‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 85 sur 157 · DIXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DIXIÈME LETTRE

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En route sur Abbottabad. — La Brigade circulaire. — Petit Fakir en robe verte. — L'Été. — Le Bengalow hanté. — Les Chacals.

> I jamais quelque heureux hasard vous amène au fond du Pendjab, voici ce que je vous souhaite : — vous attarder à Péchawer jusqu'en mai, « le joli mois de mai » qui, hélas ! ici, n'amène que l'enfer des chaleurs sèches et les escadrons des mouches de sable qui, comme Macbeth, tuent le sommeil 5 — vous débattre une semaine durant et, chassé enfin par le cauchemar du soleil, errer tout un jour dans la morne Nauchéhra, sous les flammes stupéfiantes d'en haut, dans l'attente vaine de la tonga

qui coure vers Takhti Bahi et les ruines des rois bouddhistes ; — passer la nuit dans la gare déserte et affamée d'Attock, sous un ciel noir, aux bords d'un Indus sans rêves; — le lendemain, pour tuer le temps, parcourir Hasan Abdal dans une de ces microscopiques et abominables ekkas^ dans lesquelles je souhaite à mon pire ennemi de faire le tour du monde 5 — vous traîner au jardin et à la tombe anonyme de Baba Vali de Kandahar, le couli devenu fakir et saint; puis à lëtang de Gourou Nanak, le prophète Sikh, qui a laissé sur le mur fempreinte sacrée de sa main ouverte, le Tir Tanjah; — attendre de nuit, dans le Dak Bengalow * désolé, la voiture d'Abbottabad; partir, épuisé d'insomnie et de fièvre, à trois heures du matin, dans le froid et la brume; monter, sous la pluie fine et pénétrante, le long des pentes abruptes et nues, heure après heure, secoué par le cahot haineux de la tonga; — voici, soudain, que le soleil tardif perce à travers la bruine ; des cèdres et des déodars se lèvent au lointain; une brise enivrante descend au-devant de vous, vous soulève vers elle du fond de l'accablement; c'est déjà la vie qui coule à plein

ï Petit caravansérail entretenu par le gouvernement dans les principales localités : les voyageurs y passent la nuit pour une roupie; ce ne sont pas des palais.

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