XII. LA CONFESSION DU MOUNCHI
petit de huit ans, et lui fait dire : « Allah, fais que mon père revienne à des sentiments meilleurs ! » Et voilà, ma vie tout le jour et toute la nuit. A droite, mes frères de Dodial m'écrivent que si je reçois mon beau-père, si je lui parle devant le monde, je suis déshonoré, et qu'ils ne resteront plus à Dodial, étant avilis. A gauche, mes beaux-frères me menacent du badal^. Vous savez que chez nous on tue plus facilement un homme qu'un oiseau, et si on répugne à faire la chose soi-même, on trouve toujours qui la fera pour quelques roupies.
« Au bazar et à la mosquée, on est indigné contre le vieux Nour -Ahmed qui prend le parti d'un fils indigne, et on l'appelle Balaam. Tout le monde est convaincu que la mésaventure de Zebehr est due à ma patience et à mes prières et à ce que j'ai remis ma cause à Dieu. Mais à la maison la vie est terrible. Le jour même où ma mère est morte, ma femme m'a dit que la veille elle avait pardonné à Zebehr et avait demandé que je pardonne aussi : je n'étais pas là, et je suis sûr que c'est un mensonge de ma femme ; car ma pauvre vieille mère avait Zebehr en horreur, et l'indignation et la douleur avaient hâté sa fin. Je lui ai demandé devant ma femme :
I Badaly vendetta. Voir plus haut, page loi.
Mère, est-ce vrai que tu as pardonné à Zebehr? Mais elle ne pouvait plus parler, et elle m'a regardé": je ne sais pas si c'était oui ou si c'était non. Ma femme dit que c'était oui et que je désobéis à ma mère.
« Hier, pendant que j'étais à travailler avec vous, mon beau-père est venu voir sa fille ; il a pleuré et en partant lui a laissé son turban pour le mettre à mes pieds. Vous savez ce que cela signifie : mettre son turban aux pieds d'un homme, c'est mettre sa tête aux pieds de cet homme, c'est lui demander grâce. Quand je suis rentré, ma femme est restée dans son coin, au lieu de se lever, comme une femme doit faire devant son mari, et sans me dire un mot. Puis, au bout d'une heure, elle s'est levée, elle est sortie, et a rapporté le turban de son père, qu'elle a déposé à mes pieds. Cela m'a mis en colère, parce qu'un beau-père ne doit pas s'humilier devant son gendre. Enfin, pour avoir la paix, j'ai consenti à paraître renouer connaissance avec mon beau-père, parce que c'est un vieillard et un homme pieux ; quand nous nous rencontrerons à la mosquée, nous nous dirons : Comment vas-tu ? pour qu'il n'y ait pas scandale 5 mais ce sera tout.
« Zebehr a été condamné à un an et demi de prison et à 1 1 o roupies d'amende. Tout le monde