XII. LA CONFESSION DU MOUNCHI
SOUS le "British 1{a;^. Ibrahim est Fellow de Tuniversitédu Pendjab et du Sindh : cest le premier Afghan, et jusqu'à présent le seul, qui ait le droit d'apposer à son nom les lettres capitales F, U. P. S. et il le ferait sans aucun doute s'il savait écrire — je veux dire écrire l'anglais. Ibrahim est durbari; autrement dit, il a un siège aux durbars y c'est-à-dire aux assemblées officielles tenues par le lieutenant-général du Pendjab ou par le vice- roi de l'Inde : il a le fauteuil 327 et tandis qu'il y a des Khans et des Nawabs qui assistent debout ou accroupis à terre, lui, le pauvre hère de Dodial, siège dans là soie du Fellow, enfoncé, comme dit chez nous la nouvelle école, dans la rotondité et la mollesse d'un fauteuil gouvernemental. Il est riche, car il ne donne pas de leçon à moins de trente roupies par mois (autant dire soixante francs), et il a souvent jusqu'à cinq élèves à la fois : tous les candidats à l'examen de pouchtou^, premier et second degré, se tournent vers lui comme vers leur providence. Il a composé un livre étonnant, intitulé Khiianahi cAfghani^ ce qui signifie « le Trésor afghan » : et en effet c'est un véritable trésor, un livre sans
I La domination anglaise.
* Tous les officiers de l'armée de la frontière doivent passer un examen de langue afghane.
pareil, où sont réunies toutes les élégances de la conversation courante, de sorte que l'officier candidat qui aura appris par cœur ce bienheureux livre, parlera aussi purement et aussi couramment que le premier coupe-gorge venu de la frontière. Le livre est manuscrit et il n'y en a qu'un exemplaire; mais l'exemplaire circule dans les districts : on le voit aujourd'hui à Kohat, demain il est signalé à Bannou; depuis l'ouverture de la ligne béloutchie, on le rencontre jusqu'à Quetta et partout il fait merveille, partout il fait des candidats triomphants ; c'est le Mounchi fait livre. On parle sérieusement d'imprimer ce chefd'œuvre à Lahore, aux frais du gouvernement : si j'étais le gouvernement, je n'hésiterais pas un instant : car ainsi, chacun pourra parier un afghan élégant et correct, en Inde, en Angleterre, en France, en Russie, et personne n'aura plus d'excuse pour ne pas lire Akhoun Darvéza. Je m'étais rendu à Abbottabad, attiré par la réputation d'Ibrahim, Son admirateur, le capitaine Dunlop Smith, m'avait dit à Labore :
<( Il n'est au monde de Mounchi qu'Ibrahim. » Comme j'avais l'intention de passer l'été à Simla, suivant la règle, je lui écrivis de Péchawer pour lui demander s'il serait disposé à m'accompagner là-haut. Il me répondit : « Comment pou rrais-je.^ J'ai ici quatre Sâbs qui lisent avec moi pour