III. LES AFGHANS DE l'éMIR ET l'éMIR f
ombrage ; il fut livré par trahison et assassiné. Les partisans, même ralliés, de Yakoub, périrent en masse, ou allèrent en Perse grossir la cour du futur prétendant, le petit Mousa Djan, le fils de Yakoub, espoir des Ghazis'. Un poète populaire, « le poète de Jellalabad », osa lever la voix contre le bourreau des patriotes :
Depuis que le Sardar Abdoul Rahman est installé à Caboul, la foi de l'homme dans l'homme a disparu; il massacre en masse les Ghazis par trahison.
Le guerrier de Dieu, Mohammed Djan, martyr, a passé de ce monde. L*Émir Ta fait périr, il a été pris par trahison.
La poésie populaire est la presse de l'Afghanistan. On ditqueTEmir, entendant chanter ces vers dans le bazar de Jellalabad, descendit de son éléphant, fit appeler le poète, lui demanda pourquoi il l'accusait de trahison et ne dédaigna pas. de se disculper devant lui, je ne sais s'il Ta convaincu : les vers sont restés. C'est en vain que rÉmir a défendu à ses sujets de parler de lui, même en bien, sous peine d'avoir la langue coupée.
Abdoul Rahman, dans la première partie de sa carrière, était un soldat 5 depuis qu'il est Emir,
» Ghai^i, soldat de la guerre sainte.
fS LETTRES SUR l'iNDE
c'est un bureaucrate, chose nouvelle pour un souverain afghan et peu populaire. Chaque jour a son emploi réglé. Deux jours de la semaine sont consacrés à la correspondance, le lundi avec le haut pays (Hérat, Candahar, etc.), le jeudi avec le bas pays (Caboul, Péchawer et Flnde). Le mardi, il tient le durhar militaire, et reçoit les officiers de la garnison qui dînent tous au palais : cest aussi le jour des réceptions privées, du Vivant hass. Le mercredi et le samedi il rend la justice et reçoit le peu-pie 5 le dernier mendiant est admis, c'est le Vivan public ou Vivant am. Le vendredi est un dimanche de Londres 5 bazar, boutiques, palais, tout est fermé : les mosquées seules fonctionnent. Le dimanche est consacré aux affaires privées de l'Emir.
Les deux grands jours sont les jours de Vivant am, car l'Emir est avant tout un justicier. Il rend la justice, la main au pommeau de l'épée. On lui amène les voleurs de grand chemin et il informe; il dit: bekouchtdy et on leur coupe la gorge, ou bien : gargara kounidy et on les mène pendre. Il entend la justice à la Salomon et y met une humour féroce. Au temps des affaires de Penjdeh, on lui amène un homme qui a annoncé que les Russes approchent. « Les Russes approchent, ditl'Èmir; eh bien, on va te faire monter au sommet de cette tour et on ne