‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 83 sur 157 · IX, — PHILOSOPHIE AFGHANE I9I · texte numérisé non relu

IX, — PHILOSOPHIE AFGHANE I9I

Séid Omar nest pas seulement bien informé, il esc perspicace. Il y a eu ces jours-ci à Péchawer bien des étrangers : d'abord deux officiers "R^usSy revenant des grandes manœuvres de Delhi et qui sont allés visiter les fortifications de la frontière 5 puis deux officiers Trachich\ qui, faisant le tour du monde, étaient curieux de voir quelles ombres fait sur la passe de Khaiber la forteresse d'Ali-Mesdjid; puis un baron australien (lisez autrichien — mais l'Australie est plus connue dans l'Inde que l'Autriche), qui promène un appareil photographique avec lui.

Voilà bien des étrangers et cela promet des événements. Mon séjour prolongé à Péchawer l'intrigue aussi : les Trachich ont été jadis quasi maîtres du Pendjab; ne serais-je pas envoyé par le gouvernement prachich pour étudier le terrain ? Un jour, il me demande de but en blanc « Qui « préfere-t-on dans votre pays, les Musulmans ou « les Hindous ?» Je lui réponds sévèrement, en bon Français nourri dans les principes de liberté, d'égalité et de fraternité, que chez nous tous les hommes sont égaux et que nous ne faisons pas la moindre différence, à Paris, mais pas la moindre, entre un Musulman et un Hindou. Je m'aperçois à sa mine que je viens de commettre

I Français; voir plus haut, page 125.

une grosse faute diplomatique : Séid Omar voulait tâter le terrain, et préjuger la ligne que pourrait bien suivre la politique prachiche entre les deux religions hostiles : ma réponse vient de gâter toutes les chances de la France. Il me fait observer un peu sèchement que cette impartialité est étrange; que si des Firanghis étaient en guerre contre les Hindous, les Musulmans considéreraient, eux, comme un devoir sacré d'aider les Firanghis, parce que les Firanghis sont après tout « peuple du livre » et que les Hindous sont de purs païens, des kafirs.

Pour changer la conversation, je passe en Afrique et lui demande ce qu'il pense du Mahdi. — « Quel Mahdi? — Celui de Khartoum. — Je ne connais pas. » J,e lui conte l'histoire du Mahdi, qu'au fond il connaît aussi bien que moi. Mon histoire achevée, il me demande, avec un léger accent d'ironie, à quoi je le reconnais pour Mahdi. « Mais! sa piété, ses signes, ses victoires! — Le Sahib de Svat était aussi pieux qu'à pu rêtre votre Mahdi et a battu les Engriz à Ambéla ' sans s'arroger pour cela le titre de Mahdi. Et pourtant, lui, venait de l'Orient et non du Couchant, comme cet imposteur. Et

I Voir plus haut, pages et 121 suivantes.

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