‹ Lettres sur la campagne d'Italie en 1859Chapitre 10 sur 11 · BATAILLE DE SOLFERINO · texte numérisé non relu

BATAILLE DE SOLFERINO

RAPPORT lit MARÉCHAL COMMANDANT EN CHEF LA GARDE IMPÉRIALE.

Cavriana, le 25 juin 1859.

Sire,

Le 24 juin, la garde impériale était campée, les deux divisions d’infanterie à Montechiaro, les huit batteries d’artillerie et la division de cavalerie à Gastelnedoio.

Votre Majesté lui donna l’ordre de partir de ces deux positions pour se rendre à GastigUone.

L’infanterie partit de Montechiaro à cinq heures du matin, l’artillerie partit à la même heure de Gastelnedoio cl rejoignit la gauche des deux divisions d’infanterie à Gastiglione, vers sept heures moins un quart.

La division de cavalerie ne devait partir qu’à neuf heures du matin de Gastelnedoio et marcher librement afin de ménager ses chevaux.

Vers six heures du matin, une canonnade bien nourrie s’engagea avec l’ennemi, qui avait pris position au delà de Gastiglione et s’était décidé à livrer bataille.

Votre Majesté ordonna alors à la garde d’accélérer son mouvement. L’ordre fut expédié de suite à la cavalerie de partir avant l’heure qui

loi avait été désignée : k boit heures, elle put monter k cheval, et, vers neuf heures et demie, elle arriva sur le lieu du combat, où elle fut mise k la disposition de M. le maréchal de Mac-Mahon, d'après les ordres de Votre Majesté.

Les deux divisions d'infanterie de la garde avaient débouché k Castiglione par la route de Gnidizzolo; mais Votre Majesté, ayant jugé que le point décisif de la bataille était l'enlèvement de la position de SÔIferino, vivement défendue par l'ennemi, donna l’ordre k sa garde de se porter à gauche, adn de se trouver en situation d'appuyer l'attaque du maréchal Baragney-d'Hilliers contre Solferino.

La division de voltigeurs, commandée par le général Camou, fut placée en ligne déployée derrière le t" corps, et, k 500 mètres en arrière, la division Mellinet fut formée en colonne double par division k distance de déploiement.

La division Forey ayant éprouvé des pertes sensibles dans l'attaque de la position del Monte, la brigade Manëque, composée des chasseurs à pied de la garde, des 1” et 2* voltigeurs, fut portée à son secoyrs et * enleva ces positions aux cris de Fine l'empereur I

Au même moment, deux bataillons du S* voltigeurs, lancés sur la tour et le couvent de Solferino, les enlevèrent avec un remarquable élan.

Ces bataillons ont ensuite occupé les crêtes de la position del Monte et y ont été soutenus par l'artillerie k cheval de la garde, qui vint se mettre en batterie sur la grande route de Cavriana. Bientêt l'ennemi chercha k reprendre cette importante position, et le petit nombre de troupes qui étaient sur ce point n’aurait pas permis de la conserver, si Votre Majesté, en se rendant parfaitement compte de l’état des choses, n’avait envoyé immédiatement l’ordre k la division de grenadiers, commandée par le général Mellinet, de soutenir les batteries de la garde et la brigade Manèque. Cet ordre, promptement exécuté par le général Mellinet, permit k la brigade Hanèqne et k l’artillerie de la garde, non-seulement de conserver la position menacée, mais encore de gagner dn terrain en avant, en s’emparant successivement des positions de l’ennemi.

La brigade Manèque arriva ainsi k quelque distance de Cavriana, position importante entourée de vieilles fortifications, où l’ennemi pouvait renouveler dans la ville et dans le château la longue résistance qn'il avait opposée k Solferino.

Votre Majesté envoya l’ordre k l'artillerie de la garde de battre cette position, et k la brigade Manèque de l'enlever. Cet ordre fut exécuté avec vigueur et intelligence sous les yeux de Votre Majesté.

Le village de Cavriana venait d’être enlevé vers cinq heures du soir, lorsqu’un violent orage éclata et suspendit un instant les opérations. Mais k peine avait-il cessé, que les voltigeurs de la garde reprirent l’œuvre commencée et chassèrent l'ennemi des hauteurs qui dominent le village où le quartier général de Votre Majesté devait être établi, et terminèrent ainsi la journée.

La brigade Hanèfpie a enlevé un drapean, des prisonniers et treize pièces de canon aux Autrichiens.

Pendant toute cette affaire, l’artillerie de la garde s’est fait remarquer par la précision de son tir et le choix successif de ses positions. Partout où elle a eu à contre-baltre des batteries ennemies, elle a fait taire leur feu en peu de temps.

La cavalerie, commandée par le général Morris, est venue, dès son arrivée sur le champ de bataille, et d’après les ordres de Votre Majesté, se placer sous le commandement du maréchal de Mac-Mahon, qui opérait dans un pays de plaine où, dans certains cas, elle pouvait trouver l’occasion de faire un bon service.

En attendant l’arrivée du corps du général Niel, qui devait se lier par sa gauche au maréchal di Mac-Mahon, elle fut employée à couvrir la droite du S* corps, et, è cet effet, le général Morris disposa ses trois bilgades par échelons et les St couvrir par une ligne de tirailleurs.

Le général Morris attendait avec impatience l’occasion de faire agir sa cavalerie : elle se présenta vers trois heures et demie. Une colonne de cavalerie autrichienne ayant paru, il la fll charger en flanc par les chasseurs à cheval. Les Autrichiens, refoulés, se retirèrent à droite vers leurs batteries, dont le feu arrêta noire poursuite.

Je viens d’exposer la part que la garde a prise à la bataille de Solferino. Là, comme à Magenta, elle a agi sous les yeux et l’impulsion directe de Votre Majesté , qui a pu juger par elle-même du courage et du dévouement absolu qu’elle mettait à exécuter ses ordres.

Je ferai connaître plus tard à Votre Majesté les noms des officiers qui se sont le plus particulièrement distingués, et je les proposerai pour des récompenses, etc.

Je suis avec le plus profond respect. Sire, de Votre Majesté, le trèshumble et très-obéissant serviteur.

Le maréchal commandant en duf la garde impériale, Rbcmacd DK Sai!st-Jram d’Angély.

P.-S. Je dois signaler à Votre Majesté M. Monoglia, lieutenant de chasseurs à pied, qui a pris, dans le village de Solferino, quatre pièces de canon attelées, commandées par un colonel qui lui a remis son épée.

lAPPORT DU MARÉCHAL COMMANDANT EN CHEF LE 1" CORPS.

Sire,

Pozzolengo, le 25 juin 1859.

Votre Majesté m’avait donné l’ordre de me porter, le 24, d’Esenia à Solferino. Je fis partir, à deux heures du matin, parla route de la montagne, la division Ladroiranit avec quatre pièces d’artillerie, et par

celle de la plaine, à trois henres, les diristons Forey et Bazaine arec leur artillerie, l'artillerie de léserve et les bagages.

A peine la tète de cette dernière colonne était arrivée aux Fontane, qne la division Forey engagea deux compagnies de chasseurs avec l’ennemi, le débusqua sans trop de difScultés des hauteurs du Monte di Vaiscnra, et, avec deux bataillons du 74*, le chassa du village du Grole où la résistance fut plus sérieuse.

A ce moment, la S* division, à gauche de la 1'*, était ralliée dans une vallée assez large, bordée des deux cétés de collines élevées s’étendant par des positions successives et étagées jusqu’à Solferino. Le général de Ladmtrault disposa sa division on trois colonnes : celle de droite, composée de deux compagnies de chasseurs et do quatre bataillons, confiée à M. le général Douay; celle de gauche, composée comme la première, sons les ordres du général de Négrier, et se réserva la colonne du centre, composée de quatre compagnies de chasseurs, de quatre bataillons et de l’artillerie.

Les divisions Forey et Ladmirault s’avancèrent parallèlement sur Solferino : la première à droite, attaquant le mont Fenile; la deuxième à gauche, enlevant à l’ennemi les premiers mamelons boisés de sa position.

L’occupation do mont Fenile, par le 84*, permit à la 6* batterie du 8* régiment de s'y établir et de protéger le mouvement de la 1'* brigade, commandée par le générai Dieu, qui descendit le revers du mont Fenile et se porta dans la direction de Solferino, en chassant de crête en crête les troupes ennemies, dont le nombre s'accroissait sans ces.se. Cette brigade prit position devant des forces supérieures, et dirigea le feu de son artillerie sur les hauteurs couronnées par une tour et un bols de cyprès. Ce fut pendant cette canonnade que le général Dieu, gravement blessé, dut remettre son commandement à M. le colonel Cambrlels, du 84*.

Votre Majesté arriva elle-même près des batteries de la division Forey, et, après avoir examiné la position, donna l’ordre de porter en avant, avec 4 pièces de la réserve du premier corps, la brigade d’Alton, déployée par bataillon à demi-distance en colonne par peloton. Le général Forey se mit à la tète de cette brigade, qui s’avança avec élan, mais qui fut accueillie par un feu de mitraille et de mousqneterie si violent de front et d’écharpe, qu’elle dut arrêter son mouvement. Votre Majesté envoya aussitôt la brigade Manèque, des voltigeurs de la garde, soutenir la 1'* division, qui, ranimée par ce secours, battit la charge, se reporta en avant, attaqua l’ennemi au cri do lïoe t empereur i et, après une lutte opiniâtre, s’empara du mamelon aux Cyprès et de la tour qui domine ^Iferino.

La division Ladmirault avait commencé son attaque en même temps que la division Forey ; elle mit d’abord son artillerie en batterie, et, après une canonnade qui avait ébranlé l’ennemi, elle s’élança et enleva à la baïonnette les premières positions ; mais bientôt ses charges

firent démasquer des bataillons entiers fournissant le feu le plus serré et le plus meurtrier, et elle n'avança plus qu’à grand’peine et pied à pied. Le général de Ladmirault fut atteint d’un coup de feu à l'épaule, se retira un instant pour se faire panser, reprit le commandement et lança ses quatre bataillons de réserve qui imprimèrent à notre attaque une nouvelle impulsion ; frappé d’une nouvelle balle, le général de Ladmirault fut contraint de remettre sou commandement au général de Négrier.

L’opiniâtre résistance de l’ennemi, les forces considérables qu’il nous opposait, et les difficultés que présentaient à la 2* division le ter> rain très-rétréci des attaques et les feux croisés du mamelon aux Cyprès et du cimetière crénelé contre lequel plusieurs charges au pas de course avaient vainement été tentées, me forcèrent à engager la division Bazaine. Le !•' régiment de zouaves et bientôt après le 34* vinrent appuyer la 2* division ; l’ennemi couvrit nos colonnes de feux d’artillerie, de meusqueterie et de fusées, et tenta à plusieurs reprises des retours ofifensifs sur nos deux lianes. Le 37‘ fut aussi lancé en avant.

Le cimetière arrêtait tous nos efl'orts ; voyant qu’il était indispensable de démolir cet obstacle, je donnai l’ordre d’y faire brèche en portant à découvert, à trois cents mètres du mur, dans un poste trèspérilleux, une batterie d’artillerie du 10* régiment, commandée par M. le capitaine de Canecaude. La demi-batterie de montagne et d’autres pièces des divisions concentrèrent leur tir dans la même direction.

Après un feu bien dirigé et très-nourri, les murs du cimetière, des maisons et du château étant suffisamment ébréchés, et l’artillerie ennemie du mamelon aux Cyprès ayant été éteinte par l’artillerie du général Forey et par la 9* batterie du 40* régiment de la 3* division, le général Bazaine lança sur le cimetière le 3* bataillon du 78*, commandé par le chef de bataillon Lafaille, et fit sonner et battre la charge dans les deux divisions : toutes les troupes s’élancèrent et emportèrent le village et le château au moment même où la 1'* division apparaissait sur le sommet de la tour et au bois des Cyprès.

Je crois remplir un devoir en rendant témoignage de la bravoure cl de la fermeté de la brigade de la garde que Votre Majesté a envoyée soutenir la l*^* division dans on moment difficile i une batterie de la garde, conduite par le général Le Boeuf, et lançant dans le village une grêle d’obus, a puissamment secondé notre attaque.

Le 4" corps a tué à l’ennemi 800 ou 4,000 hommes environ, lui a blessé beaucoup de monde, lui a fait 4,200 prisonniers, pris quatre canons, deux caissons et deux drapeaux. Il n’a pas obtenu ce succès sans éprouver des perles regrettables. Les généraux de Ladmirault et Dieu ont été blessés dangereusement ; le général Forey légèrement. Les colonels de Taxis, Brincourt, Pinard et Barry ont été blessés, ainsi que les lieutenants-colonels Valet, Moire, Hémar etServier. Le lieutenant-

colonel Dacoin et les chefs de bataillon Kléber, de Sainl-Paër, Angevin et Gnillauroe ont été tnés. Les chefs de bataillon Brun, Menricbe, de Pontgibaud, Lebretton, Laguerre, Leséble, Mocquery, Gouzy, Lespinasse et Foy ont été blessés. Le nombre des officiers hors de combat est de 234, et celui des soldats tués ou blessés s'élève à 4,000 environ.

J’ai adressé à Votre Majesté les mémoires de proposition, non-seulement pour pourvoir aux emplois vacants, mais encore pour les récompenses à accorder è de braves soldats qui ont bien mérité de la patrie et de l’empereur dans cette grande journée où les deux armées se sont rencontrées sur un vaste terrain dont Solferino occupait au centre un des points du plus difficile accès. Votre Majesté, qui était elle-même sur le lieu du combat, a vu et apprécié les obstacles que le 1" corps a eu ù vaincre, les forces nombreuses que l’ennemi lui a opposées, et la ténacité de la défense, augmentée encore, dit-on, par la présence du général en chef autrichien à Solferino.

Après la prise du village, les troupes étaient à peine reformées que, sur l’ordre de Votre Majesté, la 1^* division s’est portée sur les crêtes dans la direction de Cavriana ; la 3* division a poursuivi l’ennemi daus la plaine, et, couvrant du feu de ses batteries les colonnes autrichiennes en retraite, leur a fait éprouver de grandes pertes et capturé de nombreux prisonniers. Parties d’Esenta à deux et trois heures du matin, mes divisions n’ont pris leurs bivacs qu’à neuf heures du soir.

Pendant le combat et au plus fort du feu, vers midi, nous aperçûmes quatre colonnes autrichiennes qui cherchaient à tourner la droite de l’armée piémontaise ; six pièces d’artillerie, dirigées par M. le général Forgeol, forcèrent, par un feu très-juste et très-vif, ces colonnes à rebrousser chemin en désordre.

Je ne saurais assez louer le zèle et la vigueur de tous les officiers des divisions du 1” corps et de l’état-major général, et particulièrement des généraux Forey, Ladmirault, Bazaine et Forgeot. Je m’abstiens de faire des citations individuelles parce qu’elles seraient trop nombreuses : je dois aux officiers de toutes les armes ce tribut d’éloges bien mérités; et si parmi eux le chiffre des tués et des blessés dans ce rude combat est au-dessus de la proportion ordinaire, c’est que tous ont payé largement de leurs personnes, heureux de donner ainsi à l’empereur une nouvelle preuve de leur dévouement.

Je suis avec respect. Sire, de Votre Majesté, le très-humble et trèsfidèle sujet.

Le maréchal commandant m chef le 4" corps, Baraguey-d’Hilliers.

SI

aiPPOBT DD MiBfiCHAL COMlfANDANT EN CHEF LE 2* COEFS.

An quartier général, à Carriana, le 26 juin 1859.

Sire,

Conformément anx ordres de Votre Majesté, le 2* corps a quitté Castiglione le 24 au matin, pour aller occuper CaTriana. Il a débouché de Castiglione vers trois heures, marchant sur une seule colonne, par la route de Mantone, afin de ne pas gêner le mouvement des 1" et 4* corps, qui marchaient sur ses flancs en arrière de lui.

Il devait quitter la route de Mantoue à environ 6 kilomètres de Castiglione et se porter sur Cavriana, par le chemin de San-Cassiano.

Vers quatre heures , je fus prévenu par le général Gandin de Villaine, qui éclairait ma marche, que l'ennemi était devant moi, à peu de distance, sur la route même que je suivais.

A cinq heures , la fusillade s'engageait entre mes tirailleurs et ceux de l'ennemi qui occupaient la ferme de Casa-Marino.

Je me portai de ma personne à Monte-Medolano, qui est près de cette ferme, et de cette éminence je pus me convaincre que j'allais avoir affaire à des ma.«ses ennemies avec lesquelles il fall.-iit compter.

A cette mémo heure (cinq heures), j'entendais unvifeDgagement sur ma gauche, entre Castiglione et Solferino.

C'était le maréchal Baraguey-d'llilliers qui, dans sa marche sur ce dernier point, se trouvait aux prises avec l'ennemi.

Du cété de Cavriana, j'apercevais un grand mouvement de troupes ennemies venant couronner successivement toutes les hauteurs qui s'étendent entre Solferino et Cavriana.

La situation dans laquelle je me trouvais méritait réflexion. Je sentais la nécessité de me porter aussitét que possible sur le canon du maréchal Itaraguey-d Hilliers; mais, d'un autre côté, je no pouvais dégarnir la plaine et marcher sur Solferino ou sur Cavriana sans courir le risque de permettre k l’ennemi de couper l’armée en deux, en débouchant dans cette même plaine par la route de Mantoue à Guidizzolo, entre les 3* et 4* corps et moi.

J’étais sans nouvelles du général Nicl et je sentais tonte l'importance de me maintenir dans la position oü je me trouvais, et de savoir, avant de faire un mouvement, s’il était è même de me soutenir en occupant la ligne qui s'étend de Medole à Guidizzolo.

Vers six heures, je ne voyais point encore les colonnes du général Niel du côté de Medole. J’envoyai mon chef d'état-major général dans cette direction, afin de savoir où en était le mouvement du 4* corps sur Guidizzolo.

Le général Lebrun arriva à Medole au moment même où le 4* corps attaquait ce village, où l’ennemi s'était établi fortement.

Le général Niel, prévenu de l’intention que j'avais de me porter vers le 1” corps, me fit connaître que, dès qu'il aurait enlevé Medole, il se

rapprocherait aussi rite que possible de ma droite, afin de me permettre d’exécnter moo mouvement sur Cavriana. Il me prévenait en même temps qu'il ne pourrait me rejoindre avant que le 3* corps eût fait sa jonction avec lui pour appuyer sa droite.

Vershuit heures et demie, m’apercevant que les forces do l'ennemi augmentaient sur mon front dans la plaine de Guidizzolo , je ii.s attaquer la ferme de Casa-Marino pour porter ma tête de colonne à la hauteur de celte ferme, d’où je devais mieux juger les mouvements et les forces de l’ennemi.

Je pris alors les dispositions suivantes :

La S* division, qui marchait en tète du corps d’armée, fut déployée en avant de la ferme, perpendiculairement à la route de Mantoue , sa droite à cette route. A sa hauteur et prolongeant la ligue de bataille, je fis placer la 1" brigade de la 1'* division, sa gauche à la même route, sa droite se dirigeant vers Medole, par où devait venir le corps du général Niel. La 2* brigade de la 1'* division, formant la réserve du corps d’armée, fut établie en arrière de Casa-Marino, vers la ferme de Barcaccia, pour tenir tête aux colonnes de cavalerie qui, de San-Cassiano, menaçaient de faire une trouée entre le 1" et le f corps. La cavalerie de réserve (7* régiment de chasseurs) couvrit de ce même côté la gauche de ma S* division.

A peine ces dispositions étaient-elles prises , qu’une forte colonne autrichienne, venant de Guidizzolo par la route de Mantoue, s’avança sur Casa-Marino. Elle était précédée d’une nombreuse artillerie qui vint se mettre en batterie à 1,000 ou 1,200 mètres en avant de mon front.

Les quatre batteries d’artillerie des 1" et 2* divisions (12* du 7*, 11* du 11*, 2* du 9* et 13* du 13*) se portèrent immédiatement sur la ligne des tirailleurs et ouvrirent un feu très-vif, qui força bientôt l’artillerie ennemie à se reporter en arrière, après avoir vu sauter deux de ses caissons. C’est an commencement de ce combat d’artillerie contre artillerie que le général Auger eut le bras gauche emporté par un boulet.

Sur ces entrefaites, on me signalait les divisions do cavalerie Partouneaux et Desvaux, arrivant en arrière de la droite de ma ligne de bataille. Je les fis prévenir de se porter rapidement à hauteur de ma droite, do manière è occuper l’espace laissé libre jusque-là entre Medole et Monte-Medolano.

Les batteries à cheval de ces deux divisions se déployèrent en avant de leur front, et prirent d’écharpe l’artillerie ennemie, déjà battue de front par les canons de mes divisions. Les généraux Partouneanx et Desvaux exécutèrent plusieurs charges heureuses. Dans l’une d’elles, six cents hommes d’infanterie furent rejetés sur nos tirailleurs, qui les firent prisonniers.

Pendant que ceci se passait sur ma droite, une colonne, composée de deux régiments de cavalerie, cherchait à tourner ma gauche, qui était

sontenne par deax escadrons dn 4* chasseurs et quatre escadrons da 7* cbassenrs, commandés par le colonel Savaresse. Notre cavalerie repoussa vigoureosement trois charges de l’ennemi, et le rejeta, dans le plus grand désordre, sur les bataillons de gauche de la 2* division (il* bataillon de chasseurs, 72* de ligne), qui s’étalent formés en carré. L’ennemi laissa sur le terrain un grand nombre de chevaux tués ou blessés. Nos chasseurs ramenèrent plusieurs prisonniers, parmi lesquels un officier supérieur et une trentaine de chevaux tout harnachés.

Vers onze heures seulement, je reçus du général Niel l'avis qu’il était en mesure de marcher directement sur Cavriana. J’ordonnai au général de La Motterouge de se porter, avec sa division disposée sur deux lignes, vers Solferino, où il devait faire jonction avec l’infanterie de la garde impériale, qui marchait sur ce point. Le général Decaen devait suivre son mouvement.

En ce moment (deux heures et demie), la division de cavalerie de la garde impéri.ile était mise à ma disposition par ordre de Votre Majesté.

J’ordonnai au général Morris de se porter dans l’intervalle qui séparait ma droite des divisions Partouneaux et Desvanx, et de se former en arrière en échelons dès que le 2* corps se reporterait en avant. De cette manière il devait me relier avec le 4* corps.

Ces dispositions prises, et dès que la division La Motterouge eut fait sa jonction avec les voltigeurs de la garde, tout le 2* corps fil, dans chaque bataillon, tète de colonne à droite pour se porter sur San-Cassiano et sur les autres positions que l’ennemi occupait dans la plaine.

Le village de San-Csssiano fut tourné, à droite et à gauche, et enlevé en un instant, avec un élan irrésistible, par les tirailleurs indigènes et par le 45* de ligne.

Les tirailleurs algériens appuyèrent ensuite à gauche pour se porter sur le contre-fort principal qui relie Cavriana ù San-Cassiano.

Ce contre-fort était fortement défendu par l’ennemi , qui avait réuni sur ce point des forces considérables. Le premier mamelon, sur lequel se trouvait une espèce de redoute, fut enlevé par les tirailleurs. Mais, en ce moment, je m’aperçus que l'ennemi faisait un nouvel effort pour se jeter entre ma droite et le général Niel, et que, d’un autre côté, la colonne qui était à ma gauche n'arrivait pas encore à ma hauteur.

Je dus donc faire arrêter un moment le mouvement général en avant. L'ennemi réunit alors de grandes forces entre Cavriana et la redoute occupée par les tirailleurs, puis il fil tout à coup un vigoureux retour offensif qui les obligea à quitter cette position. Ua bataillon du 45* et une partie du 72*, commandée par le colonel Castex, vinrent alors en aide aux tirailleurs, qui reprirent la redoute, où ils durent également s'arrêter d'après l'ordre donné.

Le 45* cl le 72* de ligne prirent position plus eu arrière.

Bientôt l'ennemi fit un nouvel clTort sur les tirailleurs et les força une seconde fois à quitter U position.

J’ordonnai alors au général de La Motterouge de soutenir cette colonne avec sa brigade de réserve (65* et 70* de ligne), et je prescrivis à tout le corps d’année de se porter en avant dès que notre attaque de gauche commencerait.

Dès que le général de La Motterouge eut rejoint les tirailleurs et le 46*, toute la colonne se porta en avant.

Elle fut soutenue dans ce mouvement par un bataillon de grenadiers, et un peu en arrière par le reste de la brigade de la garde, commandée par le général Niel.

Toutes les positions furent successivement enlevées jusqu’à Cavriana, où les tirailleurs indigènes entrèrent en même temps que les voltigeurs de la garde, qui y arrivèrent par le chemin de Solferino.

La division Decaen suivit le mouvement et chassa l’ennemi de plusieurs fermes qui se trouvaient devant elle dans la plaine.

La cavalerie de la garde, qui, sous les ordres du général Morris, flanquait mon extrême droite pendant tout le mouvement, était formée en trois échelons.

Le premier, composé des chasseurs et des guides, avait sa gauche appuyée à la droite de la division Decaen; les deux autres, situés un peu plus en arrière, se reliaient avec le général Desvaux.

Vers trois heures, le général Morris fît charger en flanc, par le général Gassaignoles, une colonne do cavalerie autrichienne qui menaçait de tourner sa droite.

Un peu plus tard, un régiment de cavalerie ennemie chercha à repousser un escairon de chasseurs de la garde, qui formait une ligne de tirailleurs, conduite d’une manière remarquable par le commandant de La Vigerie. L’ennemi prit sa direction, sans s’en douter, sur le 11* bataillon de chasseurs à pied, qui était formé en carré dans un chemin creux et dms les blés, d’où il ne pouvait être aperçu.

Ce bataillon se leva tout à coup et fit feu de deux de ses faces. La cavalerie ennemie fît aussitôt demi-tour et se retira en désordre, prise alors en flanc par une batterie de la 2* division et par une batterie de la garde.

Vers six heures et demie, l’ennemi était en retraite dans toutes les directions, ayant éprouvé de très-grandes pertes, à en juger par le nombre des cadavres qu’il avait laissés sur le terrain.

La 1'* division bivaqua alors sur le contre-fort situé en arrière de Cavriana, et la 2* division resta en bataille dans la plaine, de manière à faciliter la jonction du 4* corps avec le 2*.

Je n’ai pas besoin de dire ici si les troupes du 2* corps ont combattu vaillamment pendant cette longue journée. Votre Majesté a pu juger elle-même de leur élan irrésistible pendant les diverses phases de la bataille. Elle a vu de ses propres yeux oQmment elles ont su, à la fln

de la journée, pour couronner la victoire, enlever les positions si dlfflciles de Cavriana et btUre l’ennemi sur les hauteurs où il a essayé vainemeut de tenir devant elles.

Nos pertes ont malheureusement été très-sensibles ; il n'en pouvait être autrement.

Au début de la bataille, le général Auger, commandant rartillcrie du 2* corps, a eu le bras gaucho emporté par un boulet.

Le colonel Donay, du 70* de ligee, le colonel Laure et le lieutenantcolonel Herment, du rcgimcul do tirailleurs, ont été tués bravement à la tète de leurs troupes.

Parmi les corps qui ont lo plus souffert, je citerai le régiment de tirailleurs, qui a eu 7 officiers tués et 22 officiers blessés ; le 72* de ligne, qui a eu 5 officiers tués cl 19 officiers blessés ; le 45' de ligne, déjà si éprouvé à Magenta, qui a eu 20 officiers mis hors de combat dans la journée du 2i juin.

En résumé, dans celte rude journée, le 2* corps a eu : 19 officiers tiié.s, 95 officiers blessés; 192 soldats tués, 1,266 soldats blessés et 300 di.'ipanis. (Ce dernier chiffre, qui était de 500 hier, diminue d'heure en heure, par suite de la rentrée à Icnrs corps d'hommes fatigués qui n'avaient pu suivre.)

Je ne fais pas en ce moment de citations particulières à Votre Majesté : je me réserve d’at>pelcr ultérieurement tonte sa bicnvcillaule sollicitude sur ceux qui, braves entre tous, ont mérité d'ètre proposés pour des récompenses.

J’ai l'honneur d'ètre avec respect. Sire, de Votre Majesté, le trèshumble et très-obéissant serviteur et sujet.

Le maréchal commandant en chef le 2* corps,

DE Mac Maho.n, dix de Magesta.

BAPPORT Dl' COMMASDA>T EN CHEF LE 3* CORPS.

Divac de Rebecco, le 25 juin 1859.

Sire ,

En rendant compte à Votre Majesté, dès hier soir, des opérations auxquelles le 3* corps a pris part dans la journée du 24 juin courant, je n'ai pu fouiiiir à l'empereur que des indications sommaires, en l'absence de renseignements transmis par les généraux oomniandaut les divisions ; les rai>ports que je reçois aujourd'hui me permettent d’entrer dans des détails plus précis.

Parti de Mezzane le 24 juin, à deux heures et demie du matin, en me dirigeant sur Medole, conformément aux ordres do l’empereur, j’ai effectué le passage de la Chieso à Visano, sur un pont jeté pendant la

nuit par le génie piémontais. J'avais prescrit la veille an soir & la brigade Jannin, de la division Renault, de se porter sur ce point pour protéger l'opération. A sept heures, ma tète de colonne arrivait à Castelgoffredo, et les renseignements recueillis par mon avant-garde m'apprenaient que la cavalerie ennemie était encore dans cette petite ville, ancienne place ceinte d'une muraille et munie de portes qui avaient été barricadées.

Le général Jannin, à la tète d'un bataillon du S6*, reçut l'ordre de tourner la position et de se diriger au sud de la ville pour y pénétrer par la porte do Mantone. Le général Renault se plaça à la tête des troupes qui devaient attaquer de front, et la porte du côté d'Acqua- Fredda fut abattue ii coups de hache par le génie. Les hussards du 2* régiment, composant mon escorte, sous la vigoureuse impulsion de leur chef, le capitaine commandant Lecomte, se ruèrent sur un piqnet de hussards autrichiens qui se trouvait dans la ville et le sabrèrent. Ces cavaliers or.t fait preuve d'un grand élan ; ils ont eu plusieurs blesses et ont tué et blessé quelques hommes è l’ennemi.

A neuf heures un quart, le 3* corps est arrivé à hauteur de Medole. En entrant dans ce village , j'ai appris que le 4* corps était engagé en avant de moi. L'aile droite de ce corps, commandée par le général de Luzy, avait dû soutenir des attaques très-sérieuses, et, menacée d’élre tournée, elle demandait instamment à être appuyée.

Le général commandant le 4* corps m’adressait également plusieurs officiers pour me demander d'envoyer des renforts sur son centre, qui avait eu beaucoup à souffrir. A ce moment même je recevais de l’empereur communication d'une lettre par laquelle on annonçait qu’un corps de 25 à 30,000 hommes était sorti de Mantoue par la porte Pradella dans la journée d'hier, 23, et que ses avant-postes étaient au village d'Acqna-Negra. Ces renseignements étaient, du reste, corroborés par le général do Luzy, qui annonçait avoir vu une colonne considérable passer de sa gaucho vers sa droite, par les renseignements émanant do gens du pays, en6n par une indication consistant en une longue traînée de poussière se dirigeant du côté d'Azola vers Acqua- Fredda.

Pour faire face aux exigences de la situation, je m’empressai d’envoyer le général Renault, avec six bataillons, soutenir le général de Luzy sur la route do Ceresara. Le 41* prit imsition à deux kilomètres de Hedole, à cheval sur la Seriola-Marchionole. Le 56* fut placé en retour, faisant face à Castelgoffredo, de manière 4 surveiller le mouvement tournant annoncé de la part de l’ennemi. Une section d’artillerie se mil en batterie sur la route, à hauteur des tirailleurs, et fit feu sur les colonnes autrichiennes qui se dirigeaient sur notre droite. Celte disposition permit h la division de Luzy d’appuyer à gauche, vers le centre du général Niel, et, vers une heure de l'après-midl, les attaques

sur Rebecco paraissant plus menaçantes, j'appelai la totalité de Ia division Renauil, moins deux balalilons du 23* de ligue, que je laissai à la garde de Medole. La division fut alors établie sur la droite et la gauche de la Seriola, se reliant fortement à la droite du 4* corps, qu’elle suivit dans un mouvement prononcé que ce dernier dut faire vers la gauche.

Une partie de la division Renault se trouva donc, par suite de ce mouvement, à hauteur do Rebecco, sur lequel durent se porter un bataillon du 56*, le 90* avec deux compagnies du 8* bataillon de chasseurs à pied et une section d'artillerie. Cette attaque fut dirigée de la manière la plus énergique par le colonel Guilhem, du 90*, et le commandant Schwartz, du 56*. Cette colonne arriva en ligne au moment où le 73* (division do Luzy), déborde sur sa droite, était menacé d'ètre tourné; une vigoureuse charge à la baïonnette du 56*, dirigée par le commandant Schwartz, cul un plein succès, et plus lard, vers les cinq heures, cette portion de la division Renault occupait le village de Rebecco.

Le 3* corps avait, en raison des éventualités qui pouvaient se produire sur sa droite, disposé d'une partie déjà bien importante de ses forces, et, cependant, do nouvelles demandes lui étaient adressées instamment afin d'appuyer le centre du 4* corps, sur lequel l’ennemi faisait, comme sur la droite, un eiïorl désespéré. Supposant que la division Bourbaki, ainsi que la brig.idc Collineau, de la division Trochu, seraient suffisantes pour repousser le corps ennemi annoncé de Mantone, j'envoyai le général Trochu avec la brigade Bataille, de sa division, au général NicI, pour être placé entre les divisions de Failly et Vinoy, du 4* corps.

A quatre heures, cette brigade entrait en ligne, les bataillons en colonne serrée par division, dans l'ordre en échiquier que je leur prescrivis sur le terrain, l’aile gauche refusée et l’arlillcrie à portée d’agir efficacement. Ce renfort permettait au général Niel de prononcer un mouvement offensif qui a d'abord repoussé l’ennemi; mais celui-ci, ayant opéré un retour, la brigade Bataille a été lancée de nouveau, et, conduite avec un admirable entrain par le général Trochu, a refoulé définitivement l'ennemi, qui n'a pas reparu.

Dans cette marche rapide fournie jusqu'à la route de Ccresara, le 44*, formant l’aile droite, a été un instant débordé par l'ennemi ; mais, sur l’ordre du général Bataille, dont je ne saurais trop louer le courage et losang-froid, les deux derniers bataillons, vigoureusement conduits par le colonel Pierson et le commandant Coudanien, ont fait face à droite, marché rapidement sur la Tuilerie, et serré de si près l'ennemi, qu'ils lui ont fait des prisonniers et l'ont forcé à abandonner deux pièces, qui ont été prises.

Le 43* de ligne, dont un bataillon s’est trouvé un instant très-sérieusement engagé, a montré une grande solidité. J’ai le regret d'annoncer à l’empereur que son chef, le colonel Broutta, a été mortellement

blessé. Le 19* biUilloa de chasseurs à pied s’est également distingué par son élan. Pour soutenir le mouvement de la brigade Bataille, j’avais prescrit au général Courtois d'Hurbal de faire avancer son artillerie de réserve, qui était venue prendre position.

J’avais envoyé le colonel Besson, mon chef d'clat-major général, sur la roule de Medole à CastelgolTredo, pour s’assurer si les reconnaissances du général Bourbaki avaient pu faire découvrir quelque chose des projets de l’ennemi au sujet du mouvement tournant annoncé. De forts détachements de hulans, appuyés par de l’artillerie légère, avaient pu faire croire à la réalisation de cette attaque, à laquelle il était indispensable de parer; mais, comme il avait été constaté à plusieurs reprises qu'aucun corps d’iDTanteric no paraissait derrière la cavalerie, je crus pouvoir laisser la brigade Collineau, de la division Trochu, seule, pour couvrir Medole et faire entrer en ligne la division Bourbaki. A partir de ce moment, notre position était entièrement assurée.

La part prise par le général Trochu au succès de la journée mérite d'étre signalée tout spécialement et fait le plus grand honneur à cet officier général, qui se loue beaucoup de son aide de camp le capitaine Capilan, lequel a ou un cheval tué sous lui.

Les pertes éprouvées par les troupes du 3* corps engagées dans la bataille du S4 juin s’élèvent è 2ü0 tués ou blessés, parmi Tesquels 3 officiers tués et 12 blessés.

De Votre Majesté, Sire, le Irès-fidèle sujet.

Maréchal Canbobeht.

RiPPOBT Dl' MABÉCliAL COMMANDAM EN CHEF LE i* COHPS.

Au quartier général de Voila, le 27 juin 1859.

A l’empereur.

Sire,

Les troupes du 4* corps ont pris une large et glorieuse part à la bataille de Solfcrino. Je vais rendre à Votre Majesté un compte sommaire de celle rude journée.

D’après l’ordre de marche du 24 juin, le quartier impérial devait se porter avec la garde de Montechiaro ù Castiglione; le 1" corps, d’Esenla à Solferino; le 2* corps, de Castiglione à Cavriana ; le 3* corps, do Mezzanc à Medole; enfin, le 4* corps, renforcé des divisions do cavalerie Parlouneaux et Desvaux, de Carpenedolo à Guidizzolo. Le roi de Sardaigne devait occuper Pozzolengo.

Le 4* COI ps s'est mis en route à trois heures du matin, les soldats ayant pris le café. Les trois divisions d'infauterie suivaient la route de Carpenedolo è Medole; les batteries et le parc do réserve étaient in-

tercalés entre la division Vinoy cl la division de F.iilly; la division Liizy marchait en tête, éclairée par deux escadrons dn 10* chasseurs, commandés par le général de Rochefort. La route traverse on pays couvert de riches cultures, d'arbres et de vignes ; elle est bordée par des fossés profonds et pleins d'eau. Les deux divisions do cavalerie marchaient sur la route de Casliglione à Goito, qui traverse une plaine de 3 on 4 kilomètres de largeur, où la cavalerie et l'artillerie peuvent facilement manoeuvrer. Cette roule passe à Guidizzoli.

A environ i kilomètres, les escadrons du général de Rochefort ayant rcnconiré des hulans, les chargèrent ivcc impétuosité ; mais ils furent bientôt arrêtés par des troupes d'infauterie qui occupaient le village en force, soutenues par de l'artillerie. Le général de Luzy prit immédiatement scs dispositions d'attaque; il lit entourer le village des deux côtés de la roule par plusieurs bataillons d'infanterie, sous les ordres des généraux Lcnoble et Douay, et, dès qu'il fut en vue des premières maisons qu'occupait l'ennemi , il les fit canonnor. Bientôt après, les mouvements de n.inc étant bien prononcés, il fit battre la charge et aborda lui-même le village avec une forte colonne d'infanterie. Cette attaque, exécutée avec une grande bravoure, fut couronnée d’un plein succès. A sept heures, Mcdole était en notre pouvoir, et l’ennemi se retirait, ayant essuyé de grandes pertes et laissant entre nos mains deux canons et beaucoup de prisonniers.

Au sortir de Medole, trois bataillons de la division de Luzy se portèrent sur la route de Ceresara, tandis que la brigade Douay marchait à la poursuite de l’ennemi vers Rcbecco, village situé è une lieue de Medole, sur la route de Guidizzolo. Cette brigade rencontra bientôt des forces supérieures qui arrêtèrent sa marche.

Aussitôt que la divisiou Vinoy vint déboucher du village de Medole, je fis porter en avant, vers la roule do la plaine, huit pièces appartenant à la division do Luzy ; la division Vinoy alla soutenir cette artillerie, repoussant en même temps l'ennemi, qui occupait de petits fourrés dans la direction d’une maison isolée, nommée Casa-Nova,qui se trouve sur la droite de la grande roule de Goito, à 2 kilomètres de Guidizzolo. Des combats acharnés se sont livrés pendant toute la journée autour de cette maison.

Dès que je pus sortir du pays couvert que traverse le chemin de Medolc, j'aperçus dans la plaine de fortes colonnes autrichiennes d'infanterie et de cavalerie, qui faisaient face an corps dn maréchal de Mac- Mahon, et qui menaçaient de m'envelopper dans le mouvement que je faisais sur leur flanc. La division Vinoy se forma en bataille dans une direction oblique qui me rapprochait du maréchal de Mac-Mahon, et, sous cet appui, je fis déboucher de Medole l'artillerie de réserve, qui se mit en batterie, ayant derrière elle et à sa gauche les divisions do cavalerie. Pour avoir un appui à droite, le général Vinoy enleva à l'ennemi la ferme de Casa-Nova; mais, occupant ainsi un front Irès-élendu pour mes forces, j'attendais avec impatience la division de Failly, qui.

de 800 cô(é, doublait de vitesse pour venir prendre part au combat.

L’ennemi tenta de tourner la gauche du général Vinoy dans l’espace que laissaient entre eux le 8* et le 4* corps. Une colonne d’infanterie, soutenue par une nombreuse cavalerie, s’approcha jusqu’à 200 mètres de la division Vinoy, mais elle fut arrêtée par la mitraille et les boulets des 42 pièces d’artillerie des divisions et de la réserve , qui prenaient successivement leur poste de combat, et qui bientôt furent toutes en batterie sous l’habile direction du général Soleille. L'ennemi déploya à son tour son artillerie. Dans celle lutte, qui dura nne grande partie de la journée, notre artillerie eut toujours un avantage incontestable, et scs terribles effets sont marqués par les débris d’hommes et de chevaux qui jonchent le sol.

A mesure que le corps du maréchal de Mac-Mahon s’avançait, la division Vinoy, pivotant sur la Casa-Nova, suivait le mouvement par l’aile gauche. Hais les forces ennemies, qui reculaient dans la plaine* portaient leurs efforts sur Casa-Nova et sur les premières maisons de Rebecco, où sc livraient des combats acharnés. Dès que la division de Failly put entrer en ligne, je donnai pour direction à sa tète de colonne le hameau de Baete, situé entre Rebecco et la ferme de Casa-Nova. Le général de Failly s’y porta avec la brigade O’Farrel, et je conservai sous ma main, comme réserve, la brigade Saurin.

A partir de ce moment , mes troupes étaient disposées cemme il suit, de la droite à la gauche : au village de Rebecco, la division de Luzy ; à Baete, la 1” brigade de la division de Failly; à gauche, se refusant dans la direction du maréchal de Mac-Mahon, la division Vinoy déployée, sept batteries d’artillerie et deux divisions de cavalerie.

Le but que je poursuivais, et qui aurait donné do magniflques résultats si j’avais pu l’atteindre, c’était que, lorsque Cavriana serait au pouvoir du 2* corps , lo maréchal Canrobert, arrivé à Mcdole , voulût bien envoyer en avant une on deux de ses divisions pour occuper Rebecco.

. Alors, arec les deux divisions de Luzy et do Failly, j’allais m’emparer de Gnidizzolo, et, maître de l’ombranchcment des routes, je coupais la retraite, soit sur Goito, soit sur Volta, aux masses ennemies qui occupaient la plaine. Malheureusement, le maréchal Canrobert , menacé sur sa droite , ne jugea prudent de me prêter son appui que vers la fin de la journée.

L’ennemi, qni sentait tout le danger que lui faisait courir ma marche sur Guidizzolo, réunit tons scs efforts pour l’arrêter. Une Intte des pins vives se prolongea pendant plus de six heures autour de la ferme de Casa-Nova, au hameau de Baete et au village de Rebecco. Quand lo combat avait lieu par des feux d’infanterie, l'ennemi ayant l’avantage du nombre, je perdais du terrain. A'ors je formais une colonne d’attaque avec un des bataillons de ma ré.scrve, et la baïonnette nous donnait plus que la fusillade ne nous avait fait perdre.

Pans ces combats incessants, j'ai ou le regret de voir tomber de

braves soldats et des chefs bieo digoes de les commander. Le colonel Lacroix, du 30* de ligne; le colonel Capin, du 53*; le colonel Broutta, du 43* (division Trochu); les lieutenants-colonels de Nenchèze, du 8* do ligne ; do Canipagnon, du S* id. ; des Ondes, du 5* de hussards; les chefs de bataillon Nicolas, Tiersonuicr cl Hébirl, se sont fait tuer à la télé do leurs troupes.

Le général Douai, qui s'est particulièrement distingué dans celte journée, et un grand nombre d’ofliciers supérieurs, ont reçu des blessures qui priveront momentanément l’empereur de leurs services. A toutes ces perles j'en dois ajouter une qui m'est particulièrement sensible, celle du colonel du génie Jourjon, ofUcior accompli, aussi remarquable par sa science que par scs qualités militaires.

Li cavalerie nous a été d’un puissant secours pour éloigner de la C isa-Nova l'infanterio ennemie, qui renouvelait sans cesse ses efforts pour nous enlever ce point d’appui important. Les deux divisions de Partouncaux et Desvaux ont, à plusieurs reprises, chargé l'infanterie autrichienne avec une grande bravoure.

Vers trois heures, M. le maréchal Canrobert, étant venu sur le champ de bataille pour juger par lui-mème ma position, envoya l’ordre à la division Renault, du 3* corps, qui observait la route de Hedole à Cerosara, d’appuyer sur Rebecco, et il ordonna en même temps au général Trochu d’amener sa première brigade sur le lien même où se trouvait ma réserve, entre Casa-Nova et Baele, car c’était toujours là que se portaient les plus grands efforts de l’ennemi.

Voyant que j’allais être soutenu par des troupes fraîches, je formai immédiatement quatre bataillons de la division de Luzy en colonnes d’attaque, j’y joignis deux bataillons ds la division de Faillyqui formaient en ce moment mon unique réserve, et le général de Luzy conduisit ces troupes dans la direction de Guidizzolo.

La tête do colonne, formée par un bataillon du 30* de ligne, arriva jusqu’aux premières maisons du village ; mais trouvant devant elle des forces supérieures, elle dut se retirer. Nos soldats étaient, d’ailleurs, accablés par la fatigue ; ils marchaient et combattaient depuis douze heures sur un terrain complètement dépourvu d’eau, et, pendant cette lutte incessante, ils n’avaient pas le temps de manger.

Cependant, M. le maréchal Canrobert ayant bien voulu me promettre l'arrivée avant la nuit de la division Bourbaki, je voulus tenter un dernier effort sur Guidizzolo , avec la brigade Bataille, de la division Trochu, qui avait pris la place de ma réserve. Le général Trochu, ayant formé ses bataillons en colonnes serrées, les conduisit à l’ennemi en échiquier, Taile droite en avant, avec autant d’ordre et de sang-froid que sur un champ de manœuvres. Il enleva à l'ennemi une compagnie d’infanterie et deux pièces de canon, et arriva ainsi jusqu’à demidistance de la Casa-Nova à Guidizzolo.

Un violent orage, précédé de tourbillons do poussière, qui nous plongea dans l’obscurité, vint mettre fin à cette terrible lutte, et le

4* corps prit ses bivacs snr un champ de bataille qn'il avait glorieusement conquis, n a pris à l'ennemi un drapeau, enlevé par des soldais du 76* de ligne, et sept pièces de canon.

Il a fait environ 2,000 prisonniers , et, sur un champ de bataille qui a près de deux lieues do long, la marche du 4* corps est jonchée des cadavres de l'ennemi. La lutte a été longue et opiniâtre, et il n'est pas un bataillon du corps d'armée qni n'y ait pris part.

Je ne puis citer à Votre Majesté les nombreux actes de bravoure dont j'ai été témoin ou qui m'ont été rapportés mais je dois lui dire que chacun a fait noblement son devoir, et qn'en voulant donner des témoignages de satisfaction, je suis tout naturellement conduit à parler à Votre Majesté de la belle conduite des généraux de division ; après eux, des généraux de brigade, et ensuite des chefs de corps, qui ont été en si grand nombre tués ou blessés.

Voici l'état des pertes éprouvées par les troupes du 4* corps et des deux divisions de cavalerie :

Page 1