X. ABBOTTABAD
de miracles ; quand la pluie manque trop longtemps, il prie et la pluie finit par tomber. Et l'enfant aussi est déjà un petit Bouzourg, et il fera aussi des miracles. Il s'appelle Séid Chah Din.
— Que fais-tu de cette cithare sous le bras ?
— Je chante les louanges du Prophète et de Fatitoah.
— Ou habites-tu, petit fakir, et de quel village es-tu ?
— Je ne sais pas, Sâb; je vais de place en place, en priant Dieu.
— Où passes-tu la nuit?
— Au feu des bergers quand il fait froid, et sur la dure quand il fait chaud.
— Et que fais-tu du matin au soir?
— Je récite le Coran illustre; je prie pour les hommes et pour moi, et je chante le Prophète.
— Prends ces quatre annas, petit fakir.
— Merci, Sâb, que ferais-je avec de l'argent? Les pauvres gens me donnent du pain lorsque j'ai faim, et il y a toujours de l'eau à la rivière ou dans la citerne de la route.
— Adieu, petit fakir en robe verte, et prie pour moi le Prophète.
— Adieu, Sâb, que Dieu vous bénisse!
Et le petit fakir descendit rapidement la pente
de la montagne, appuyé sur son dast panâhy et la tache verte se fondit dans les buissons. La nuit tombait : les hauteurs de l'Orient étaient noires; la lumière frêle de l'Occident flottait dans des remous de couleur, — vapeurs des rizières, fumées du sol, neige des montagnes 5 — par instant, dans une éclaircie de nuages, le soleil qui succombe derrière la montagne redressait vers le ciel un dernier éventail de rayons pâles.
Entre les parois des montagnes coule une rivière qui, en cette saison, monte à peine au garot du pony, mais qui est torrentueuse en hiver. Le lit a été creusé par la volonté séculaire du vent qui fouette et de la pluie qui ronge; le fond est jonché de cailloux charriés des montagnes lointaines et façonnés par la main convulsive des éléments; sur la face des parois ravagées, deux rangées parallèles de galets indiquent la place des anciens lits, parlent de deux