EN NORVEGE
A mon ami Sainte-Beuve.
Sur le sommet de la montagne ,
Les rayons dorés du malin
Brillent à travers le sapin
Et descendent vers la campagne ,
Un peu plus loin, sur le coteau,
L'église blanche du hameau
Apparaît paisible et riante ;
De la cascade entre les bois
J'entends d'ici mugir la voix,
Et la fleur s'ouvre et l'oiseau chante.
La jeune fille aux cheveux blonds Conduit au sein du pâturage Les brebis, la chèvre sauvage.
Au loin l'on voit de frais vallons Couronnés par des pics de neige, Les grands sites de la Norvège , Que l'on contemple avec bonheur, Les bords de la mer qui se ride , Et dont le flot pur et rapide Semble appeler le voyageur.
Là, quand la première verdure Surgit au souffle du printemps.
Quand le ciel, obscurci longtemps, S'élargit enfin et s'épure; Quand les jours d'hiver sont passés,
POÉSIES. 40o
Quand sur les champs ensemencés Nul vent cruel ne se balance , Dans l'enceinte de ces forêts Tout est si beau! tout est si frais!
Tout est si grand dans ce silence?
Tantôt vers l'horizon lointain L'esprit s'en va, l'esprit s'élève, Pensif, trouvant un nouveau rêve A chaque détour du chemin; Et puis la légère nacelle Nous invile à fuir sur son aile, Et lorsqu'on vient à contempler L'humble chalet de la colline Sous le bouleau qui le domine, On voudrait ne plus s'en aller!
Pour celui dont l'âme froissée , Cherche un remède à la douleur Nul abri plus sûr et meilleur Ne peut s'offrir à la pensée.
L'heureuse pauvreté, la paix Habitent sous ces bois épais, Et si parfois l'orage gronde Dans cet asile solennel , Oh ! mon Dieu, l'orage du ciel Dure moins que celui du monde.