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SOIRÉE ALLEMANDE

A. Ifladamo A. de C . . .

Oh! oui, c'est bien cela. C'est la chambre tranquille,

Pleinf; de poésie, humble toit, doux asile.

Où l'on aime à s'asseoir sur le canapé bleu

Pour causer et chanter le soir au coin du feu.

D'un côté des portraits et l'album romantique ;

De l'autre un piano, des cahiers de musique,

Quelques livres choisis: Uhland, Goethe, Schiller,

Les romances de Lœve et celles de Creuzer;

Puis de longs entretiens d'art, de philosophie,

D'un amour qu'on se crée et que l'on déifie ,

De deux ou trois amis qui font tout notre espoir.

Et d'une œuvre de maître admirable à revoir :

Puis des rêves sans fin dans le temps, dans l'espace,

Un but qui nous sourit, un autre qui s'efface ;

Nul trouble en nos désirs, nul doute en notre essor,

Oh! oui, c'est bien cela, c'est ce que j'aime encor.

Ce que j'ai tant aimé là bas en Allemagne,

Lorsque je m'en allais à travers la campagne.

Abandonnant mon cœur à ces rêves du nord.

Mon esprit à l'étude et ma fortune au sort.

C'est ainsi qu'ont passé tant de douces années,

Riches d'illusions, paisibles, non fanées.

Et tant de jours heureux pleins d'amour et de foi.

Aussi, lorsque le soir vous chantez devant moi

Le chant que je connais, le lied et la romance,

Dans mon cœur aussitôt le passé recommence ;

Je regrette vos prés , vos bois , votre vallon , Et je pourrais vous dire alors, comme Mignon : Venez, quittons ces lieux où l'on se sent malade, Où toujours l'existence est si triste ou si fade, Où le froid septicisme et l'intérêt menteur Altèrent la pensée et corrompent le cœur. Allons là bas, allons dans le pays des songes Reprendre notre espoir et nos riants mensonges.

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