XII. — LA CONFESSION DU MOUNCHI 26f
dit : « C'est un décret de Dieu, qui a voulu récompenser Ibrahim de sa longanimité. » Les uns disent : « Cest à cause de la mère d'Ismaïl, parce qu'elle était une bouiourg » ; et d'autres disent : « Non, c'est à cause d'Ibrahim lui-même, parce qu Ibrahim est un bouiourg. » Mais ma femme ne cesse point de pleurer, à cause de son frère, et j'ai beau la menacer de la battre, elle ne dit plus ses prières et ne veut plus lire le Coran illustre. »
Ibrahim, outre Piro Khan qui est le héros silencieux de toutes ces aventures, a un petit garçon de huit ans, Housein, et une petite fille de dix, Fatima. Il a commencé à faire jeûner la petite fille cette année, bien que le ramazan ne soit obligatoire qu'à treize ans et que cette année il soit tombé en plein été : mais il faut s'habituer de bonne heure à ses devoirs. « Cela me fait beaucoup de peine quand je l'entends crier : Papa, j'ai faim, j'ai soif. Mais si elle jeûne mal
maintenant, elle jeûnera bien le moment venu, quand le jeûne sera devenu obligatoire. Le petit garçon ne jeûne pas encore: j'ai beaucoup de peine à lui faire dire ses prières, et il faut le battre pour le faire aller à la mosquée. » Comme je me récrie sur le procédé, Ibrahim dit : « Dans les pays d'Islam, par exemple dans le pays de Svat, il y a un mouijtehidy qui, à l'heure de la prière, parcourt la rue, le fouet à la main, et pousse à coups de fouet à la mosquée les gens qu'il trouve encore dans la rue.
— Et ceux qui refusent d'y aller?
— Il n'y en a pas : s'il y en avait, on les mettrait à mort. Il faut bien, Sâb, puisqu'ils ne veulent pas obéir à Dieu.
« Vous n'avez pas idée, Sâb, de tout ce qu'ima ginent pour s'amuser le petit garçoti et la petite fille. Et si vous voyiez le petit garçon chanter et la petite fille danser, branlant les bras avec les longues manches au bout des mains, de sorte que tout danse en elle, les pieds, les bras et les manches, vous diriez, Sâb, que c'est une belle îamachuy et moi, je n'en reviens pas.
« Ces enfants, Sâb, ont des idées étonnantes. Hier, en rentrant, j'ai entendu la petite fille qui criait et pleurait. J'ai demandé ce que c'était. C'était à cause du petit chat. Ils s étaient amusés