‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 130 sur 157 · XIII. LA FIN D UNE RACE jÇf · texte numérisé non relu

XIII. LA FIN D UNE RACE jÇf

Je me fis conter son histoire. La voici : il faut remonter fort haut, Afzal Khan étant fort vieux.

Afzal Khan descend en droite ligne de Khouchal Khan, le poète. En 1830, le pays était sous la suzeraineté des Sikhs et de Rundjet Singh, l'ami de Jacquemont. Rundjet donna Tinvestiture à Khavas Khan, cousin d'Afzal. Vous devinez le reste. La chanson populaire pleura encore Khavas :

II y avait un fils de Firouz Khan, beau comme la rose, Khavas Khan : la terre est sous lui et sur lui.

Rundjet Singh avait parlé : « Tu es le chef des Khataks. J'ai confiance en toi. Prête l'oreille, ô Khavas! Tu es mon fils et je suis ton père. Jouis en paix de ta terre : j'ai des serviteurs autour de moi, de riran et jusque d'Ispahan. Ton chagrin sera mon chagrin. »

Quand le fils de Firouz Khan sortit à cheval de Lahore ', il avait avec lui une suite nombreuse.

* La capitale de Rundjet.

Quand il arriva à Attock, en marche pour ^i maison, ses rossignols» se mirent à chanter.

Qi>and il parut tout d'abord, la douleur couvrit rétoile du Satan, fils de Nadjaf »,

Et quand il vint à Zoulouzou, alors il eut repentir : tout le monde connaît Thistoire.

Il était un fils de Firouz Khan, beau comme la rose, Khavas Khan : la terre est sur lui et sous lui.

Un messager vint chez sa mère, mais elle était impuissante; car Abbas ' était prisonnier de la tombe.

Il était un fils de Firouz Khan, beau comme la tombe : la terre est sur lui et sous lui.

Au moment de rannexion du Pendjab, en 1849, ^^ gouvernement anglais trouva Afeal grand propriétaire terrien : il fut dépossédé en i8j'4 pour mismanagement et se retira à Jamalgarhi, près des ruines des temples bouddhiques, comme aurait pu faire tout autre chacal. Malgré sa déchéance, c était encore un grand personnage. Il était puissamment riche : le gouvernement anglais lui faisait une rente de 1600 roupies (3200 francs); au moment de la grande rébellion, il fut loyal et mérita une pension additionnelle de ï6oo francs roupies; son revenu total était de 3629 roupies. Il avait tout ce qu'il

^ Les femmes de sa maison.

* Afzal Khan.

3 Frère de Khavas.

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fallait pour mériter lestime des siens : il portait un grand nom, il avait les manuscrits de Khouchal Khan, il avait sur la main le sang de ses ennemis. Mais tous ces titres ne lui servaient de rien, et le fils de Khouchal Khan était méprisé entre tous, parce qu'il avait le vice méprisé entre tous ; c'était un choum^ un ladre, et le poète Mahmoud, mal payé, avait chanté de lui une mauvaise chanson ' .

La satire de Mahmoud est sous forme de dialogue entre un maître poète et son élève, ou comme Ion dit là-bas, entre Oustad et Chagird : chez les Afghans, la poésie populaire est un véritable corps de métier, avec patrons et apprentis :

Disciple, à Jamalgarhi réside Afzal Khan.

Maître, dis-moi ce qui est de lui. Il fait de lui-même un éloge pompeux. Il fait Téioge de lui-même et de ses fils à chaque instant.

Disciple, Thôte ne trouve jamais d'égard auprès de lui. ^

Maître, que pour cela Dieu amène sur lui le malheur!

Oui, disciple, prononce toujours la malédiction sur un ladre I

Maître, il a mauvais cœur, mauvaise langue, mauvaises mœurs : il n'y a pas et il n'y aura jamais de ladre pareil.

» Voir page 105.

Disciple, quand il voit de loin venir un hôte.

Maître, il lui dit : D'où viens-tu ' >

Disciple, il le tue de questions de pied en tête.

Maître, il n'a peur ni crainte du Seigneur,

Disciple, il ne laisse pas Thôte se reposer sur le lit de hhoudjra^.

Maître, sa bouche est toujours ouverte comme un puits vide.

Disciple, il n'a pas de dents; sa bouche est noire comme un four. Aussi, celui qui le coupera en morceaux...

Maître, ce sera un Ghazi î ; et c'est un coquin qu'il tuera.

Maître, qu'il disparaisse de mes yeuxl II fait rougir toute sa famille !

Disciple, non, il n'y aura jamais de drôle éhontétel qu'Afzaî Khan.

Mahmoud dit : Je fais librement aller sur lui ma langue dans le bazar.

Le vœu haineux du poète a été entendu.

Âfzal Khan a été acquitté^ mais un de ses fils envoyé à la potence. Le bourreau Firanghi mettra la main au cou du descendant de Khouchal Khan. Une insulte pire a été faite au sang du poète : le dtre de Khan des Khataks a passé à

ï On doit recevoir l'hôte qui arrive sans le questionner.

* Maison commune à l'usage des a chef.

3 Un héros de la guerre sainte.

* Maison commune à l'usage des voyageurs, entretenue aux frais du chef.

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