X. ABBOTTABAD 20f
brillent comme Targent sous le soleil apoplectique, soit que par la pluie les nuages blancs, à quelques mille mètres sous vos pieds, fassent de la montagne et de la plaine une immense nappe déneige. Au Gor Khatri de Péchawer, le grand fer à cheval des montagnes afghanes vous enserre des trois côtés ; mais par devant s'ouvre la plaine que sillonne un filet d'argent, la rivière qui vient de Caboul et qui va, languissamment d'abord, puis avec frénésie, chercher l' Indus au pont d'Attock. Et bien loin d'ici, par derrière Bombay, les Ghattes qui montent à Pouna et Khandalla, ont cette grâce et cette beauté que de tous côtés elles vous ouvrent la montagne, y fendent de larges brèches de plaine et de ciel, de sorte que Toeil ne perd point prise sur l'infini de l'azur et que l'âme y respire à Taise dans la grandeur des choses.
Ici, au contraire, tout est vaste et tout est fermé : pas une ouverture de montagne qui laisse le regard voguer sur la vallée, pas un petit ruisseau d'argent qui brille au soleil et qui vous dise en souriant : « Je suis libre et le monde est vaste, et je m'en vais vers les larges plaines et les vastes océans là-bas. » L'âme se sent opprimée dans la hauteur solitaire :'mais c'est une oppression sans angoisse et non sans charme : la pensée s'éteint et garde
juste assez d'elle-même pour jouir de son anéantissement; car la félicité, c'est le seul sentiment du mourir^ ce n'est point le néant même de la mort, le néant aveugle et sourd, où ne passe ni l'écho des paroles sonores ni le reflet des images radieuses. On appelle Abbottabad the sleepy Hollowy « le trou qui dort », et elle est en effet, 1 été durant, lourde de sommeil, mais non sans rêves î et le soir, quand la pensée se réveille, elle flotte languissamment sur la brume des montagnes brunes, s'y engloutit et s y fond comme si elle était de la même matière, et enveloppe dans son naufrage tout le monde des choses et celui des âmes,
E 7 naufragar mi place in questo mare.
Il n'y a point d'hôtel à Abbottabad 5 rien que le Dak Bengalow, où l'on dort mal et mange à l'avenant, et où l'on est exposé à chaque ins-