IV. LES GHILZAIS
Nous avons vu ^ que les Ghilzais ont eu leur heure de splendeur au commencement du siècle dernier, entre 1710 et 1730. Nous les avons vus donner le signal de l'indépendance ; nous les avons vus un instant maîtres de la Perse et traitant de pair avec la Sublime Porte. Mais ils sont écrasés par Nadir Chah, et quand, à sa mort, les Afghans se relèvent, les Ghilzais ne sont plus les porte-étendards de la race 5 leur place a été prise par la tribu des Douranis. C'est la tribu des Douranis qui a fourni des rois à l'Afghanistan depuis le roi Ahmed Chah, en 1747, jusqu'à l'émir Abdoul Rahman en 1880. La dynastie sadouzaie, fondée par Ahmed Chah, et la dynastie baroukzaie, qui la renverse, représentent les deux premiers clans des Douranis, de sorte que toutes les guerres civiles, toutes les
» Voir la troisième lettre.
querelles de prétendants qui agitent T Afghanistan depuis un siècle et demi, ne sont que des querelles de famille au sein de la grande tribu.
Les Ghilzais cependant n'avaient pu absolument oublier le passé. Le clan royal des Hoteks, qui leur avait donné Mir Véis, le libérateur, Mahmoud, le conquérant et Achraf, le dernier des empereurs ghilzais, n'était pas éteint et pouvait toujours, l'heure venue, revendiquer l'hégémonie afghane au nom d'un passé glorieux.
Pourtant les Ghilzais ne bougèrent pas sous le le grand Ahmed : il leur donnait, comme à tous les Afghans, du butin et de {a gloire. Sous ses faibles successeurs, il n'y avait plus ni butin ni gloire et il ne resta aux Ghilzais que le souvenir de leur déchéance, avec la conscience de leur force devant des rivaux en décomposition. Ils relevèrent la tête en 1801. Une conspiration se forma à Caboul même, où nombre de chefs ghilzais se trouvaient réunis par hasard. Ils rencontrèrent là le représentant de leur famille royale, Abdoul Rahim : les Ghilzais lui offrirent la couronne. Il n'avait point été maltraité par le roi Chah Zéman et avait même reçu une pension en addition à ses propriétés héréditaires; il refu»a d'abord, puis, comme Gœtz dé Berlichingen, chef forcé des paysans, céda malgré lui et avec