‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 82 sur 157 · IX. — PHILOSOPHIE AFGHANE · texte numérisé non relu

IX. — PHILOSOPHIE AFGHANE

djeiailtchis pour protéger les caravanes dans la passe de Khaiber'. Or, autrefois, quand vous vouliez voyager, vous n'aviez pas besoin d'une police qui coûte cher : vous vous adressiez au Khan de l'une des tribus dont vous aviez à traverser le territoire, et il vous donnait un hadraqay c'est-àdire, un guide qui vous servait de sauf-conduit; la tribu, qui vous voyait accompagné d'un hadraqa donné par son Khan, se gardait bien de vous piller, et les autres tribus vous respectaient aussi, pour ne pas s'attirer une mauvaise affaire avec un chef puissant. Il ne vous en coûtait que quelques hakhchich sagement distribués çà et là et on arrivait plus d'une fois à destination sans être pillé ni égorgé. »

Séid Omar est grand politicien, comme tous les Afghans. « Chez nous, dit-il, tout le monde s'intéresse aux choses de l'Etat et les comprend, et vous entendrez des enfants de dix ans discuter avec des Sifid rich^ sur les affaires d' Hindoustan, d'Iran et de Rouss, si bien que vous ne sauriez distinguer quel est fenfant et quel est le Sifid rich. Nous sommes informés de tout ce qui se passe dans le monde plus vite que les

ï Voir la huhième lettre.

* Des barbes blanches.

Engriz avec leur fil à éclair. Car toutes les fois que vient un voyageur d'un des pays lointains, nous nous informons de tout ce qui touche ce pays ; à combien de kroh il est d'ici et quel est le Serkar; si c'est un pays d'Islam ou d'infidélité 5 si le gouvernement est juste ou tyranniquej si les Musulmans y sont bien traités ou opprimés 5 combien il y a de soldats, combien de fantassins et combien de cavaliers. Aussi nous savons beaucoup de choses, beaucoup de choses, continua-t-il en clignant les yeux, que les Engriz ne connaissent pas. » Je m'en aperçus en effet et j'appris bien des choses nouvelles de Séid Omar : j'appris par exemple qu'il y a douze mille Musulmans à Londres et neuf mosquées ; que rislam y avait été prêché par un clergyman converti, — ou perverti, comme disent les Anglais, — le Révérend Green, qu'il avait fait tant de prosélytes que la reine, alarmée, l'avait mis en prison ; qu'il avait abjuré, mais que Iqs nouveaux Musulmans étaient restés fidèles au Prophète et que, tous les vendredis, ils parcouraient la ville en chantant des prières. Le pauvre Omar avait combiné et sanctifié, par un effort de charité synthétique, l'histoire du ritualiste Green et des momeries salvationnistes, dont des bribes, par je ne sais quel canal, étaient allées le trouver jusqu'à Péchawer.

Page 1