RUE DE BOURBON, N
STRASBOURG , Grand’ruc, n° i5 ; — LONDRES , 3o, Soho-scjuare ; BRUXELLES, librairie rARisiENXE , rue delà Madeleine, n* 43t.
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Les Lettres que je donne au public sont l’ouvrage d’un jeune Français qui, obligé par des affaires d’intérêt à passer quelque temps en Angleterre, crut devoir mettre ce séjour à profit, et l’employer à des observations utiles. Elles me furent montrées par son frère, à qui elles étaient adressées; il me parut que les matières qui y étaient traitées, et les vues qu’elles contenaient , étaient de nature à exciter l’intérêt général. Je les communiquai à M. Cooper , avocat deLincoln’s Inn, qui voulut bien y ajouter un grand nombre de notes précieuses et pleines d’érudition, et jugea même conve^ nable de les publier en Angleterre.
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La faveur avec laquelle ces Leltrcs ont été accueillies par les jurisconsultes anglais rne détermine d’autant plus à les livrer à l’impression en France. La lecture en est plus utile sans doute en Angleterre , puisqu’il y est cjuestion de la cour de la chancellerie, delà chambre des pairs considérée comme tribunal d’appel, de la rédaction d’un Code, et de différons points de jurisprudence anglaise. Néanmoins, le besoin d’une réforme est si généralement senti , même dans notre pays, et d’un autre côté, l’esprit d’examen s’est tellement réveillé parmi nous, que les Français ne peuvent manquer de recevoir avec empressement un ouvrage où l'on discute les questions les plus élevées de la législation universelle. Le tableau des calamités judiciaires de l’Angleterre , tableau affligeant et presque incroyable, mais pourtant sincère et vrai, nous engage à reporter nos yeux sur notre procédure et notre organisation judiciaire; nous y apercevons aussi des plaies et des
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défectuosités, et nous nous efforçons de trouver les moyens d’y remédier.
Il arrive quelquefois qu’un écrivain timide, faisant au public une demi -confidence, se présente comme éditeur d’un ouvrage dont il est réellement l’auteur. Il n'en est pas ainsi aujourd’hui. Il suffit de jeter un coup d’œil sur ces Lettres, pour reconnaître qu’elles ont été écrites sur le sol même de l’Angleterre, qu’elles sont le fruit d’observations exactes et de conversations utiles, et que les meilleures lectures n’auraient pas suffi pour donner les renseignemens qu’elles contiennent. Quant à moi, je ne connais la législation anglaise que par les livres, et les magistrats anglais que par des rapports qui peuvent être partiaux et intéressés; je n’ai jamais passé le détroit.
Les questions traitées dans ce livre sont d’une telle gravité, qu’il m’est impossible d’admettre aveuglément et sans examen les opinions de l’auteur. Également admi-
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rateur de Bentham et de Savigny, rencontrant dans les deux écoles les argumens les plus puissans et de fortes raisons de douter, je n’ose prendre un parti définitif dans ces grandes querelles. Je hasarderai toutefois le développement de quelques pensées personnelles sur l’organisation judiciaire et l’administration de la justice, particulièrement en France; ce sera l’objet d’une Introduction.
J’ai cru trouver chez nous des vices radicaux et de grands abus: je regarde comme un devoir de les signaler, et d’en solliciter la réformation. Quoi qu’il en soit, je ne suis point un de ces novateurs que l’esprit de théorie engage trop souvent à vouloir bouleverser ce qui existe, et qui prétendent asservir la raison publique à leurs opinions personnelles. Quelque bon que soit un système, il faut que son utilité soit généralement reconnue, et que la masse ressente la nécessité de son introduction. Ainsi , je ne demande pas que l’on fasse sur le champ
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une application force'e de tous les changeniens que je propose; mais je souhaite vivement que, par des mesures préparatoires qui soient sans danger, on puisse éprouver quels sont les vrais intérêts et les vrais besoins du public , et faire désirer à tout le inonde ce qui serait peut-être aujourd'hui repoussé comme d’une exécution impossible.
En lisant ces Lettres on trouvera de l'imperfection dans le style ; le lecteur l’excusera en pensant qu’elles n’ont pas été écrites pour être publiées. On pourra aussi leur reprocher des lacunes assez importantes ; mais on remarquera qu’il manque plusieurs Lettres dans la série: quelques-unes ont été égarées, d’autres, exposées à l’eau de la mer sans qu’on s’en aperçut, y sont restées assez long- temps pour devenir en grande partie illisibles.
Il faut savoir que ces Lettres ont été écrites à la fin de 1826 et au commencement de 1827, lorsque milord Eldon avait
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encore les sceaux, et devait, selon toutes les apparences, les conserver long-temps. A cette même époque. Sir John Copley, aujourd’hui chancelier sous le nom de lord Lyndhurst, remplissait les fonctions de garde des rôles ; Sir John Leach , aujourd’hui garde des rôles, était vice-chancelier. Cette observation expliquera un grand nombre des pensées de l’auteur ; d’un autre côté, la date de la rédaction de ces Lettres, et celle de leur publication, prouvent également que celui qui les a écrites n’avait l'intention ni d’insulter un grand magistrat après sa chute, ni de ménager ceux qui sont maintenant en place. Je n’hésite donc pas à livrer cette production au public, qui , je l’espère, lui accordera tout l’intérêt dû à un ouvrage impartial, et y puisera des documens pleins d’utilité.