‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 142 sur 157 · XIV. — DE LAHORE A PARU · texte numérisé non relu

XIV. — DE LAHORE A PARU

par les dévots de Muttra; tous les temples de Vrindavan ont été rajeunis par lui, et tandis qu'il construisait pour lui-même une Église du Sacré- Cœur, Tamour de Tart, qui est lui aussi une forme de l'amour de Dieu, faisait de ce catholique fervent un des bienfaiteurs de Krichna.

Mais M. Growse a quitté Muttra et le Musée est un bijou vide, avec la désolation à l'intérieur : le long du mur quelques statues bouddhiques, couvertes de toiles d'araignées et autour desquelles volent lourdement des escadrons de guêpes.

28 Octobre. Agra. — Vous voyez aux Musées de Lahore et de Delhi des modèles du Taj en soap-stone ou en marbre et vous vous dites : « Quoi 1 Ce n'est que cela ! » Un lourd cube, avec des tours aux quatre angles et dômes pardessus. De fait, le Taj seul, c'est « le clair de lune empaillé » j mais le Taj dans son jardin, un de ces immenses jardins à l'indienne , avec

le long jec d'eau qui le traverse, le prisme de ses fleurs, le bruissement de sa forêt, le vertige de ses senteurs ; le Taj, émergeant à demi de la verdure, dans la blancheur immaculée de son dôme et de ses tours, sous l'azur pâle du jour indien, dans l'enchantement des couleurs, des bruits et des parfums, le Taj devient beau comme un rêve. Le tombeau et le jardin sont le corps et l'âme d'un grand être, merveilleux de grâce, de fraîcheur et de fantôme. A l'intérieur, la chambre sépulcrale, où l'on descend par un souterrain, est noire comme la mort, mais elle rend un écho d'une sonorité et d'une douceur étrange, qui n'est point de ce monde et qui a pourtant une réalité qui vous saisit et qui vous enveloppe. On croirait marcher sur l'écho comme sur un tapis, le savourer comme une ambroisie de musique. C'est cet écho merveilleux que l'on trouve dans toutes les tombes de l'Inde, jusque dans la tombe ouverte en plein ciel de M. Raymond à Hyderabad. Ce n'est point une voix de regret, car elle ressemblerait davantage aux voix de la terre ; c'est une voix de résignation, de douceur et de promesse.

C'est pour sa bien-aimée, Moumtaz-Mahall ', ,

I Moumiai Maball signifie VElue du Palais, Taj est abrégé de AfoMw/a:(. A proprement parler, le nom ne désigne pas le toinbeau de l'Impératrice, mais l'Impératrice elle-même.

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