XIII. LA FIN d'une race
ram, saisi de honte ^ n'osa mettre la main sur l'aïeul et retourna vers son père. Behram, indigné, le renvoya avec l'ordre de tuer le vieillard de sa main, s'il refusait de se rendre. Le vieux chef, averti, monta sur la crête de la colline et se tint debout, l'épée à la main : il resta ainsi plusieurs jours de suite : nul n'osa avancer.
Khouchal, las de la lutte, quitta son pays natal et alla chercher un asile parmi les Afridis. Il mourut parmi eux Tannée suivante, 1691, exilé, mais libre. En mourant, il recommanda à ceux de ses fils et de ses amis qui lui étaient restés fidèles, de l'ensevelir dans un lieu où le sabot des chevaux mogols ne pourrait venir insulter la cendre de celui, dont le nom, vivant, les faisait trembler. Il les pria aussi, s'ils mettaient la main sur Behram le parricide, de trancher son corps en deux parts, de brûler l'une au chevet et l'autre au pied de sa tombe.
Dans sa longue lutte contre les hommes, deux choses lavaient soutenu, la haine des Mogols et
lamour des belles. La lassitude avait désarmé la haine^ l'amour ne désarma pas. Le blanc de sa barbe ne l'effrayait pas :
Une barbe blanche est un signe qui vous rend respectable parmi les hommes : c'est la chute des dents qui seule fait honte à un homme.
Tant qu'un homme a les dents en place, si blanche que soit la barbe, il n'est pas vieux; loin de là, c'est jeunesse.
Que le vieillard ne s'inquiète pas de l'âge, tant^que l'oeil est bon et ne marque pas de déclin.
Qu'est-ce que la vue de la bien-aimée au vieillard? Vraiment c'est l'élixir, le baume aux blessures du cœur.
Le moine renoncerait-il jamais à l'amour^ Non! non I il ne peut l'atteindre : de là sa dévotion et sa piété.
Quoique l'âge de Khouchal ait passé les soixantedix ans, pourtant, dans son cœur, il y a toujours amour et affection pour les belles.
Je suppose pourtant que sa barbe n était pas encore tout à fait blanche quand il écrivait ces jolis vers :
Ne me dis pas : « Pourquoi jures-tu par moi? » Si je ne jure par toi, par qui jurerais-je?
Tu es la lumière même de mes yeux : je le jure, par ces yeux noirs de toi.
Ton visage est le jour, tes tresseS sont la nuit : je le jure par le matin et je le jure par le soir.