‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 154 sur 157 · XIV. DE LAHORE A PARIS · texte numérisé non relu

XIV. DE LAHORE A PARIS

République. Il avait 18,000 hommes instruits à la française : « Il y a quelques années, me dit Séid Ali, allant inspecter mon régiment dans le district d'Elgundel, je fus tout étonné d'entendre le commandement français Tortei armes ! » Raymond périt en 1798, empoisonné par ses ennemis à la cour du Nizara : ce fut la fin de l'influence française à Hyderabad.

Le tombeau de M . Raymond s'élève à quelques milles d'Hyderabad, sur une colline qui domine une plaine syénitique, parsemée de ces roches cyclopéennes étranges. Sur un vaste soubassement, marqué de distance en distance de croix rouges, s'élève une pyramide blanche quadrangulaire, portant de chaque côté une tablette de pierre noire qui attend encore son inscripton. Au-dessus des tablettes, la pierre creusée reçoit un treillis de fer, qui forme les initiales I. R. En face s'élève un léger haradéri, pavillon ouvert, suspendu sur une frêle colonnade ; il est terminé par une chapelle ou dargah surmontée de la croix. Le dargah est creusé d'une niche qui reçoit une lampe ; des débris de lampes et de guirlandes sont jonchés à terre. C'est que Monsieur Raymond est encore adoré comme un saint. Tous les ans, au jour anniversaire de sa mort, les hommes des régiments qu'il avait formés vont en pèlerinage à sa tombe, prier, porter des fleurs, allumer

des lampes et tirer des coups de fusil. Son nom même, éMonsieur Raymond ^ est devenu un nom de saint musulman : éMousa T^ahmariy « Moïse le miséricordieux. » Il fallait que ce Français, inconnu en France, possédât à un haut degré le prestige et la force de fascination, pour que son souvenir survécût ainsi, défiguré et préservé par l'apothéose, au milieu de tant de causes d'oubli. Un écho à peine sensible soupire dans le haradériy doux et frêle comme ce souvenir étrange, cette voix de la gloire dont le murmure indistinct

Éveille un écho faible au fond de V avenir.

Il Février i88y. B ombay. — Bombay n est pas une ville, c'est un monde 5 elle voudrait tout un livre. Demain peut-être l'écrirai-je.

Bombay, la charmante, qui étend indolem* ment dans la mer bleue sa longue presqu'île boisée; Bombay, où l'Europe et l'Asie se rencontrent sans heurt et sans lutte ; où toutes les

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