‹ Lettres sur la création terrestre, ou exposé sous forme familière Des principaux faits relatifs à la constitution général du Globe et A L'économie de la nature par le dr. De FilippiChapitre 14 sur 48 · VIII. Sel de nitre. — IX. Ammoniaque.— X · texte numérisé non relu

VIII. Sel de nitre. — IX. Ammoniaque.— X

Ces petites quantités dans la nature.

I. A la fin du siècle dernier, la plus grande partie des métaux étaient déjà connus et constituaient une famille très-nombreuse parmi les corps élémentaires ; mais on distinguait encore au nombre de ceux-ci une autre catégorie formée par les terres ( silice , alumine, magnésie, chaux, etc.) et par les alcalis {potasse, soude). Cependant la science s étant enrichie d’un nouveau et puissant moyen analytique dans la pile de Volta, un chimiste anglais, Davy, eut le mérite d’appliquer le premier ce moyen à l’examen de ces corps, considérés jusqu’alors comme simples, et d’arriver bien vite à reconnaître que

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les terres et les alcalis ne sont pas des corps élémentaires , mais des corps composés, des oxydes de métaux : — métaux particuliers qui se distinguent des autres, plus anciennement et plus vulgairement connus, par un poids moindre, une conductibilité plus faible pour le calorique et pour l’électricité, et par une tendance beaucoup plus grande à s’oxyder. Si on leur cherchait un qualificatif commun, celui de métaux légers leur conviendrait. La silice est un oxyde de silicium; l’alunflüe un oxyde d’aluminium; la magnésie un oxyde de magnésium; la chaux un oxyde de calcium; la potasse de potassiun; la soude de sodium.

C’est dans cette nouvelle famille de métaux que nous trouvons les plus précieux, les plus nobles, si le prix et la noblesse d’une chose se mesurent à l’étendue de son utilité, à la part quelle prend à l’accomplissement d’un grand but, d’une loi suprême. En effet, ces métaux, à l’état d’oxydes, sont les principaux composants de l’écorce solide de notre globe : ils forment les matériaux que l’homme emploie pour construire, embellir ses maisons, ses monuments; ils jouent un rôle, je ne dirai pas seulement important, mais encore nécessaire à la conservation de la vie sur la surface terrestre. Quelques-uns de ces oxydes métalliques,

ou, pour répéter, quelques terres et quelques alcalis, sont les composants .essentiels de la

terre végétale , et celle-ci non - seulement reçoit dans son sein les racines des plantes, mais elle leur administre des principes nécessaires au développement des plantes elles-mêmes, et qui les rendent propres à soutenir la vie des animaux.

Les résidus de la combustion de nos bois communs , les cendres, contiennent constamment, quoiqu'en proportions variables, de la silice, de l’alumine, de l’oxyde de fer, et outre cela, de la chaux, de la potasse, de la soude, — ces dernières unies aux acides dont tu connais déjà les composants, tels que l’acide carbonique, l'acide sulfurique, l'acide phosphorique. Or, tous les éléments solides des cendres, à l’exception du carbone qui s’y trouve à l’état d’acide carbonique, ont été auparavant absorbés du terrain par la plante. Quelles conséquences si celui-ci n’en contenait par une portion convenable! Tu pourrais en voir la gravité par une expérience trèssimple.

Situ mettais germer, par exemple,dublé dans un terrain que tu aurais artificiellement préparé, sans qu’il contienne une proportion convenable de ces oxydes,— un terrain formé, je suppose, de charbon pur, de silice pure ou de soufre pur,

— et que tu arroserais avec de l’eau distillée. Le blé possédant en lui des matériaux qui lui sont propres , il aura la force nécessaire pour donner naissance à une petite plante ; celle-ci prendra d’autres matériaux à l’air et tendra à se développer de plus en plus; mais alors ne trouvant pas dans le terrain ce qu’il faut pour l’achèvement de son organisation , elle s’arrêtera dans son développement et mourra.

Je ne dois pas ici m’étendre sur un argumènt que je développerai plus amplement dans la *» suite; je ne puis à présentée montrer toute l’influence de la composition minérale du terrain sur la végétation. Ce que je viens de dire pourra te persuader combien l'échange serait funeste pour l’homme S'il voyait ces métaux : — silicium, aluminium, calcium, potassium, sodium, — remplacés par autant d’or et d’argent!,

La fable ancienne a bien symbolisé l’aveugle avidité humaine dans le malheureux Midas> roi de Phrygie, à qui avait été concédé le terrible don de transformer en or tout ce qu’il touchait.

Je veux maintënant te faire connaître en peu de mots les principales propriétés, non pas de ces métaux , mais de leurs Combinaisons les

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plus ordinaires parmi celles si nombreuses et si variées que nous offre la nature dans la croûte du globe. ® .

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U. La silice se trouve pure dans le quartz ou cristal de roche; moins pure, mais toujours libre, elle forme les agates, les jaspes, la pierre à fusil ou silex ; et tu la reconnaîtras, dans tous ces états, par la dureté quelle possède au point de donner des étincelles sous les coups du briquet; — à son insolubilité dans l’eau, et à son infusibilité au feu même le plus intense, provoquée par les moyens ordinaires, lorsqu'elle s’y trouve seule. Mêlée, au contraire, à un peu de potasse ou de soude, elle a la propriété de se combiner intimement à ces oxydes et de se fondre en un verre. La quantité de silice libre qui existe dans la nature est petite, comparativement à celle qui se trouve dans des composés compliqués avec l’alumine,' la soude, la potasse, la chaux, la magnésie, l’oxyde de fer.— Ces composés prennent le nom générique de silicates.

III. L’àlumine se trouve également libre, sous l’aspect d’une pierre ordinaire, ou bien sous celui du cristal; elle se distingue de la silice par une résistance encore plus grande au feu et par une plus grande dureté; dans cette dernière propriété, le diamant seul l’emporte sur elle. Lorsqu’elle est limpide et cristalline, elle se présente souvent avec de très-belles couleurs et forme alors des pierres précieuses, telles

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— qualifiés d’orientaux , afin de les distinguer d’autres émeraudes, d’autres topazes, d’autres rubis moins précieux en comparaison , possédant une splendeur et une dureté moindres — et dus à une composition différente.

Quand on la trouve en masse privée de transparence et d’éclat , elle sert, réduite en poussière, à former l’émeri, On peut avoir l’alumine à l’état terreux, en versant dans une solution d'alun de roche (sel très-connu, formé par l’acide sulfurique, l’alumine’ et la potasse), une certaine quantité d’autre potasse, de la soude ou de l’ammoniaque. Le dépôt qui se forme en pareil cas, recueilli, lavé et desséché, se présente comme une terre très-fine, blanche, happant fortement à la langue, formant

avec l’eau une pâte tenace, laquelle , cuite au feu, se resserre et durcit. Cette manière de se comporter, qui est propre aussi aux argiles communes, est due à la présence dans celle-ci d’une quantité notable d’alumine terreuse libre. D’ordinaire, cependant, l’alumine se trouve combinée av.ec la silice et avec d’autres oxydes, formant ainsi une longue série de silicates alumineux, dontil sera bon queje te fasse connaître quelques-uns plus particulièrement.

IV. Deux espèces de pierres, si fréquentes et si communes, que des collines èt des chai-

nés entières de montagnes en sont formées, nous offrent la chaux. Dans l’une d’elles, elle se trouve en combinaison avec l’acide carbonique, dans l'autre avec l’acide sulfurique.

Dans le premier cas on a la pierre» à chaux, la roche calcaire, d’aspect varié dans la structure et dans la couleur ; tantôt susceptible d’un beau poli, comme dans l’innombrable série des marbres; tantôt d’aspect commun terreux ou pierreux. Toutes les imménses variétés de cette pierre ont cependant des propriétés communes et celles-ci principalement : une dureté si médiocre, que non-seulement le silex, mais presque tous les silicates l’entament; une déeom- • position facile avec effervescence par les acides nitrique et sulfurique; la perte de l’acide carbonique par l’action du feu, et conséquemment sa réduction en chaux vive. De quelle manière on obtient la chaux avec le feu , et quels usages on tire de celle-ci pour les constructions, il n’esjî pas besoin.que je te le rappelle.

La combinaison de la chaux avec l'acide sulfurique donne le plâtre. A l’état naturel, elle retient constamment unie une certaine quantité d'eau qui s’échappe sous l'action de la chaleur, par l’opération de la cuisson. Le plâtre, .ainsi desséché, conserve une forte tendance à s’incorporer une nouvelle quantité d’eau -et à la

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solidifier en lui-même; de là, l’usage très-étendu qu’on fait de cette matière.

Le calcaire, ainsi que le plâtre, sont légèrement solubles dans l’eau, — ■ celui-ci beaucoup plus que de premier. Les eaux potables en contiennent toujours une dose très-petite, et elles s’en privent en partie dans leur passage par les tubes distributeurs. Celles qui en retiennent dissous en dose plus grande que d’ordinaire, sont désignées soüs le nom d’eaux séléniteuses, du mot sélénile, synonyme scientifique de plâtre: et, comme déjà je te l’ai dit dans une lettre précédente, ce sont des eaux crues, • pesantes, pour me servir d’une exprëssion vulgaire; elles ne sont pas propres aux usages communs et principaux de ce liquide. La terre végétale contient toujours et doit contenir dans une certaine mesure des composés de chaux ; le défaut el l’excès de cette mesure sont également nuisibles à la végétation ; l’un aussi bien que l'autre exigent une correction du terrain , ou, comme on a coutume de dire, un amendement. C’est du plâtre que les plantes tirent le soufre qui, bien qu’en petiteet presque inappréciable quantité, est un principe essentiel à leur nutrition , à leur accroissement, et qui les rend propres aussi à servir d’aliment £ux ani maux. •

V. Maintenant je te parlerai de la potasse et de la soude, et je t’entretiendrai aussi quelque peu de leurs métaux. On peut obtenir ceuxci de leurs oxydes, traités à un Feu violent, lorsqu’ils sont prélablement mêlés à de la poussière de charbon. Ces métaux se présentent doués d’un brillant argentin : ils sont mous comme de la cire, légers, fusibles à une chaleur plus faible que celle nécessaire à l’ébullition de l’eau. La célérité, l’avidité de ces métaux à s’oxyder sont telles, qu’un de leurs morceaux jeté dans l'eau y produit un curieux spectacle : on le voit brûler à l’instant et être entraîné dans un mouvement rapide, tourbillonnant, projetant des étincelles et de petites flammes. Outre que ce spectacle est très-agréable, il est aussi très-instructif, quand on réfléchit à sa cause et à son résultat. Le morceau de potassium ou de sodium décompose l’eau instantanément, brûlant aux dépens de l’oxygène de celle-ci, et al-* lumant en conséquence les bulles d’hydrogène qui se dégagent à l’entour ; le inétal oxydé est iustantanément dissous, la potasse et la soude étant très-solubles dans l’eau.

Ces deux oxydes ont entre eux une grande ressemblance; c’est à-dire qu’ils jouissent de plusieurs propriétés communes, parmi lesquelles prédomine une action très-énergique et

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