I. LE PONT D ATTOCK
sainte où les Djaïnes' d'il y a six siècles ont multiplié à l'infini dans le marbre l'image de leur Homme- Dieu.
Montez à la nuit tombante, par un soir de mars; la route monte entre le précipice et la montagne, dans l'ombre croissante; les éclairs blanchissent les cimes; les troupeaux de bœufs descendent effarés la pente rapide; le cri sonore de vos Bhils^, s'appelant de crête en abîme, monte et descend dans l'écho en notes inquiètes ou joyeuses, monte et descend à travers les ondées soudaines, le roulement des tonnerres lointains et les reflets de bivouacs indigènes, allumés contre le froid et les fauves. Au matin, vous irez dans les temples de Dilvarra adorer l'image, répétée de cellule en cellule, de Parçvanath, toujours le même et omniprésent; vous ferez le tour, de droite à gauche, de la svastika mystique, riche de promesses et d'espoir; et vous cueillerez dans les ruines la fleur de tchampa, la fleur jaune, belle et troublante, ivre de parfums.
ï Secte voisine du Bouddhisme, adorant les Djims, c'est-à-dire les saints victorieux, qui ont triomphé de tous les désirs mondains, comme les Bouddhistes adorent les Bouddhas, « ceux qui ont acquis 1:1 science parfaite. » Le Djina le plus honoré est Parçvanath. Les Djaïnes sont la secte la plus riche de l'Inde et quelques-uns des temples les plus beaux ont été bâtis par eux.
» Bhils, aborigènes à demi-sauvages, servent de guides et de porteurs au Mont Âbou.
à qui l'abeille nose emprunter de sucs pour son miel : entendez-vous la chanson?
Tchampa lodjmen tin goun...
Fleur de tchampa, vous avej trois vertus :
la beauté, la couleur, le parfum,
mais vous avej un grand malheur :
V abeille ne vient pas se poser près de vous.
J'avais reçu du prêtre et gardais avec amour^ entre les feuillets d'un livre, une fleur de tchampa 5 j'y avais joint plus tard une de ces fleurs de Mahomet^ qui croissent près de la passe de Khaiber et portent l'empreinte protectrice des doigts du Prophète 5 plus tard encore, une feuille du figuier qui pousse devant le temple de Bouddha- Gaya, à la place même où le Bouddha, pour la première fois, entra dans l'évanouissement. De retour en France, j'ai cherché en vain et la fleur de tchampa et la fleur du Prophète, et de toute ma guirlande indienne il ne testait que la fleur de néant.
Vous redescendez au soleil, le long du S^akhi Talaby ou « le lac de l'Ongle, » ainsi nommé parce qu'il fut creusé par l'ongle d'un ascète, et qui est plus pur et plus joli que jamais ongle, je ne dis point d'ascète, voire d'Apsaras ou de