‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 141 sur 157 · XIV. — DE LAHORE A PARIS · texte numérisé non relu

XIV. — DE LAHORE A PARIS

pressés, vers Mutera, demi-nus, le bâton en main : ils viennent de tous les coins de la province, pour se baigner demain matin à la Ghat de Visranti, dans les eaux saintes de la Jamouna.

La voiture avance sans peine à travers la gelée humaine qui s'ouvre et fait haie, reconnaissant un Européen. La route trop étroite nous obhge bientôt à descendre et le passage devient plus difficile. « Mettez votre chapeau, me dit lagent du Seth, pour faire peur à la foule ; » le chapeau européen, le solar har, emblème de la suprématie anglaise, plus respecté et plus puissant que tout un détachement de police indigène. Quelle chose commode que ce bon peuple hindou ! — triste au fond, — mais je ne suis pas en humeur, tandis que j'en profite, de philosopher sur le côté triste de la chose.

La flamme de la Divali est au lac sacré, la Manasi Ganga : une digue divise le lac en deux parties : cette digue, mei dit-on, n'est autre que la montagne de Krichna qui s'est affaissée. Au bord du lac s'élèvent une série de palais bâtis par la piété des Radjas, qui veulent avoir un pied à terre dans la localité sainte. Le plus riche de ces palais est celui du Radja de Bharatpor : tout le long de la façade, des escaliers de pierre, des GhatSj descendent dans le lac : toutes les marches sont en feu, couvertes de milliers de co-

quilles de noix en guise de lampes : les autres G hais grouillent de gens qui contemplent avec bonheur les avalis^ d'en face et allument^ chacun près de soi, un modeste lumignon.

Le lendemain, indigestion de temples à Vrindavan, la ville des temples. Visite zm oMuseurriy bijou monumental, du goût hindou le plus pur, bâti par l'ancien collecteur, M. Growse. M.

Growse est une des raretés de l'Inde : un Anglais qui comprend l'Inde et qui l'aime. Partout où il a passé, il a restauré l'art indou, tué ou abruti par Tart (?) anglais et par l'enseignement des écoles de dessin à l'européenne. Cela déplut à l'administration centrale qui n'aime point des fonctionnaires trop savants ou trop artistes. Déporté dans une ville sans tradition, Bolandchehr, où on le croyait désarmé, il en fait jaillir des palais, sans frais pour F État, faisant appel pour les fonds à l'enthousiasme des indigènes et pour le travail à l'instinct infaillible et presque aveugle des mistris^. Transporté à Fatehpur, il crée un art nouveau, l'incrustation du cuivre dans le bois, qui est à présent la gloire de la bicoque. Le nom de M. Growse, après dix ans, est encore béni

» Avali, rangée de lampes.

* Mistriy artisan ou artiste indigène. Le mot semble être l'italien maestro, apporté au xvii* siècle par les artistes de Florence au service du Grand Mogol.

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