ANT. DE LATOUR
Ami , je vous ai vu tout triste ce matin , Vous qui calmez si bien la plaintive souffrance De ceux qui près de vous accusent le destin ; Vous m'écoutiez pensif dans un morne silence.
Ah ! je sais quel ennui , quel vague et noir chagrin Nous asservit parfois à sa sombre puissance. Quel nuage obscurcit le jour le plus serein, Et quel doute affligeant trouble notre croyance.
Mais ne nous laissons pas aller à ces douleurs Lorsque la vie encore a pour nous tant de fleurs Et tant de doux liens que notre âge réclame ;
Dans la loi du devoir cherchons notre aliment. Et s'il faut succomber, succombons noblement, Les regards vers le ciel et le calme dans l'àme.
STRALAW.
Un beau village avec des bois, de frais sentiers, La rivière qui vient se bercer à ses pieds , Et le lac bleu qui va se joindre à la rivière. Là d'un côté Berlin que dore la lumière. Et de l'autre la Sprée et ses vagues lointains , Et puis tout à l'entour une forêt de pins , Des villas, des cafés, de paisibles retraites. C'est un lieu de plaisir, un rendez-vous de fêtes. Le dimanche à midi toute la ville y vient; Là chacun chante et joue, et rit ou s'entretient, Buvant du vin de France et de la bonne bière.
Et plus loin à l'écart voici le cimetière. Avec ses myrtes verts , ses croix et quelques fleurs , Humble asile où s'en vont la joie et les douleurs, Et qui, baignant le bord de ses tombes dans l'onde, Et regardant s'abattre et rire tout ce monde , Semble dire : Voyez ici comme il fait frais. Lorsque vous serez las, venez, les bancs sont prêts.
POÉSIES. îi^l
SEHNSUGHT.
Traduit d'une vieille chanson allemande.
J'ai quitte pour ces lieux mon pays de montagne, J'ai traversé les bois, les fleuves et les mers. Et nulle part, hélas! la paix ne m'accompagne, Et mon cœur est bien las de ses songes amers.
Le soleil me paraît ici froid et livide ,
Et les fleurs ont perdu leur éclat passager,
Et tout ce que l'on dit n'est pour moi qu'un son vide,
Car, à présent, partout je me trouve étranger.
Eh bien! où donc es-tu, terre de mon enfance, Terre chère à l'esprit, h la mémoire, au cœur, Où j'ai vécu si jeune en ma verte espérance. Où de mon beau printemps s'épanouit la fleur?
Là s'en vont maintenant mes vœux, ma rêverie; Avec l'amer regret des choses qui sont loin; Là mon pays natal , et ma langue chérie , Là je retrouverais tout ce dont j'ai besoin.
Ah! je n'ai point goûté la paix que je réclame. Je me demande : Où dois-je enfin porter mes pas? Et j'entends une voix me dire au fond de l'àme : Le bonheur est pour toi partout où tu n'es pas?