépouillés de tout ce qu'ils avaient pour enrichir les Français sans doute, puisqu'ils toléraient ses actes sanguinaires. Cet ennemi de Dieu est venu Tan dernier à Stah-El-Mansoura, pour ruiner, pour saccager notre belle ville, je l'ai forcé à se retirer, comme vous le savez.
Ces jours derniers les Français voulaient faire la paix avec nous , je la désirais autant qu'eux pour le bien du pays, pour le bien de tous, mais les conditions qu'ils voulaient nous imposer étaient trop dures, trop affligeantes pour de vrais croyans pour pouvoir être acceptées, comme vous le verrez vous-mêmes ; ils demandent à établir une garnison de 3 à 4,000 hom-
mes a la Casbah, a construire ira fort à Stah-El-Mansoura, un à Coudiat-Aty, la redevance annuelle que je payais au pacha d'Alger, bien entendu le paiement des sept années aussi depuis qu'ils occupent Alger, enfin la remise de cinq cents jeunes filles à leur choix. Mes enfans, si vous consentez a ces conditions, qui me font frémir et me révoltent, dites-le-moi: Alors je monterai à cheval avec mon fils et ma fille, un devant et un derrière, et je m'enterrerai dans le désert, où j'irai après avoir déposé mes enfans. Si, au contraire, vous êtes de bons musulmans, qui ne voulez pas livrer vos enfans aux infidèles, venez tous vers moi, défendons notre pays, la loi du prophète, ou mourons tous ensemble.
Sur les maladies qui ont réduit X armée de moitié avant son entrée en campagne.
Ghelma, 19 Septembre.
Les fièvres ont écrasé nos troupes du camp de Ghelma; il y a 500 malades entassés dans, de mauvaises baraques, 300 convalescens et 200 militaires totalement guéris qui soignent leurs camerades et font le service de la place. Voilà la situation de la garnison de Ghelma. Vous vous rendrez compte facilement d'un nombre de malades aussi prodigieux, quand vous saurez que le bataillon de tirailleurs, qui constitue la principale force de cette garnison, n'a pas cessé d'y séjourner, qu'il a exécuté une grande partie des travaux qui existent, qu'il a passé un hiver sans abri, exposé à des privations de toute espèce, alors surtout que la Seybouse le privait de convoi pendant des mois entiers, qu'il était réduit à une ration de
16 décagrammes de riz, et 4jue les soldats peur se substanter s'estimaient fort heureux quand poar un franc il leur était possible de se procurer des galettes bédouines du poids de 13 à 14 onces.
Aussi, aujourd'hui que toutes les troupes se concentrent à Merdjez-El-Aramar, le bataillon de tirailleurs, qui vient de recevoir Tordre de s'y rendre, ne peut il mettre que 300 hommes sous les armes sur 800 qui composent son effectif.
L'armée est presque entièrement réunie a Merdjez-Ël-Ammar. Le gouverneur y est établi depuis le 9 août, et certes il aurait eu tout le temps de préparer les moyens de réussite, si de France on lui eut envoyé les renforts nécessaires. Toute l'artillerie que l'on avait rassemblée à Bône, est passée ici se rendant au quartier-général, point de départ de l'expédition. On attend le prince et les troupes annoncées pour se mettre en campagne.
Les camps de Dréan, Necbmeya, Amembreda et Ghelma sont gardés par des détachemens. Le dernier camp, celui de Merâjez-El-Ammar, où se font de grands approvîsiottncmens, sera l'entrepôt de l'armée.
Itinéraire de (armée expéditionnaire.
Bône, on le sait, est le port de débarquement des troupes et du matériel ç c'est pour nous û capitale de la province de Constantine. I^a Seybouse a son embouchure non loin, de la ville; cette rivière pourrait être navigable jusqua quelques lieues dans l'intérieur, mais une barre s'est formée à son embouchure, et les bâtimens ne peuvent la franchir. Autrefois la ville maritime de Bône était h centre 4es
pêcheries et des opérations commerciales des Européens. Un consul français y résidait, et la compagnie d'Afrique y avait formé ses plus grands *établissemens.
De Bône au camp Clauzel ou Dréan, on a tracé une bonne route qui parcourt une plaine rase, laissant la Seybouse à droite. Dréan est à 5 heures de marche de Bône; c'est un poste assez bien fortifié qui sert de première étape aux troupes et aux convois que Ton dirige sur Ghelma ou Merdjez-El-Ammar. Ce camp a de petites fontaines et quelques broussailles; il est placé au milieu de la plaine de Bdne, dans les tribus de El-Adjar et Adouar.
A 4 lieues du camp Clauzel ou Dréan, on traverse le ruisseau de Nechmeya, où un camp a été dernièrement établi ; ce n'est là qu'une halte ; le ruisseau est presque toujours pourvu d'eau et assez boisé. On parcourt un chemin peu accidenté, et Ton peut établir les bivouacs à Hammam-Berda, % lieues plus loin, où Ton trouve des fontaines et des ruines de bains antiques. Le bois est rare; on ne voit là que quelques broussailles.
A Hammam Berda commence une chaîne de montagnes, la chaîne de Mouelfa, qu'il faut franchir. La colline est escarpée. Vers le sommet on rencontre des fontaines; le bois y est rare; mais il est peu nécessaire parce que ce n'est pas là un bivouac. Ghelma est à trois lieues de Hammam Berda. Pendant le trajet on traverse le ruisseau de Gebel ci Hadjar, qui n'est pas indiqué sur le plan parce qu'il est peu important.
La position de Ghelma, troisième bivouac, à quatorze lieues environ de Bône, a été mise en état de défense par les soins des tirailleurs d'Afrique et de quelques compagnies de sapeurs du génie; c'est le colonel Duvivier qui dirige les travaux.
Pendant tout le trajet depuis la petite fontaine de ftfonia Barda, qui coule entre le camp Clauzel ou
Drêan et Nechmeya, on traverse l'immense territoire de la tribu de Ouled-Bousia, dont le cheiekh est dévoué à la France.
A 2 lieues en avant de Ghelma , le général Damrémont a établi un camp très-vaste qui doit être le centre des approvisionnemens de toute espèce pour l'armée expéditionnaire; il a été appelé Merdjez- Hammar; il touche d'un côté le 8 e gué de la Seybouse, de l'autre l'Oued Gerf; on se trouve là sur le territoire de la tribu Beni Fougal. Un autre camp va, dit-on, être établi sur la haute montagne du Ras- El-Akba (tête du mont), spmnfet des monts Achaury, au lieu dit Hcssenia, où l'on trouve du bois. Ce sera le quatrième bivouac, et le premier pour les troupes qui partiront de Merdjez-Hammar.
Le cinquième jour après le départ de Bdne, ou le deuxième après celui de Merdjez-Hammar, l'armée bivouaque au-delà de l'Oued-Zenati, quatre lieues de Hessenia, après avoir descendu les revers des montagnes de Ras-El-Akba, ou monts Achaury, territoire de la tribu de Ril Aouchet. Le Zenati traverse les terres des Bel Eafef et des Zenatia, qui nous sont hostiles. Le terrain est accidenté.
Après avoir dépassé l'Oued-Zenati, on franchit la petite colline de Stiha, où le terrain est découvert, le Stilat, plaine ondulée de deux lieues d'étendue, occupée par la tribu de Kait-El-Dar, dont le cheikh est un personnage très-influent auprès du Bey Achmet; on traverse le pays arrosé par le Ouel-El-Arria, et l'on bivouaque au pied de la colline Zelzonf, oh se trouvent des fontaines: c'est le sixième bivouac. On se trouve alors sur le territoire de la tribu des Arib-El-Bey.
Le septième jour en partant de Bône, ou le quatrième de Merdjez-Hammar , on arrive devant Constantine, après avoir franchi la colline de Zelzouf, terrain découvert, le ravin du Figuier, pays ondulé
dans la tribu des Àrib-Adri, les sourees et les jardins de Merige, tribu de Jubab-Bey, et le ruisseau de Bil Beregat, tribu de Sidi-Cheikh. On se trouve alors, après une montée facile, sur le plateau élevé de Mansoura, qui domine la ville de Constantine.
Dépêche télégraphique.
Le drapeau tricolore flotte sur Constantine.
L'armée est arrivée devant ses murs le 6. La brèche a été ouverte le 11, praticable le 12, et on a donné l'assaut ce matin avec la plus grande bravoure et un succès complet I/cnnemi a fait une vigoureuse résistance ; nos troupes en ont glorieusement triomphé.
Le roi et l'armée on fait une grande perte. Le général Damrémont a été tué hier par un boulet de canon; il se rendait à la brèche: je l'ai remplacé dans le commandement de l'armée.
Comte Valée. .
Lettre de M. le lieutenant- général Valée, au ministre de la guerre:
Constantine } le i3 Octobre i637.
Ma dépêche télégraphique vous a appris que le drapeau tricolore flottait sur les murs de Constantine, et les dépêches précédentes du gouverneur vous ont fait connaître la marche de l'armée jusqu'à Saumah,
où nous sommes arrivés le 5. Ce joar-!k Tannée a pris position à environ deux petites lieues de Constantinc, sur les bords du Bou-Merzoug. Le letfde-» , main de bonne heure elle couronnait les hauteurs de Sata-Mansourah , et un peu plus tard celles de Coudiat-Aty, sans que l'ennemi opposât une résistance sérieuse à sa marche.
Mgr. le duc de Nemours a été chargé du commandement du siège; le général Trézel, avec les deux premières brigades, de l'attaque de Sata-Mansourah; et le général Rulhières, avec les deux autres, de celle de Coudiat-Aty. J'ai de suite reconnu, avec M. le lieutenant-général Fleury, l'emplacement des batteries à établir sur l'un et l'autre point, et on s'est mis à l'ouvrage; mais a peine l'armée s'établissait-elle, qu'un tems affreux de pluies et de tempêtes est venu l'assaillir. Ce tems a duré presque sans interruption jusqu'au 10. Il a changé les bivouacs en des mares boueuses, dans lesquelles les chevaux enfonçaient jusqu'au ventre, et où les soldats ne pouvaient trouver aucun repos. 1
Cependant, après des efforts admirables, l'artillerie est parvenue a armer trois batteries a Sata-Mansourah et a en préparer une à Coudiat-Atv. Le feu contre la place a commencé le 9 et a duré une partie du 10. Les défenses de l'ennemi étant alors détruites en partie, la batterie de brèche a pu ouvrir son feu le 11, a 400 mètres de la place, sur le front de Coudiat-Aty. La brèche était faite le soir, mais n'était pas encore praticable. Dans la nuit, les pièces onl été transportées à 150 mètres, et hier la brèche a été terminée. L'ennemi nous a opposée partout une vive résistance ; ses batteries ont tiré tant qu'elles l'ont pu, et avec acharnement.
. Des fantassins embusqués sur le rempart ou dans des maisons attenantes à la muraille entretenaient un feu continuel à bonne portée. En même tems des at-
taques journalières avaient lieu contre les deux posisions de Sata-Mansourah et de Coudiat-Aty.
La sommation faite avant-hier à la ville par M. le gouverneur "général n'ayant amené aucune réponsesatisfaisante d'Achmet-Bey, qui demandait, avant d'entrer en pourparler, que nous cessassions nos travaux, L'assaut a été donné ce matin avec une rare bravoure, et les habitants ont été successivement débusqués de tous les quartiers de la ville, dans lesquelles ils se sont défendus assez iong-tems avec une extrême opiniâtreté. Nous avons des pertes nombreuses à déplorer, et ma première dépêche vous enverra le chiffre exact des hommes tués et blessés, et l'état nominatif des officiers qui sont dans l'un et l'autre .cas. Le chef de bataillon de Sérigny, du 2 e léger, est mort sur la brèche, ainsi que le capitaine du génie Haket.-
Au nombre des blessés figurent le général Perregaux, les colonels Combes et I^amoricière 5 les chefs de bataillon Dumas, aide-de-camp du roi; Vieux, du génie; le capitaine Richepance. Heureusement plusieurs de ces blessures sont légères.
Une partie des notables et des autorités de la ville y sont restées. Je leur ai adressé une proclamation poùr les inviter h demeurer tranquilles chez eux , et j'ai exigé qu'ils fournissent à la subsistance de l'armée. Achmet s'est éloigné: on assure qu'il se retire du cdté du désert, où il a des relations de parenté. Son kalif l'a quitté, et a demandé à rentrer dans la ville.
Je vous enverrai incessament les drapeaux pris dans Constantinc.
. Je suis avec respect, etc.
Extrait du rapport du lieutenant -général Vatée
au comte Molé.
Quelques tentatives ont été faites pendant que nous étions devant la place, pour renouer les négociations. Le 11 Octobre, le général de Damrémont adressa aux habitans de Constantine la proclamation que vous trouverez ci-jointe sous le n° 1. Le parlementaire revint le lendemain matin sans avoir été maltraité, mais rapportant une réponse injurieuse, et qui annonçait de la part des habitans l'intention de s'ensevelir sous les ruines de la place. Le 12, quelques heures après la mort du gouverneur - général, un envoyé d' Achmet s'est présenté à nos avant-postes: amené devant moi, il m'a remis de la part du Bey la lettre dons je vous envoie copie sous le n° 2.
Cette démarche d' Achmet m'a semblé n'avoir d'autre but que de gagner du tems, dans l'espoir peut -être que les vivres ne tarderaient pas à nous manquer, et que l'armée obligée d'exécuter en présence de l'ennemi une pénible retraite, périrait de faim et de misère, ou offrirait au Bey une occasion favorable pour l'attaquer avec succès.
Cette pensée m'a fait répondre au Bey que, tout disposé que j'étais a faire avec lui une convention qui mît un terme aux maux de la guerre, je devais exiger, comme préliminaire indispensable de toute négociation, la remise de la place, et qu'en attendant sa réponse, je n'en presserais pas avec moins d'activité la marche de l'attaque. Le parlementaire partit avec la lettre dont je vous adresse . copie sous le n° 3, et depuis lors nous n'avons plus entendu parler d'Achmet
Au moment où je refusais de faire cesser le feu de mes batteries, la brèche étoit déjà commencée au
corps de place. Dans la soirée du 12 elle me parut assez avancée pour faire espérer que le lendemain matin elle serait complettemcnt praticable. Je donnai en conséquence les ordres nécessaires pour la formation des colonnes, d'assaut, qui devaient être sous la direction de M. le duc de Nemours, commandant les troupes du siège. Les batteries continuèrent à tirer pendant toute la nuit, et au point du jour tout fut disposé pour pénétrer dans la place, dont l'aveugle fureur de l'ennemi refusait encore de nous ouvrir les portes.
Je n'entrerai pas dans le détail de l'assaut livré par nos tropes avec la plus brillante valeur; c'est une des actions de guerre les plus remarquables dont j'ai été témoin dans ma longue carrière, et je dois a nos soldats la justice de dire que tous se sont montrés dignes de la haute missiou qui leur était confiée.
Dès que le calme fut rétabli dans la ville, je vins prendre possession, avec S. A. R. Mgr. le duc de Nemours, du palais du Bey, et mes premiers soins eurent pour but d'opérer le désarmement des habitans et de faire cesser le désordre inséparable d'une ville prise d'assaut. J'ai nommé le général Rulhières commandant supérieur de Constantine, et je lui ai prescrit toutes les mesures propres à rassurer le petit nombre d'habitans qui sont restés en ville. J'ai fait annoncer au peuple que nous prenions l'engagement de faire respecter les moeurs et la religion du pays. L'entrée des mosquées a été interdite aux soldats français, et depuis ce matin les musulmans se livrent à la prière aux heures prescrites par le Coran.
Aidé par les autorités locales, que j'ai maintenues dans leurs fonctions, l'intendant de l'armée se livre à la recherche des magasins publics et particuliers. Il y a déjà trouvé une grande quantité de blé et des magasins d'orge suffisans pour les premiers besoins de l'armée. Mais nous n'avons pu encore trou-
ver de bestiaux, et l'armée vit avec la viande qu'elle a amenée de Merdjez-Ammar. Au reste, j'ai l'espoir que les tribus voisines ne tarderont pas a nous apporter des denrées: j'ai fait. ouvrir un marché à la pt/rte Bab-cM)ued, et tout semble indiquer qu'il sera prochainement fréquenté.
Je fais suivre, autant que possible, les traces du Bey; les derniers renseignemens qui me sont parvenus annoncent qu'après avoir été dépouillé par les 'Arabes de ses trésors qu'il avait emportés, il s'est retiré à plusieurs journées de marche de Constantine. J'ai expédié des émissaires pour connaître exactement la position qu'il occupe.
Comte V.alee.
Lettre dt Achmet-HadjU Bey de Constantine, au commandant en chef de l'expédition.
De la part du très - puissant notre seigneur et mattre El Sid el Hadji-Ach met -Pacha, à M. le général gouverneur d'Alger, commandant en chef de l'armée.
(Après les compliments d'usage:) Nous avons appris que vous aviez envoyé un messager aux habitans de la ville, qui a été retenu par les principaux chefs, r!e crainte qu'il ne soit tué par la populace, par suite de son ignorance dans les affaires. Les niâmes chefs m'ont fait part de cette nouvelle pour avoir mon avis. Si votre intention est de faire la paix, cessez votre feu ; rétablissez la tranquillité: alors nous traiterons la paix.. Attendez vingt quatre heures, afin qu'un personnage intelligent vous arrive de ma part , et que , par suite de notre traité, nous voyons éteindre cette guerre, d'où il ne peut résulter aucun bien. Ne vous inquiétez pas de votre messager, il est en sûreté en ville.
Certifié conforme a la traduction remise par l'interprète-jttré.
Le lieutenant-général commandant en chef l'armée d'expédition
Comte Valee.
Réponse du lieutenant-général Comte Valée.
(Apres les complimcns d'usage:)
Je vois avec plaisir que vous êtes dans l'intention de faire la paix, et que vous reconnaissiez qu'à cet égard nos intérêts sont les mêmes. Mais dans l'état où sont les opérations du siège , elles ne peuvent être suspendues, et aucun traité ne peut être signé par nous que dans Constantine. Si les portes nous sont ouvertes par vos ordres, les conditions seront les mêmes que celles déjà consenties par nous, et nous nous engageons à maintenir dans la ville le bon ordre, à faire respecter les personnes, les propriétés et la religion, et à occuper la ville de manière a rendre le fardeau de la présence de l'armée le moins dur et le plus court possible.
Mais si nous entrons par la force, nous ne se-* ront plus liés par aucun engagement antérieur, et les malheurs de la guerre ne pourront nous être attribués. Si, comme nous le croyons, votre désir de la paix est le même que le nôtre, et tel que vous l'annoncez, vous sentirez la nécessité d'une réponse immédiate.
Le lieutenant-général commandant en chef Texpéditiou de Constantine,
Comte Valée.
Lettre de M. le Ueutenard-gènèral comte Volée , à M. le ministre de la guerre.
Constantine, le 17. Octobre 1837.
Monsieur le ministre,
La mort d'un général en chef, tué à la tête de ses troupes, quelques heures avant un assaut meurtrier, est un événement assez rare pour que de grands honneurs doivent être rendus a la mémoire de celui qui en est la victime.
Je pense que dans l'intérêt de l'armée, et comme un témoignage honorable de sa conduite dans la prise % de Constantine, en même tems que pour donner à la famille du général Damrémont la plus grande consolation qu'elle puisse recevoir,' le roi pourrait ordonner que son corps fût déposé aux Invalides. Si cette proposition vous parait convenable, j'ai l'honneur de vous prier de la mettre sous les yeux du roi et d'obtenir son approbation.
Le corps du général Damrémont est conservé dans un double cercueil, avec toutes les précautions qu'il a été possible de prendre. Il sera transporté à Bône.
Je suis avec respect, etc.
Le lieutenant-général, commandant en chef,
Comte Valée.
Il s'est élevé un débat relativement à la résolution qu'on disait avoir été prise par le général Damrémont de lever le siège de Constantine. Voici les lettres écrites à cette occasion et qui ont paru dans les journaux. On doit s'étonner que dans une question
semblable le gouvernement, qu'on doit croire bien informé des faits, ait jugé convenable de garder le silence.
Principaux passages d'une lettre adressée par M. le capitaine Paris à M. le Rédacteur du
Courrier Français.
Paris, .5 Décembre tSX7.
Monsieur,
A peine arrivé au terme de la mission douloureuse que m'ont value six années de fonctions en qualité d'aide-de camp auprès de M. le lieutenant-général de Damrémont, j'apprends que des calomnies répandues dans l'opinion contestent à cet officier-général la part qu'il a prise à la conquête de Constantine
C'est pour moi un devoir d'honneur de défendre la mémoire de mon général; c'est aussi une oeuvre de justice et de conscience. A ce titre j'appelle 1* presse à mon sécours, elle ne me faillira pas....
On a dit: „Que le général Damrémont avait ^compromis le salut de l'armée par ses hésitations, „son manque d'énergie et son aveugle confiance dans ,,1'issue d'interminables négociations avec Achmet-Bey."
Pour ce qui est de l'énergie, je renvoie les accusateurs du général Damrémont à ses compagnons d'armes, pendant la première expédition d'Afrique en 1830; aux officiers de la brigade qu'il commandait quand il s'est emparé de Bône. ...
Quant aux lenteurs calculées d'Achmet, et aux négociations qui se seraient prolongées, même après que l'armée a été mise en marche sur Constantine, j'y réponds par des dates: Nous sommes partis du camp de Merdjez-Ammar le 1er Octobre, et depuis la reconnaissance poussée le 13 Septembre jusque dans la vallée de l'Oued-Zenati, aucune négociation, aucun signe n'ont été échangés entre le Bey et le gouyern neur-général.
On a dit; „que les pièces de 24, qui ont abattu ,,les murailles de la ville, avaient été amenées de „Bône à Merdjez-Ammar par M. le maréchal Valée, „et qu'il avait fallu vaincre la résistance du gouverneur-général pour les conduire jusqu'à Constantine."
Je réponds, en invoquant le témoignage de toute 1 armée qui, dès les premiers jours de notre installation dans le camp de Merdjez-Ammar (le 9 août), y a vu parquer: 1» une batterie de 24; 2° une batterie de 16; 3° une batterie de mortiers (18 canons, obusiers ou mortiers de gros calibre.)
Or,. M. le maréchal Valée n'est arrivé à Merdjez-Ammar que le 27 septembre, c'est-r-dire six semaines après.
Quant à la prétendue résistance opposée par le général Damrémont au transport de ces pièces à Con-, stantine, tous les officiers de Fermée vous diront encore que Merdjez-Ammar est a vingt lieues de B<3ne et a la même distance de Constantine.
Que les travaux exécutés de Merdjez-Ammar au Raz-El-Acba sous la direction du général Lamy, après la reconnaissance du 13 septembre, avaient donné la certitude que ce col, indiqué comme un des passages les plus difficiles, ne présenterait aucun obstacle sérieux au transport de l'artillerie: comment donc admettre qu'après avoir amené les grosses pièces à la moitié du chemin et aplani les difficultés du trajet qui restait a parcourir, le gouverneur-général ait pu concevoir la pensée de laisser en arrière son parc de siège, lorsque, de l'aveu de tous les officiers qui avaient fait l'expédition de 1836, le faible calibre de l'artillerie avait été une des principales causes de l'échec que nous allions venger!
Une question a été discutée entre le g< uiverneur— général et le commandant en chef de l'artillerie: elle ne portait que sur le chiffre de l'approvisionnement de chaque pièce, La prévoyance de M. le maréchal
Valée M faisait désirer approvisionnement de précaution pour le cas où les opérations du siège se prolongeraient au-delà des prévisions admises comme base: mais le transport de cet excédant de matériel était une considération grave dans une expédition ou l'armée devait tout emporter avec elle,- même le bois pour faire la soupe au bivouac. Un chiffre fut arrêté qui, tout en nous garantissant contre le danger de manquer de projectiles, se trouvait cependant en proportion avec nos moyens de transport; l'événement a prouvé que ce chiffre n'était pas au-dessous des besoins.
On a dit : „qu'au moment de la mort du gouverneur-général, il ne restait plus à tirer que deux coups par pièce."
Malheureusement on a oublié d'ajouter comme preuve: <que le général Damrémont a été tué le 12 octobre a huit heures du matin, et que les deux batteries de brèche, une batterie dobusiers et une batterie de mortiers n'ont pas discontinué leur feu pendant la journée du 12, la nuit du 12 au 13, et la matinée du 18, jusqu'au moment ou la brèche fut reconnue praticable
s On a dit: „que le général Damrémont avait désespéré de la victoire, et s* était arrêté fe l'affreuse pensée de la retraite."
L'indignation que soulèvera cette allégation chez tous les officiers qui ont vu le calme et la confiance du général pendant la journée du 11, et les quelques heures qu'il lui a été donné de vivre pendant celle du 12, y répondra victorieusement. Aussi n'est-ce pas pour redresser l'opinion des officiers de l'armée expéditionnaire que j'accomplis ma pénible tâche : je parle à ceux qui, n'étant pas sur les lieux, ont asseg d'impartialité pour chercher la vérité dans les faits. . .
A ces hommes-là, je dirai:
Les trois batteries établies sur le plateau de Sata- Mausoura avaient ruiné, pendant toute la journée du
9, les défenses de la place de ce côté, et éteint les feux de la Casbah. ,
Le 10, la batterie fut découverte, et commença a battre et à démolir les embrasures de la porte El- Djedid. Cette batterie continua à tirer jusqu'au 11 au soir, et seconda puissamment l'effet des batteries de brèche établies plus tard sur le plateau de Coudiat-Ati.
Le 1 1 octobre, la batterie de Nemours (première de brèche), établie a Coudiat-Ati à 400 mètres du rempart de la place, ouvrit son feu a neuf heures et demie du soir. Ce même jour, vers quatre heures, après que le 138 e boulet eut été lancé, un obusier pointé par le si regrettable commandant Maléchard en personne, lança un obus qui éclata en tombant sur le point où Ton voulait faire brèche, et détermina la chute d'une partie du revêtement en maçonnerie.
Ce fut une grande joie pour tous ceux qui purent juger de l'effet de ce dernier coup : on y vit la certitude que la ville nous appartenait Peu après ce moment, le gouverneur-général, ayant examine l'état de la brèche, exprima hautement et dans les termes les plus formels la volonté d'ordonner l'assaut pour le lendemain 12. Cette résolution était-elle une de ces inspirations désespérées dans lesquelles on se jette, quand on est refoulé dans une position sans issue? ou bien était-ce un parti froidement calculé et arrêté avec des chances certaines de succès?
Examinons :
Le 10 octobre à six heures du soir, la presque totalité du revêtement en maçonnerie de la brèche était à terre. Il ne s'agissait plus que d'arracher quelques parties du massif du parapet qui tenaient encore, et de faire ébouler les terres pour former le talus.
Les dispositions suivantes arrêtées par le gouverneur-général, et exécutées conformément à ces ordres, pendant Ja journée du il et la nuit du 11 au 12,
ne pouvaient laisser aucun doute sur la possibilité d'obtenir ce double et définitif résultat.
Une nouvelle batterie, que j'appelle la deuxième de brèche, fut élevée en avant de la première à 110 mètres du rampart, et armée pendant la nuit avec les pièces de la batterie de Nemours.
Une place d'armes fut construite par le génie sous les feux de la place vers la gauche de cette batterie, et destinée à recevoir et a couvrir les colon-
Des travaux de terrassement exécutés dans le ravin qui liait le bardo à la place d'armes, permirent de communiquer à couvert entre ces deux points.
La batterie de Nemours fut réarmée.
Tous ces travaux étaient, je le répète, accomplis le 12 à la pointe du jour. Les choses ainsi disposées, la batterie de Nemours et la seconde batterie de brèche devait ouvrir leurs feux le 12 à huit heures du matin, et détruire les derniers obstacles.
La brèche rendue praticable, que restait-il à faire pour s'emparer de la ville?...
De la place d'armes à la brèche, il n'existait aucun ouvrage avancé. Au pied du rempart, point de fossés; mais seulement un glacis presque horizontal a parcourir pendant une longueur de no mètres.
Dans de telles circonstances, les colonnes d'attaque étant lancées à l'assaut, le succès était-il douteux ? • • •
A cette question, les colonels Combes et Lamoricière ont répondu.
Ces derniers paragraphes , monsieur , résument notre situation au 12 Octobre. Ce fut ce même jour, à huit heures du matin, que le général Damrémont fut tué. Ces faits, tous positifs et irrécusables, prouvent que toutes les chances étaient pour nous dans un moment où l'on affirme que le général Damrémont, saisi comme d'un accès de vertige, ne méditait rien
moins qu'une retraite avant d'avoir tenté l'assaut Mais non, que les amis du général Damrêmont se rassurent : ce qu'ils l'ont toujours connu, il l'a été sous les murs de Constantine: la, pas plus qu'ailleurs, il n'a faibli. Et le 11 Octobre, à sept heures du soir, après avoir adressé aux habitants de Constantine (et non à Achmet-Bey, ce qui est important de constater) une sommation dans laquelle il leur montrait leur ville foudroyée par notre artillerie, a la veille d'être livrée à toute la rigueur des lois de la guerre, s'ils continuaient une défense désormais inutile, le général est retourné à son bivouac de Sidi-Màbrouk le coeur plein d'espérance, et entrevoyant un avenir dont les plus douces promesses étaient qu'il laisserait un jour un beau nom a son fils: pensée généreuse qu'il a exprimée dans la dernière ligne de sa dernière lettre.
Répondrai-je maintenant a cette autre invention, ayant au moins le mérite de laisser au général Damrêmont le courage du désespoir qui nous pousse quelquefois a nous jeter au-devant de la mort, quand nous ne voyons plus autour de nous que la honte? On nous dit, que le gouverneur -général, averti paT le général Rulhières, que les boulets passaient où il se trouvait, avait répondu : „C'estégal; allons toujours !" et que, par conséquent, il voulait se faire tuer. Ces mots furent effectivement les derniers qu'il prononça; mais sont -ils donc autre chose que la fidèle expression de la froide impassibilité que, pendant toute la campagne, le général Damrêmont a montrée en présence du danger?
Quant au chemin que le gouverneur-général suivait pour descendre à la batterie de brèche et qui était effectivement sillonné par les feuX de la place, il n'y en avait point d'autre; c'était celui que suivaient tous les officiers quand ils avaient des ordres à porter de la batterie sur les differens points.
Enfin, monsieur, comme pour résumer eh mie
senle toutes ces calomnies, on a écrit, et Ton a répété: „Le boulet qui a tué le général Damrémont, a donnée Constantine à l'armée."
Si ces expressions, que l'on ne peut attribuer qu'à une excessive légèreté ou à une intention perfide, veulent dire que sans la mort du gouverneur-général Tarmjfee eût été obligée de battre en retraite, et la France condamnée à inscrire un nouveau désastre sur les pages de son histoire, oh! c'est un mensonge, un mensonge odieux! .. . Son sang vous a marqué la place, où vous deviez passer pour monter à l'assaut!
R. Paris, capitaine d'état major, aide de camp du général Damrémont.
Aux faits qui précèdent et qui sont rapportés par un officier qui les a vus, le général Baraguey-d'Hilliers, beau-frère du général Damrémont, ajoute, comme le tenant d'une source incontestable, que dans le conseil du 11 Octobre le général Damrémont s'est hautement prononcé contre le projet de battre en retraite.
5 Décembre 1837.
v. Baraguey-d'Hiluers.
— On lit dans le Moniteur qui avait reproduit la précédente lettre:
„M. le général Fleury nous invite à publier la lettre suivante, qu'il a adressée à M. le général Baraguey-d'Hilliers:"
Paris, 9 Décembre 1837.
Mon cher général, Je viens de lire dans divers journaux un article signé de vous, énonçant que, dans le conseil du il Octobre, le général de Damrémont s'était hautement prononçé contre le projet de battre en retraite.
Je crois de mon devoir de réclamer contre r inexactitude d'un renseignement si important, sur lequel je regrette que vobs ayee p* être mal informé.
De tons les officiers-généraux de l'armée de Constantine, je me trouve le seul a Paris; c'est donc à moi qu'il appartient, au nom de mes camarades, de rectifier les faits et de détruire une assertion qui pourrait compromettre, contre votre intention certainement, d'honorables réputations, en faisant supposer chez un seul le projet de battre en retraite.
II n'a pu être tenu de conseil que je n'y fusse indispensablement appelé, par ma position et par mon grade. Cette question n'ayant pas été agitée devant moi, je puis donc affirmer que, si elle l'a jamais été, ce n'a pu être dans un conseil régulier, et j'ajouterai ni le 11, ni aucun autre jour.
Une pareille opinion n'aurait eu aucun écho dans l'armée ; chacun , depuis le général en chef jusqu'au dernier soldat, étaient pénétré de cette conviction que c'était sur la brèche de Constantine qu'il fallait chercher, gloire et salut.
Veuillez agréer, mon cher général, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Le lieutenant-général commandant en chef le génie à l'expédition de Constantine,
Baron de Fleurt.
Notice sur le générât Valée.
Le comte Valée (Sylvain-Charles), lieutenant-général d'artillerie, est né à Brienne-le-Château (Aube), le 17 Décembre 1773. Il entra au service comme sous-lieutenant a l'école d'artillerie de Chàlons, le 1er Septembre 1792. Ses talens militaires, qui se développèrent de bonne heure, et sa bravoure, lui firent rapidement franchir les premiers grades.
Promu à celui de lieutenant le 1er Juin 1793, il assista, lors de la campagne suivante, aux sièges de Charleroi, de Landrecies, du Quesnoy, de Valenciennes, de Condé, de Maestricht et au passage du Rhin, à Neuvied, où il se distingua d'une manière particulière. Il était capitaine depuis le 29 Avril 1795, lorsque, Tannée suivante, il se fit remarquer à la bataille de Wurtzbourg par son courage et par son habileté dans la manoeuvre des batteries qui lui firent confiées.
La campagne de 1800 allait offrir au capitaine Yaléc de nouveaux moyens de se signaler. On le vit, aux batailles de Moeskirch et de Hohenlinden, déployer le même sang-froid et la même ardeur que précédemment. Ses services furent récompensés : le chef de Fétat le nomma en même temps lieutenant-colonel et chevalier de la Légion d'Honneur, en, Juin 1804. Il fit avec distinction la campagne de 1806, a la grande armée, en qualité de sous -chef d'état-major-généra! d'artillerie, se fit remarquer à la bataille d'Iéna, et fut promu au grade de colonel du 1«" régiment d'artillerie le 12 Janvier 1807.
Sa belle conduite à la bataille d'Eylau lui mérita la décoration d'officier de la Légion d'Honneur, • et il acquit, a celle de Friedland, de nouveaux titres à la reconnaissance de son pays. Après avoir servi avec le même zèle et la même distinction pendant la campagne de 1808, à la grande armée, l'Empereur lui confia le commandement de l'artillerie du 3 me corps de l'armée d'Espagne.
Il quitta l'Allemagne au commencement de 1809, et se rendit en toute hâte à sa nouvelle destination, où l'attendaient d'autres lauriers. Napoléon, satisfait de ces services en Espagne, le nomma général de brigade, le 22 Août 1810. Le général Valée recueillit sa part de gloire aux sièges de Lérida, de Méquinenza, de Tarragone, de Tortose et de Valence. Le • Août 1811, l'Empereur récompensa sa valeur et ses
talens militaires en lui conférant le grade de général de division. Il se fit remarquer pendant toute la campagne de 1812, et se signala particulièrement a l'affaire de Castalla, le 13 Avril 1818.
Rentré en France après l'abdication de Napoléon, il fut accueilli avec distinction par Louis XVIII, qui le décora de la croix de Saint-Louis, le 27 Juin 1814, le nomma inspecteur général d'artillerie le 1er Juillet suivant, commandant de la Légion d'Honneur le 30 du même mois, et grand officier de cet ordre le 17 Janvier 1815. Dans les cent-jours, Bonaparte lui donna le commandement de l'artillerie du 5 llie corps. Au second retour du roi, il fut nommé inspecteur général et rapporteur du comité central d artillerie. Le 17 Août 1822, le roi l'admit au rang de grand-croix de la Légion d'Honneur.
Le général Valée, après la révolution de Juillet vécut dans la retraite jusqu'en 1834, il accepta alors la place de directeur des poudres et salpêtres; mais toute sa conduite politique prouva toujours qu'il avait sçu conserver la mémoire des bontés et de la confiance que lui témoignèrent les rois Louis XVIII. et Charles X.
La France en appela à son patriotisme, et à ses talens militaires pour venger son honneur compromis, et reprendre dans l'Algérie, cette renommée de puissance et de gloire qu'elle devait aux succès brillans de 1830; le comte Valée, lieutenant général depuis 26 ans, consentit à se mettre pour l'expédition de Constantine et comme commandant l'artillerie, sous les ordres du comte Damrémont, qui n'avait que 6 années de grade. Toute l'armée a admiré et applaudi; tant il est vrai que les vertus morales du désintéressement et de l'abnégation, procurent la seule véritable gloire.
Investissement de la place de Oonstantine, établissement des batteries de siège. Extrait du rapport du général Valèe.
Quartier général de Constantin*, le 86. Octobre 1837,
M. le ministre,
De précédens rapports vous ont fait connaître les mouvements de l'armée depuis le départ de Merdjcz- Ammar jusqu'à son arrivée à la position de Jommah, à trois lieues de Constantine. Cette marche n'a point été inquiétée par l'ennemi, et, à l'exception d'un violent orage dans la partie élevée jlu Raz-el-Akba, le temps l'a constamment favorisée. Aucun incident n'a troublé l'ordre dans les colonnes, et l'équipage de siège a constamment marché à hauteur de l'infanterie, franchissant les obstacles que présentait le terrain.
Dans la journée du 5, l'ennemi se montra pour la première fois. Les fourageurs du général Rulhières 3 «chargés d'escorter la deuxième portion de convoi, furent attaqués; une charge du 1 er de chasseurs repoussa les Arabes, qui laissèrent sur place 6 ou 7 des leurs. Le soir, les deux colonnes de l'armée campèrent à une demi -lieue de distance, sur la rive droite de Boumerzoug. . Pendant la nuit, le temps sembla vouloir se mettre à la pluie. Cette circonstance engagea à presser le départ, et le 6 Octobre, à six heures du matin, les troupes se mirent en mouvement et s'approchèrent de Constantine. lies parcs de l'armée s'établirent sur* le plateau de Sidi-Mabrouk, sous la garde de la 2 de brigade; et l'avant-garde, aux ordres de S. A» R. Mgr. le duc de Nemours, prit position sur le plateau plus élevée de Sath-el-Mansourah. L'ennemi, pensant que, comme l'année précédente, l'attaque
serait dirigée vers la porte d'EI-Cantara, défendit le ravin qui conduit a cette porte. Les Zouaves, commandés par M. le colonel de Lamoricière , furent engagés pendant quelques moments, et forcèrent les troupes du Bey à évacuer complètement le plateau. La place jeta quelques bombes pour appuyer les troupes qui nous étaient opposées, mais elles ne produisirent aucun effet.
La reconnaissance de la place fut faite par les commandants en chef de l'artillerie et du génie; l'attaque par le Coudiat-Aty était bien clairement indiquée comme la seule convenable, mais il parut nécessaire d'établir des batteries sur le Mansourah pour éteindre les feux de la Casbah, et prendre d'enfilade et de revers les batteries du front d'attaque. L'emplacement de trois batteries fut déterminé, et Tordre fut donné a en commencer !a construction k six heures du soir.
A deux heures, les 3 mc et 4 me brigades, sous les ordres de M. le général Rulhières, passèrent leRummel , et s'établirent sur le Coudiat-Aty. Des groupes de cavaliers et de tiralleurs arabes cherchèrent à inquiéter la marche de cette colonne; mais Us furent promptement éloignés, et n'opposèrent nulle part une résistance sérieuse. • Au moment où la tête de la colonne traversait le gué de Boumerzoug, un boulet enleva le capitaine du génie Rabier, aide-de-camp de M. le lieutenant-général Fleury.
Un ordre de l'armée fit connaître que S. A. R. Mgr. le duc de Nemours prendrait le commandement du siège. Les commandants en chef de l'artillerie et du génie conservèrent la direction des travaux de leur arme. S. A. R. désigna pour major de tranchée M. le capitaine la Salle, du corps royal d'état- major, MM. de Mi mont et Letellier lui furent ajoints comme aides-majors de tranchée.
A l'heure prescrite, la construction des batteries
du Mansourah fût commencée: elles étaient an nombre de trois; la première, qui reçut le nom de batterie du roi, fut placée a mi-côte, dans le prolongement de la courtine du front d'attaque: elle fut armée d'une pièce de 24» deux pièces de 16, deux obusiers de 6, et ayait pour but de prendre a revers et d'enfilade les batteries du front d'attaque, et d'en éteindre autant que possible les feux.
La deuxième, appelée batterie d'Orléans, fut placée à la droite de la redoute Tunisienne; elle fut armée de deux pièces de 16 et de deux obusiers de 8 ; son but était de contre-battre et d'éteindre les feux de la Casbah. La troisième, armée de trois mortiers de 8, fut établie à la gauche de la redoute Tunisienne. Ces trois batteries furent placées sous les ordres de M. le chef d'escadron Maléchard.
Les communications entre les batteries pouvant avoir lieu à couvert sur presque tous les points, et les troupes se trouvant défilées par le terrain naturel des feux de la place, le génie n'eût pas a exécuter des travaux d'approcKe.
Les travaux de batteries furent poussés pendant toute la nuit avec la plus grande activité. L'ennemi n'essaya pas de troubler les travailleurs , et se borna à tirer quelques coups de fusil, auxquels on ne répondit pas de notre côté.
Le 7, a six heures du matin, le coffre de la batterie d'Orléans et de celle des mortiers était terminé.
La difficulté du terrain avait retardé la construction de la batterie du Roi, qui ne dépassait pas encore la genouillère. Les travaux furent continués pendant le jour, malgré le feu de l'ennemi, et vers les quatre heures du soir elle était complètement terminée.
- Pendant la journée, les plates-formes des batteries n°* 2 et 3 furent établies, et des magasins furent construits pour recevoir les munitions.
Vers midi, le commandant en chef de l'artillerie reconnut la place du eôté de Coudiat-Aty. L'emplacernent d'une batterie destinée à battre en brèche et celui d'une batterie d'obusiers furent donnés pour en commencer la construction dans la soirée, et presser les travaux de manière à ce qu'elles pussent faire feu en même temps que celles de Mansourah : cette dernière batterie reçut le nom de batterie de Nemours,
À quatre heures du soir, les batteries de Mansourah étaient complètement terminées. Des ordres furent donnés pour les armer pendant la nuit. Le génie avait rendu praticable le chemin qui conduisait du parc de Sidi-Mabrouk k la batterie du Roi, et les pièces destinées à armer les batteries d'Orléans et celle de mortiers devaient arriver par le plateau de Mansourah.
Vers cinq heures, la pluie commença k tomber, et dans la nuit la tempête devint tellement violente que les travaux durent être plusieurs fois interrompus. L'armement des batteries commença k six heures du soir. Aucun incident n'eut lieu pour la batterie d'Orléans et pour celle de mortiers ; mais les deux pièces de 16 et la pièce de 24 , qui devaient armer la batterie du roi, furent versées et ne purent arriver. La pluie avait enlevé une partie du terrain de remblai de la route préparée par le génie, et elle était devenu impraticable. Au jour, l'impossibilité d'ouvrir le feu fut reconnue.
La construction de la batterie de Nemours fa* commencée k dix heures du soir; mais le temps devint tellement mauvais vers les deux heures du matin que les travaux durent être suspendus. L'épaulement destiné k couvrir les obusiers qui arrivèrent dans la nuit fut construit, et les pièces mises en batterie dans la journée du 8*
Fendant la matinée du 7, environ 800 hommes à
pied sortirent de la place, et attaquèrent le centre de la position du Coudiat-Aty. Le général Rulhières avait fait construire dans la nuit précédente plusieurs épaulemens en pierres sèches, derrière lesquelles les troupes attendirent rennemi; le feu se soutint avec vivacité pendant plusieurs heures, sans perte considérable de notre côté. Les Arabes ayant planté un drapeau en face de la position occupée par la légion étrangère, le chef de bataillon Bedeau dirigea une sortie contre ce groupe; le drapeau fut renversé et les Arabes dispersés. Plusieurs soldats furent blessés, et le général Rulhières cite, comme s'étant distingués, le sergentmajor Dose et le fourrier Bcsson.
La gauche de la position du Coudiat-Aty fut également attaquée par les Kabyles; ils furent vigoureusement repoussés. Le capitaine Béraud, du 26 me de ligne, se fit remarquer particulièrement, en dirigeant une sortie dans laquelle il fut tué.
lia 4 me brigade, placée sur la hauteur en arrière du Coudiat-Aty, repoussa les attaques des Arabes venus du camp d'Achmet, qu'on apercevait à une lieue de nos positions. Le 8 me régiment de chasseurs d'Afrique et le 47»nc Jlc ligne se firent particulièrement remarquer dans cette journée.
Des difficultés insurmontables ayant empêché la la batterie du Roi d'êti*e armée dans la nuit, les travaux de la batterie ayant été suspendus, le 8, à 6 heures du matin, des ordres furent donnés pour établir sur le Mansourah une 4 me batterie, destinée à remplacer celle du Roi. Cette batterie, appelée batterie Damrémont, fut construite avec la plus grande rapidité; son épaulement fut construit par les troupes du génie et des travailleurs d'infanterie; elle fut armée de trois pièces de 24 et de deux obusiers de 6. Placée à l'extrême gauche du Mansourah, elle était 1 moins heureusement placée que la batterie du Roi.
Son feu était prolongeant, et elle voyait seulement à revers le front d'attaque. Le terrain ne permettait pas une position plus avantageuse.
Constantin* , 97. Octobre i837.
Un bien terrible, fléau est venu chez nous
doubler les ravages de la guerre; il a fait irruption dans un de nos hôpitaux où nos pauvres blessés commençaient à se cicatriser, et où nos soldats aflaiblis par les privations, les fatigues et les maladies de l'acclimatement, réparaient leurs forces. Le choléra s'est soudain acharné sur ces malheureux, et a laissé de grands vides dans les salles. Mais l'épidémie se répandant au -dehors a bientôt rempli ces vides pour en reproduire à toute heure de nouveaux.
Ia mort frappe sans distinction d âge et de rang; hier nous avons enterré le brave général de Caraman, commandant de l'artillerie, et le commandant Tien qui, blessé au siège , était à peu près guéri. L'état du général Perregaux est très alarmant.
Les habitans ne paraissent pas être portés à prot fiter de nos misères pour tenter de se révolter; au contraire , leur soumission va* croissant. Il nous est d'ailleurs arrivé hier un secours du désert, que nous n'attendions guéres ; un chef puissant, nommé le Grand- Serpent, est venu avec 1,500 cavaliers se joindre inopinément à nous pour écraser, dit- il, Achmet dont il est depuis longtemps ennemi. Il est vrai de dire que, comme il vient de onze journées, il connaissait bien notre arrivée devant la ville, mais ignorait encore sa prise quand il s'est mis en route.
* Il espérait en notre puissance pour réduire la place en deux ou trois mois, et obtenir une part du
pillage; arrivé trop tard, il s'est contenté desenquérir de la valeur du butin; mais après avoir appris que dans Constantine chaque habitant était resté possesseur de sa maison et à peu prés de toutes ses propriétés mobilières, il s'est écrié qu'il ne regrettait pas d'avoir fait onze journées de marche, pour pouvoir croire, après l'avoir vue, à une chose extraod inaire. On a fait à ce chef et a ses gens fort bon accueil.
Ils sont enchantés de nous, font mille prévenances a tous les Français, soldats et officiers. Ils sont d'une beauté remarquable ainsi que les chevaux, et d'une pétulance bien supérieure à la nôtre. On les dit braves et ils paraissent très gais. Ce sont des alliés improvisés dont nous n'inquiéterons pas les frontières.
Demain nous quittons Constantine, y laissant un grand nombre d'amis et une garnison de 3,000 hommes, que du reste nous ne laisserons pas dans une position sanitaire pire que la nôtre. Nous allons à Bône, où nous pourrons arriver le 5 Novembre. Le courrier qui nous précède y portera cette lettre en quatre jours.
1^ bruit que l'on a répandu sur la mort du général Perregaux n'a rien d'officiel. On sait seulement que l'état du général donne de sérieuses inquiétudes.
Constantine, i9. Octobre i837.
• •..Je t'écris encore, mais quel contraste! je reviens du bal, oui vraiment, d'un bal en règle et auquel je ne m'attendais pas. Après mon diner, j'ai été au palais pour faire visite à nos deux jeunes princes; nous étions réunis dans un des magnifiques appartemens , lorsqu'un eunuque est venu dire que les dames du harem, voulant témoigner à M. le duc de Nemours
leur reconnaissance de la protection qu'elles en recevaient, l'invitaient a assister à une fête. Cette proposition inattendue fut acceptée avec joie, et nous voila tous, à la lueur des flambeaux, traversant les galeries du palais pour franchir les portes sacrées du harem.
On nous a conduits dans une cour carrée en marbre, avec deux galeries en arcades soutenues par un double étage d'élégantes colonnes; tout était brillamment illuminé avec des cierges, et des sièges élevés nous avaient- été préparés au rez-de-chaussée, au milieu d'un double rang de femmes accroupies, noires et blanches, à peu près sans voiles, fort parées, mais sans goût. A notre arrivée, on commença des chants bizarres, accompagnés de tambour de basque et de claquements de mains. Au son de cette musique, qui marquait fortement la mesure, les danseuses noires se sont élancées deux a deux et ont successivement exécuté toutes les danses religieuses des contrées idolâtres de l'Afrique. C'étaient des contorsions, des poses, des mouvements de jambes incroyables, qui avaient pour nous tout le charme de la surprise.
Apres les négresses sont venues les blanches, peutêtre un peu moins disgracieuses, mais aussi bien moins étonnantes, bien, moins exaltées; car, pour les autres, elles s'animaient jusqu'au délire. Les gardiens du harem avaient pris leurs parti de fort bonne grâce, et se montraient très complaisants et nullement inquiets de la familiarité de ces dames* envers nous, qui allait toujours croissant. Nous sommes à leurs yeux des êtres à part» Parmi ces cent cinquante femmes et plus, une seule m'a paru réellement jolie; elle se nomme Aïchée et a à peine dix-sept ans: les autres sont seulement passables, et quelques unes même fort laides. Il y avait quelques jolies petits enfants; mais tout cela, au reste, était horriblement mal ajusté...
«••La maison que j'habite est abondamment pourvue de provision ; je livre chaque jour à mon hôte ot
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qui lui est nécessaire pour sa nombreuse famille, et chaque jour il ajoute à mon ordinaire un plat arabe qui n'est réellement très bon que lorsque c'est de la pâtisserie . . .
Pétition présentée à la chambre des députés dans la séance du 17- Février 1838* Messieurs,
Les parens des jeunes soldats auxquels la patrie a remis le soin de sa vengeance songent avec douleur que leurs enfans peuvent tomber sous le fer ennemi et n'auront pas a leurs derniers m o mens les secours spirituels et consolans que le prêtre apporte au chevet des mourans... c'est une question plus grave encore, car elle intéresse le salut éternel de ceux qui meurent glorieusement pour la France.
Il faut avoir la foi pour en sentir la x force ; a ceux à qui elle manque, nous parlerons d'humanité; . il s'agit de s'adresser à une institution religieuse qui fournirait les prêtres nécessaires pour accomplir ce grand devoir... Où vous indiquerez du bien a faire, les prêtres ne manqueront pas de se présenter.
De Laroiere (à Hondschoote. Nord,)
Ia pétition de cet honorable Français a été vivement soutenue par le brave général LeydeÇ, et renvoyée pour y donner suite au ministre de la guerre.
Le général Leydet a l'honneur de faire partie de cette armée à laquelle bien injnstement on fait le reproche d'incrédulité religieuse.