‹ Lettres sur l'histoire de la médecineChapitre 17 sur 20 · FRAGMENS DE L'HISTOIRE ENTRINSEQUE DE LA CHIRURGIE · texte numérisé non relu

FRAGMENS DE L'HISTOIRE ENTRINSEQUE DE LA CHIRURGIE

Amputation (Histoire).

Je ne puis donner ici qu’un aperçu bien bref de l'histoire de la chirurgie des amputations; mais je m’efforcerai de n’y faire entrer que des documens authentiques et puisés aux sources. Nul point de l'histoire de la chirurgie n’exige plus impérieusement qu’on s'impose ce devoir ; car il n’y en a pas sur lequel aient eu cours plus d’inexactitudes ou d’erreurs : l'histoire la plus exacte, .en passant de main en main , n'arrive pas à la troisième copie sans être pleine de faussetés, qui se répètent et se perpétuent à l'infini. Ainsi, pour citer quelques exemples, dans combien de livres ne trouve-t-on pas Hippocrate et les chirurgiens anciens, en général, cité comme partisans de l’amputation danslesarticles? Comme si l’on pouvait eiter àtitre d’amputation dans les articles, etmvoquercomme exemple de cette opération , le retranchement d’une portion gangrenée d’un membre fait au niveau d’une articulation déjà à moitié divisée, pour n'avoir pas d'os à scier. Ainsi, Sprengel prétend trouver dans Celse l'idée de l’amputation à lambeaux; dans Héliodore, la proseription de l’amputation dans les articles; dans le même, l’amputation en plusieurs temps, à la manière de Petit ; dans Paul d'Egine, le premier exemple, depuis Celse, du conseil donné d’amputer dans le mort; dans Guy de

Chauliac, une méthode particulière d’amputer sans effusion de’sang , laquelle consisterait à étrangler un membre par une ligature pour le faire tomber de lui-même. Eh bien! tout cela est faux, et tout cela a été répété , et quelquefois rendu plus faux encore, dans beaucoup d'ouvrages plus récens. J'aurai d’autres erreurs à signaler encore dans cet article; je pourrai quelquefois, sans les discuter, me borner à y substituer ce que Je crois être la vérité. J'engage, dans tous les cas, à remonter auxsources, et, quand j'émets des opinions différentes de celles qui ont cours, à décider, après examen, de quel côté est l'exactitude , de quel côté est le défaut de critique.

L'histoire de la chirurgie des amputations se compose de l'exposé des préceptes relatifs à la détermination du lieu où la section devait être faite, des moyens employés pour se rendre maître du sang pendant l'opération , des méthodes diverses suivant lesquelles se faisait la division des parties , des procédés suivis pour arrêter les hémorrhagies et mettre à l’abri de leur retour, enfin des diffé rens appareils ou modes de pansemens. On peut y joindre l'exposé des cas dans lesquels les chirurgiens trouvèrent une indication positive de la pratiquer ; mais cecine regarde que la chirurgie moderne , car jusqu’au quinzième siéele l’'amputationnefut guère faite que dans des cas de sphacèle.

Nous n'avons pas de renseignemens suffisans pourjuger la chirurgie des anciens Grecs sous tous les rapports qui viennent d’être indiqués; toutefois nous apprenons dans les œuvres d'Hippocrate qu'on amputait , de son temps, dans la partie morte du membre , près des limites de la gangrène , mais sans toucher au vif, de peur de causer une défaillance mortelle. Nous y voyons de plus qu’on ne pratiquait la section que dans les articles, et que l’on

abandonnait à la nature le-soin de limiter la:gangrène et

de séparer du vif toute la partie morte que le couteau du chirurgien avait dû respecter. « J'ai vu, dit-il, l'os du fémur ; dépouillé des chairs quil’environnent ; se séparer le.quatre-vingtième jour: : cependant la Br de ce jeune homme avait été coupéé le:vingtième au genou (Hipp., De Articulis). » Quant à des moyens de prévenir ou: d'arrêter l’hémorrhagie, on devine sans peme que , dépourvus, comme ils l’étaiént, denotions anatomiques, les anciens n’en connaissaient pas ; de là le précepte indiqué tout à l'heure; de couper dans la partie: sphacélée pour éviter les défaillances mortelles.

A:cela se réduisit, Jusqu'au temps d'Hippocrate , la chirurgie. des. amputations ; si même on-peut donner le nom d’amputation à l’opération par laquelle on débarrasse un malade d’une-portion de membre qui, en quelquesorte;, ne lui. appartient: plus, en. laissant subsister dans toute: sa force la maladie qui menace ses jours...

Quatre siècles séparent. Celse d'Hippocrate;.et quatre siècles remplis. par l’époque.la plus, brillante de,la méde— cine grecque, ét par les célèbres travaux de l’école, d'Alexandrie. Aussi la chirurgie des amputations se présentet-elle, dans l'ouvrage de l'encyclopédiste romain, sous un aspect tout nouveau. lei, en.elfet, non-seulement c’est bien cette opération hardie, qui agrandissant ; en quelque sorte ,. les ravages du. mal avec l'assurance. de les mai+ triser et. d'y mettre, un terme, sait faire le sacrifice d’une partie encore vivante d'un membre pour sauver les jours d'un, malade ; c’est encore une opération savante dont touses. temps sont caleulés d’après les données fournies par.une, vasie expérience, et pour des résultats où tout est; prévu. Ennemi de lasprolixité,, Gelse pousse-mal-

heureusement ici la-concision à l’extrême, et sa description, qui laisse.entrevoir plus qu’elle. ne présente claire ment des perfectionnemens remarquables dans l’opérauon ; ne fut, pendant bien. des siècles, que fort impar— fatement comprise. Toutefois il est difficile au lecteur attentif de ne:pas y voir le précepte.donné de relever la peau, vers la racine. du membre qu’on ampute, puisque après l'opération. elle doit recouvrir, sans. effort la plus grande partie de la plaie. IL serait plus difficile encore de ne pas y.trouver.la conviction que Celse a parfaitement connu la tendance des chairs à se rétracter, et la dispo— sition. de l'os à faire saillie à l'extrémité de l’os du moi- . gnon, puisqu'il énonce le principe que los doit être amputé plus haut que les chairs, et qu'il propose, pour le faire, une méthode que quelques chirurgiens regardent encore aujourd'hui .comme la meilleure. Enfin il exprime d’une manière positive. l'intention d'obtenir. autant que possible une réunion immédiate et.sans suppuration; et l’on. doit noter qu'ici l’auteur renvoie, pour les détails du pansement , au chapitre de son livre consacré au traitement, des plaies, chapitre dans lequel il ordonne et décrit la ligature des vaisseaux pour tous les cas où, l'écoulement du sang ne peut être arrêté, par l'application d'une éponge imbibée de vinaigre. Si Celse pratiquait en effet cette igature après l’amputation , on peut dire que, dans cette partie, la chirurgie. romaine atteignit presque. à. la perfection de celle de notre siècle. add

.daurais bien d’autres réflexions à faire sur le passage de Celse dont il est question , mais j’aime mieux le rapporter …1c1 en.enter, 1l y. sera d'autant mieux placé que c’est le seul monument de cette époque que la bibliogra— phie, puisseiciter. PEER

« Igitur inter sanam vitiatamque partem incidenda scalpello caro usque ad os est, sic, ut neque contra ipsum articulum id fiat, et potius ex sanà parte aliquid excidatur, quam ex ægrà relinquatur. Ubi ad os ventum est, reducenda ab eo sana caro , et circa os subsecanda est , ut eà quoque parte aliquid ossis nudetur ; dein id serrulà præcidendum est, quam proxime sanæ carni etiam in— hærenti : ac tum frons ossis, quam serrula exasperavit , lævanda est, supraque inducenda cutis; quæ sub éjusmodi curatione laxa esse debet, ut quam maxime undique os contegat. Quo cutis mducta non fuerit, 1d linamentis erit contegendum, et super id spongia ex aceto deliganda. Cætera postea sic facienda, ut in vulneribus, in quibus pus non moveri debet, præceptum est.» (Gelse, de Wedicind, Ub. vu, cap. 33 et ultimo.)

Archigène, qui vécut peu de temps après Gaseyh a fait un pas de plus que lui. Celse avait déploré les dangers de l'hémorrhagie , qui peut faire périr le patient sous le COuteau du chirurgien. Archigène enseigna à les prévenir, en rendantimperméables au sang les principaux vaisseaux du membre. Ce n’était point seulement, comme on l'a dit, par la ligature du membre et des aspersions d’eau froide qu'il prétendait atteindre ce but; e’était en agissant directement sur les vaisseaux, qu'il liait immédiatement ou qu'il embrassait avec une aiguille , probablement avec les chairs environnantes, ainsi que Guillemeau le pratiqua dans la suite.

« Laqueo igitur constringenda, vel consuenda vasa sunt, ad partem secandam ferentia, et m aliquibus totum membrum deligandum est, frpidiue aspergendum. » (Oribas, de Luxat., et Arte! in Grœcor. chirurg., Ub. è collect. Nicetæ, edit. Cocchi; Florence 1754, p 156.)

Archigène fait un précepte formel de: retirer la peau en haut.

« Præterea opus est, cutead superiores partes retractà, quà sana caro est, fascià vel aliquo simili in ambitu ad stringendo vincire, juxtà quam vincturam ciFCuitus ineisionis esse debet. » (Ibid. )

- L'opération terminée, si le sang coule trop abondam ment, on cautérise avec le fer rouge, non la plaie, mais les vaisseaux seulement, et même avec l'attention d'éviter soigneusement les us M. Hecker se trompe quand i dit (Geschichte der Heilkunde, t. 1, p. 460) qu’Archigène liait alors les gros vaisseaux et cautérisait les petits.

de n’ajouterai plus qu'un mot sur la chirurgie d’Ar- -chigène , c’est qu'il agrandit le domame de l’'amputation, qui n “hd compris Jusque alors que les cas de pre des membres.

€Amputantur corporis quædam partes, dit-il, vel quod emortuæ smt, ut m gangrænà, vel im ulcere putrescente aut erodente, et in quibusdam eaneri speciebus...….. Ab- seindimus item quæ naturalibus ligaminibus soluta sunt… ne extrema nervorum contrahantur j D caren— tia, etc. » (Ibid.) |

S1 Léonides ét Héliodoreavaient écrit après Archigène, on pourrait leur reprocher de n'avoir pas mis à profit les principes de leur prédécesseur; mais il est probable qu'ils exerçaient leur art et qu'ils écrivirent en même temps que - lui. Ils ont une méthode d’amputation qui leur est commune, dont le but est de prévenir une perte trop considérable de‘sang dans l'opération , et qui consiste à couper d’abord les chairs du côté du membre opposé à celui par où passent les gros vaisseaux ; et à ne faire la section de ce dernier qu'après que l'os a été scié. (Græc chir:,ib.

è collect. Nicetæ, ed. Cocchi, p. 159.— Paul Ægnetæ, lib. vr, cap. 8/..)

Ilest singulier d'entendre M. Hecker dire qu'on ne saurait deviner quel avantage Héliodore se. promettait d’une pareille méthode, quand ce chirurgien dit en termes fort clairs le but qu'il se proposait. On pourrait croire , d’après cela, que l’histoire du professeur de Berlm n'est pas toujours fidèle à son titre, dans ee elle s'annonce comme tirée des sources. |

On voit, d'après ce qui phécadeis que scie a tort de présenter Héliodore comme partisan de l’amputation en deux ou plusieurs temps, dans le sens que les modernes attachent à ces mots. Il a. tort de dire qu'Héliodore porte un jugement défavorable sur les amputations dans les articles, mais bien moins tort que ceux qui ont dit, d'après lui, que le chirurgien grec avait proscrit ce genre: d'opération, adopté j jusque alors comme méthode générale. TI faut savoir au juste.ce qu'a dit ce dernier; car l’histoire des à peu près est peut-être la plus mauvaise de toutes les histoires. Et d’abord, Héliodore ne parle de désarticulation que pour les doigts. Si l’un de ces organes tombe en gangrène, dit-il, il ne reste plus qu à amputer. Voici sa méthode :-

« Ab articulo ep satius dub ut ossiculi frons aduratur, quæ densa cum sit, carne obduci nequit, eique abscedere opus est.» (Gollect.-citat., p. 160.)

C’est assurément, une opinion remarquable que celle exprimée par Héliodore, qu'une surface articulaire ne peut se couvrir de bourgeons charnus, et qu'il faut en provoquer l’exfoliation par le caustique ; mais ce n'est point un motif suffisant pour dire qu'il porte des ampu— tations dans les articles un jugement défavorable, puisque,

avec la condition de cautériser, illes adopte de préférence à toute autre. Bien moins encore y peut-on trouver la proscription dé eette méthode, puisque, au. contraire, il est le premier, et bienplus, il est le seul parmiles Grecs qui ait amputé dans des articulations vivantes , et avec lintention d'obtenir dans cet endroit même une cicatrice. Je dois redire qu'Héliodore n'appliqua sa méthode qu'aux doigts, et je ne saurais trop répéter qu'on ne peut pas raisonnablement considérer comme amputation dans les articulations la section que l’on faisait avant lui, et que l’on continua de faire depuis, au milieu de l’étendue. de la gangrène, au genou, par exemple, quand le sphacèle avait envahi une portion de la cuisse. C’est pourtant une ‘imadvertance dans laquelle sont tombés presque tous les historiens. té

Je n’ai rien à dire de Galien, qui, en commentant Hippocrate, reproduit et adopte ses principes sans y rien changer. | |

Je ne m'arrêterais pas non plus à Paul d’Egine, qui n’a rien de particulier sur l’amputation, si je n'avais à relever l'erreur, souvent répétée, de Sprengel » qu'il fut le premier, dépuis Celse, qui fit un précepte d’amputer dans le mort.

Jusqu'à Albucasis, la chirurgie des Arabes ne présente rien. de remarquable sur les amputations wcar je dois réserver pour un autre article les exemples curieux de résections des os. cités par Rhazès et Avicenne, notamment celui d’une résection de mâchoire inférieure dont Rhazès fut lui-même témoin, et qui offrit, dit-il, cela Je remarquable,. que, au lieu où manquait l'os, les.chairs se raffermirent assez pour permettre la mastication. Je dois faire remarquer seulement qu’on est. fort étonné

qu'Avicenne, qui décrit , pour arrêter l’hémorrhagie des blessures, la ligature des vaisseaux avec encore plus de détails et de précision que Celse et Galien, n’en parle plus quand il passe à l'amputation des membres.

La chirurgie d’Albucasis présente sur les amputations deux perfectionnemens bien remarquables : le premier, c’est que, partisan de la section dans le vif, Albucasis ne la pratique point toujours sur la limite de la gangrène, et prescrit les cas dans lesquels il faut la faire à une certaine distance ; le deuxième, c’est qu'il introduit dans l’art le principe , qui n’y avait jamais été jusque alors, d’ amputer dans les grandes articulations avant que la gangrène y soit parvenue. W cite celle du pied , le coude et le genou. Mais comme pour compenser ces progrès qu'il fait faire | à son art, Albucasis lui enlève une de ses plus précieuses ressources, en donnant le timide conseil d'abandonner un malade à toutes les chances de mort qui le menacent, plutôt que d’oser entreprendre l'amputation au dessus # coude ou du genou.

Albucasis ah lieu à la même remarque qu’Avicenne; c’est qu'ayant fort bien décrit, à l’occasion des plaies, la ligature des vaisseaux , 1l ne st que de les cautériser ou d'y appliquer des poudres hémostatiques pour sus pendre les hémorrhagies qui pourraient avoir lieu pen— dant l'opération , malgré le lien qui serre le membre au dessus de la division. À la vérité, après avoir terminé la section de l'os, il recommande, de même que Celse, et sans donner plus de détails, de panser comme il convient de faire dans une plaie de cette espèce; et cette manière de renvoi pourrait donner lieu à la même réflexion que nous avons déjà faite en parlant du médecin romain : Dein membrum ligato vulneratum, ligamen-

dis élli convenientibus, ete. (Albucasis, de Chirurg., ed. Channing; Oxford, 1778, #°, p.421, lib. IT, sect. 87).

En lisant le chapitre éincits tte Je renvoie, on s’assurera qu'il n’y a pas un mot sur le couteau rougi à blanc, avec lequel les historiens lui font pratiquer cette apéro,

Si l’on a prêté à Albucasis un instrument qui n’était pas le sien, on a fait mieux encore à l'égard de Guy de Chauliac : on lui a attribué une méthode tout entière à laquelle il ne songea de savie :l’amputation non sanglante, l'amputatio incruenta de tr dont on peut laisser l’invention à qui voudra s’en charger, mais dont le chirurgien français du moyen-âge ne s’est point rendu coupable. IL étranglait, dit-on, avec un fort lien, au niveau d’une articulation, le membre qu'il voulait enlever, et le laissait tomber de lui-même. Cela a été dit et répété partout, et cela est complètement faux, imagmaire, et, qui plus est, il n’y a pas dans Guy de Chauliac un seul mot obseur qui puisse donner l’idée de quelque chose d'approchant.

Tout en lui attribuant ce qui n’est pas de lui, on lui a quélquefois enlevé ce qui lui appartient à bon titre; par exemple, le conseil qu’il donne, pour déterminer le lieu où l’amputation doit être pratiquée , de. reconnaître avec la sonde jusqu'où s'étend la gangrène et où commencent les chairs encore fermes et sensibles, conseil que Guy de Chauhac ne rapporte point à Avicenne, comme l'a cru M. Velpeau, et qui n’est réellement pas du dite arabe.

Du reste, Guy de Chauliac connaît et expose assez bien les bonnes méthodes pratiquées avant lui; mais ce nest guère qu'une connaissance traditionnelle. . Au qua torzième siècle on admirait la hardiesse dela chirurgie

grecque sans oser limiter. On enveloppait un membre gangrené des mêmes substances qui servaient à l’embaumement des COTPS; et on en abandonnait l’ablation aux seuls procédés de la nature. : ai

- Les Arabes avaient recommandé, mais sans en faire un précepté général, de cautériser avec le fer rougi, ou avec l'huile bouillante et le soufre, la surface gangrenée du moignon d'un membre amputé. Les premiers'arabistes, et Guy de Chauliac lui-même, étendirent et propagèrent cette méthode, dont on fit plus d’une fois de funestes applications aux amputations même “en dans le vif.

La découverte de la poudre + à canon et dé armes à feu ouvrit à la chirurgie une carrière toute nouvelle , et à cette partie de l’art dont nous traçons l’histoire des occasions sans nombre de mettre à l'épreuve et de varier ses procédés. C’est en faisant l’histoire des plaies par arquebusades que notre immortel Ambroise Paré traita des amputations, de manière à laisser fort loin derrière lui la chirurgie des Arabes et des Grecs, et à se placer en tête de tous ceux qui s’en occupèrent depuis, jusqu’à une époque assez rapprochée de nous; car il devança son siècle, et ne trouva que dans J.L. Petit un successeur qui le surpassa. Je ne m'arrêterai point à décrire ici sa méthode; j’ y veux seu— lement faire remarquer4es choses nouvelles les plus importantes qu’elle renferme. Jusque alors tous les chirurgiens , hors Albucasis qu'il faut excepter en partie, avaient amputé ou dans la gangrène, ou tout au plus sur la limite des parties vivantes.’ Paré reconnaît la faiblesse des prineipes sur lesquels on se fondait, et y substitue ceux que l’on suit encore de nos jours : 1} faut toujours amputer dans le vif; il est des cas où l'on doit conserver du membre le

plus qu'il est possible, comme aux extrémités supérieures, mais à la jambe tout ce qui exeède cinq travers de doigts au dessous du genou ne saurait être utile, et nurait à l'action de marcher.

Quoique Paré n’ampute pas dans les articulations lorsqu'ilpeut choisir le lieu de la section , cependant dans les cas: de nécessité 1l adopte cette méthode; et chose assez remarquable , il cautérise la surface articulaire comme avait jadis fait Héliodore, qu'il ne connaissait. pas. (Œuvres de Paré, 12° livre des Contusions, Combustions et Gangrènes, chap. 37.)

Paré exprime penunen que le lien placé au doi de l’endroit de la section n’a pas seulement pour objet de maintenir ét d’aider à relever les chairs et de rendre l'amputation moims douloureuse, mais encore de com— primer les vaisseaux et dénéche l'hémorrhagie pendant l'opération.

Il recommande, avant d'employer la scie ; dé couper exactement avec un bistouri les chairs qui se trouvent entre les os, aux membres où il y en a deux ; brésepie important et ignoré Jusque alors.

Enfin, et c'est ici surtout que Paré acquiert des droits immortels à là reconnaissance, l’amputation faite, il faut, pour arrêter l’hémorrhagie, au lieu des cautérisations si dangereuses et si infidèles que tout le monde pratiquait alors, saisir avec des pinces les vaisseaux qui fournissent du sang, et en fairé la ligature. |

Il fallut un siècle pour ajouter quelque perfectionnement à la méthode enseignée par Ambroise Paré. En 4674, Morel trouva le moyen de suspendre avec plus de sûreté le cours du:sang pendant l'opération; il inventa le tourniquet. (}’oy: Meurisse, L'art de saigner, ch. 20.)

Morel marque , en quelque sorte , l'ouverture. d’une époque durant laquelle les inventions ét les procédés se sont multipliés à l'infini, mais inventions d’une importance restreinte, et sur des points tout spéciaux. Je ne puis que les indiquer très sommairement.

Au tourniquet de Morel, F: L. Petit substitua le sien, qui a sur le premier l'avantage de n’exercer une forte compression que sur l'artère même dans laquelle il faut interrompre le cours du sang. Mais au lieu des usages fort étendus auxquels Petit: le destinait dans les amputations, et qui n’allaient à rien moins qu’à rendre la ligature des vaisseaux superflue , on le réserve pour un très petit nombre de cas particuliers, et on lui préfère presque toujours, de même qu'aux compresseurs imaginés depuis, le doigt d’un aide intelligent.

Pour prévenir un accident qui exerça dans le dernier siècle la sagacité d'un grand nombre de. chirurgiens ; la saillie de l’os ou la conicité du moignon, J. L. Petit fit l’amputation en deux temps, que Cheselden imagina peutêtre aussi de son côté, mais dont on ne peut contester l'invention au chirurgien français. Louis la modifia en donnant le précepte de couper les muscles superficiels dans un premier temps, et dans le second , les muscles profonds au niveau de la couche superficielle rétractée. Alanson coupait les muscles par une-section circulaire oblique de bas en haut et de dehors en dedans par rapport à l'os pris pour centre, de manière à donner à la surface du moignon la forme d’un cône creux. Gooch et B. Bell préféraient la méthode de Celse; ils coupaient les muscles d’un séul coup jusqu'à l'os, et dénudaient ce dernier à la hauteur d’un pouce, au dessous des chairs, pour le scier à ce niveau : Uhi ad os ventum est; reducenda abeo sana

caro, et cèrca os Subsecanda est, ut ed quoque parte aliquid ossis nudetur, ete. (Gels.) Cette méthode, de ne point évider le moignon, a trouvé des partisans dans ces derniers temps, et paraît avoir des avantages réels. L’amputation à lambeau a été inventée au moins deux fois. Si Lowdham en eut la première idée, Verduin en donna la première description exacte et détaillée. Il paraît difficile que Sabourin n’ait eu aucune connaissance des idées de lun ou de l’autre, et particulièrement du dernièr. Garengeot, Lafaye et Massuet contribuèrent à les faire connaître et à les étendre. Au lieu d’un seul lambeau que faisaient Verduin et Sabourin, Ravaton.et Vermale en firent deux ; au lieu de la réunion immédiate que tous ces chirurgiens considéraient commele prineipalavantage de cette méthode, O’Halloran et White substituèrent la réunion tentée seulement au bout de quelques jours. À l'exception de celles des doigts, les amputations dans les articulations étaient abandonnées au dix-sepième siècle. Le Dran et Morand, pères, pratiquèrent les premiers celle du bras dans l'épaule ; Heister et J. L. Petit réclamèrent contre la proscription absolue des autres. M. Velpeau vient. de prouver qu'on avait eu tort d’exclure- de Part l'amputation du genou. Il paraîtrait résulter de son expérience et de ses recherches que cette amputation doit être préférée à celle de la cuisse. | Comme appendice à l’histoire des amputations dans les articles, et des progrès de la chirurgie dans cette partie, il faut mentionner enfin la méthode ovalaire, dont M. Scoutetten rapporte la première idée à Langenbeck et. à Guthrie, mais dont il est plus juste de lui faire honneur à lu-même. | 7 C'est un point remarquable dans histoire des

amputations que la difliculté avec laquelle on parvint à faire oublier la cautérisation des vaisseaux pour leur ligature, et que tous les frais d'imagination et de recherches que l'on fit pour se dispenser de recourir à ce dernier moyen. On peut affirmer hardiment que, dans le nombre des amputations qui furent pratiquées pendant les deux siècles qui suivirent la découverte de Paré, les deux tiers au moins le furent sans ligature. Pour arrêter le sang, Félix Wäürtz employait la poudre de: vesses-de-loup ; Brossard, Morand , Theden , et beaucoup d'autres, l’agaric de chêne, et la compression; Borel et Solingen, un bouton de vitriol; Maggi, et depuis Verduin et Sabourin, regardaient la réunion immé-— diate de la plaie comme suffisante; opinion renouvelée par Koch le père, et soutenue par son fils et par quelques autres. Enfin est venue la torsion des artères, qui, comme tous les moyens précédens, laisse encore Pavan— tage à la ligature de ces vaisseaux. |

Je ne dis rien des débats qui ont eu lieu, depuis le milieu du dernier siècle, sur les cas qui réclament l’amputation, et sur l'époque où il convient de la pratiquer, deux points encore controversés, et sur lesquels par conséquent l’histoire des opinions fait partie mtégrante du dogme : c’est dans l’article même qui précède cette notice qu'il a dû en être question. Au surplus, voyez la bibliographie qui suit le $ L*. G

I ne me reste plus qu’à donner lindication des ouvrages dans lesquels la chirurgie des amputations est traitée dans tout son ensemble, et de ceux qui embrassent au moins une grande partie des questions qui $e rattachent à son sujet. (Extrait du Dict. de Méd.)

Bronchotomie.

Je suis fâché d’avoir à commencer cette notice par des reproches à à l'un des historiens de la médecine qui ont acquis le plus de droits à notre estime et à pr recon— naissance. Dans le chapitre qu’il a consacré à l’histoire de la bronchotomie, K. Sprengel s'est servi du mémoire de Louis sur la même matière beaucoup plus qu'il n’est permis de le faire du travail d’un auteur qu’on ne cite pas une seule fois , et il l’a suivi de si près qu'il a besoin de toute l’indulgence du lecteur pour ne pas encourir le reproche de plagiat. On est obligé de dire que ce n'est pas la seule fois que pareïlle chose est arrivée à Sprengel dans cette histoire des opérations chirurgicales dont le mérite est bien loin d'égaler celui des bonnes parties de son histoire de la médecine.

Asclépiade, dit Sprengel (Hést., t. vi, p. 138), fut le premier qui pratiqua la bronehotomié avec suecès, du temps de Cicéron, et qui sauva de cette manière un grand nombre de personnes en danger de périr suffoquées. Ce savant historien ne montre pas iei le’ earactère d’exactitude qui lui est assez ordinaire: Ni Cœlius Auréhanus, n1 Galien, qui sont les auteurs qui attribuent à Asclépiade d’avoir le premier vanté la laryngotomie dans l'ange suflocante, ni Arétée, qui paraît l’indiquer sans. le nommer, ne parlent de ses nombreux succès, n même ne disent qu'il Pait pratiquée. Cœlius ét Arétée ne mentionnent la proposition d'Asclépiade que pour le condamner, et Galien ne se prononce en ancun sens, PEACE ble ou défavorable. |

Dein, dit Cœlius Aurélianus (Æeutor. morb., Nb nr,

cap. IV, S 35, p. 103, ed. Almelov.), à veteribus probatam approbat (Asclepiade) arteriæ divisuram, ob repirationem RASE quam M ne vocant.

M. Hecker (Geschichte der Heilkunde, tirs D. 391) prend à la lettre ces mots : a veteribus prob et affirme sans restriction que la trachéotomie avait été déjà découverte par les anciens. Il ya pourtant ici quelque sujet de doute; car ce même Cœlius Aurélianus, qui seul parle de té de la bronchotomie, nous donne un peu plus loin cette antiquité comme supposée. Est etiam fabulosa arteriæ ob respirationem divisura, quam laryngotomiam vocant, et quæ à nullo sit antiquorum tradita , sed caduca atque temeraria Asclepiadis inventione affirmata (op. cit., p. 195). Cœlius Aurélianus juge, cette opération avec bien de la sévérité. Ce serait un crime de la pratiquer, selon lui, et un ermé si grave qu'il dit : Ne tantum scelus anqust4 oratione damnemus, libris quos de adjutoriis sumus scripturi, respondebimus (ibid.).

Ni Arétée, ni Cœlius Auréhanus, ni Galien ne nous apprennent où et comment on ouvrait le conduit aérien ; c’est donc sans aucun fondement qu'on a attribué à Asclépiade telle ou telle méthode particulière de bronchotomie. Le premier Chrrargi A dont on connaisse la mé— thode d'opérer est Antyllus; c’est Paul d'Egine qui nous l'a conservée (Pauli Æginetæ, lib. vi, cap. 33). La mamière dont il précise l'indication de DÉNEUUe mérite d'être remarquée. « Dans les angines internes , où les bronches et les poumons sont affectés , la bronchotomie serait sans résultat; mais la raison preserit d'y recourir quand. la siston devient imminente par effet d’une

inflammation siégeant dans l’arrière-gorge, au dessus du larynx, et qui n’a point envahi la trachée elle-même. L'ouverture doit être faite au dessous du 3° où du 4° an— neau, Cartilagmeux de la trachée, et ne comprendre qu'une partie de la circonférence de ce conduit. Ce lieu est le plus convenable parce que peu de chairs le recouvrent , et que les vaisseaux en sont éloignés. Ainsi, la tête du malade étantrenversée en arrière, pour rendrela partie plus saillante, on fait une section transversale entre deux cerceaux, de manière à diviser, non les Hat mais la membrane qui les unit... On connaît qu'on a pénétré dans la trachée à la Hdi sortie de l'air 1e POUREE* ture et à l'extinction de la voix. »

* Rhazès, Mesue, Avicenne, parlent de labronchotomie comme dernière ressource à employer dans l'esquinancie qui menace de suffocation, mais ne js rien de plus sur la manière d'opérer.

Albucasis nous apprend qué de son | emps, et dans son pays, nul n’aurait pratiqué la laryngotomie.

« Memoraverunt antiqui de hac incisione in laryngà , et ego non novi aliquem in regione nostrà qui eam fecerit. » (De Chirurgià, lib.r1,sect.. 43.) Au surplus, il copie Paul d’Egme, et, après avoir rapporté un cas de plaie à la gorge heureusement guérie, 1l termine ainsi : « Hincdi-. camus quod sectio laryngis est sine periculo, si Deus voluerit. ». , noi |

Avenzoar expérimenta l'opération sur une chèvre et conclut du succès que ces plaies ne sont pas mortelles.

Au moyen-âge on n’avait point oublié la bronchotomie, mais ce n’était qu’une sorte de souvenir historique ; Guy de Chauliac, qui représente si bien cette époque , ne fait

| ste que rappeler ce qu'avaient. dit ,Avicenne , Albucasis :et Avenzoar ;de la Besstplité de l'opération.

Il est probable qu'elle n'avait. plus été pratiquée depuis le HÉTURE de la chirurgie des Grecs, «et il faut descendre jusqu’au milieu du, xvr° siècle pour en retrouver un nouvelexemple; Je dis du xvr° siècle., car Sprengel se trompe lorsqu'il prétend que « le BRERIGE qui ait pratiqué l'o— pération depuis Antyllus, c’est à dire après un intervalle de RÉ de quatorze siècles, est Bénivieni » (à fin du XY° siècle), Il se trompe, car Bénivieni ne fit que des incisions profondes au-dessous de la mâchoire et au cou, mais non la bronchotomie ; et la cause de cette er reur , où Sprengel n’est pas tombé seul, € est que Cas serio , en parlant de la laryngotomie, cite cette obseryation pr Bénivieni, intitulée Angina À incisa, comme un cas dans lequel l'opération d’ Asclépiade aurait mieux Convenu que celle qui fut faite, et qui.suffit pourtant pour guérir le malade. En nee à Bénivieni un honneur qui ne lui appartient pas, nous ne l'enlevons point à l'Italie, car cefut Antoine Musa Brassavola qui le premier chez les modernes pratiqua l'opération qui nous occupe, et la pratiqua avec succès dans un cas désespéré d’angine. : Environ un demi-siècle plus tard , Santorio ; au rap port de Malavicini (U:l. collect. med. phys., Venise, 1682, n°), pratiqua le prémier l'opération avec un trocart, et laissa trois jours la canule à demeure dansla plaie.

. Sansavoir d'expérience personnelle sur la matière, Fabrizio d'Aquapendente traita judicieusement l'article de la bronchotomie dans ses opérations chirurgicales (CEuvres chirurg. opérat., chap. xxiv, p.628, 632, éd. de Lyon, 16%, in-8°). Il est le premier qui parle d’une canule ailée à placer dans l'ouverturé, éxposé qu'on ;serait àtvoir une

MES r .

canule simple tombèr dans la trachée: Son. disciple, Jules Casserio, parla avec encore plus de détails de la trachéotomie (de vocis et auditus organo, Ferrare, 1600, in-fol.).Hrassembla avecsoinles exemples de plaies de la trachée heureusement guéries qui étaient connus jusque alors, ety puisa des argumens en faveur de l'opération, qu'il décrivit ailleurs avec beaucoup de soin:etde préaision. Nicolas Habicot fit mieux: il la pratiqua, et dans un cas, en parüculier, où la présence d'un corps étranger volumineux ; arrêté dans l’œsophage, comprimait forte ment la ouhés et menaçait le patient d'une prochaine suflocation (Question chirurgicale, par laquelle il est. démontréque lechirurgien doit pratiquer l'opération de labronchotomie, etc, Paris, 1 620; 8°). L'ouvrage d'Habicot, moins estimé en France qu'il n'aurait dû l'être, parut à un médecin allemand, Frédéric Monavius, digne d'être copié; il le mit en bn et le publia sous son nom. IL faut citer néanmoins l'extension que donna le plagiaire aux indications de la bronchotomie, et son emploi formellement conseillé pour l'ektebetioé des corps étrangers tombés dans la trachée; ce qui fait remonter au moins d'un demi-siècle une idée que M. Robert a attribuée à Rau (Gazette médicale | 1832), qui n’a pas même l’honneur d’avoir le premier pratiqué l'opération pour ce cas, commele prouve la Pathol. chirurg. de Verduc. René Moreau fit, avec réserve, l'apologie de la laryngotomie; Marc Aurèle Severino s'en montra aussi chaud partisan qu'il l'était de toutes les opérations hardies (De efficaci Medicind, chirurg.efficacis, pars 11, éap. 40, p.98, éd. Eeanofoi. 1674,m-fol.); néanmoins ilne l’a point pratiquée inialnébad) quoi qu’en disent Haller et d’autres. Al n'est pas vrai non plus qu'on trouve chez lui , comme l’a

cru M. Robert (Gazette médicale, 1832) l’idée de la laryngotomie crico-thyroidienne.

L'emploi d'un instrument dont Santorio avait déjà fourni l’idée, et une manière d'opérer qu'il ne serait pas permis d'imiter ; donnent-ils à Dekkers quelque droit à être cité, comme il l’a toujours été , dans l’histoire des progrès de la chirurgie , relativement à la bronchotomie ? Il faudrait, suivant lui, avec le trocart qu'il propose, percer du même coup la peau et la trachée (Dekkers, Exercitat. pract., p. 2/42, fig.). C’est à côté de soninvention que doivent être placées celles du bronchotome de Bauchot , de la double canule de Martine, des instru mens de Richter, de Ficker , ete.

Ce n’est pas ici le lieu de parler de l'application. que Detharding proposa de la bronchotome au traitement des noyés, application fondée sir une erreur; ni des diseussions qui s’ensuivirent. | j

Des faits isolés, publiés successivément , auraient dis ‘ dedroits à être cités, mais nous-entraîneraient trop loin. Nous passons à Louis, dont le premier mémoire:.sur la bronchotomie (Æcad. roy. de chir., tom. 1V, p. 455, 512,éd. in-4°), savant pour les recherches, mais peut-être trop peu ‘sévère sous le rapport du dogme, a été depuis copié ou reproduit sous toutes les formes. Louis fut le chirurgien qui contribua le plus à appeler l'attention sur ce sujet. Aussi depuis lors parut-il une foule de travaux qui s’y rapportent, et vit-on se succéder rapidement les méthodes:et les procédés opératoires. On doit citer entre tous la laryngotomie crico-thyroïdienne de Vicq-d’Azÿr (Soc. roy. de méd., 1776, hist, p. 311),4a laryngotomie de Desault (Œuvres chir.; t. 11), la laryngoset trachéotomie de M. Boyer, et la laryngotomie sous-hyoï-

. dienne de M. Malgaigne. Je ne pousserai pas plus loin cette histoire qui courrait risque d’empiéter sur la matière de l’article qui la précède. On trouvera, dans la bibliographie qui va suivre, l'indication de quelques particularités qui distinguent les vues ou les méthodes de divers auteurs, et qui marquent d'une manière quelconque dans l’histoire de cette partie de l’art. (Dict. de med.)

Anévrysme.

Je divise cet article en deux parties : histoire de la pathologie des anévrysmes, histoire de leur traitement. S1 Sprengel n'avait pas séparé ces deux études, s’il n’eût pas perdu complètement de vue la première, l’on n'aurait pas à lui reprocher, dans le chapitre qu'il a consacré à ce sujet, un défaut complet de critique, et l'appréciation la plus fausse des diverses méthodes de traitement.

On ignore à quelle époque remonte la première notion qu’on ait eue de l’anévrysme. Rufus d’Éphèse est l’auteur le plus ancien qui parle de cette maladie ; mais les termes dans lesquels 1l la mentionne ne donnent point à entendre qu'il soit le premier qui l'ait connue. « Quelquefois, dit-il, la plaie de la peau s'étant réunie, celle de l'artère restant béante, le sang s'échappe sous la peau et forme une tumeur que les Grecs appellent anévrysme, c’est à dire dilatation de l'artère. » (Aetius, Tetr. IV, serm. 2, cap. 51.) | ;

Tout ce que ce passage nous apprend, c’est que l’anévrysme figurait, à l’époque où il fut écrit, au nombre des maladies étudiées par les médecins. Galien nous instruit

davantage; il décrit les principaux caractères de la maladie. Dignoscuntur sané hujusmodi pathemata pulsibus quos edunt arteriæ. Ferum cum etiam comprimuntur, tumor omnis delitescit. (De tumor. præt. nat, cap. xI, t. vu, p. 725, éd. Kühn.) De même que Rufus, il ne parle d’anévrysme qu’à l'occasion des blessures d’artères. Contre l’opmion de divers médecins de son temps, qui n’admettaient pas que la tunique fibreuse de ces vaisseaux fût susceptible de se cicatriser, il se prétendait autorisé par l'expérience à dire que cela peut avoir lieu chez les enfans et chez les femmes, à tissus mous et glutineux, et 1l rapporte le cas , qu'il dit être le seul de son genre, d’un jeune homme qui eut l’artère blessée en se faisant saigner, et qui guérit sans anévrysme. (Method. medend., lb. v, eap.7;t. x, p. 334, éd. Kühn.)

Aetius ajoute à la description de la maladie quelques détails utiles. (Ter. 1v, serm. 141, cap. 10.) ‘4

Paul d'Égine prétend distinguer à des signes propres deux espèces d’anévrysmes: par rupture ou par exhalation. On devine qu'il n’a pas pu mettre dans l’expression de ses idées une clarté qui n’est pas dans les choses; bornons= : nous à y voir l’anévrysme spontané mis en opposition avec celui qui succède à la blessure d’une artère, sans préten— dre, comme M. Hecker, y découvrir ce qui n'y est pas : la distinction de lanévrysme vrai et de l’anévrysme faux (Paul. Ægin., b. vr, cap. 37); ce n’est pas dans l’antiquité qu'on pouvait faire une distinction dont l’établissement définitif n’a eu lieu qu'après les dissections les plus attentives et les plus minutieuses des modernes.

Ce n'est point d’après des données de ce genre, mais en s'appuyant sur des conjécturés sans fondement, que Fernel, le premier, établit la doctrine de la dilatation des

tuniques artérielles (De extern. corp. affect., lib. vu, cap. 3). Cette doctrine fut bientôt celle de presque tous les médecins. Fabrice de Hilden la combattit relative ment aux anévrysmes qui succèdent à une blessure d'artère, et rappela les idées des anciens sur la non-réunion des tuniques interne et moyenne (Oper. omn. obs., cent ur, Obs. 44). Sennert fit un pas de plus; il établit que, . même dans l’anévrysme spontané, la tunique fibreuse est rompue et non pas dilatée (Op. omn.,t.in,lb. v,part.r, cap. 45, ed. Lugd. 1650). L'appui donné aux opinions de Sennert par Sylvaticus, par Freind (Hiss. de la méd.., p. 7%, éd. in-#°), et par beaucoup d’autres, n’empécha pasles esprits derester partagés surcette question. Monro, Hazon et Palletta restreignirent beaucoup le champ attribué à l’anévrysme vrai; mais ce fut l’immortel ouvrage de Scarpa qui opéra une révolution dans les idées, et qui montra combien on s'était abusé dans la plupart des cas où l’on avait cru voir les tuniques interne et moyenne anévrysmatiquement dilatées. En allant un peu au delà de la vérité, Scarpa dépassa le but :qu'il voulait attemdre. Depuis lors beaucoup de chirurgiens nièrent l'existence et. la possibilité de l’anévrysme vrai. Des exemples incontestables , entre lesquels je citerai ceux publiés par MM. Otto et Naegele, ont démontré que, pour être exact, il faut se borner à déclarer cet anévrysme fort rare.

Les recherchesrelauves à la distinction des anévrysmes faux en primitifs et consécutifs, celles des chirurgiens anglais sur la variceanévrysmale , sont des ponts historiques assez connus pour n'avoir besoim que d’être mentionnés. Je ne ferai non plus que nommér, en passant, Haller , Trew, Murray, Penchienati, Ribes, pour les descriptions d'anastomoses artérielles et l'étude des ressources que

trouve la nature pour le rétablissement de la circulation. Cestravaux ont eu une grande influence sur les progrès de la chirurgie des anévrysmes ; mais tout cela est indiqué ailleurs. È

Après avoir fait l’histoire de la pathologie des anévrysmes , passons à leur histoire chirurgicale.

Les anciens eurent plusieurs méthodes d'opérer ces maladies. La première , consignée dans les écrits d’Aetius, est attribuée à Philagrius parles historiens, quoique lenomdece chirurgien, placé en tête du chapitre sur Ze ganglion, qu précède immédiatement celui sur l'anévrysme, ne se trouve nulle part dans ce dernier. Cette méthode ne consiste pont, comme le dit faussement Sprengel, dans l’extirpation de la tumeur; ce n’est point, comme l’ajoute le même historien,une méthode barbare; la voici : c’est pour l’anévrysme du pli du bras. « Premièrement on marque le trajet de l'artère à la partie interne du bras depuis l’aisselle jusqu’au coude. On fait une incision simple sur ce trajet, à trois ou quatre doigts au dessous de Paisselle , à l'endroit où l'artère est le plus sensible au toucher. On découvre ce vaisseau dans une petite étendue; on l’isole, on le soulève avec une érigne mousse, on y fait deux ligatures, et on le coupe dans leur intervalle. La plaie est remplie de sub— stances astringentes, et pansée convenablement. Alors, sans cramdre l’hémorrhagie, on fait une incision à l’ané— vrysme , on le vide des caillots qu'il renferme, on va à la recherche de l’orifice de lartère, on serre ce vaisseau entre deux ligatures, dans l'intervalle desquelles on en fait la section, et l’on panse comme il a été dit plus haut. » (Aetius, Tetrab. 1v, serm. 111, cap. 10.), C’est, comme on voit, la méthode que nous nommons ancienne, mais avec un préliminaire (la ligature au dessus et à distance de

la tumeur), qui aurait dû donner, bien avant l'époque de Hunter, l'idée de la méthode connue sous le nom de ce chirurgien. Paul d'Égine enseigne deux méthodes d'opérer l’anévrysme; l’une ressemble à la précédente et n’en diffère qu’en ce qu’on ne lie point l'artère avant d'ouvrir l’anévrysme : celle-là parait être due à Antyllus; l’autre méthode est propre au médecin d’Égine, et ne lui a pas valu d'imitateurs; c’est pour les anévrysmes spontanés qu'il paraît la réserver. Il saisit la tumeur dans toute son étendue ; il la traverse à la base (peau et tout) avec une aiguille garnie de deux fils; il sépare ces deux fils, et, avec chacun d’eux, lie et étrangle , en quelque sorte, une moitié de la base de l'anévrysme. Si l’on craint que ces fils ne glissent et ne se dérangent, on peut passer une seconde aiguille à la base de la tumeur, dans une direction transversale à la première, et faire de la même façon deux autres ligatures : après quoi on ouvre l'anévrysme; on le vide des caillots qu’il renferme, et l’on excise, si besoin est, une partie de ses parois et de la peau qui le recouvre ; puis on panse avec des astringens.

Il serait parfaitement inutile de citer les Arabes et les arabistes qui ne firent que reproduire les méthodes d’Aetius et de Paul d'Égine. |

Sprengel prétend que Jean de Vigo substitua la compression à l'instrument tranchant dans le traitement de l’anévrysme. Schreger l’a copié selon l'usage, ainsi que beaucoup d’autres , sans s'assurer de la réalité du fait. La vérité est que Jean de Vigo ne traite que des varices, et ne parle pas plus par conséquent de comprimer l’anévrysme que de le lier ou d’y faire toute autre opération. L'abbé Bourdelot fut le premier, vers le milieu du dix-septième siècle, qui se servit, et pour lui-même, d’une espèce de

tourniquet, au moyen duquel il se guérit d’un anévrysme produit par une saignée mal faite (voy . Planque, art. Anévrysme). Depuis lors on ne s’est pas fait faute d'inventer des tourniquets et des compresseurs. L'histoire n'aurait pas de terme si on voulait les faire tous connaître. C’est dans Îles arsenaux de chirurgie qu'il ns en prendre connaissance.

Je reviens à l'opération; mais avant d’aller plus loin Je ferai remarquer que la partie la plus importante de son histoire, dans les temps modernes, se confond avec celle de la ligature et qu'il faut la chercher à cet article. Je me bornerai ici aux points de vue les plus généraux.

Ona eu tort d'attribuer à Guillemeau d’avoir opéré un

anévrysme' du bras à la manière d’Anel. Guillemeau sui- vitde tout point la première méthode indiquée dans cet article , c’est à dire celle d'Aetius ou de Philagrius (Guildéni, OEuvres de chirurgie, chap. vr, p. 698).

C’est bien à Anel PAP PANAT l'honneur d’avoir im venté la méthode qui consiste à lier l'artère au dessus de l’anévrysme sans toucher à latumeur (Suzte de la nouvelle méthode de quérir la fistule lacrymale, Turin, 1714, in-#4°, p. 255). L'on ne peut pas plus lui contester celui d'avoir bien compris les avantages principaux de cette méthode. Il lia , il est vrai, l'artère près de l’anévrysme, mais il n’en fit point un précepte ; et comme dans ce cas particuher, rien n’exigeait qu'ils’enéloignât, rien ne prouve non plus qu’en un cas différent, pour un anévrysme poplité, par exemple, il n’eût pas cherché, en remontant vers la partie moyenne de la euisse , à se procurer cette facilité, cette simplicité de l'opération, qu’il loue comme un de ses principaux avantages. En un mot, le principe est trouvé, l'esprit de la méthode est découvert, etil ne

peut plus rester, après Anel, que l'honneur d'en faire l'application à des cas différens de celui qu'avait eu .le chirurgien français. C’est là la gloire qui revient à un homme qui en a tant d’autres, au célèbre Jean Hunter; car la parité des dates ne suffit pas pour la faire attribuer à Desault, qui ne sut pas s'élever au dessus d’une imitation servile d’Anel, dans un cas où il fallait appliquer judicieusement une méthode et non copier un procédé.

L'article précédent de ce Dictionnaire me dispense de

parler ici de la méthode de Brasdor et de son histoire. Je m'abstiendrai aussi de parler des conquêtes successives de la chirurgie, qui ont fait rentrer dans le champ de sesopérations tant d’anévrysmes sur lesquels les anciens et même leschirurgiens du dernier siècle n’auraient Jamais osé porter : l'instrument , parce que plusieurs des ouvrages qui vont être indiqués présentent le tableau chronologique des principales opérations qui aient été pratiquées, et montrent la chirurgie, enhardie par ses succès, s’élevant de la ligature de l'artère crurale à celle des carotides, de l’iliaque et même de laorte. (Dict. de méd.)

Quelques remarques sur l’histoire des méthodes d’opérer

l’anévrysme ;—Réponse aux critiques de M. Lisfranc.

L'histoire des diverses méthodes employées depuis l'antiquité jusqu’à nos jours dans le traitement des anévrysmes est un des chapitres intéressans de l’histoire de la chirurgie, et un de ceux dans lesquels les historiens ont mis le moins d’exactitude et de précision. Dans un article fort court, inséré dans le tome LIT du Dictionnaire de Médecine, je m'étais efforcé de débarrasser cétte his-

toire de beaucoup de détails inutiles dont elle est ailleurs surchargée ; J'avais indiqué quelques unes des erreurs les plus graves qu'on y avait commises, mais non toutes celles que J'y avais remarquées; je m'étais efforcé de faire en— trer dans le plus étroit espace qu'il fût possible les documens les plus essentiels de cette histoire, et ces do cuméns , Je les avais tous puisés dans les sources originales. Je croyais avoir fait non un article bien intéressant, mais un article exact et utile. Or, je me serais grandement trompé à cet égard s'il fallait adopter comme une sentence sans appel le jugement qu'on en porte dans la thèse présentée par M. Lisfrane au concours pour la chaire de chirurgie, et qu'un ami vient de me prêter pour quelques instans. L'éclatante publicité qu’elle va recevoir ne me permet point de garder le silence sur des critiques que Je crois sans fondement; l'intérêt que je prends aux progrès de l’histoire de la science me fait sentir vivement le besoin de repousser des opinions que je regarde comme de graves erreurs historiques, au moment même où elles sont émises. | |

« Nous nous étendrons, dit l’auteur de la thèse , avec quelques détails sur cette histoire des opérations proposées contre l’anévrysme, d'autant plus que ni Sprengel nimême M. Dezeimeris ne nous semblent exempts ni d'inexactitude n1 de graves omissions. »

Je n'aurai pas besoin, je crois, de m’étendre beaucoup dans l’examen de la thèse présentée par M. Lisfranc pour qu'il soit facile au lecteur de juger de quel côté sont les inexactitudes, de quel côté les graves omissions.

« Ainsi il est bien Rares dit l’auteur de la thèse, que la première méthode connue pour le traitement de l’anévrysme ait échappé à tous ceux qui se sont occupés

de cette histoire. Elle appartient à Rufus, et voici comme Aetus nous l’a transmise : Së vas undé emanat sanquis profundum fuerit.…. uwbi situm ejus et magnitudinem diligenter perspexeris, noverisque numquid vena sit an arteria vas immissà volsellé extendemus et moderaté circumflectemus; nonnumquam et post vinculi netum oblique vas incidere cogimur. (Aetius, lib. xrv, cap. 52.)

Il faut se défendre d’abord , après quoi il sera permis de faire succéder le rôle de critique à celui d'auteur critiqué. |

De quelle inexactitude ou de quelle omission me suis-je rendu coupable par rapport à ce premier point? Moi aussi J'ai cité Rufus; je lui ai attribué, d'après Aetius (Tetrabibl. 1v, serm. 2, cap. 51), une opinion exprimée en ces termes : « Quelquefois, la plaie de la peau s'étant réunie, celle de l’artère restant béante, le sang s'échappe sous la peau et forme une tumeur que les Grecs appellent anévrysme , c'est à dire dilatation de l'artère. » Je la Jui ai attribuée, 1° parce que, le nom de Rufus se trouvant placé en tête du chapitre d’Aetius qui vient d’être indiqué, àl y avait lieu de penser, malgré linfidélité habituelle du compilateur, qu'il devait se trouver dans ce chapitre quelque chose qui lui appartint; 2° parce que cette définition se trouve presque au commencement du chapitre, et par conséquent tout près du nom de Rufus; 8° et principalement parce qu’elle est tout à côté d’une opinion physiologique que je reconnaissais pour être celle du médeein d'Éphèse, et sur laquelle je m’expliquerai au besoin. Quoique l’auteur de la thèse que j’examime soit fort élotgné de disputer à Rufus la propriété de cette idée, puisque au contraire il lui en attribue d’autres que je vais Im

contester, jai dù faire connaître mes motifs, parce qu'ils n'ont que tout juste le poids nécessaire pour qu'on ne puisse pas enlever à Rufus la seule chose que je lui aecorde, et parce qu'ils prouvent peut-être qu'il s'agit ici d’une question sur laquelle je n’ai pris parti qu'après mûr examen.

Jusqu'ici 1l n’y a point netteté de ma part. J'ai sous les yeux le passage d’Aetius, et je vois que je l’a lidèlement traduit; Jai indiqué sa place au 54° chapitre du livre x1v, et c’est bien là qu'il se trouve, quoi qu’en dise l’auteur de là thèse, qui le met au 52°, d’après une mauvaise édition.

Mais si je ne suis pas coupable pe suis-je aussi exempt d'omission ? Voyons. Je répète le reproche de l’auteur de la thèse : « IL est bien remarquable que la première méthode connue pour le traitement de l’anévrysme ait échappé à tous ceux qui se sont veipés de cette histoire; elle appartient à Rufus. »

Je n’ai se cité Rufus comme inventeur d’une méthode de traitement de l’anévrysme, ni même comme ayant parlé d’une manière quelconque du traitement de cette maladie. Nous verrons dans un instant si mou silence est une omission; je vais prouver d'abord que ce n'est pas un oubli. J'avais lu autrefois les fragmens trop courts qui nous restent des œuvres de Rufus d'Éphèse, et je croyais me souvenir assez de cette lecture pour être sûr qu'il n’y avait rien qui se rapportät d'une mamière quelsonque aux anévrysmes ; je viens de les revoir et de m'assurer que: mes souvenirs ne m'ayaient point trompé. Je n'avais point négligé de consulter les compilateurs grecs qui nous ont conservé des fragmens des ouvrages perdus de ce méde— cn ; Je remonte de nouveau à ces sources secondaires et je

reconnais les traces de mes recherches partout où je voudrais puiser encore aujourd’hui si j'avais à recommencer mon article; et pour que mon attention fût encore mieux éveillée, même sur ce qui ne touchait qu'indirectement à mon sujet sans lui appartenir, il se trouvait que l'historien de la chirurgie ordinairement le plus exact, Peyrilhe, comme pour mettre à l'avance en défaut quiconque viendrait un jour reprocher aux historiens de n'avoir pas parlé du traitement de l’anévrysme proposé par Rufus, il se trouvait, dis-je, que Peyrilhe s’était trompé cette fois, et avait parlé de Rufus à ce titre. « Sa définition de l’anévrysme, dit-il, suflit pour dépouiller Galien de la primauté; mais Rufus ne se borne pas à définir l’anévrysme, il en distingue les espèces, en assigne la curation, et ne Jaisse guère au médecin de Pergame que l'honneur de le copier.» (Hist. de la chir., tom. n, p.435.) Mais, dirai-je à mon tour, Rufus n’a rien fait de tout cela, et il y là une . méprise de Peyrilhe. Je suis tout prêt à le démontrer, si besom est; en attendant, je fais remarquer que Peyrilhe l'a reconnu lui-même tacitement, puisque, après avoir promis de reprendre ailleurs cette discussion, il s’en est prudemment abstenu à l'endroit de son Rstqune qui appelait cette discussion.

Ainsi done, si j'ai gardé le silence sur Rufus, en faisant l'histoire du traitement de l’anévrysme, ce n’est point par oubli, mais: parce que j'ai acquis par l'examen de ce qui nous reste de cet auteur la conviction qu'il n'a rien en— seigné à ce sujet, et parce que cette conviction a été assez forte pour résister à l'exemple d’un historien qui mérite en général beaucoup de confiance.

L’assertion de l’auteur de la thèse prouve-t-elle que je me suis trompé ? non. Cette assertion ne prouve qu'une

chose : c’est qu'un homme savant et judicieux qui écrit avec trop de précipitation et qui prononce sur une queson historique sans examen suffisant , peut, sur un seul. fait, commettre plus d’une faute grave. En effet, si l’on remarque qu'après avoir cité le passage qu'il attribue à Ru fus 11 reproche à Galien de l'avoir copié, et il regrette de ne pouvoir, à défaut de temps, comparer, dans les originaux grecs, les expressions de Rufus et de Galien, on devra convenir qu'il était difficile d’accumuler plus d'erreurs en moins d'espace, quand j'aurai prouvé : 1° que ce passage n'est point relatif au traitement de l’anévrysme; 2° que ce passage n’est point de Rufus; 3° que Galien ne l’a point copié; 4° et qu'il n'existe point d'originaux grees de Rufus, relatifs à l'anévrysme, qu'on puisse comparer avec ceux de Galien. |

Pour établir le premier de ces points, à savoir, qu'il ne s’agit point, dans le passage en question , du traitement de l’anévrysme, je n'aurais qu'à renvoyer à ce passage même ; on y verrait, dès les premiers mots, qu'il ne s’agit que des plaies actuellement saignantes, et dont lhémorrhagie demande à être arrêtée sans retard : 5% vas undè manat sanquis, etc.; les suivans sont bien plus décisifs encore : Ubi noveris numquid vena sit an arteria. Quand vous aurez reconnu si c’est une veine . ou si c’est une artère. Une veine ou une artère! L’auteur de la thèse, qui a voulu faire Rufus plus savant qu'il n’était sur le traitement de l’anévrysme, lui fait tort quant aux connaissances qu'il posséda réellement , car on a la certitude qu’il distingua fort bien les varices de l’anévrysme, et qu'il n’attribue point cette dernière maladie à l'affection ou à la blessure des veines. Ainsi, dès qu'il y a doute sur la nature du vaisseau qui donne lieu à l'hé-

Eyes,

morrhagie qu'on veut arrêter, 1] ne peut être question d’anévrysme dans ce passage. Je répète donc, ce que ce passage dit suffisamment par lui-même, qu’il n’est relatif qu'aux plaies compliquées d’hémorrhagie. J'affirme de plus que toute autre opinion paraîtra insoutenable à quiconque l'aura lu, avec le long chapitre dont il fait partie, dans Galien, dans Aetius, dans Paul d'Égine, dans Rhazès, dans Avicenne, dans Lanfranc, dans Guy de Chaulac, dans Tagault, où il est reproduit presque textuellement, et dans vingt autres auteurs qui l'ont copié, et que J'indiquerai aux personnes pour qui les huit qui précèdent ne seraient pas une autorité suffisante.

Ainsi donc le passage cité par l’auteur de la thèse n’est point relatif à l’anévrysme, et ce n’est point une omission de l’avoir passé sous silence en faisant l’histoire des mé— thodes d'opérer cette maladie : premier point qu’il fallait établir. }#

Ceci suffirait à ma justification, mais je veux à mon tour sonder l’érudition de celui qui me critique.

2° Ce passage n’est point de Rufus.

Quels-motifs alléguerait l'auteur de la thèse pour établir, contre toute évidence, que ce passage est du médecin = d'Éphèse? 11 n’y en a qu'un seul; et ce motif, je l’allègue, puisque l’auteur de la thèse ne l’a pas fait : c'est qu’à la suite du titre du chapitre d’Aetius, on lit le nom de Rufus. Prétendrait-1l en conclure que Rufus est l’auteur de tout ce chapitre? Cette prétention serait bientôt réfutée par ce chapitre même dans lequel sont cités des auteurs postérieurs à Rufus, tels que Philagrius, Galien, Oribase, ete.; donc ce chapitre n’est point de Rufus; donc ce chapitre ne contient de ce médecin que quelque opinion isolée... . Mais à quoi reconnaître ce qui est de lui? Il n’y a que trois

moyens d'arriver à cette détermination. Ou ses opmions se font connaître par des caractères mtérieurs qui leur sont bé ri c'est à dire par un rapport déterminé avec d’autres opinions qui nous viennent directement de lui, et qu'il est facile de reconnaître; ou bien le témoignage de quelque écrivain postérieur autorise à les lui attribuer; ou bien enfin, en l'absence de tout renseignement, on les lui attribue, parce qu’on ne trouve aucun autre auteur à qui l’on D. plus naturellement les rapporter. Or, rien de cela n'est favorable à l'opinion de l’auteur de la thèse. Le passage n’a en lui-même rien qui puisse le faire attribuer à un auteur plutôt qu'à un autre; mais ce qui le précède et le suit ne laisse pas la même incertitude. Si on voulait oublier un instant où cela se trouve, rien ne ferait penser à Rufus, et l’on verrait, presque dans chaque mot, des opinions ou des connaissances que lon sait appartenir à Galien, et qui reparaissent en une foule d’endroits dans ses ouvrages. Qu'est-ce donc, quand on considère ces fragmens au milieu du chapitre dont ils font partie, et quand on reconnaît que ce n’est pas une phrase ou deux dont il s’agit de désigner le véritable auteur, mais un chapitre entier à attribuer à Rufus sans nul-motif qui y autorise, et un homme comme Galien à accuser d’un énorme plagiat, reproduit comme à plais dans les plus importans de ses ouvrages ? Donc encore une fois, et pour vingt autres raisons qu'il serait superflu de déduire, le passage en question n’est pont de Rulus.

3° Galien n’a point copié ce passage ; Galien n’est point un copiste dans ce qu’il dit de l’anévrysme, quoi que puisse prétendre, à cet égard, l’auteur de la thèse présentée au concours: | | |

Que le chapitre presque entier d’Aetius, dans lequel

se trouve ce passage, soit pris à peu près textuellement dans les œuvres de Galien, c'est ce dont il est facile à chacun de s'assurer en un instant. On n’a qu'à Jeter pour cela les yeux sur le traité De methodo medendi , aux chapitres 2 et 3 du livre V; il n° y à pas même là matière à controverse, le fait est indubitable. Or, parce qu’un compilateur très souvent infidèle dans ses citations a placé en tête de ce chapitre le nom d’un homme auquel il ne peut pas appartenir, est-ce une raison suffisante pour en dépouiller celui chez qui on le trouve dans toute son ex tension, et avec plus de développemens encore? Est-ce une raison pour enlever à Galien des idées reproduites sous diverses formes dans tous les endroits de ses œuvres qui se rapportent au même sujet? Non, assurément non. Ce serait se montrer dépourvu de tout esprit de critique que d'en agir ainsi. Et quelque penchant qu'on eût à prendre ce parti, on serait encore dans l'impossibilité de le faire; car on se trouverait en face d’une multitude d’auteurs qui, en reproduisant ou les idées fondamentales du chapitre en question, où même la plupaït des détails qu'il renferme, ne manquent pas d’avertir qu'il appartient à Galien, de qui'ils l’empruntent. Tels sont, pour n’en citer qu'un petit nombre : Rhazès, Continens, lib. xxvrnr, tr. 1, cap. 2; Avicenne, lib. 1v, fen. 4, tr.2, cap.16et 18; Lanfranc, Practica quæ dicitur ars completa totius chirurgiæ, doctr. 111, tract. 1, cap. 9; Guy de Chauliac, traité 111, des Plaies, chap. 3; Tagault, Institut. chir. Ub. x, cap. 12. FF ET

Je puis m'arrêter ici et conclure que ma troisième proposition est sullisamment prouvée, savoir : que Galien n’a point copié de Rufus le passage cité dans la thèse présentée au concours par M. Lisfranc.

Quant à ma quatrième proposition, qu'il n'y à point d'originaux grecs de Rufus, relatifs au traitement de l’anévrysme, qu'on puisse comparer avec ceux de Galien, pour voir si celui-ci en a copié les expressions, j’attendrai, pour en donner des preuves, qu'elle soit contestée. Je ferai seulement remarquer que la proposition contraire a de quoi étonner de la part d’un historien qui se pique d’avoir tout examiné par lui-même , et qui doit avoir la mesure d’érudition indispensable pour cela, J'entends la connaissance de ce qui nous reste des sources originales de la médecine grecque.

Voilà ma défense achevée contre le premier paragraphe de la thèse présentée au concours par M. Lisfranc.

Que l'auteur se défende à son tour :

4° D'avoir cité comme description d’une méthode de traitement de l’anévrysme un passage qui n’est point re-— latif à l'anévrysme ; | |

2° D’avoir attribué à Rufus un passage qui n’est pas de lui; |

3° D’avoir traité faussement Galien de copiste; de l'avoir accusé de copier dans Rufus un passage qui n’est pas de Rufus et qui n'est de personne que de Galien lui-même ;. |

4° D’avoir commis une inadvertance qui a lieu d’étonner de sa part, en regrettant de ne pouvoir, à défaut de temps, comparer à l'original grec de Galien l’origimalgrec de Rufus, relatif au traitement de l’anévrysme , qui n'existe pas.

En attendant, je passe au deuxième paragraphe de la thèse. ILest relatif à la méthode d'opérer l’anévrysme qu’on trouve réellement décrite dans Aetius.

Ici on ne me reproche ni inexactitude ni omission; mais moi j'y reprocherai une omission à l’auteur de la thèse.

Elle consiste à s’attribuer l'honneur d'avoir débarrassé cette histoire d’un nom cité à tort par les historiens , et à taire le nom de quelqu'un qui l'avait déjà fait auparavant. LU

« Aetius , dit-il, décrivit plus tard un autre procédé qui paraît lüi appartenir. » Et plus loin : « Comme on le voit, nous rayons de cette histoire le nom de Philagrius auquel, on rattache ordinairement ce procédé, sans qu’on apporte même en faveur de cette Opinion une raison au moins probable. » Comme je suis, avec Sprengel, le seul historien qui ait été mis en cause par l’auteur de la thèse, le lecteur pourrait supposer qu'une partie de cet: on raltache ordinairement , et de la conséquence , vient à mon adresse ; or, voici ce que j'ai dit dans mon article. « La méthode consignée dans les écrits d'Aetius est at tribuée à Philagrius par les historiens, quoique le nom de ce chirurgien, placé en tête du chapitre sur Ze ganglion, qui précède immédiatement celui ser l’anévrysme, ne se trouve nulle part dans ce dernier. » J'avais donc, avant l’auteur de la thèse, rayé le nom de Philagrius de cette histoire, et j'avais même indiqué la cause de lerreur qui l'y avait fait introduire. AGE

Le troisième paragraphe de la thèse de Concours traite des deux procédés décrits par Paul d'Egine.. J'ai dit que le premier de ces procédés ressemblait à celui décrit dans Aetiué , si l’on retranchait de ce dernier le temps qui consiste à lier l'artère à distance au-dessus de la tumeur avant d'ouvrir l’anévrysme.

« Le texte est assez obscur , dit l’auteur de la thèse ; cependant il est naturel de pensér que la ponction se faisait dans le sac , et que les ligatures étaient placées au dessus et au-dessous. On voit qu'il n’est pas tout-à-fait

éxact de dire, comme l’a fait M. Dezeimeris, qu'elle ressemble à celle d’Aëtius. »

“À cela je réponds que le texte ne me paraît pas obseur ; qu'il n’est point naturel de penser que les ligatures fussent placées au-dessus et au-dessous de lanévrysme , puis qu’elles étaient toutes deux passées du même coup, et avee une seule aiguille par dessous l'artère ; j'ajoute enfin que j'ai dit en quoi cette méthode différait de celle LUE ét que je n’y vois pas d'autre différence que celle que j'ai indiquée.

L'auteur de la thèse passe aux Arabes et prétend qu'ils né se bornèrent point, comme on l’a dit (je suis de ceux qui l'ont dit) à copier les Grecs. Je maintiens mon dire jusqu’à ce que l’auteur de la thèse aït prouvé le contraire. Il ne l'a point fait jusqu’à présent, car le passage qu'il cite d'Avicenne, et qu'il tire d’un chapitre copié presque tex—

“tuellément de Galien, n’est pas plus relatif aux anévrysmes que le prétendu passage de Rufus, mais se rapporte uniquement, de fait, et dans l'intention de l’auteur, aux plaies compliquées ado lan

« Guy de Chauliac, dit l'auteur de la thèse, parle le premier de la compression appliquée sur la tumeur, en ÿ ajoutant l’action dé substances astringentes. »

Guyÿ de Chauliac n’est ni le premier qui parle de la éémpréssion, ni le premier qui ÿ ajoute l’action des substarices astringentes ; Galien à enseigné et pratiqué tout cela; plus que céla même, puisqu'il à employé aussi les réfrigérans ‘et qu'il rapporte le cas d’un esclave qui fut guéri d’un anévrysme en appliquant long-temps de la neige dessus, d’après le conseil d’un homme étranger à-la médecme. Je cite ce fait en passant pour montrer à l'aiteur de la thèse coinbien il se trompe en assignant

| 339 au dix-huitième siècle l'origine de la méthode des réfrigée rans, et en en faisant remonter tout au plus, avec d’autres, les premières traces jusqu’à Th. Bartholin. |

L'auteur de la thèse termine son historique par un paragraphe où je suis inculpé plus fortement que dans ceux qui précèdent, mais contre lequel il ne me sera pas plus difficile de me défendre. pu ‘

« Ici commence, dit-il, une discussion plus intéressante, puisqu'il ne s'agit de rien moins que de la véritable origine de la méthode d’Anel. On sait que plusieurs auteurs l'ont rapportée à Guillemeau; M. Dezeimeris le nie formelle ment, et prétend que Guillemeau ne fit que suivre la méthode d’Aetius. Nous ignorons ce qui a pu induire ce savant dans une telle erreur; mais il est facile de démon trer.que Guillemeau a indiqué en propres termes la méthode d'Anel et qu’il n’a point suivi celle d’Actius. »

Et moi je dis qu’il n’y a qu'une chose facile à démontrer, parce qu'il n’y à qu’une chose vraie, c’est que Guillémeau n’a décrit en termes propres ni impropres la méthode que J'ai revendiquée pour Anel, et qu'il ma fait que suivre celle d’Aetius. Qu'on ne s’en laisse point imposer par l'assurance avec laquelle l’auteur de la thèse ajoute, après avoir rapporté un long passage de Guillemeau: « On‘yoit que le procédé de cet auteur n’a aucune: analogie avec celui d'Aetius: » Je vais mettre le lecteur à même d'en juger. Je n'ai qu’à placer en regard la description ‘qué chacun d’eux donne de l'opération qu'il propose: Je:ne demande que la permission de faire auparavant une seule remarque : c’est que la méthode d’Anel consiste essen tiellement, uniquement à faire la ligature de l’artère au dessus de la tumeur, sans toucher à celle-ci et que la, méthode d’Aetius consiste & ouvrir la tumeur aprèsavoir

lié l'artère au dessus , à vider cette tumeur des caillots et du sang grumelé qu’elle contient, puis à la panser, de façon à faire qu’elle se remplisse de chairs et s’obstrue. On va voir à laquelle de ces méthodes ressemble Popé-

ration de Guillemeau.

- Premièrement, on marquele tra:

jet de l’artère à la partie interne da bras , depuis l’aisselte jusqu’au pli du bras; ensuite, en cetle même partie interne du bras, et sur ce trajet à trois ou quatre doigts au dessous de l'aisselle, on fait une simple incision en long à la peau, à l'endroit de l'artère où elle se rencontre au toucher, et l'ayant peu à peu découverte , on l'isole avec soin des parties environvantes , on la soulève avec un crochet mousse pour passer au dessous deux liens de fil et la lier so'idement ; on la coupe ensuite entre les deux ligatures, et l’on panse. Cela fait, n'ayant plus à redouter lhémorrhagie, on ouvre la tumeur, on ôte tout lesang grumelé qu'elle contient, on recherche l'artère d’où est venu le sang, on lalie comme la précédente, on remplit la plaie de pâte d’encens, et on la fait suppurer.

Aetius, Tetrab. 1V, serm.5, Cap.

Premièrement, je remarquai sur le cuir l'artère en la supérieure etintérieurepartie de l’avant-bras (du bras ), ainsi qu’elle descend de l’aisselle au pli du bras, trois doigts au dessus d’icelui, et en cette même partie, suivant ce que j'avais remarqué, je fis une simple incision en long au cuir qui était comme séparé à l’endroit de. l'artère où elle se rencontre au toucher, et l’ayant ainsi descouverte, passay par dessous avec une grosse esguille courbe une petite fisselle desliée, puis avec icellefisselle, je liay la dicte artère à double nœud. Cela faict, tout le sang groumelé et autre caillé contenu en la tumeur furent ostés; puis les parois de la tumeur furent la-

vées avec eau de vie, en laquelle ..

j'avais fait dissoudre un peu d’égyptiac pour corriger la pourriture jà commencée en cette partie; un mois après. le malade fut parfaitement guairy, sans estre aucunement estropiat de son bras.

Guillemeau, La Chirurgie francoise , etc. Edit. de Paris, 1594, pag. 92.

Que pense le lecteur maintenant de la hardiesse de Vauteur de la thèse à dire que le procédé de Guillemeau n’a aucune analogie avec celui d’Aetius? et quelle analogie trouve-t-il au contraire entre la méthode d’Anel, qui consiste à lier l'artère au dessus de la tumeur, sans toucher à celle-ci, et l'opération de Guillemeau, qui, après avoir lié l’artère comme Aetius, vide, comme Aetius, la tumeur anévrysmale des caillots de sang qu’elle renferme, et lave même ses parois avec de l’eau-de-vie chargée d’égyptiac avant. de la panser. pour la faire suppurer ?

Comme la non-éncision de la tumeur est ce qui caractérise essentiellement la méthode d’Anel, l’auteur de la thèse, pour trouver ce caractère dans l'opération de Guillemeau, n’a pas craint d'émettre une assertion qui est une erreur flagrante et palpable. Il prétend que la tumeur n’a point été ouverte, que Le sang groumelé et autre caillé a été retiré par l'ouverture qui y existait avant l’opération. Ainsi, pour ne pas convenir que cette opération n’a nulle ressemblance avec celle d’Anel, il ne craint pas de dire qu'on a pu vider un anévrysme ancien et de la grosseur du poing des concrétions fibrineuses résistantes et des caillots qui existent dans les tumeurs de cette nature et de ce volume, qu’on a pu même en laver les parois, à travers une ouverture qui n’était, selon toute apparence, qu’un pertuis par lequel commençait à se faire un suintement purulent. N'est-ce pas là une assertion bien étrange ? | |

Il est facile de voir, dans l'observation de Guillemeau, que cette ouverture n’est pas autre chose que ce qui vient d’être dit;' voici un passage de cette observation; il n’a pas besoin de commentaire. SAN

« Après une saignée faicte au ply du bras, était survenu un petit aneurisme , qui par succession de temps était accru de Ja grosseur du poing, auquel ‘enfin le sang eontenu en iceluy se groumela: ce qui fut cause d’engendrer quelque commencement de pourritureen la dicte tumeur , comme il s’aperceut par le cuir , qui avait ehangé sa naifve couleur en noirceur et lividité, #estant mesme altéré et ouvert : pour à quoi obvier , ef au grand flux de sang principalement, qui s’en pourrait ensuivre, avec déperdition d’esprits, si l'ouverture se faisait plus

ample, je proposay, etc...»

Cela est clair, l'ouverture n’était pas assez grande pour qu'il pût y avoir, à moins qu'elle ne s'agrandit, flux de sang.et déperdition d’esprits ; donc il est de pour tout le monde, excepté pour l’auteur de la thèse, que cette ouverture dut être considérablement agrandie par Popérateur, pour. qu'il püût vider la tumeur de fout le sang groumelé et autre caillé contenu en elle, et pour qu'il pût en laver les parois; done , Guillemeau pratiqua dans ce. eas l'opération d'Aetius, "+ non pas celle d'Anel; done, l’auteur de la thèse n'a rien prouvé contre la priorité adjugée à Anel pour la méthode connue sous son nom, en rapportant Pobservation de Guillemeau.

Quant à la conclusion que Guillemeau tire de ce fait : «en cas pareil, le chirurgien peut sûrement découvrir Vartère vers sa racine et partie supérieure, et la lier de méme façon et sans autre cérémonie » , conclusion que l’auteur de la thèse rapporte en déclarant que la méthode: d’Anel ést tout entière dans ce peu de mots, il est. clair que cette conclusion ne peut renfermer que ce que renferme lui-même le fait d’où elle est déduite; lier l'artère de mesme façon et sans autre cérémonie, ne veut pas dire faire l’opération d’une façon différente, et en se gardant bien de toucher à la tumeur, au lieu de l'ouvrir comme on l'avait fait. Sans autre cérémonie, signifie tout simplement sans s'arrêter à une multitude de traitemens, inefficaces ou dangereux qu ont été proposés, et qui ne valent pas la HEAR quiy est seule proufitable.

Après avoir prouvé que la méthode de] n'est pas dans Guillemeau , on pourrait se dispenser de suivre l’auteur de la thèse, qui, eroyant l'avoir trouvée däns les œuvres de ce disciple d’'Ambroise Paré, a pensé qu'elle

devait remonter jusqu'au maître. Mais puisqu'il croit en elfet avoir mis le doigt dessus, et qu'il affirme avec assurance que € ’est là qu'est la Pt origine de cette pole Je vais remonter avec lui jusque-là ; car moi aussi j'aime à aller aux sources. Or voicile passage allégué d Aro Paré (livre VII, chap. 3/4).

(Je conseille au jeune chirurgien qu'il se garde d'ouvrir les anévrysmes, s£ elles ne sont fort petites, et en parties non dangereuses, coupant le cuir au-dessus , le séparant de l'artère; puis on passera une aiguille à sé— ton, enfilée d’un fort fil, par sous l'artère aux deux côtez de la playe, et sera VA artère liée, puis coupée, et la playe traictée comme une simple playe, laissant tomber le filet de soy-mesme : et ce faisant nature engendre chair, qui sera cause de boucher l'artère. »

L'auteur de la thèse trouve là le précepte de lier l'artère au-dessus de la tumeur , et de ne pois toucher à celle-ci; car il faut qu'il y ait cela pour qu'on y trouve la méthode d’Anel. Moi j'y vois tout le contraire.

Si les anévrysmes sont volumineux et situés en des partes où leur ouverture serait dangereuse, répète Paré avec la longue suite de ses prédécesseurs depuis Aetius, il faut les respecter et se garder de les ouvrir. « Je conseille au jeune chirurgien qu'il se garde d'ouvrir les ané— vrysmes 57 elles ne sont fort petites, et en parties non dangereuses.» Mais si elles sont fort petites et en parties non dangereuses , dit évidemment ce passage, c’est alors le cas de les opérer, et cette opération se fait «cowpant le cuir au-dessus , le séparant de l'artère » , ete. Done, première conclusion, Paré veut que l’on ouvre l’anévrysme quand il est opérable. f

Maintenant, où veut-il que l'on fasse la ligature 2 Je

puis déjà répondre : à l'endroit de la tumeur, puisqu'il ne parle que de couper, d'ouvrir en un seul endroit ; mais en voici une nouvelle preuve.

L'auteur de la thèse pense qu'il s'agit d’une ligature à distance de la tumeur et au-dessus d’elle. Mais , dans la langue de Paré, au-dessus ne veut pas plus dire au—dela par en haut , que par sous ne veut dire au-dela par en bas. Au-dessus, pour Paré, signifie exactement la peau qui est sur la tumeur. Je maintiens ce sens pour incontestable. Que si l’on a quelque doute sur cette interprétation, on n’a qu’à prendre la traduction latine des œuvres de Paré, et toute imcertitude cessera, car on y lit superincidatur cutis ; en un seul mot Mn ge ua pour rendre tout doute impossible. Et qu'on n’aille pas dire que la traduction peut être infidèle, car elle a pour auteur celui à qui l’on attribuait tout à l'heure la méthode d’Anel, Guillemeau lui-même , auquel on ne peut objecter qu'il n’a pas bien compris la pensée de son maître, et qui se serait bien gardé de Paffaiblir en un point sur lequel il aurait eu la même opinion, et auquel il aurait attaché tant d'importance.

Paris, 30 juillet 1834.

Réplique à M. Lisfranc, par M Dezeimeris.

Dans la partie historique de la thèse présentée au concours par M. Lisfranc, j’étais attaqué d’une manière fort tranchante comme auteur d’un article sur le même sujet, qu’on disait entaché d’inexactitudes et de graves omissions. Cette thèse n’était pas encore livrée au-public , ni

même aux compétiteurs de M. Lisfranc, elle n'était encore connue que de ses aflidés, que déjà le bruit se répandait de tous côtés que M. Lisfranc avait fait une critique : aCCa-

blante de mon article. |

Je n'avais pas l'honneur de connaître personnellement M. Lisfranc, mais je m'étais fait une idée peu favorable de son respect pour lesconvenances qu'il invoque aujourd’hui, d’après le ton dont ses disciples , et jusqu’à son libraire, parlaient d’une discussion qu'ils n'étaient pas aptes à juger.

Ce ton n'était pas supportable , et je devais répondre au plus tôt. Je ne pris que le temps nécessaire pour écrire une réponse. Îl ne m'en fallut pas beaucoup pour démontrer, Je crois, que ce n’est point mon article, mais la thèse présentée au concours par M. Lisfranc , qui contient de nombreuses erreurs.

Cette réponse fut prête assez tôt pour qu'il me fût possible , au moment même où l’amphithéâtre de la Faculté se remplissait pour l'argumentation de la thèse, de témoigner publiquement, en faisant en quelque sorte le dépôt de ma défense, que je ne me tenais pas pour battu, et de protester amsi qu'il faudrait m’entendre avant que de me condamner. Ma réponse aux critiques de M. Lisfranc, dont je n'avais alors que quelques épreuves, que je n’avais pas même eu le temps de corriger, a été insérée dans les Archives générales de Médecine. On vient d’y répliquer par un écrit intitulé : Quelques recherches sur l’histoire chirurgicale des anéorysmes, en réponse à M. Dezeimeris, par M. Lisfranc.

Si l’art de manier la plaisanterie avec légèreté , si l'art d’embrouiller avec adresse des questions trop embarrassantes pour qu'on y réponde, si le sophisme ingénieux et subtil suffisaient, Je ne dis pas pour persuader des esprits

légers et ignorans, mais pour convaincre les hommes sé— rieux et instruits que de graves erreurs sont de solides vérités ; si ces brillantes qualités de l'esprit, qu'on ne con- “naissait pas, je crois, jusqu'à ce jour, à M. Lisfrane, étaient capables de le tirer du mauvais pas dans lequel il s'est engagé, assurément 1l aurait gain de cause. Mais des plaisanteries, mais des subtilités, maïs des récriminations sophistiques, mais des allégations qui ne brillent pas toujours par la bonne foi , ne sont pas des preuves, et l’au— teur de la thèse présentée au concours restera , Je crois , convaincu; même après ses Quelques recher ches sur l’histoire chirurgicale des anévrysmes, d’avoir chargé cette histoire de plus d'erreurs qu'il de a dans sa thèse d’alinéas qui y soient relatifs.

Je lui prouverai même qu'il en a commis beaucoup de nouvelles dans ces Quelques recherches , et il sera démontré encore une fois qu'on peut avoir beaucoup d’assurance et peu de savoir , de l'esprit , du talent ; tout ce ‘qu'il faut pour acquérir une science solide, et être encore fort loin de la posséder. Mais quant à présent, et vu le peu d'espace dont je puis disposer dans ce journal, je me bornerai à montrer que les attaques qu'on dirige vers moi portent à faux, et à prouver aie toutes mes objections contre la thèse subsistent , qu'aucune n’a été repoussée , et qu'on reste convaincu de toutes les erreurs que J'avais signalées, et dont on n’a pu se défendre.

Il y a deux espèces d'attaques dirigées contre moi dans les Quelques recherches. On me reproche d’abord de m'être défendu pendant le concours; on trouve cela peu délicat de ma part; et l’on prétend ensuite que je me suis trompé sur quelques questions d'histoire.

Je n’admets que sous condition le besoin de me dé-

fendre sur le premier point. Ou bien c’est M. Lisfranc lui-même qui, par l'intermédiaire de ceux qui lui prétent leur plume , m'adresse ce reproche ; ou bien ce sont les gaillards (c'est ainsi que leur libraire les désigne) qui font les recherches et écrivent pour lui, qui se croient en droit de m'adresser des interpellations à cet égard. Si c’est M. Lisfranc, je lui répondrai que le concours m'était chose parfaitement indifférente ; que j'étais attaqué , et que J'avais le droit de me défendre ; que rien ne l’avait obligé, lui, à imaginer et à soutenir de graves erreurs historiques, tout exprès pour attaquer des documens que j'avais rassemblés sur le même sujet, ét qui restent des vérités en dépit de ses attaques; qu’il serait ridicule de s’attribuer le droit de critiquer quelqu'un dans une thèse qui va faire du bruit un instant, qui sera lue forcément par beaucoup de monde, au moins le jour de l'argumentation qu’elle va subir ; et de ne concéder à la personne attaquée d'autre droit que celui de se défendre contre cette thèse quand on aura cessé de s’en occuper, quand personne plus n’y songera ; c’est à dire le lendemain de son apparition. Je lui dirai enfin que cette prétention n’est pas moins ridieule que lassertion par laquelle il termine sa brochure, d’un effort qu'il aurait dû faire sur lui-même pour ne pas se fâcher tout de bon de la liberté grande que j'avais prise à son égard.

Que si le reproche d'une atointé portée aux eonvenances m'est adressé, non par M. Lisfranc, mais par ceux qui font les TR et écrivent pour lui , au lieu de leur répondre je les engagerai à ne jamais parler convenance et délicatesse quand il sera question du concours qui vient d’avoir lieu, et de la thèse qui y a été présentée par M. Lisfranc.

Je passe outre, pour ne plus revenir désormais sur cette partie de la etai |

Si Je voulais suivre l'attaque dans tous les détours où elle s’est fourvoyée , et relever tous les faux pas qu’elle a faits dans une route où il est si facile de broncher quand on s'y engage sans la connaître, je n’en finrrais pas. J’aurai une autre fois plus de loisir et plus de PAIE Aujourd hui il faut être bref. . | .

Toutes les objections , les arguties et les hypothèses contenues dans les seize premières pages de la brochure tombent d’elles-mêmes, et il ne reste de cette partie des Quelques recherches que les erreurs que l’auteur y a glissées, dès qu'on sait qu'il y à plusieurs éditions latines d'Aeuus, que je lai cité d'après les trois meilleures , conférées ensemble, tandis que l’auteur de la thèse et des Quelques recherches s’est servi, et s’obstine à se servir de l'édition défectueuse d’une mauvaise traduction. A lui permis si cela lui convient; je ne m’amuserai pas à lui prouver qu'il a tort. Je dirai seulement que si huit éditons d’Aetius publiées depuis celle qu'il préfère, et dans aucune desquelles on n’a adopté la traduction qui obtient son suffrage, n'avaient pas suffisamment démontré l’infériorité de cette traduction, il trouverait peut — être des preuves suffisantes de la supériorité de celle de Cornarius (en attendant qu'il puisse les comparer lui-même l’une à l’autre et avec les meilleurs manuscrits) dans les dissertations qu'ont publiées à ce sujet deux savans cri tiques dont je ne lui dirai pas les noms pour lui laisser momentanément le plaisir de dire avec malice, comme il a fait dans ses Quelques recherches, que c “est parce que je ne les connais pas.

J'ai dit que l’auteur de la thèse avait attribué à Rufus

un passage qui n’est pas de Rufus; j'ai dit que l'auteur de la thèse s'était gravement trompé en prétendant que Galien avait copié ce passage de Rufus; je l'ai mis dans la nécessité ou de reconnaître que Rufus n’a aucun droit sur ce passage, ou d'accuser Galien de l'énorme plagiat de plusieurs longs chapitres du plus important de ses ouvrages pratiques; Je lui ai fait remarquer que tout le fond de ces chapitres se retrouvait même dans d’autres écrits de Galien (circonstance dont il ne tient pas compte parce qu'il ne remonte aux sources que quand on Jui en donne l'indication et qu'on les lui met sous la main); je l'ai montré en contradiction avec tous les écrivains en chirurgie qui ont paru depuis Galien et qui citent leurs sources; J'ai démontré, je puis le dire, sur tout cela, les erreurs de l’auteur de la thèse d’une manière irréfutable.

Il m'oppose , pour sa défense , l'autorité de Peyrilhe, lui qui convient (pag. 19) que l'autorité ne prouve rien contre le fait, et encore l'autorité de Peyrilhe qui évidemment se trompe dans cette circonstance; l'autorité de Peyrilhe à laquelle j'ai déjà opposé l’autorité plus puissante des faits; l'autorité de Peyrilhe à laquelle j'ai opposé plusieurs autorités graves, et à laquelle j’en opposerai vingt autres qui, dans cette question , ont beaucoup plus de poids que la sienne.

L'auteur de la thèse m'oppose en second lieu un passage de mon article relatif & la définition de l'anévrysme, quand il s’agit d’un passage tout différent sur la ligature et la torsion des vaisseaux dans les plaies saignantes, ou, selon la fausse interprétation qu'il en donne, d'un passage sur le éraitement de l’anévrysme.

Puis, par dessus tout cela, des plaisanteries qui ne prouvent rien que l’esprit de l’auteur, des efforts pour

trouver des coltrddierionis où 1l n'y en à pas, des arguties, où 11 y a peu de dignité et de bonne foi, pour rapprocher. et mettre en opposition les uns avec les autres des passages qui se rapportent à des objets différens , enfin des assertions décidément fausses , comme quand on'me fait nier que Rufus ait donné une défiiition de l'anévrysme ; quand je nie seulement qu ’il'en ait distinqué les espèces, qu’il en ait assigné la curation , et qu’il n'ait guère laissé au médecin de Pergame que l'honneur de le copier; ou bien encore , quand on dit que Rufus, ou tout autre , appliqué la torsion aux veines comme aux artères, tandis qu'il prescrit un traitement DRE UNRE pour chaque Wie de vaisseau ouvert, ce qu on ne peut déguiser qu’en tronquant le passage.

J'arrive donc à la page 25 de la brochure , et je demande : L'auteur a-t-1l prouvé que le passage qu’il attribue à Rufus soit de Rufus? non, mille fois non. A+-il prouvé que ce passage et tout le chapitre dont il fait partie ait été copié de Rufus par Galien, et non pas de Galien par Aetius, et par vingt autres auteurs qui le déclarent euxmêmes ? L'a-t-il prouvé? Non, bien moins encore assurément. Il peut donc chercher de nouveaux argumens en attendant que je réponde en détail : à ce qu’il a donné pour des argumens.

Il peut en chercher aussi pour prouver qu'il s’agit du traitement de l'anévrysme dans un passage où 11 n’est question que de plaies actuellement saignantes, et à l’égard desquelles on est incertain si l’hémorrhagie qu'elles fournissent provient de la blessure d’une artère ou de celle d’une veine. |

Il peut en chercher pour prouver (cé qui est faux) que l’auteur du chapitre en question, c’ést à diré Galien,

donne le nom d’anévrysme à l’hémorrhagie simple telle que celle dont il s'agit dans ce chapitre; que cet auteur donne également le nom d’anévrysme à lhémorrhagie fourn e par une artère et à celle fournie par une veine ; ou même enfin > pour donner plus d'avantage à l’auteur de la thèse, quoique ce soit déplacer la question, qu'il donne le nom d'anévrysme à toute tumeur formée par du sang épanché, que ce soit une artère, ou que ce soit une veine qui l'ait fourni. Ce sont là jan assertions qui se trouvent dans les pages suivantes de la brochure , mais assertions sans preuves, comme on le pense bien.

L'auteur nous apprend (pages 29 et 30) que, quand il comparait Rufus et Galien et traitait celui-ei de co— piste, lorsqu'il regrettait de ne pouvoir, à défaut de temps, S'assurer st le plus moderne de ces deux auteurs avait copié jusqu'aux expressions de son prédécesseur, quand il parlait en un mot de comparer les originaux, son regret n'était point de ne pas pouvoir comparer, dans ces originaux , le plus ancien au plus moderne , Rufus à Galien , mais de ne pouvoir se donner le plaisir de comparer le grec de Galien avec le grec d’Aetius qui lui est postérieur de plusieurs siècles. À la bonne heure ! cette explication est doublement curieuse ; car elle nous apprend , d’une part , qu'on devra appeler les originaux d’un au teur une phrase transportée de ses écrits dans une com— pilation faite bien des siècles après lui ; et d’autre part, elle établit comme un principe de critique non encore découvert, mais qui peut être d’un grand usage, qu’un excellent moyen de s'assurer si Galien a copié un auteur plus ancien que lui, c’est de voir, dans un compilateur beaucoup plus moderne , et dont l'autorité comme historien où comme critique est parfaitement nulle , si le pas=

sage relatif. au même sujet est exprimé dans les mêmes termes ! C’est quelque chose d’avoir appris cela dans la brochure. L'auteur a voulu m'apprendre, en outre, qu'il existe des manuscrits grecs d’Aetius et qu’on en trouve plusieurs à la Bibliothèque royale. Je le remercie de son obligeance, mais je pouvais me passer de son avis, qui ne a rien appris, par la raison que J'ai à ma disposition un fort bon manuscrit , qui appartint autrefois au savant René Moreau, et qui, ayant été conféré par lui avec les quatre meilleurs manuscrits de la Bibliothèque, est plusque suffisant pour en tenir lieu dans une dispute telle que celle que j'ai à soutenir.

Je passerais par dessus la page 34. » S1Jé n’avais à re pousser le reproche qui m'y est adressé (on va voir avec quelle justice), d'avoir tronqué un passage de la thèse ; le voici tout entier : « Comme on le voit, nous rayons de cette histoire les noms de Philagrius et d’Antyllus, auxquels on rattache ordinairement plusieurs de ces procé— dés, sans qu’on apporte même en faveur de cette opinion une raison au moins probable. » Or, en parlant du procédé de Philagrius, et de celui-là seulement, j'ai fait remarquer , après avoir cité la partie de la phrase de la thèse qui s'y rapporte, de la manière suivante : « Comme on le voit, nous rayons de cette histoire le nom de Philagrius, aûquel on rattache, etc. », j'ai fait remarquer, dis-je, que j'avais déjà fait cette élimination dans mon article, etque non seulement je l'avais motivée, mais que j'a vais mdiqué la cause de l'erreur de beaucoup d'historiens, ce que n'avaient fait mi l’auteur de la thèse, ni Peyrilhe, ni Sprengel, quoi qu'il en dise. Et voici la preuve de ce que j’avance par rapport à Sprengel; je copie ses propres expressions : webrigens ist er (Philagrius) der erste der

das AneuTySNa Zzu,.0periren Anleitung giebt. (Kurt Sprengel ; F’ersuch einer. Pragmatischen Geschichte der Arzneykunde. 3° édit. Halie,.1823,.t.1IL, p.430) Et:puisqu'il plaît à l'auteur des Quelques.recherches.de relever le nom d’Antyllus, dont je n'avais pas parlé, si lence qu'il mterprète comme un aveu. de quelque grosse faute que j'aurais faite sur son chapitre, je. prétends.au contraire prouver à l’auteur de la thèse qu'il ignore les motifs pour lesquels Antyllus a été souvent désigné pour * l'inventeur d’une méthode décrite par. Paul d'Égine, qu'il serait eu peine d'indiquer ceux pour lesquels il.a rayé le nom d’Antyllus de cette histoire, et qu'il yen a peut-être de meilleurs encore pour. laisser cette question.dans le doute, Ici comme en une foule d’endroits. des Quelques recherches, il saute.aux yeux que l’auteur ne connaît des sources que les seuls passages dont il a trouvé l'indication dans Peyrilhe , dans Sprengel et dans mon article.

Le défaut d'espace m'oblige à terminer, ici ;, mais je ne pus le faire sans dire quelques mots de la prétention, de l’auteur de la thèse, de trouver la méthode dite d'Anel dans Guillemeau , et même. dans Paré, prétention qui est vivement soutenue par l’auteur des Quelques recherches , et que je crois avoir ruinée dans ma première ré— ponse. Je dirai avec mon antagoniste : « En résumé sil me-parait qu'il y a dans la-manière: dont-nous entendons ces passages, des différénces tellement tranchées , qu'il faut de toute nécessité que l’un ou l'autre demeure chargé d’un ou de plusieurs contre-sens. » C’est au publie à voir qui de nous,est en défaut. Pour, moi, quand'je compare l’o— pération de Guillemeau à la méthode d’Aetius, qui lie l'artère au-dessus de l’anévrysme eé,vide La tumeur, .et.à celle d’Anel, qui lie l’artère sans toucher à la tumeur,

, 354 je ne puis m'empêcher de reconnaître que c'est à là méthode d’Aetius qu'elle ressemble , puisque Guillemeau lia l'artère au-dessus ef vida la tumeur de tout le sang groumelé et autre caillé contenu en elle ; et quand je lis dans Ambroise Paré : « Je conseille au jeune chirurgien qu'il sé garde d'ouvrir les anévrysmes si elles ne sont fort petites et en parties non dangereuses » , 1l m'est im— possible de ne pas voir là le conseil de respecter les anévrysmes volumineux et situés en des parties où leur ouverture sérait dangereuse , comme au cou, par exemple, (conseil répété par tous les chirurgiens depuis Aetius), et de ne se décider à ouvrir ou opérer de la manière qu'il indique, que ceux qui sont petits et dans des parties non dangereuses, comme au pli du bras. Il m'est impossible aussi dene pas voir exprimé d’une manière parfaitement claire, dans la suite du passage français, ou de la traduction latiné de Guillemeau, au choix de l’auteur des Que/ques recherchés ; le sens que je lui ai donné, et qu'on ne peut altérer sans changer la valeur des mots et bouleverser toutes les idées.

(Extrait de la Gazette des Hôpitaux, du 9 août.)

grate «s

Un dernier mot de M. Dezeimeris, en réponse au dernier mot de M. Lisfranc.

| Extrait de la Gaxette des Hôpitaux, du 26 août 1834.

C'est un système suivi par certains persünnages, et qui réussit, dit-on, dans le monde, de vanter bien haut leurs succès ; au moment même où ils auraient à déplorer leurs revers les plus décisifs. Tel va s’äpplaudir dans un cercle

d'amis ou de flatteurs d’être sorti triomphant d’une lutte, qui s’est échappé tout meurtri de! la carrière » AUX Veux ” dé ceux qui avaient observé le combat. D 2520

‘En choisissant son monde, et ne laissant parvenir la brochure publiée sous son nom qu'aux personnes à qui il lui plaît de adresser, M. Lisfranc peut se flatter d’en wouver un certain nombre qui lui donnent gain de cause, parce qu'il y en a beaucoup qui n’entendent rien à la ques— tion et qui n'en prennent pas moins parti, et parce que un plus grand nombre ; quoique capables de l'entendre , trouvent plus simple d'adopter une assertion que d’éxaminer des preuves. Je n'ai ni le loisir ,: ni la volonté de faire imprimer, comme M. Lisfranc, et de distribuer comme lui de longues brochures pour répéter qu'il s’est trompé sur tous les points de l'histoire de la chirurgie des anévrysmes, et pour soutenir les preuves que j’en ai données et les assertions que j'ai émises: Mais je désirerais sincèrement que le public médical sût à quoi s'en tenir sur les questions débattues entre nous. Il ne suffirait pas pour cela de démontrer que les vingt-quatre propositions du dernier mot de M. Lisfranc sont vingt-quatre erreurs dont quelques ‘unes multiples ; cela n’empècherait. point M: Lisfranc d’aller répétant à qui voudrait l'entendre :. «Le passage que j'ai cité comme description d’une mé- » thode d'opérer l’anévrysme, est bien relatif à l’ané— » vrysme; ce passage, que J'ai attribué à Rufus, est bien » de Rufus ; j'ai accusé Galien de l'avoir copié, et Galien » l’a copié; J'ai regretté de ne pouvoir comparer les ori- » ginaux du copiste et de l’auteur copié , on m'a prouvé » que javais trahi par là mon manque d’érudition, puis- » que les prétendus originaux n'existent pas; mais c’est » égal, je n’en ai pas moins eu raison pour cela de regret-

» ter de ne pouvoir comparer des originaux quels qu'ils » soient; d’ailleurs j'ai pris ma revanche en trouvant des » choses originales sur l’anévrysme chez les Arabes, et, ‘ » qui plus est, dans un chapitre copié des Grecs, et qui » nest point relatif à l'anévrysme. J'ai dit que Sprengel » avait enlevé à Philagrius le procédé décrit par Aetius; » on m'a démontré le contraire en me citant les propres ex- » pressions de Sprengel, mais cela ne m’empêche pas de » répéter que j'ai eu raison, en ajoutant, comme nouvel » argument, une assertion fausse. J’ai.dit que Guy de » Chauliac avait le premier employé la compression de la » tumeur anévrysmale; on m'a fait voir que je m'étais » trompé, et que la compression, telle que l'entend Guy » de Chauliac est dans Galien ; mais je me suis vengé de » ce mécompte en confondant adroitement cette com— » pression avec l'emploi du tourniquet, et concluant que » M. Dezeimeris avait eu tort dans ce cas de dire que » Bourdelot avait le premier employé le tourniquet. Ja » découvert que la méthode d’Anel se trouve au long dans » Guillemeau et même dans Ambroise Paré ; à la vérité, » on a réduit à rien cette découverte, qui d’ailleurs n’est » pas mienne, et on a fait voir que je n'avais compris ni » Aetius, ni Paré, ni Guillemeau; on m'a mis hors d'état » de me défendre avec des raisons, en me mettant sous » les yeux la traduction latine de Paré par Guillemeau, qui » ne peut être entendue de deux manières; mais quand » toutargument m'est enlevé, il me reste mon impertur- » bable assurance, et je répète non seulement que M. De- » zeimeris se trompe dans la manière dont il entend - » Paré, mais même qu'il n’a pas lu la traduction de Paré, » dont il m'a pourtant appris l'existence. » | Avec un pareil système il est évident qu'il n'y a pas de

LA

solution possible à cette discussion, jusqu'à ce que des juges prennent la péine d'examiner les raisons alléguées de part et d'autre, et prononcent sur leur valeur. "

SI C'EST L'AMOUR DE LA SCIENCE ET LE DÉSIR DE CONNAÎTRE LA VÉRITÉ QUI ANIMENT M. LisFRANC, IL ACCEPTERA LA PROPOSITION QUE JE VAIS FAIRE. 594

Nous allons déposer, lui et moi, la somme de 4000 fr. entre les mains d’un notaire qu'il désignera. Cette somme sera le prix d’un concours qui s'ouvrira entre nous. Un jury composé de professeurs de la faculté et de membres de l'Académie sera prié de nous entendre. (J'ai la certitude qu'un nombre suffisant de membres de ces deux corps savans acceptera le rôle de juges.) J'aurai à soutenir l’article anévrysme du Dictionnaire de médecine, qui a été attaqué dans la thèse présentée au concours par M. Lisfranc, l’article que j'ai mis dans les Ærchives pour le défendre, et ma réplique, insérée dans la Gazette des hopitaux du 9 août.

M. Lisfranc, ou les auteurs de la thèse présentée par lui au concours de chirurgie , M. Lisfranc , ou les auteurs des- Recherches sur l'Histoire chirurgicale des anévrysmes publiées sous son nom, et du supplément ajouté à cette brochure, M. Lisfranc ou ces auteurs, quel qu’en soit le nombre, auront à défendre ces divers écrits.

Si M. Lisfranc ou ces auteurs sortent vainqueurs de la lutte , le prix du concours leur appartiendra ; ils en disposeront comme ils l’entendront. Si c’est à moi que le jury adjuge le prix , j'en fais don à la bibliothèque de la Faculté de médecine, et tout ne sera pas perdu pour les vaincus, qui pourront y profiter des ouvrages dont ils auront enrichie.

Si M. Lisfranc refuse ce concours, son refus suffira

pour qu'on, puisse apprécier les motifs qui. l'ont engagé, lui, ou les auteurs des, écrits publiés sous. .SOn, n0M., .à élever une discussion contre. moi, qui n'ai Jamais attaqué personne, et je déclarerai dès-lors que je .regarderais comme perdu le temps qu’il faudrait employer pour répondre désormais, un, seul, mot à. tout. ce qu'il pourrait plaire à M. Lisfranc de publier encore.sur ce sujet.

DezermERis. ù

Nota. Beaucoup dé professeurs étant sur le point de quitter Paris, je Suis obligé "de demander une > prompte réponse. Je l’attends sous trois jours (4).

©— Pourles personnes qui ont suivi constienciéusement nos débats, ét qui veulent juger avec impartialité, je dois dire ici que les phrases 'sur Rufus et Galien, que M. Lisfranc’ cite dans l'espoir de me mettre en contradiction aveë moi-même, et'qu'il tiré de l'article Chirurgie , dû Dictionnaire de "7 édecine, ne sont pas de moi. Cet article Chirurgie, qui est extrait du Dictionnaire histor ique de la Médecine; etc.', n’est mien qu’en partie;c’est M: Raïge- Delorme qui y a fait l'histoire de la chirmgie grecque et arabe ; et principalement d’après Dujardin et Peÿrilhe. Ma part commence avec l'histoire dela chirurgie | Pare rope DES 4 LS au mo yen 28e | dial

Des F ractures.en général. ou

Des, diverses. branches. de l’art de guérir:, 1l:.y,a tout lieu. de .penserique. la chirurgie est :la, plus. an-

-+(1).Celicréponse ne vint pass o4 420 neties EL M

cienne; et dans la chirurgie, il n'y a point de partie dont l'existence :et le perfectionnement remontent à un temps plus reculé que celle relativé au traitement dés fractures. Les. nations mêmes dont la civilisation est le moins avancée.ne sont pas dépourvues de quelques rudimens.… de l'art de guérir les membres. fracturés; et s’il fallait prendre à la rigueur les assertions de quelques voyageurs, des peuplades barbares posséderaient. en. ce genre des artistes d’une habileté. remarquable. Quoi qu'il en soit, les monumens qui nous restent, de la, médecine des anciens nous montrent que la connaissance et. le traitement des fractures et des Juxations, en étaient la partie la plus avancée. Les livres de la collection hippocratique relatifs à ces matières tiennent le premier rang. parmi ceux que leur supériorité fait regarder comme des productions légitimes du célèbre médecin de Cos. La doctrine contenue dans ces.livres ayant fait pendant vingt siècles le fond principal de toutes les connaissances qu’on posséda , nous croyons qu'il est convenable d'en donner. une idée aussi étendue que le comporte la nature de cet article. Nous extrairons de.ces ouvrages les passages qui se rapportent aux fractures en général, et qui y sont dispersés: sans beaucoup d’ordre. Nous épargnerons aux.lecteurs les réflexions que ces passages font naître naturellement ; nous nous abstiendrons même de les. lier par des phrases qui n’ajouteraient rien au sens qu'ils renferment. Nous devons être. économes d'espace, car nous sommes. loin. d’avoir celui qui. serait nécessaire pour rapporter tout ce qu'il y a d’intéressant dans l'ouvrage d'Hippocrate.

Nous ne nous arrêterons pas à répéter les excellens enseignemens que donne le médecin de, Gos sur les ;signes ordinaires des fractures, sur le temps que chacune d'elles

demande pourjarriverà lune parfaite consolidation ;surla nature’etlechôix/des-matières’ qu'il faut enipléyer pour Pappareildestmé:à les'contenirs sup Slusst ani 24m tes Les considérations sur Hesquélles il fondé le prb setient de lemssiège; loin ou près dés ‘articilationser de leurétat de simplicité ouldéscom plications divérses qu'elles peuvent présenter. Il note que; dans‘ les fractures de là cuisse où du bras, le déplacement des fragmens en dedans est|plus dangereux que celui en dehors , à caüse’ des vais2 : seaux quise trouvent dans lé premier sens (/ib. de Fract.).

‘Les préceptes relatifs au traitement des fractures for= ment la partie la plus considérable de l'ouvrage, et! c'est celle que nous allons ‘Surtout nous attacher à fairé con! naître. Nous laissérons parler Hippocrate lui-même (Nous etiploÿons ai bar ‘dé’mieux , la GaLEn de Gardeil.) | pas |

‘x Lasituation, l'extension, la flexion , doivent se réglèr d’après les positions Rares On connaît les positions naturelles à la manière dont le membre sé placé dans les diverses actions, ayant égard à l’état de repos, à l’état moyen et à celui qui est le plus habituel (du Labôratore du chirurgien, 16). »

+ Quand la force des hommes suffit à l'extension, il ne faut pas employer inutilement d’autres moyens : ilÿ aüne sorte de bärbarie à user des machines là où ellés ne sont pas nécessaires. Mais lorsque la force dés hommes, ou des rca pañeils ne suffisent point, il faut bien avoir recours’ à d’autres plus és dont ôn soit ‘le maitre (des Frachhg: 15) | ee

«On fait une extension d'autant plus forte, qué lés os sont plus gros , plus forts, qu 4 yen à deux de conjugués, et quetous les deux se trouvent Cassés. On tire, à cetégard,

une sécondé considération de leur profondeur. L'extension doit être plus forte pour les os qui sont profonds, moindre pour ceux qui nesont que faiblement recouverts: L'ün à surtout #'craindre le défaut d'extension suffisante, à’ Moins qu'il ne s'agisse de réduire des os dé’ petits énfans: On reconnaît si le mémbre est raméñé 4!s4 Conformation naturellé en lui comparant son pareil , pourvu qu'il soit dans l'état naturel (du Laboratoire du chirurgien , sis . « Quandles fractures sont simples, sans plaies et’ sans

esquilles, lé traitémient en est simple, si on lesracommode aussitôt ôù même le lendemain et s'il n°y a pas lieu de craindre qu il sé séparera quelque fragment de l'os; ou même, quoiqu'il y ait uné plaie, si 14 éxtrémités de 0S TR ne Sortent point en dehors; ét si enfin il n°y à point Hans qu 1 & se fasse des esquilles (des Frac tures , 21). »

oLohe avoir donné tous les préceptes ts relativement à la nécessité de faire la réduction des fractures le plus promptement possible après l'accident qui les a causées , et avant tout développement de l'inflammation qui les suit, Hippocrate parle des cas où on n’a pu faire cette réduction en temps opportun; il montre que c’est vers le huitième jour que le relâchement des parties, procuré par un traitement convenable employé dans l’intervalle, permet de tenter cette opération, sans qu on ait à redouter les accidents qu'elle aurait provoqués étant pratiquée à l'époque où le gonflement du membre et la tension des parties étaient le plus considérables. «Tout étant alors dans le relâchement, les os se prétent davantage au mouvement pour être parfaitement rédressés , s’il le faut; dans ce cas, on les redresse, et l’on mét lés éclissés après avoir serré davantagé, à moins qu'il

n’y ait enflure à l'extrémité du membre avec duslass On place les éclisses par dessus le bandage, et on les entoure d'autres bandes Jâches, de manière qu'il ne résulte de l'addition des éclisses, ni de nouvelle incommodité, ni une cause d’enflure (des Fractures, 6). »

A côté des principes judicieux et des préceptes. utiles dont on est redevable à Hippocrate, il faut signaler aussi les erreurs dans lesquelles il tomba, et qui eurent de l'influence sur la pratique de ses successeurs.

« Lorsque les bouts des.os cassés ont de la aile: et qu'on ne peut, au moyen des extensions, les ramener dans leur place, voici comment on s’y prend. On a des barres de fer à peu près pareilles & à celles dont les tail— leurs de pierre se servent en guise de levier, un peu plus larges et amincies d’un bout ; l’onen a trois , ou même davantage, de différente ant pour servir suivant les divers cas. On en insère une entre les deux bouts de l'os, par le côté.aminei, ét on la fait jouer comme un levier , en appuyant sur l'os, en travaillant à à en ramener ainsi les deux bouts à leur place naturelle, vis à vis l'un del autre, durant qu’on fait faire l’éxtension ; en un mot., l’on s’en sert comme l’on ferait si l’on da à mouvoir une pierre ou une pièce de bois qui opposât une grande résistance. Les barres doivent être fortes pour ne pont plier. L'on se procure ainsi une grande force, si le bout de la barre est bien placé, et si l'on sait s’en servir comme 1l, faut. De toutes les machines inventées , celles qui augmentent le plus la force, sont au nombre d trois, le treuil, le levier et le coin. On ne saurait exécuter les. ouvrages qui demandent une très grande force sans les employer, ou sé parément, ou toutes réunies ensemble. Cetté manière de repousser les os est d'un grand secours. On parviendra

ans! à les ramener. en leurplace, ou da chose serä impossible.. Quand. le.bout,de l’os..qui fait. saillie ne peut pas être-bien assis,sux Ja. barre | parce. qu'une de ses.extrémités excède trop l’autre , il faut les scier.un peu-pour que.la barre puisse: avoir. suffisammeut deprise. On doit faire’ ceci dès le, premier jour, ou le lendemain, point le troisième le.quatrième, ni le cinquième. Si l'on: ne réussit point à remettre les ‘os en place, le tourment qu'on y aura: occasionné : excitéra, une!violente inflammation: du reste 1ly,en aura toujours; quoiqu'on parvienne à Jes-raz Juster : l’on.est même, plus exposé aux, convulsions quañd les,os sont remis, que si l’on ne peut les remettre. Il est bon, d’être prévenu là-dessus, et.qu'il y a peu d'espoir de conserver lavie,, lorsque. les.convulsions arrivent: IL est donc bien: essentiel, en repoussant les os.en arrière, dede faire aussi. doucement que possible. Les convulsions et.le tétanos,n’arri vent: point dans.les. cas où les ligaments sont relâchés, mais quand ils sont.trop tendus. Or, aux jours que: J'ai, dits, c'est, le: cas d’une extrême tension : ilne faut donc. exciter alors aucun.trouble, afin.que la plaie ne.s’enflamme que le.moins possible, et que la;suppurationsoit abondante, (des Fractures, 27).:»..... | re

‘On: trouve rarement de ces pratiques meurtrières dans la ,chrurgie d'Hippocrate; ilrentre bientôt dans les voies de.la prudence, et donne.les conseils les plus sages. et. les plus utiles... béroon Jul itis Ha aibiniss L'evésard

« C’est par le nombre des compresses qu'il faut, sou tenir,.le bandage,, plus ;que par. la force. employée à le serrer. Les linges, doivent être:doux , fins, légers, propres, larges; assez forts pour.pouvyoir.se dispenser de mettre.des.éclisses,, et il faut avoir soin, de les’arroser abon— damment (du.Laboratoire du,chirurgien, 20):

«Al faut avoir toujours attention ’que les éclisses ne touchent pas la ‘chair à nu, et qu’elles n'appuient ni sur des-0s saillans , ni sur des fiction sr Frac- PT 48). LES, Ale g LME « En hace dépit “du bandage ; on commence sur l'endroit malade sans appuyer ni serrer guère. Après deux ou trois tours , on dirige la bande vers le haut, en serrant davantage, pour empêcher l’affluence du sang , et on arrête la première bande:qui doit être courte. On en a une seconde, qu'on commence pareillement de rouler à l'endroit de la fracture; après y avoir fait un tour, on la dirige vers le bas, et on Ji serre moins que la première : on hi fait parcourir plus d'espace pour aller se terminer où la première a fini. L'on’ roule la bande dé droite à gauche ou de ‘gauche à droite, ou dans une autre direc— tion, en suivant toujours celle qui paraît la plus utile et la plus propre à contenir les parties dans la bonne position. On met ensuite des compresses légèrement enduites de quelque cérat, propre à les tenir adhérentes et assujetties; on les recouvre enfin d’autres bandes, allant de gauche à à droite ; et de droite à gauche, commençant par le bas, et faisant plus de tours de bas en haut que du haut vers le bas. Les parties grêles et sèches doivent être recou— vertés de plus de compressés ; par parties , sans vouloir réndre le bandage égal et umi, au moyen d’une seule compresse, tandis qu’ ‘il en faut une succession gi: (des Fractures, 5). » | « En commençant par l’endroit malade, on pousse les humeurs ichoreuses loin du mal, çà et là : si l’on com— meriçait par un autre endroit, on amènerait les humeurs vers le mal. Ceci est un article important. On choisira donc le lieu pour commencer les bandages d'après ce

principe; on continue ensuite suivant l'occurrence, serrant | moins quand on est éloigné du mal, de manière cependant que nulle part les ps ne.soient lâches; elles doivent s'appliquer juste (des Fractures, 6). »

« En mettant le bandage, on observera toujours si le malade se plaint qu'il est trop serré, à l'endroit du mal ; il ne doit pas l’être non plus sur les tubérosités ; le tout doit être arrangé de manière qu'il n’y ait pas de gêne par la grande quantité de linge, ni par une trop forte pression. Après les premières vingt-quatre heures , on doit lâcher un peu et.le troisième jour un peu plns. Le second jour, il doit y avoir une légère enflure vers les extrémités du bandage ; le troisième jour elle doit être moindre : ceci est général pour tous les bandages ; on connait, le second jour, à ce signe , si le bandage est serré convenablement. Après la dissipation de l’enflure on serre davantage , et l'on met plus de linge : on peut commencer quelquefois dès le troisième jour. Tout doit être relâché le septième jour, à compter du premier jour du bandage. Les extrémités des os réduits ne doivent point saillir, ni se sentir au toucher. Quand il y à des fanons, si les parties sont un peu charnues, et s’il n'y à ni plaie ni démangeaisons, on laisse le bandage sans le délier, jusqu’au vingtième jour. Quand 1l y a des raisons pour cela, l’on délie l'appareil dans le milieu, chaque trois jours, et l'on fixe de nouveau les fanons: Ayez attention que le bandage, la situation de la partie, sa figure, restent toujours les mêmes. Chaque membre a une situation qui lui est naturelle et habituelle : c’est celle-là qu'il est essentiel de lui donner (du Laborat. du chirurg., A8-19). »

« On doit, en faisant les bandages, prévoir le danger des secousses , faire que les extrémités, qui doivent se

réunir se touchent , s “adaptent comme il faut, et que ni le ‘besoin ‘de’ tousser ; ni celui d'éternuer, ne Bet de déplacement dans les points par où elles'se touchent (ae Laborat. du chirurg., 23).» L

Ce qui précède se rapporte aux fractures simples ; les fractures compliquées démandent AUPIUCS CCS aux traitemens mdiqués.

Dans les cas où lés complications ne consistent que dans une plaie simple ajoutée à la fracture, « On se conduit en tout à peu près de même que s’il n’y avait pas de plaie, sinon en ce que le bandage doit êtré un peu moins serré. Quand tout va bien, l’on voit l'endroit de la plaie perdre continuellèment de son enflure, ainsi que toute la partie recouverte du bandage. La suppuration s'établit ainsi plus tôt qu'en suivant toute autre méthode : les chairs noires et mortes tomberont en peu de temps, à mesure que lPendroit blessé et le Voisinage'se désenfleront. Le traitement se fait donc, en général, à peu près comme s'il n'y avait pas de plaie, à Ja réserve qu'on ne met point d’éclisses. C'est aussi pour cela qu'on y emploie un plus grand nombre dé bandes ; et parce qu’on les serre moins, et parce qu'on y place des éclisses plus tard, quand on y en met; l’on’a soin alors qu'elles ne portent point sur la plaie : on les place plus mollement, afin qu’elles ne fassent point de compression, conformément à ce qui a été dit (des Fractures, 23). »

Quand il n’y a pas lieu de craindre qu'il se détachera des esquilles, on doit mettre l’appareil de même que sil n’y avait pas de plaie : l'extension de la partie , la manière de redresser les os, sont les mêmes, et le bandage est à peu près le même. On étend sur la plaie un cérat mêlé de poix; on la recouvre d'une compresse de

linge fin, doublée en! deux, et l’on enduit les entours dé quelque léger cérat. Les bandes et les linges doivent étré plus larges que s’il n'y avait pas de plaie; la largeur de la première compresse surtout doit excéder de beaucoup la largeur de la plaie, sans quoi ses bords feraient sur la plaie une impression qu'il faut éviter. Le premier tour doit recouvrir toute la plaie, l'excéder même un péu de chaque côté : on le fait dans le sens contraire à celui de là déchirure des chairs ; l'on serre un peu moins que s’il n’ÿ avait pas de plaie ; les compresses et les bandes doivent toujours être d’un linge doux, mais plus encore quand il ÿ à des plaies : leur nombre sera le même au moins qué S'il n’y avait pas de plaie, ou plüs grand ; on l’augmenz tera jusqu'à ce que le malade trouve que tout est bien assujetti, sans être trop serré (des Fractures, 23).». Un second genre de complications est celui où , ‘sur une fracture qui paraissait simple et où il n'y avait pas de plaie, il se forme des abcès, et il se détache des parties désorganisées par la violence de l'accident. RIT DE « On connaît qu’il se fera quelque plaie par la douleur de la partie , et par lés battemens. Les enflures des ex= trémités deviennent dures dans ce cas : si l’on veut y enfoncer le bout des doigts , elles résistent et se relèvent promptement. Quand on craint quelque chose de cette nature, 1lfaut, après avoir défait le bandagé,, si l’on trouve des rougeurs, y mettre du cérat mêlé de’ poix , préférablement à tout autre. Si, au lieu des rougeurs, on trouve que la partie irritée est devenué noire, que les chairs sont mortifiées, et qu'après la suppuration les parties mém=— braneuses se sépareront, on ne doit point rafraîchir la plaie, ni redouter beaucoup cet accident. On le soignera comme s’il y avait eu une plaie dès le commencement ;

on fera le bandage en commençant par l'endroit tuméfié, serrant très peu Le bandes, et allant toujours du bas vers le haut, avec précaution de serrer un peu plus aux endroits ulcérés : on se servira de linges propres, de bandes larges, en aussi grand nombre qu'on en emploierait'si l’on met= tait des éclisses, où un peu moins. Les compresses qu’on placera sur les plaies seront enduites de cérat blanc. Toutes les chairs et les parties membraneuses qui sont noires, tomberont.. Il ne faut point y faire d'applications mordantes, mais adoucissantes, comme dans ‘une brülure. On fortifie ensuite le bandage au troisième jour : on ne met point d’éclisses; on fs garder le repos et le régime plus. scrupuleusement qu'auparavant. On peut être assuré que les chairs ou les membranes qui doivent tomber se détacheront beaucoup plus tôt en suivant.cette méthode; que la pourriture ne s’étendra pas à à beaucoup près au— tant ; qu'enfin les enflures ne seront pas aussi considérables que si, après avoir délié le bandage, on avait fait le pansement avec des mondificatifs. De plus, après la chute des parties mortifiées , les chairs reviennent plus vite, et la cicatrice est plus prompte, qu'en pansant de toute autre manière. Le point cardmal.est de savoir faire un bandage convenable et:modéré, dans quoi il faut comprendre aussi la bonne situation de la partie et le choix desilinges convenables, sans omettre le régime (des Fractures, 23). |

Ce n’est pas seulement le lieu de la fracture qi peus devenir.le siège d’accidens variés. aï4

« On ne doit jamais oublier que les abtits qui r restent Jong-temps dans la même position, sur des matières putrides, sont sujets à's’ulcérer, et que les entamures s'y guérissent difficilement (des Fractures, 2h.) »

Quoiqu ’l.semble donner. toute son attention à l’examen

local minutieux des parties malades, au détail des pansemens qu’elles exigent, aux pratiques de la partie mécanique de l’art, Hippocrate n’oublie pas l'importance des conseils plus généraux que la chirurgie emprunte dans ces cas à la médecine. Il règle avec soin le régime qu’on doit prescrire aux malades, selon les ças.

__ « Le régime, pour ceux dont: la fracture est sans plaie et dont les bouts des os ne paraissent point au dehors, doit être modéré. Il suffira, durant les dix premiers jours, qu'ils prennent peu de nourriture, qu’ils ne fassent point d’exercice, et qu'ils usent d’alimens liquides , propres à tenir le ventre libre, s'abstenant des viandes et du vin. On augmente dite peu à peu. Ce que je dis du régime peut être regardé comme un précepte dont il faut se faire -une loi dans le traitement des fractures pour y avoir une bonne réussite, sinon l’on peut être assuré qu'il s'y trouvera à la fin quelque inconvénient, pour avoir trop accordé, ou pas assez. » (Des Fractures, 8.) | «Le régime doit être plus rigoureux et plus long-temps continué quandil y à plaie dès le commencement, et quand les bouts des os sont en dehors. Pour le dire en. un mot, toutes les fois qu’il y a de grandes plaies, on fait Habbse pendant long-temps un régime sévère. On se conduit de même dans tous les cas des fractures des os qui, après avoir été sans plaie au commencement, en ont ensuite, parce que des bandages ou les blind auront été trop serrés, ou pour toute autre cause. » (Des Fractures, 23.) Après avoir donné.sur la chirurgie d’Hippocrate relative aux fractures en général, des détails assez étendus; quoique bien insuffisans pour, la faire connaître d’une manière complète, l’histoire de cette partie de l’art jus=

qu'aux, temps modernes sera bien courte » puisque nous 24 LS

n'aurons à y faire entrer que les additions réellement neuves qui y furent faites par les chirurgiens , en assez petit nombre, qui s'en ju Fa d’une manière spéciale. |

Nous noterons dans Celse trois host dignes de re— marque, d'abord une erreur, adoptée sans contestation pendant bien des siècles, savoir : la prétention d’augmenter ou d'amoindrir à son gré, avec des remèdes, la formation du cal; puis ensuite deux méthodes de traitement qui ont reparu dans les temps modernes comme des découvertes nouvelles; lune pour les cas de non-réunion des fractures , l’autre pour les cas de réunion vicieuse. Voici ces méthodes, décrites par l’auteur + ++:

« Quelquefois encore les os se reprennent parfaitement; mais le cal pousse trop, et le membre est gonflé à-cet endroit. Lorsque cela arrive; il faut frotter la-partie pen dant long-temps avec de l'huile, du sel et du nitre ; faire des fomentations dessus avee de l’eau chaude salée; y appliquer ‘un cataplasme résolutif et serrer le bandage plus fort. Le blessé doit vivre de légumes, et se faire vomir de temps en temps; par là le cal diminuera à proportion que le corps perdra de son embonpoint :ilest bon aussi d'appliquer sur le membre correspondant:un cataplasme de moutarde et de: figues , et de l’y laisser jusqu’à ce qu’il fasse érosion, pour attirer sur cette partie lafllux des humeurs : lorsqu'on aura diminué , par ces moyens, la grosseur du cal, on remettra le malade-à son genre de vie ordinaire. » (Celse, liv. vi, sect x, chap07.): | L'xu6 fl

«Mais si, lorsque la plaie: sera guérie; les os mese sont pas repris, parce qu'on aura été obligé de les remuer souvent,'et de lever souvent l'appareil, il n’est pas difficile

après d’en procurer l’agglutimation. Si la fracture est ancienne, 1] faudra, étendre violemment le membre fracturé, séparer les fragmens avec la main, et les faire ensuite.re- Joindre l’un contre l’autre, afin qu'ils s’effleurent par leur choc mutuel, que les matières. visqueuses qui. peuvent s'être amassées autour s’en détachent, et que, par ce moyen, on renouvelle.en quelque façon la fracture : on doit, toutefois, en faisant ces tentatives, observer soigneusement de n’offenser ni les muscles ni les nerfs, On fomentera ensuite l'endroit de la fracture avec du vin dans lequel on aura fait bouillir de Pécorce dé grenade, et on appliquera par dessus, cette-écorce même, mélée avec du blanc d'œuf. Le troisième jour, on lèvera l'appareil, et on fomentera la partie avec une décoction de verveine; le cmquième jour on fera la même chose,et on appliquera des attelles tout autour de la fracture; on continuera de lever et de remettre l'appareil, ainsi que l’on avait dit plus haut. » (Celse, liv. vin, sect. x, chap. 7.)

«Il arrive néanmoins , quelquefois , que les fragmens de los se consolident l’un sur l’autre , et que le membre reste défiguré et plus court que.son pareil ;,on y ressent des picotemens continuels si les fragmens sont pointus. Dans ce cas, il faut fracturer l’os de nouveau. Voici comment cela se fait: on fomente pendant long-temps,, avec del’eau chaude, la parte fracturée ; on la frotte ensuite ayec du. cérat liquide, puis on l’étend ; pendant ce temps , le chrurgien sépare avec ses mains.les fragmens dont. le eal est encore tendre et les remet dans leur situa tion naturelle. S'il ne peut y parvenir, il faut appliquer , du.côté vers lequel los mcline, une attelle garnie de laine, placer ensuite l'appareil, et forcer ensuite l'os. à reprendre sa première position. » (Ce/se, liv. vx, sect. x,

chap. 7.)

Passons à un autre auteur.

On trouve de la précision et de la justesse dans le ré sumé de Soranus sur Les fractures , en vingt-trois apho— rismes, recueillis dans la collection chirurgicale de Nicétas, et qui ouvrent le fragment de cette collection publié par Cocchi (Græc. chirurg. lib. Sorani unus de fractu—* rarum signis, etc.; e Coll. Nicetæ ed. ab. Ant. Cocchi. Florence, 1754, im-fol., p. 44-51).

Sous substitua à la méthode d'Hippocrate pour la réduction des fractures du bras, laquelle consistait dans l'emploi de lambi , c’est à dire de l'extension de tout le membre, une autre méthode, qui consistait à fléchir Pavant-bras, et à tirer sur le bras même au-dessus et audessous de la fracture. Quoique Paul d'Égine, qui nous a conservé cette idée de Soranus (De re med., hb. vr, cap. 99), n'indique point les motifs de l'auteur y il est difficile de n'y pas voir celui de mettre les muscles du membre fracturé dans le plus grand relâchement possible; et à ce titre, la méthode de Soranus méritait déure SI— gnalée.

‘Galien pratiqua la chirurgie tout le temps qu'il habita dans sa patrie ; il l’exerça aussi quelque temps à Rome, mais 11 ne tarda pas à y renoncer, pour se conformer à l'usage établi alors dans la capitale du monde de séparer dans la pratique les deux parties du même art. Le médecin de Pergame a montré d’ailleurs dans ses ouvrages qu'il les possédait au même degré l’une et l’autre. Ce qu'il a écrit sur les fractures occupe un assez grand espace parmi ses œuvres. Galien développe le texte d'Hippocraté avec beaucoup de prolixité dans ses Commentaires; mais il le résume avec beaucoup de justesse et de netteté den son Methodus medendi, Nb. vr. 3 PAL

Il expose les avantages d’une situation commode et qu fatigue le moins possible par sa permanence , et, selon lui, pour la plupart des parties, cette position est la demiflexion.

Il parle d’un glossocome pour l’extension permanente de la cuisse (Meth. med., lib. vi). Enfin il répand de plus en plus l’idée que les lotions tièdes fréquentes amollissent , dissolvent le cal, et permettent de le faire céder si la uen s'est faite d'une manière vicieuse.

En commentant Hippocrate , qui avait dit que les os divisés ne se réunissaient pas, il enseigne que ces parties ne se réunissent point par cicatrice, mais sont maintenues unies par l’ossification des parties qui les enveloppent immédiatement. |

On ne trouve rien de neuf dans Paul d'Égine sur les fractures considérées en général; mais nous dirons, quoique ce ne soit pas ici le lieu où l’on doive chercher cette remarque, qu'il est le premier qui ait parlé de la fracture de la rotule, et qu'il Pa fait de manière à ne laisser rien à ajouter d’important à ses Successeurs jusqu’au xvir° siècle.

A côté de cet éloge, il mérite un reproche pour ne pas s'être borné, comme ses prédécesseurs, à attaquer un cal exubérant par l'emploi de remèdes insignifians comme les astrmgens et les emplâtres porolithes, mais pour avoir conseillé de le découvrir et d’en emporter toute la partie exubérante, soit avec l’instrument tranchant, soit même avec le trépan. Dans un cas qui semblerait par sa gravité devoir, bien plus que le précédent, enhardir le chirurgien à tout tenter, dans le cas où un membre a été mis hors d'usage par la réunion des fragmens dans une situa—

üon vicieuse, Paul d'Egine interdit de rompre le cal, à cause du danger de l'opération.

Les Arabes ont traité assez longuement des maladies des os, et leur époque n’est pas absolument stérile pour l’histoire de la chirurgie des fractures.

Rhazès blâme la méthode usitée par les chirurgiens de son temps, dé rompre le cal difforme par des coups brusques et violens, au risque de faire une fracture ailleurs qu'à l'endroit où elle existait. Il veut qu’on commence par employer les moyens regardés comme propres à amollir Je cal, après quoiune forte-extension suffit pour séparer les bouts de los non parfaitement consolidés. (Rhazès, Totum continens, lib. XXIX, Tr. A, cap.11.)

On trouve dans Rhazès l'idée que la réunion des os fracturés ne se fait point par une véritable soudure, mais que les bouts sont maintenus réunis par une virole qui les enveloppe. a

Haly-Abbas à parlé de, la crépitation , comme signe des fractures, avec plus de précision qu’on n'avait encore fait; 1l rapporte qu’un vieillard de 70 ans, ayant la cuisse difforme après la consolidation d’une fracture , se la: fit casser de nouxeau, et mourut dans l'opération.

Je citerai deux passages d’Avicenne, l'un sur la nature du cal : la virole osseuse ; l’autre sur le cal difforme et sur les pratiques .usitées alors pour détruire ces difformités, et je dirai qu'on pourrait facilement ‘trouver dans un autre la méthode de White de réséquer les bouts des fragmens non réunis d’üne fracture pour les raviver.

«© Gurrit super ea (fragmenta) incarnatio ex materia cartilaginosa conjungens inter duo ossa, de genere ejus quod facit currere, faber;de plumbo super continuationem

æris et aljorum. ». (Avicenne, Canon. ; lib. 1v ;fensiv, Tract. 11, cap. 1.) « Quandoque fractura est restaurata non gt quod oportet : et est necessarium ut iteretur ejus fractura, quare oportet ut -restaurator sciat dispositionem alrosboth(le cal), qui restauravit’ os. Quod si fuerit magnus , fortis, non vadat ad frangendum ipsum secundo; fortasse enim non erit possibile ut frangatur ex loco fracturæ primæ propter fortitudinem alrosboth, quare frangetur in aha parte loci. Quod si non invenitur excusatio , tunc oportet ut præcedat, et leniat, donec mollificetur alrosboth, et mollificantia ipsum sunt medicinæ prædictæ in capitulo duritierum 1llie : sicut eutis alalie et dactyhi, et sicut species fæœcum, oborum, et alahealat, et medullæ ossium, et medullæ granorum cotti, et ejus similia: dede frangatur, et oportet ut assiduetur cum hoc embrocatio cum aqua calida, etintroitus tinæ in die multoties. Quod — si non profecerit 1llud, et experimentum, et motio significaverint firmitudinem vehementem, tune oportebit ut

.secetur caro Ita ut sit possibile fricare alrosboth ex latere, et destruere vel debilitare eum cum ea; deinde frangatur et restauretur : et curetur vulnus curatione sua. Et multoties quidem est possibile ut curetur fractura male res— taurata absque fractura secunda, leniendo alrosboth cum eo quod scis, démde æquetur : et quando servatur super ipsam, æquatur super 1psam alrosboth iterum, et excusat fracturam proprie in corporibuslenibus. ». (Avicenne, Canon; lib.1iv, Fenv,tr.ri1, cap. x.)

Albucasis est l’auteur arabe qui a traité des fractures avec le plus d'ordre, de netteté, et de la manière la plus complète. Il ne donne son ouvrage que comme.un, résumé de.ce que les anciens avaient écrit sur la matière ;, on.y

trouve néanmoins plusieurs choses à citer, sinon comme originales, du moins comme étant présentées sous un aspect nouveau.

« Tortuositas quando accidit membro post sanationem ejus, et eminentia ossi fracto, aut nodatio, et fœdatur per ilud forma membri, tamen membrum non prohibet ab operatione sua naturali, eave stolidorum medicorum exemplo, denuo membrum loco suo et sanitati restitutum frangas.Nam inventi sunt adeo amentes qui hoc fecerunt. » : (Albucasis, Chirurg., lib. 111, cap. xx.) A cette méthode qu'il proscrit, Albucasis substitue l'emploi d’une foule d'emplâtres ou de cataplasmes amollissans , pour rendre le cal susceptible de céder ; et dans le cas où ils ne produisent pas cet effet et où la difformité du membre est’ par trop incommode, il propose de scier l’os au-dessus du cal, et de réséquer le superflu de ce dernier. « Si autem tortuositas jam inveterata et fortis facta est, et conversa est in lapidem, ut amplius non possit curari sme ferro, tune oportet ut secetur superior ejus pars et solvatur continuatio ejus ossis, et incidatur quod superfluit ex no= datione aut osse, cum incisorüs subtilibus. Hæc omnia administranda sunt magna cura et sollicitudine (lib. in, Cap. XXII).

Dans les fractures compliquées de plaies, si la réduc tion des fragmens ne peut se faire, Albucasis veut qu'on en résèque les bouts avec la scie, assez pour que la réduction se fasse sans difficulté (Albucasis, Chirurg., lib. x, cap. x1x); idée prise de Celse, mais un peu modifée. Enfin Albucasis parle, lui aussi, de la virole osseuse qui constitue le cal, et même du ca/ provisoire.

«Natura annectit super os fraétum ex ommi parte ali quid simile ossibus, in quo est crassitudo quæ adhæret,

et strmgit ipsum donec conglutinantur et ligantur ad invicem, ita ut firmitate et robore omnes suas functiones obeat, quemadmodum fecerat ante fracturam. » (Albuca- Chirurg., Gb. ur, cap. 1.)

Tous les écrivains occidentaux du moyen-âge copient quelquefois Galien, très souvent Avicenne, et presque toujours Albucasis. Il est inutile de donner ici des lambeaux de leurs copies. Je ferai exception en faveur de Guy de Chauliac, parce qu’il nous fait connaître un procédé qui n’est pas suffisamment indiqué ailleurs, pour fracturer de nouveau un membre consolidé dans une situation difforme. Voici le passage de Guy de Chauliae dans la traduction de Mingelousaulx (traité v, chap. 1) : « Si l'os se trouvait mal repris, que le calus n'eût pas plus de six mois, il le faudrait ramollir , en le faisant tremper dans une décoction de mauves, de guimauves et d’autres émolliens, ou par des cataplasmes faits avec lesmêmes herbes, comme dit Jamier, desquels on se servira durant quinze jours, et par après faisant une grande et forte extension avec des liens qui soient bons, on rompra encore d'un coup de genou los dans le mesme endroit, et on le remettra bien, cotitinuant ensuite de traiter la partie de la façon que nous l'avons déjà dit. Il arrive souvent, dit Avicenne, qu’en ramollissant le calus par l’ordre que nous venons d’exposer, ôn rajuste la fracture sans qu'il soit besoin de rompre l'os déjà lié ; pour moi j'ai vu que par le moyen des poids et de la poulie on en venait fort bien à bout; mais st la fracture est vieille et le calus endurci, vous n°y devez pas absolument toucher, c’est l'avis de tous les experts de la profession, et certainement il aurait été plus avantageux à ce sagé duquel parle Haly-Abbas, sur le troisième de Part, de vivre étant boiteux que de mourir dans de

378: 5 très grands. tourmens. Si pourtant le calus. était: fort in commode, et.qu'on vous Rreasât extrêmement. d'y remé— dier, Ayicenne conseille qu’on fasse une incision. dans la chair, qu’on râcle le calus, et .qu'on l'emporte par ce: moyen; après quoi on doit traiter la fracture comme nous l'avons. dit. » (Traité y, chap. 1.)

C’est sur ce fonds ré par les anciens que trayaïllie rent.les chirurgiens. de. la renaissance, et. ceux qui les suivirent. Jusqu'au dix-huitième res On ne trouve à signaler chez eux, relativement aux fractures en général, rien. de neuf, si ce n’est la remarque faite par Fabrice de Hilden de la non-réunion qu’on observe assez souvent chez les femmes grosses; remarque confirmée depuis par Alanson, et qui est mise hors de doute par un nombre assez considérable, de faits, bien qu’elle ait été contestée. jusqu’à ces derniers temps.

IL est bon de noter aussi que Fabrice de Hilden recommanda dans beaucoup de eas la. position demi-fléchie; que le même Fabrice de Hilden, et, environ un siècle après Jui, Purmann, parlent de l'opération qui consiste à fracturer de nouveau un os mal réduit et consolidé dans une position is en gens, qui l’ont eux-mêmes pratiquée.

Les anciens, comme..on l’a vu, et. les dessus du dix-septième siècle, avaient transmis un fonds très riche. sur. les fractures ; mais. ce fonds consistait surtout en observations. isolées, qui. demandent des lecteurs déjà formés. et ne suffisent pas pour. constituer la science et la faire avancer. Laurent Verduc avait. tenté. de faibles, efforts pour ;en fare. un corps. de doctrme. JL. Petit mit au jour son Traité des maladies des os, et ses prédécesseurs .furent oubliés. Personne, 1 n'avait

encore rattaché, avec autant de soin qu'il le fit, l'anatomie exacte des parties à l'étude des fractures et des luxations, qui seraient sans elle d’une obseurité impénétrable. L’emploi des machines pour la réduction des os luxés et fracturés est tout ce qu'on peut reprocher à J. L:Petit.

Bien longtemps après, parut un ouvrage écrit proba-

blement à la même époque; c’est le Traité des maladies des os, du. grand anatomiste Duvérney, qui, sous divers rapports, ne le cède point au précédent.

… Comme traités généraux, ces deux ouvrages né furent point surpassés jusqu'à la fin du dernier siècle. Les considérations générales des Gloss sur les maladies des.os, les résumés de Pallas et de Manne, et la riche compilation de Bœtcher ne les firent pomt oublier; mais les travaux d’une foule de chirurgiens ou d’expérimentateurs jetèrent beaucoup de lumière sur quelques uns des sujets les plus importans de cette partie de l’art.

L'anatomie pathologique s’étudia à dévoiler le travail naturel par lequel les fractures se consolident. On a fait à l’article Cal l'histoire des recherches de Duhamel, Haller et Dethleéf, Hunter, Troja, Bonn, etc.

Les pr iInCIpes : généraux du traitement des fractures avaient peu varié depuis des sièeles. Surmonter à tout prix la puissance des muscles qui ont. déplacé les fragmens, et affronter. ceux-ci suivant leurs rapports naturels; s’opposer à un nouveau déplacement par des bandages résistans qui ne permissent pas une nouvelle déformation. du membre, ou par l'application permanente d’une force qui l’étendit sans cesse, tel était le but thérapeutique pour lequel on avait toujours des machines prêtes. On ne s'apercevait point que, dans la plupart des cas, la tendance continuelle des..6s à se déplacer, et la résistance prodi=

gieuse des muscles, étaient le résultat de l’extension même dans laquelle on plaçait le membre fracturé. Guillaume Sharp et Percival Pott se partagent l'honneur d’avoir établi pour condition fondamentale de la réduction et du maintien des fractures , l'attention de placer le membre detellesorte que les muscles qui tendraient à déplacer les fragmens soient dans le plus grand relâchement possible.

Ges principes, adoptés en France par Lassus qui les y fit connaître, par Sabatier et quelques autres, s’y seraient sans doute propagés et établis; mais l'école de Desault, dont les opinions étaient fort opposées, bien qu’on ne puisse d’ailleurs lui contester le mérite d’avoir smgulièrement éclairé le diagnostic et même la thérapeutique générale des maladies des os, l’école de Desault l'emporta . durant plus d'un quart de siècle, et'ce n’est que depuis un petit nombre d'années qu’on à commencé à revénir aux principes des deux célèbres chirurgiens anglais.

“D'après ce qu’on a lu plus haut, ce n’est pas comme des découvertes qu’il faut citer, dans le traitement des fractures non consolidées, la méthode de Hunter de frotter les fragmens l’un contre l’autre; celle de White de les rafraîchir; celle du même auteur d’en pratiquer la résec— tion, et l'application faite par Park de cette opération aux maladies des articles, opérations que l’on trouve claire ment dans Paul d'Égine et Rhazès; mais ces méthodes doivent être signalées comme des vérités Jong=temps perdues, puis retrouvées.

L'histoire de la chirurgie des fractures ne pourrait se continuer dans les temps plus rapprochés de nous sans | empiéter sur le domaine du dogme; il est temps de ren voyer à l’article auquel celui-ci fait suite , ‘et de passer à la bibliographie: (Dictionnaire de médecine.)

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