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Lettres sur l'Italie

Je suis sur la route de Rome; et l'instant du départ, que je désirois cependant , a été mêlé d'amertume. L'unique compagnon qui m'étoifc resté n'a pu m' accompagner : il doit prolonger .son séjour à Naples , et cette séparation momentanée me semble devoir être éternelle (i). Nous nous étions fait une si douce habitude de nous communiquertoutes nos sensations , et de mettre en quelque sorte notre existence en commun ,

(i) Elle a été au moins fort longue, et nous n'avons renoué le fil d'une amitié qui durera autant que nous, que plusieurs années après. Les circonstances impérieuses qui, bientôt après, forcèrent mon ami, Stanislas Léveillé, de s'embarquer à Naples pour la France, et l'empêchèrent de voir le reste de l'Italie, m'imposèrent l'obligation, ainsi qu'aux autres Français, de quitter Rome , et de venir en Toscane , contrée paisible, et la seule en Italie où un artiste pût alors exercer ses talens, ou continuer ses élude*.

qu'il a fallu le vif désir, l'entraînement irrésistible qui me portoit vers Rome , et surtout l'espérance de nous y réunir bientôt , pour me déterminer à entreprendre seul le voyage. J'aurois même voulu faire abstraction de la route , ne rien voir , ne rien entendre , me rendre inaccessible aux séductions , aux moindres distractions, m'endormir, en un mot, comme tant d'autres voyageurs, pour ne me réveiller qu au milieu du Forum.

Le nouveau compagnon de voyage que le hasard m'a donné, aussi pressé que moi d'arriver au but, n'est point disposé à passer son temps dans une triste méditation. C'est un jeune Piomain qui vient de terminer ses études à TSaples , et qui retourne dans sa famille , impatient de faire admirer ses connoissances. Sa conversation m'apprend qu'il a surtout exercé sa mémoire qui lui fournit une abondance de citations et d'anecdotes que j'écoute patiemment , dans l'espoir qu'au milieu de ce flux de paroles je saisirai quelques faits nouveaux, car nos occupations et nos éludes ont été bien différentes. Il a vécu dans la société, moi dans la solitude ; il a joui des plaisirs que je n'ai fait qu'effleurer ; il sort des bancs de l'école ; et. les arts, unique but de mes observations et de me? recherches, lui sont absolument étrangers.

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C'est avec enthousiasme qu'il me parle du séjour qu'il quitte à regret, et dont il m'exagère les merveilles. Avez-vous fréquenté, me dit-il ? les scdile? Et sans attendre ma réponse : N'est-ce pas une chose admirable que ces salles ou portiques ouverts, où se rassemblent les premières et les plus respectables familles de chaque quartier de la ville , soit pour y traiter des affaires publiques ou particulières , soit pour y faire la conversation et y respirer le frais ?

C'est un usage qui remonte aux Etrusques , ajoute-t-il : il n'y avoit d'abord que quatre scdile à iNaples, la ville n'ayant que ce nombre de quartiers. Ils étoient nommés Capuano , du chemin qui conduit à Capoue ; Forcella , des fourches patibulaires ; Montagna , du lieu le plus élevé de la ville ; et JSilo , d'une statue de ce fleuve , érigée par les négocians d'Alexandrie qui habitoient dans cette partie. On porta ensuite le nombre des sedile à dix-neuf; et en iSoo,, les familles de la place Capuano décidèrent qu'on ne seroit admis à leur réunion qu'après avoir prouvé une noblesse de quatre quartiers de nom et d'armoiries. Leur exemple fut suivi par les autres sedile; et , quoiqu'ils soient tous égaux en prérogatives, cependant le Capuano et le Nilo réunissent la plus haute et la plus riche noblesse.

Passant ensuite à un autre sujet, mon instructeur continue : La France ne possède pas , sans doute , un aussi bel établissement que celui de la Santa Casa. Sur la porte on lit ces quatre vers qui en expriment bien l'utilité et tous les avantages :

Lac pucris , dot cm innuptis , velumguc pudicis , Datquc medelam eegris, hœc opulenta domus.

Hinc mer ito sacra est Mi , çuce innupta , pu die a Et lactans, orbis fera medelafuit.

On a pratiqué dans la muraille une ouverture carrée revêtue de marbre ; un enfant nouveau né, sculpté en relief, se voit au dessus avec ces deux vers italiens :

O padre e madré ■ che oui ne gettate . Aile vostre limosinc siamo raccomandate.

C'est en effet par cette ouverture qu'on intro^ duit dans l'hôpital les malheureux orphelins ; ils glissent sur un plan incliné , arrivent dans un tambour de bois , et sont reçus par ce moyen dans l'intérieur par une sage -femme qui les remet à un ecclésiastique : celui-ci les baptise , leur donne un nom, et, pour les distinguer, attache à leur cou une bulla de plomb qu'ils conservent toujours; on les remet ensuite à des nourrices. Parvenus à l'âge convenable, on fait apprendre un métier à ces enfans ; les filles peuvent prendre le voile ou se marier; et, dans

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ce dernier cas , le gouvernement leur donne depuis cinquante jusqu'à cent ducats de dot. Sont-elles abandonnées de leur mari, ou deviennent-elles veuves, l'asile où elles ont été élevées est leur refuge. On les appelle les ritornate ; et le local qu'elles occupent, le Ritiro.

Les conservatoires offrent encore une ressource aux enfans des pauvres : ils y sont élevés aux frais du gouvernement , et ils y apprennent la musique vocale et instrumentale, et la composition. Ces écoles sont au nombre de trois , et se distinguent les unes des autres par un uniforme qui consiste en une sorte de soutane bleue, blanche, ou puce. Il est sorti de grands maîtres de ces établissemens , entre autres Scarlatti , qu'on peut considérer comme le fondateur de l'art musical chez les modernes, et l'inventeur du contre-point ; Porpora , Léo , son élève ; Durante et Pergolèse , tous deux morts jeunes et de poisons différens. Martini prétend que le véritable genre de ce dernier artiste étoit l'opéra buffa ; et que même, dans son admirable Stabat Mater, il a introduit des motifs buffi qui seroien t mieux placés dans la Serm Padrona:

On cite aussi quelques étrangers parmi les élèves des conservatoires de Naples, tels que Jomelli, d'Anvers, Gluck, né en Allemagne et naturalisé en France. Nous devons enfin à

cette école, Sacchini, Piccini, et ses élèves Paësiello , Guglielmi , Anfossi et Cimarosa. Outre ces immortels compositeurs , elle a aussi fourni d'habiles chanteurs, Gafarelli, Eziziello et Farinelli. Ce dernier, parvenu, comme on sait, au ministère sous Philippe V, roi d'Espagne , se fit estimer par sa modestie , et n'abusa jamais de la faveur du monarque. Cafarelli , devenu aussi très -riche, n'étoit point aussi modeste : il bâtit un palais à Naples , et fit graver sur le portail :

AMPHION TffEBJS, EGO DOMUflf.

On cite un autre chanteur célèbre, Domenico Melani , mort en i6g3 , et qui avoitfait fortune en Allemagne où il parvint à de grands honneurs. Revenu à Florence sa patrie , il fit un noble usage de ses biens , car il érigea un hospice pour les pèlerins , ou pauvres voyageurs étrangers. Cet édifice a été réuni par Léopold à l'hôpital Sainte-Marie; et il sert de retraite aux femmes pauvres qui y font leurs couches.

Mon jeune enthousiaste passe ensuite en revue les six théâtres de la capitale , et ne me fait pas grâce de celui des marionnettes placé dans un souterrain du Château-Neuf . . . Mais j'en reste à cet échantillon d'un entretien dont mon loquace compagnon faisoit seul tous les frais : ilsuffisoit

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d'un mot, d'un signe de ma part pour faire naître une série de citations. Sa mémoire étoit d'une fertilité désespérante. En passant à Gaëte, il me rappeloit aussitôt les vins de Cécube , célébrés par Horace ; à Capoue , l'histoire de ses perfides délices; ici étoit le Formianum\ retraiLe chérie de Cicéron : en cet endroit du chemin il fut méchamment assassiné ; la plage voisine étoit plus anciennement habitée par les antropophages Lestrigons , etc. (i).

Si je m'endormois , ce n1 étoit pas pour longtemps : mon impitoyable conteur élevoit la voix pour se faire entendre du postillon \ n'en recevoit-il pas de réponse , il s'en consoloit par

(i) Je rougis maintenant de mon indifférence. L'extrait de l'une des lettres que m'a adresse'e , en i8i3, le savant et respectable M. Dagincourt, fera juger de mes regrets: « Tout ce qui tient à » cette voie antique, si justement ce'lèbre (la Via Appià) , me'rite >> l'attention des amateurs de l'antiquité. L'ayant toujours par- » courue, à peu près à pied, depuis Rome jusqu'à Naples, je me » suis convaincu qu'elle offre à chaque pas, sur elle-même, et pour » peu qu'on fasse des excursions à droite et à gauche, sans s'écarter » trop loin, des monumens curieux, importans et utiles pour l'his- » toire et pour les arts. Un des lieux dans lequel j'en ai reconnu, ainsi » que dans ses environs , un plus grand nombre, est Moladi Gaeta, » l'antique Formia* J'y suis resté captas amorc loci plus d'un mois. » Une de ces maisons, qu'on appelle les Ecoles de Cicéron, est » encore reconnoissable , ainsi qu'une belle villa qui lui appar- » tenoit, et une tour que, selon moi, son fils lui avoit fait » élever sur le bord de la voie, pour cénotaphe. Elle subsiste en »> entier ; on la désigne sous le nom de Totre di Cicérone. Elle -> est au milieu d'un carré formé d'une superbe muraille, visà-V2£

une canzonetia : il falloit alors se réveiller bon gré mal gré pour faire chorus , et notre conducteur faisoit la basse ; et , en appuyant la ritournelle , il fouettoit ses chevaux en cadence.

A Fondi , la dernière ville du territoire napolitain , les voyageurs sont soumis à un examen très-rigoureux de la part des employés de la douane. Ils ont fait la visite de nos effets avec une moqueuse insolence ; ils ont même contraint les voyageurs à s'enfoncer avec eux dans une espèce de caveau, dont l'escalier fort étroit étoit à peine éclairé par la lueur d'une lampe , et sous prétexte de s'assurer s'ils n'avoient point d'or caché , ils les ont dépouillés de leurs vêtemens. Arrivés , comme les autres , dans l'obscur souter-

« des dëbris du tombeau qui avoit été construit sur la colline, à « l'endroit même où Cicëron , atteint par les satellites d'Antoine . » perdit la vie. J'en vis, il y a trente ans,, des parties qui annon— » çoient un monument d'une grande distinction. On m'a dit que » depuis, elles ont été détruites. Pratili indique ces objets; mais, » pour ajouter à ce qu'il ne nous apprend souvent qu'avec trop ■» de sécheresse , et même quelquefois avec peu d'exactitude , il » faut prendre pour espèce de commentaire , et parcourir, les » Osservazioni Critichc di Erasmo Gcsualdo, sopra la Storia dclla » Via Appia di Pratili. Ce Gesualdo, qui étoit un des magistrats » de Gaëte, donna des détails principalement sur les antiquités » des environs de cette ville. H parle , entr'autres choses intéres- » santés , d'une tour bien conservée , ou mausolée , avec une » inscription en l'honneur de Munatius Plancus, fondateur de 1» » ville de Lyon. Les habitans de Gaëte donnent à cette tour le » singulier nom de Torre d'Orlando , Roland, neveu de Gharîe- >» mngne, etc. »

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rain, nous refusâmes de nous déshabiller ; ils insistèrent ; je protestai contre cette violence ; je les menaçai de me plaindre à l'ambassadeur de France , et je demandai à être conduit chez le gouverneur de la ville. Mais , soit que cette opération ténébreuse ne fût pas autorisée par le gouvernement, soit que les douaniers se sentissent coupables de quelques exactions , que ma plainte pouvoit faire découvrir, la menace produisit son effet; ils se désistèrent de leurs prétentions , et nous rendirent , quoique d'assez mauvaise grâce, notre liberté.

Terraçine.

L'aspect des rochers de Terraçine et des ruines qui les couronnent, ont éveillé ma curiosité et excité la loquacité de mon compagnon. C'est, dit-il , l'Anxur des anciens, la capitale du pays des Volsques. D'abord située au sommet de la montagne, puis à mi-côte , elle s'est étendue, de nos jours, sur le rivage de la mer. L'on y a construit plusieurs beaux édifices ; entre autres une porte , espèce d'arc de triomphe sous lequel passe la célèbre Via Appm; un édifice à trois étages , avec un portique pour la douane ; en face , la maison de la poste ; et sur le penchant de la montagne , un véritable palais, pour l'administration des travaux pantins. On a aussi

nettoyé l'ancien port qui étoit ensablé , et Ton a construit dans le voisinage de beaux greniers ; enfin , on a creusé dans le roc de vastes puits , pour y conserver l'huile. La ville doit tous ces avantages , et celui bien plus important de l'assainissement de l'air, au pape régnant.

Il est difficile de concevoir qu'Anxur occupât autrefois une île , comme le fait entendre un auteur ancien(i); car elle est dominée, au nord et au couchant, par de très -hautes montagnes, comme l'indique le nom de Trachina et Tarrachina, dont on a fait celui de Terracine. On sait les difficultés que les Romains éprouvèrent pour s'en rendre maîtres ; et du temps d'Horace elle étoit encore située sur une hauteur.

Impositum saxis late candentibus Anxur.

On voit au sommet du mont San-Angelo, et auprès du monastère de ce nom, les restes de vastes constructions qu'on attribue àThéodoric. Après avoir desséché les marais Pontins et reconstruit Terracine , le souverain des Goths , enchanté de l'aspect dont, on jouit sur ces hauteurs, y ht ériger un palais magnifique, et. résolut d'entourer la ville de murailles et de fortes tours, dont plusieurs sont encore sur pied ; mais

(i) Le grammairien Solin, dans soo Polyhistor,

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îa raort le surprit avant qu'il achevât ces grands ouvrages. Ce même lieu servoit précédemment de citadelle, et l'on y voyoit le temple de Jupiter Anocuris. Leandro Alberti dit qu'il y existe un théâtre antique, de forme carrée. Kirchcr ctContatori, qui en parlent aussi, ont sans doute pris les substructions , ou murs de terrasse du palais de Théodoric, soutenus par des arcades plein cintre , pour les restes de ce prétendu théâtre (i); car les anciens connoissoient trop les convenances pour donner une forme carrée aux constructions destinées à l'usage de la scène.

Sous ces ruines, on voit une excavation dont l'ouverture est dirigée vers le midi. C'est un ouvrage de la nature, à en juger par les stalactites qui pendent de la voûte et qui en tapissent les parois. Lorsqu'on pénètre dans les cavités les plus reculées de cette grotte , on y entend , dit-on , le murmure des vents et le bruit des flots de la mer.

On croit que ce lieu a servi de retraite aux premiers chrétiens , qui venoient, lors des persécutions , y pratiquer les mystérieuses cérémo-

(i) M. Dagiacourt, Histoire de l'Art, partie de l'architecture, Planche 17, donne le plan et les de'taiis de ces anciennes constructions, dont les pieds droits, les impostes et les cintres sont appareillés avec soin. Le reste de la bàiisse, ainsi que les tours et murs de la. ville, sont en blocage, ou opus inccrtumt revêtu d'un stuc.

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nies de leur culte. Mais les eaux, de nature sulfureuse, qui ruissèlent de toutes parts sous ce rocher, font présumer qu'on y avoit pratiqué des bains; et Ton y trouva, il y a une cinquantaine d'années, des tuyaux de plomb, une statue de femme en marbre blanc, et d'autres fragmens de matières précieuses, qui dévoient orner ces salles de thermes.

Le roc pyramidal de Terracine (PI. XVII), qu'on nomme Pesculo ou Pescio montano, étoit autrefois couronné d'une redoutable forteresse qui dominoit le chemin de la Campanie, et pou> voit en défendre l'abord à une armée nombreuse, qui n'auroit pas franchi impunément cet étroit passage. Le rocher est isolé de trois côtés, et ne tient presque à la montagne que par sa base. Il est taillé à pic, comme une muraille , sur une hauteur de plus de deux cents pieds.

Le censeur Valerius Flaccus, que Caton,son ami et son collègue, fit élire prince du sénat, après s'être occupé à extirper le luxe qui commençoit à s'introduire dans Rome , entreprit de grands ouvrages d'utilité publique. Au nombre de ces ouvrages on compte le projet hardi de trancher le promontoire de Terracine sur toute sa hauteur, et jusqu'au niveau du rivage de la mer, pour ouvrir une issue à la route de Naples , qui auparavant faisoit un grand détour, et traversoit des mon-

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tagnes escarpées (i). Cette entreprise gigantesque s'exécuta en retranchant du rocher, et sur toute sa hauteur, une portion suffisante pour le passage de deux chars. Les morceaux détachés de la masse , et jetés dans la mer, formèrent une jetée qui repoussa les flots ; et, sur le côté de la voie, on réserva un trottoir avec un parapet et des bornes saillantes, pour donner la facilité de monter à cheval et en voiture (2).

Tite-Live (3) dit seulement que ce travail eut lieu aux fontaines de Neptune (Neptuniasaquas), sans indiquer précisément l'endroit où elles se trouvoient. Mais Vitruve nous apprend que les sources de Neptune ou de Charonie, dont les eaux étoient malfaisantes pour les hommes et les animaux , existoient à Terracine , et qu'elles tomboient du rocher même dans la mer.

Indépendamment de la beauté et de la grandeur de cet ouvrage , il offre encore une particularité singulière dont on ne s'est pas assez

(1) Cluverius, Steph. Phigius , et Scott dans son Itinér. ital. , sont tous de cet avis, et laissent à Valerius Flaccus l'honneur «le cette entreprise. Nous ne savons sur quel fondement Ant. San-Gallo l'attribue à Antonin-le-Pieux.

(2) Ce même rocher, qui est une espèce de brèche, fournit encore d'excellens matériaux dont on s'est servi pour la bâtisse et la re'paration de l'antique Voie Appia qui traverse les marais Pontins.

(3) Tite-Live (lib. XXXIX), parlant des ouvrages faits par le* censeurs avec les deniers publics, dit : blacrus molcm ad Neplunias aquaSf ut itcr populo essct , et viam per formarum monlcm strarit.

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occupé. Je veux parler d'inscriptions ou plutôt de cartels réservés sur la paroi du rocher, et qui , placés l'un sur l'autre, et de dix pieds en dix pieds, portent des chiffres romains à partir du n°X, et en redescendant jusques et compris le n° CXX. Ces caractères sont d'une proportion telle que ceux d'en-haut, quoique très-élevés, se distinguent aussi bien que ceux du bas , et paroissent de la même grandeur; l'adroit sculpteur ayant augmenté le volume de ces chiffres en raison de la distance et de la diminution progressive des facultés visuelles.

Yers i53o, Ant. San-Gallo, architecte et ingénieur, remarqua ces cartels, et en fit des dessins que l'on conserve dans la collection de la galerie de Florence (i). On y reconnoît la situation de ces cartels , et leur forme carrée , se terminant en queue d'aronde, comme beaucoup d'inscriptions tumulaires. Enfin leur mesure est indiquée dans cette note écrite en marge par l'artiste :

Questo si e un sasso tagliato per Antonino Pio (2), e nal taglio si e lassato quesli epiiaffi con

(1) Nos 273 et 278 de la collection. Cet artiste, arcbitecte, ingénieur, scuipteur en bois, et savant dans l'économie rurale, étoit ie frère du célèbre Juliano San-Gallo. Il mourut en i534- On voit le tombeau de cette famille à Santa-Maria-Novella de Florence. Les dessins dont il est question ici m'ont été communiqués par le savant M. Dufourni, membre de l'Institut

(2) Voir la note (1), page i3.

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tjuesti nurneri; e sono larghi, quello da basso palmi 2 diio 4 •' £ H allri pajono piedi 2 (sL)e dal disopja, dal ullimo per sino al di sopra del penullimo n sono palmi 4- o (sic). Et sur un autre dessin : Sasso vivo tagliato a Terracina ', per far la strada al lido del mare ; segnato da die ci in dieci pie, corne è disegnato.

D'après la première de ces notes on croiroit que la diminution des cartels n'est pas progressive, et dans des rapports exacts. Au reste, ils peuvent nous fournir un renseignement plus précieux , c'est la faculté de confronter ces mesures vraiment antiques avec une foule d'autres qui ont offert des différences très-sensibles; et, comme celles-ci nous donnent une longueur totale de cent vingt pieds romains, onpourroit en déduire la longueur exacte de cette mesure qui a été le sujet d'un si grand nombre de conjectures.

On trouve en effet des pieds romains gravés sur des murailles , sur des tombeaux d'arpenteurs ou d'architectes. On en a même découvert en fer, en bronze, en cuivre. On a aussi déduit le pied romain, de la capacité du congius de Vespasien, ou de la longueur du mille ; et toutes ces mesures varioient, soit qu'elles fussent en effet différentes, suivant les lieux, soit que le temps en eût altéré les proportions (1). On pourroit

d) Dans les derniers travaux des marais Pontins, ayant trouvé

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donc , en mesurant avec attention les divisions du rocher de Terracine , contrôler les autres mesures du pied, et avoir une moyenne proportionnelle fort exacte. Mais il se présente ici une difficulté. On sait, il est vrai , que d'un cartel à l'autre il y a dix pieds; mais, comme la hauteur de ces cartels varie sans doute aussi bien que la largeur, comment trouver la mesure exacte ? Est-ce du bord supérieur d'un cartel au bord supérieur de l'autre, ou de milieu en milieu ? Il auroit fallu , pour m'en assurer, le temps et les moyens qui me manquoient.

Quoi qu'il en soit , ces cartels indiquent au moins, à ce qu'il me semble , la salutaire frayeur que l'inflexible sévérité de censeurs, tels que Caton et Flaccus, avoit inspirée aux ouvriers et aux entrepreneurs chargés de cet important travail. Comme il s'agissoit ici des deniers publics , on ne pouvoit en constater l'emploi d'une manière trop positive. En conséquence, les entrepreneurs, pour prouver, non seulement aux censeurs, mais encore au peuple entier,

deux bornes milliaires , encore en place , on en a déduit la mesure du pied romain. Le mille, composé de mille pas géométriques, chacun de cinq pieds , équivalant à 658. 5. cannes modernes , le pied antique étoit de i5 j"1^ onces. Les autres pieds connus varioient de i3o7 j à i3i4 l dixièmes de ligne du pied-de-roi. Et la palme de Piome étant au pied de Paris comme 990 est à i44°> il en résulte que ie pied por.tin est de i3o3 j8/u dixièmes de ligne.

l'authenticité de travaux dont l'exécution étoit si difficile, tracèrent ces numéros, qui en effet dévoient rendre témoignage des progrès successifs de l'ouvrage, en marquant la quantité dont le rocher s'abaissoit à mesure. C'étoit aussi le compte écrit de leur marché ; et , pour que d'un coup d'œil on pût suivre aisément le nombre des chiffres , ils augmentèrent la proportion de ceux qui étoient les plus élevés.

Après avoir visité les objets les plus curieux de la ville de Terracine, je désirai prendre une idée des fameux marais Pontins qui s'étendent presque jusqu'à ses portes. J'en avois le loisir, car il étoit arrivé un accident à la voiture qu'il falloit réparer. Je chargeai mon compagnon de voyage de ce soin ; je lui donnai rendez-vous à Cisterna pour le lendemain au soir; et, malgré ses craintes, sa sollicitude et ses instances, je partis pour cette périlleuse expédition, accompagné d'un guide qui avoit surveillé les derniers travaux. Nous devions suivre d'abord la crête des montagnes par l'ancienne route dePiperno , redescendre ensuite dans les marais pour les traverser, tantôt en sandalo , bateau plat extrêmement léger, tantôt à pied sec. En me quittant, mon compagnon me remplit les poches d'ail , et me munit d'un flacon plein d'une liqueur qui devoit me garantir de l'influence de

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Y aria caitica. Une précaution plus utile fut celle d'emporter un fusil de chasse, pour tirer les canards sauvages et les bécassines qui se réfugient en grand nombre dans ces forêts d'immenses roseaux.

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