‹ Lettres sur la chimieChapitre 1 sur 27 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

ment naturel et nécessaire. En se tenant au courant des progrès dis sciences, il acquiert le privilège de les utiliser à son gré, de les appliquer à la satisfaction de ses propres besoins, de contribuer à l'accroissement de la richesse scientifique et de multiplier ses bienfaits en la rendant féconde pour d'autres.

C'est de ce point de vue que j'ai composé ces lettres ; elles ont pour but d'appeler l'attention des gens éclairés sur l'état de la chimie, de les pénétrer de son importance, de leur faire connaître les problèmes dont elle s'occupe, et la part qui revient à cette science dans les progrès accomplis par l'industrie, la mécanique, la physique, l'agriculture et la physiologie.

A proprement parler, ces lettres sont écrites pour les gens du monde que n'effraie pas l'examen des questions les plus importantes et les plus difficiles de la science, lorsqu'elles sont fécondes en résultats pratiques , pour celte classe de lecteurs qui ne saurait trouver aucun charme à la forme appelée populaire, expression sous laquelle on a l'habitude de désigner l'exposition triviale de la science descendue de ses hauteurs afin de s'adapter aux intelligences vulgaires. L'étude de la nature a cela de propre que tous ses résultats sont aussi évidents, aussi faciles à comprendre pour un esprit bien fait , étranger à la science , que pour le savant lui-même. Le seul avantage que ce dernier ait sur l'autre, c'est de connaître les moyens par lesquels leur acquisition s'est faite ; mais en revanche le savant a en général une profonde indifférence pour les applications utiles de la science.

PREFACE. ö

La forme d'exposition que j'ai choisie n'a pas besoin, je crois, de justification; en l'adoptant, j'ai pensé que c'était celle qui convenait le mieux et à moi-même et au journal dans lequel ces lettres ont paru pour la première fois.

Quiconque est un peu au courant du mouvement intellectuel en Allemagne, reconnaîtra que, par le nombre de ses lecteurs, par retendue de son cadre et la multiplicité des matières qu'elle embrasse, par la profondeur et la supériorité avec lesquelles toutes les branches des connaissances humaines y sont traitées, enfin par le goût sévère et le tact exquis des hommes auxquels sa direction est confiée, la Gazette générale (T Augsbourg répond aux besoins de l'époque et se rend le digne organe de la civilisation sous le rapport politique, social et scientifique. On s'expliquera aisément par-là pourquoi je me suis empressé de répondre à l'invitation des propriétaires de ce journal, et pourquoi j'ai entrepris d'ouvrir à la chimie un accès dans un monde nouveau pour elle. Les Lettres sur la chimie (les douze premières) ont eu deux éditions en anglais [Familiär Letters on Chemistry^ %'^ édition; London, Taylor and Walton, ISii). Cette même traduction anglaise, reproduite sous forme de journal en Amérique et vendue au prix d'environ 20 centimes la feuille, s'est débitée à plus de 60,000 exemplaires; enfin une excellente traduction des vingt et une premières lettres ( Lettere chimiche di Giuslo Liebig , trad. del Dr. G.-D. Bruni; Torino, Stamperia Reale, 184i) a paru en Italie, pays qui, à l'exception de la littérature française, s'occupe si peu des littératures étrangères. Toutes ces considérations me donnent l'espoir que mon pavs, dont le témoignage

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m'est incomparablement plus llalteur, ne méconnaîtra point le but dans lequel ces lettres ont été écrites, et qu'il m'approuvera d'en donner aujourd'hui une édition complète.

Gicssen, juillet iiA4.

JUSTUS LiEBIG.

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