I.ETTUF.S
contraire à celle dos acides, — en raison de quoi ils formaient dans la science du siècle dernier, avec l’ammoniaque, que je te ferai connaître tout à l’heure , un petit groupe de corps dits alcalis.
Les acides tempèrent et adoucissent l’action des alcalis et vice versd; la cause en est la prompte et presque instantanée combinaison des uns avec les autres, d’où résulte un nouveau composé. C’est ce qu’explique la raison pour laquelle les taches laissées par les acides sur certaines étoffes, dans la teinture desquelles il entre une couleur bleue végétale, disparaissent si on les humecte avec une solution alcaline. La potasse et la soude dissolvent de même avec beaucoup de facilité les matières grasses — par une vraie combinaison avec celles-ci — et en formant dans ce cas un savon. Quand tu sauras que dans la cendre qui sert à la lessive se trouve contenue beaucoup de potasse, tu pourras te rendre compte de ce qui se passe dans cette opération.
La potasse s’appela pour quelque temps alcali végétal, parce que l’immense quantité qui en est employée annuellement dans la fabrication du verre, ainsi que dans celle d’uûe certàinequantité de savon— le savon mou, — se tire des cendres des plantes, dans lesquelles elle se trouve
contenue en combinaison avec l’acide carbonique. De ce fait que toutes les plantes contiennent constamment, quoique en proportion variable, de la potasse, et quelques-unes de la soude, tu pourrais comprendre l’importance du rôle que jouent ces oxydes dans l’économie des végétaux. Mais d’où ceux-ci les tirent-ils? A une semblable demande, ta réponse est toute préparée, et tu infères qu’ils la doivent trouver dans le terrain. La terre des champs est constituée du mélange de matières hétérogènes, mais principalement des détritus et de la disgrégation des pierres qui forment le massif des montagnes. Parmi ces pierres il est une nombreuse famille chez laquelle la potasse entre comme élément constitutif en même temps que d’autres oxydes, mais principalement avec l’alumine et avec la silice.
VI. Parmi les silicates doubles d’alumine et de potasse dominent deux substances minérales que l’on peut ranger , à cause de leur grande abondance, parmi les principaux composants de l’écorce solide du globe : ces substances sont le feldspath et le mica, que tu rencontres associées mais distinctes, et particulièrement reconnaissables à un examen attentif, dans une pierre très -commune : — le granit. Observe un 'morceau de cette pierre, dont l’usage est si
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répandu dans les édifices des cités subalpines et surtout de l’opulente Milan. Les particules d'aspect vitreux, à cassure irrégulière, sont de quartz, ou silice pure; celles à lamelles planes, brillantes sous certaines incidences de lumière, ordinairemement d'un blanc qui se rapproche de celui de la perle , — et de couleur rouge dans le superbe granit de Bavèno (1), ,
— sont de feldspath ; les autres qui se présentent comme de petites écailles minces, de couleurs variées, luisantes comme du métal, sont de mica. Ces composants du granit sont encore mieux reconnaissables dans certains blocs que les constructeurs rejettent, mais que les naturalistes recherchent précisément parce que le quartz, le feldspath et le mica sont en gros morceaux facilement séparables et parlant plûs convenables pour l’étude.
Le feldspath forme à lui seul la substance fondamentale d’autres roches, et, par exemple, les porphyres. Il présente plusieurs variétés dues particulièrement à la substitution totale ou partielle de la soude à la potasse, — substances très-liées entre elles , soit par l'ànalogie des caractères, soit par leur fréquente contl) Sur la route do Milan aux îles Borromées; près de Bavèno, est la célèbre carrière de marbre de Gandoglia.
comitance. Il convient cependant d’ajouter que le feldspath à base de potasse est plus commun que celui à base de soude.
Tous les feldspaths se fondent à une forte chaleur en une sorte d’émail ; aussi cette propriété rend-elle précieuses les espèces de plus grande pureté — à grandes lames blanches — pour la fabrication de la porcelaine. Par l’action de l’air extérieur avec la coopération d’autres causes qui ne sont pas encore bien connues, les feldspaths sont sujets à un changement singulier, en raison duquel ils perdent une partie de leur potasse : mais alors leur composition et leur structure en restent profondément altérées. La pierre d’abord brillante et solide se ternit, se défait, se convertit en une substance terreuse, dans laquelle on voit prédominer les qualités de l’alumine que je t’ai déjà fait connaître, — elle perd aussi sa fusibilité au feu. Cette substance minérale, résultant de la décomposition d’un feldspath pur est une argile également blanche et pure, nommée kaolin, et dont on se sert pour faire la pâte de la porcelaine, dont le feldspath en poudre forme pour ainsi dire le vernis. Quand c’est une roche de feldspath impur qui se décompose , le kaolin qui en résulte alors se rapproche des qualités de l’argile commune. En faut-il davantage pour
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te persuader que toutes les argiles n’ont pas eu d’autre mode de formation?
La meilleure terre des champsdoit sa formation à la décomposition du feldspath, du mica et d'autres silicates analogues alumineux doubles. LèS feldspaths peuvent être considérés comme les dépôts principaux et originaires de la potasse, dont les plantes ont un si grand , besoin.
Si notre pensée remonte le long cours des âges passés du globe, et si elle s’arrête à celui de sa première consolidation, oh reconnaîtra clairement qu’à cette époque il ne pouvait exister ni argiles, ni sables, ni graviers, ni tous ces mélanges si impurs et si variés qui constituent •actuellement nos terres arables. Les feldspaths
et les autres substances minérales de compo-
sitioii analogue, étaient les principaux composants de la pâte solidifiée qui forma la croûte du sphéroïde terrestre, comme ils le sont encore des parties de cette croûte primitive qui sont visibles pour s’être élevées aü-dessus des dépôts dont elle a été postérieurement recouverte.
VII. La potasse est également un principe constitutif du sel de nitre, qui paraît sous la forme d’efflorescences blanches sur les parois humides des grottes et des caves. Dans une telle condition elle se trouve combinée avec un
acide très-puissant, l’acide nitrique (azotique), qui se forme dans l’air atmosphérique lui-même, dans des circonstances qu’on n’a pu encore bien déterminer.
Cet acide résulte d’une union intime d’azote et d’oxygène; mais cette union est très-peu stable, et la facilité avec laquelle elle se dissout est très-grande. Dans ce cas l’oxygène, au moment où il se dégage, lorsqu’il est à l’état naissant, comme disent les chimistes, attaque avec une grande force les corps avec lesquels il se trouve en contact. Si dans- de l’eau contenant quelques gouttes de cet acide on plonge une lame de fer, aussitôt elle se rouille. .
La déflagration bien connue du nitre sur les « charbons ardents provient de la rapide cession d'oxygène par une partie de son acide. Une déflagration encore plus vive et vraiment instantanée est produite par une seule étincelle sur un mélange convenablement préparé de nitre, charbon et soufre; — c’est précisément un tel mélange qui constitue la poudre à canon.
VIII. Le silicium, l’aluminium, le calcium, le potassium, tels que nous les voyons dans la nature, se trouvent constamment combinés avec l’oxygène. Le sodium existe souvent aussi dans le même état; mais une quantité incomparablement plus grande de ce métal est en com-
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binaison avec un autre élément— le chlore. Cette combinaison, que scientifiquement on nomme chlorure de sodium, est de toutes les substances minérales une des plus vulgaires, des plus connues, des plus nécessaires à la vie de l’homme : — c’est le sel commun ou sel de cuisine. Tu n’as qu’à te rappeler tout ce que j’ai dit déjà en parlant de l’eau, pour te former une idée de la diffusion de ce composé dans la nature. Non-seulement il est disséminé en petites et imperceptibles quantités dans une grande partie des matières constituantes des couches de la surface terrestre, et délayé incessamment 4 par les eaux pluviales, mais il forme dans ‘
» beaucoup de localités des masses très-considérables, — tantôt mêlé au plâtre, à l’argile, au sable; tantôt tout-à-fait pur, compacte, d’aspect presque vitreux; parfois limpide et incolore; — * parfois aussi coloré par les infiltrations métalliques. Il prend dans ce cas le nom de sel gemme. On en trouve d’immenses dépôts en différents pays; -^il suffira do te citer les dépôts de Vieliczka en Pologne et ceux- de Cardona en Catalogne. Et quelle quantité plus grande encore de sel commun se trouve dans les abîmes de la mer ! '
Je t’ai dit plus haut que, des alcalis contenus ; dans le sol, la potasse surtout est celui que les
plantes préfèrent; elles l’absorbent et s’en servent dans l’acte de la végétation. Les plantes qui croissent le long des plages îiia’ritiraes absorbent, au contraire, de la soude, — quelques-unes même en si grande quantité, que la cendre provenant de leur combustion en est très-riche. La plus grande partie de la soude qu'on emploie dans les verreries et dans la fabrication du savon, n’a pas d’autre origine.
IX. On connaît depuis longtemps déjà une substance singulière, qui jouit à un degré énergique des propriétés caractéristiques des alcalis, et se comporte à l’égard des acides comme la potasse et la soude , mais qui se distingue de ceux-ci par une composition particulière, car il n'y entre ni oxygène ni métal. Cette substance c'est Y ammoniaque ou alcali volatil.
A l’état libre elle est gazeuse, très- soluble dans l’eau, à laquelle elle communique ses propriétés, et d’une odeur très-pénétrante, caractéristique, produisant une vive quoique passagère irritation des voies nasâles et des yeux. Elle se compose d’hydrogène et d’azote , et c’est ce qui fait quelle se développe abondamment de la putréfaction des substances animales, — particulièrement des urines, dans lesquelles ces deux éléments se trouvent en forte proportion.
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L’air en contient toujours et partout une quantité petite, — imperceptible par rapport à ses autres composants, — mais destinée à de grands offices dans l’économie de la nature, car les plantes en vivent, et préparent avec elle les matériaux nutritifs des animaux. Cette petite mais essentielle quantité d’ammoniaque répandue dans l’air se forme en partie par l’union de l’azote avec l’hydrogène de l’humidité atmophérique, sous l’influence de 1 électricité des nuages, et se trouve de là dissoute dans lçs eaux pluviales , spécialement dans les eaux de pluie d’orage ; — elle résulte encore en partie de la décomposition des produits végétaux et animaux. Elle est aussi, comme l’acide carbo- ' nique, en contre-échange, en passage continuel dans l’atmosphère; à peine se dégage-t-elle des êtres organiques morts, qu’aussitôt elle est reprise par d’autres êtres organiques, qui naissent. — Pas un atome u’eSt perdu dans la nature. - • /
X. Cet exemple, avec d’autres que tu as trouvés dans les lettres précédentes , concourt à te démontrer que des quantités de malièro si petites, si ténues, si dispersées que personne ne peut s’apercevoir de leur présence, et qui semblent choses tout-à-fait méprisables et accidentelles, remplissent, au contraire, les offices
les plus importants dans l’ordre de la nature. Des myriades de familles de végétaux peuplent la surface du globe, et vivent dans le sein de cette atmosphère, sans laquelle on ne saurait pas môme concevoir leur existence; mais ils vivent des deux principaux éléments de l’air, — spécialement des très-petites quantités d’acide carbonique, de vapeur aqueuse, d’ammoniaque que la nature y tient dispersées.
D’innombrables phalanges de plantes plongent leurs racines dans le terrain ou sucent les matériaux nutritifs, et cependant la couche du terrain ne perd rien de son volume. C’est que les plantes vivent moins aux dépens de la silice, de l’alumine, de l’oxyde de fer, qui constituent la base de chaque terrain cultivable, qu’à ceux des .petites quantités qui y sont disséminées de potasse, de soude, de sulfates, et de phosphates calcaires. En te parlant du feldspath, du mica, et des roches qui en sont composées, je t’ai fait observer de quelle importance est la part qu’ils prennent à la formation de la terre végétale , et cela grâce au principe qui y entre en moindre proportion , — à la potasse.
Ainsi, tout dans l’œuvre secret de la nature vivante, est opéré par le concours nécessaire et perpétuel des petites quantités et des petites forces.