‹ Lettres sur la création terrestre, ou exposé sous forme familière Des principaux faits relatifs à la constitution général du Globe et A L'économie de la nature par le dr. De FilippiChapitre 35 sur 48 · LETTRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE VINGTIÈME

I. Importance de» petit» organismes. — II. Lee foraminlfère». — III. Le» polypes. — Le» formations madréporiqucs.

I. Si mes lettres précédentes ont pu atteindre seulement une seule partie de leur but, et laisser quelque durable impression dans ton esprit, combien , ma chère fille , l’harmonie providentielle de la création terrestre , la liaison admirable de ses lois , par lesquelles les animaux dépendent des plantes, les plantes de la terre, devra te saisir d’admiration ! Chaque chose est créée pour le bien d’une autre; et si parfois cette vérité se dérobe à nos yeux, c’est que souvent le premier jugement que nous portons sur la valeur des êtres et des phénomènes naturels, est erroné. L’observateur vulgaire, — plein d’admiration pour tout ce qu’il y a de grandiose, de beau dans les forces isolées , ou trop captivé

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par ce qui flatte ou blesse directement les intérêts matériels de l’homme , — perd de vue un vrai monde d’animalcules presque invisibles qui s’agitent par myriades dans le sein des eaux. Et si parfois il s’applique à en contempler les formes à travers les lentilles du microscope, c’est pour satisfaire pour quelques instants une vaine curiosité, et pour s’amuser de la merveilleuse petitesse de ces êtres étranges ; — à peine se demande-t-il quel est le but de leur existence.

Ce but est grand, ma chère fille. La nature a confié à ces êtres que nous considérons comme inférieurs à tous les autres , la vie des animaux plus élevés ; elle emploie leurs forces, minimes sans doute, mais continuelles et combinées, à produire les effets les plus grandioses.

Tous ces petits animalcules que je t’ai déjà appris à connaître sous le nom d 'infusoires, doués d’une faculté de propagation presque incroyable, naissent et se multiplient à millions, à billions, d’un petit nombre de germes tombés là où ils peuvent trouver leur nourriture dans une substance organique en dissolution. Les eaux des étangs — de la mer elle-même — en sont quelquefois troublées et colorées sur une grande étendue, et invitent de toutes parts,

comme à un repas somptueusement servi, une multitude infinie d’autres animaux infimes, tels que, par exemple, les petits crustacés, les méduses, etc. Ceux-ci deviennent à leur tour l’aliment favori, nécessaire môme, d'autres animaux : des troupes de petits poissons en font un effroyable carnage, pour tomber eux-mêmes bientôt après dans les gosiers voraces d’autres poissons plus grands, qui, à leur tour, ne pourront pas jouir longtemps en paix d’une proie si abondante, assaillis comme ils léseront, et de tous côtés, par des ennemis encore plus gros et plus puissants. Sévère, inexorable est cette nécessité de la nature qui pousse le grand à assaillir le petit , le puissant à dévorer le faible; — mais il n’appartient pas à l’homme d’en accuser la Providence, car ello concourt à maintenir l’équilibre et l’ordre de cette partie de la création que Dieu a placée sous . son empire. Qu’il se garde plutôt de ne pas l’étendre au-delà des limites dans lesquelles la nature l’a renfermée , — de ne pas la faire passer du règne matériel des brutes dans le règne moral de l’homme, où, s’il y a des heureux et des misérables , des puissants et des faibles , des savants et des idiots , — il ne doit pas s’y trouver des opprimés et des oppresseurs; — où une loi de paix et d’amour lui

a été donné afin d’adoucir les différences ne* cessaires des conditions individuelles.

II. La plupart des animalcules microscopiques ont leur petit corps nu et désarmé ; d autres l’ont cependant défendu par une coquille pierreuse qui reste intacte après la décomposition de la substance pulpeuse organique. Et comme les générations de ces êtres se succèdent avec une incroyable rapidité, égale à celle dont je t’ai déjà fourni un exemple dans les Diatomées , — il en résulte que leurs dépouilles restent accumulées, et très-souvent en nombre si prodigieux, quelles suffisent à constituer à elles seules d immenses dépôts.

Dans les sables que les vagues de la mer laissent sur la plage en différents endroits du littoral Adriatique, — et de même dans quelques sédiments anciens tout-a-fait analogues, déposés maintenant bien loin de la mer, — on rencontre des corpuscules si petits qu’ils ne sont pas distincts à l’œil nu des granules ordinaires du sable, tandis que, examinés à la loupe, ils présentent des formes déterminées comme de véritables petites coquilles extrêmement variées, comparables, généralement , à des sphères, à des disques, à des rondelles, à de petits limaçons diversement repliés. Le nombre de ces petites coquilles est si énorme

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que fréquemment il l’emporte sur celui des menus débris auxquels elles se trouvent mêlées. — On a pu en compter plus de trois millions dans une seule once de sable.

La substance de ces petites coquilles est purement de carbonate de chaux. Elles sont à l’intérieur partagées en un grand nombre de cellules , dans lesquelles réside le petit animalcule de structure trcs-simple, sans coeur, sans vaisseaux , sans nerfs, sans muscles; — ne donnant d’autres signes de vie que des mouvements opérés au moyen de prolongements filiformes très-fins du corps, passant au travers d’un nombre correspondant de trous de la coquille. Ces animalcules prennent de ce caractère particulier le nom collectif de Foramirnifères (1).

(I) Ce nom leur a été imposé, en 1835, par Alcide d'Orbigny ; il a été adopté par MM. Férussac , Rang et les auteurs Anglais et Allemands, mais changé en Trématophores par M. Menke; en Polypodes, par M. Deshayes; en Symplectomèrcs et en Rhysopodes par M. Dujardin. Par le fait du rayonnement de leurs filaments, la place des Foraininifères est, selon Alcide d'Orbigny, dans l'embranchement des animaux rayonnés de Cuvier, entre les Echinodermes et les Polypiers, comme classe intermédiaire et tout-à-fait indépendante. Le savant auteur du Prodrome de Paléontologie stratigraphique universelle a dressé, après vingt-quatre années d'observations , un tableau de l’ensemble de la classification de ces ani-

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Je t’offre clans la figure 23 l’image agrandie 150 fois d’une espece vivante des mers septentrionales.

Fui 23.

Ces êtres très - curieux n’appartiennent pas exclusivement à la création actuelle; ils étaient aux époques antérieures plus nombreux encore et aussi de dimensions plus considérables. Des couches immenses de pierres calcaires formatot des collines et des montagnes ne ré-

maux microscopiques que des recherches ultérieures agrandiront encore et ne compléteront probablement jamais. Nous y voyons déjà six Ordres, dix Familles, renfermant quinze Sections et soixante-dix-sept Genres. Les terrains crétacés (craie blanche), les terrains tertiaires calcaires grossiers ), en montrent des quantités immenses. — On no sait rien encore des organes de nutrition et de reproduction des Foraminifères.

sultent pas d’autre chose que des dépouilles accumulées et cimentées d’un genre particulier de forami nifères — les Nummuliles (1)

— dont quelques-uns sont semblables pour les formes et les dimensions aux lentilles,

— d’autres sont discoïdes (2) aplatis , en manière de pièce de monnaie, atteignant jusqu’au diamètre d’un sou. La plus colossale œuvre architectonique que l’art humain ait produite,

— la plus grande pyramide d'Egypte, — est construite en pierre de cette nature ; et on peut la considérer comme un prodigieux amas de Nummulites lenticulaires. Strabon en fut tellement frappé, qu’ignorant la nature de ces corpuscules, il se laissa tromper tout-à-faitpar leur apparence, et les prit pour de véritables lentilles durcies, amassées pour la nourriture des ouvriers qui ont élevé ce monument célèbre.

D’autres œuvres d’art grandioses, — colonnes, édifices, et môme des villes entières comme Rouen et Paris. — sont bâties avec des matériaux de cette sorte entièrement consti-

(1) Suivant Lamarck ; et Nummulines, suivant Alcide d’Orbigny qui en a fait un genre de Foraminifères de la famille des Nautiloïdes , ordre des Hélicostègnes. Elles sont très-communes dans diverses couches des terrains secondaires et tertiaires, et furent d’abord nommées, à cause de leur forme, pierres lenticulaires.

(2) Du grec diskos, disque , et e'idos, forme.

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tués de dépouilles de foraminifères. Un mètre cube de la pierre la plus commune dans lee édifices de Paris, en contient non moins de 3,000,000,000 ; — c’est-à-dire un nombre trois fois supérieur à celui des hommes qui peuplent la vaste superficie du globe.

III. Je veux à présent te montrer un exemple encore plus étonnant de l’importance qu'ont les petits êtres dans la nature.

Ces polypes — dont je t’ai ébauché la conformation dans les lettres précédentes — sont rares dans les eaux douces, mais répandus à profusion dans celles de la mer. Un petit nombre vit libre et isolé , — la plupart sont agrégés par centaines, par millions d’individus, et voici de quelle manière. Ainsi que Je te l’ai déjà dit, ces animalcules se composent essentiellement d’un sac de substance pulpeuse molle, entouré à son ouverture — qui est celle de sa bouche — de différents petits tentacules ou prolongements contractiles et extensibles, disposés comme les rayons d’une roue. La cavité de ce sac équivaut à celle du ventricule ou estomac des autres animaux. Imagine-toi à présent une multitude de polypes dans cette condition, — et j’étais sur le point de diro une multitude d’estomacs, — compris dans uno enveloppe tegumentaire commune : tu auras

ainsi ce qu’on a coutume d’appeler une agrégation de polypes ou un polypier. L’humeur nutritive, le sang, circule non pas dans les vaisseaux propres, mais dans l’espace compris entre l’estomac et l’enveloppe tégumentaire et dans quelques espèces il pénètre jusque dans les cavités des tentacules. Cequi te doit surprendre le plus, c’est que les cavités circulatoires de chaque polype communiquent entre elles ; de sorte que l'individualité dans ces animaux peut se considérer comme limitée à un seul appareil digestif, — le reste étant commun à tous les autres membres du polypier. Un bon repas fait par un polype tourne ainsi à l’avantage de ses confrères, puisque le produit de sa digestion se déverse dans le courant de la circulation générale. • *

Chez les polypes, la faculté reproductive, la fécondité, arrive aussi à des proportions fabuleuses, et s’effectue par deux procédés différents : '

1° Tantôt par la production de véritables bourgeons ;

2° Tantôt par celle d’œufs, en parfaite analogie avec ce que tu as déjà remarqué dans les plantes.

Les individus nés par gemmation restent le plus souvent adhérents à la souche maternelle,

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et par eux le polypier s'étend toujours davantage; — ceux qui résultent d’œufs, sont au contraire libres dans leur première période de développement, et — soit en nageant, soit emportés par les ondes — ils vont ailleurs établir de nouvelles colonies.,

Lafig. 24 représente un fragment de polypiers >• • •: > e-'itr- ■ a j vs p " *

Fig. 2-1.

rameux, dans lequel tu reconnais très-bien :

Des polypes A, — dont deux ont les tenta-

cules retirés, — deux autres les tentacules développés;

Un cinquième polype B, est un individu femelle plein d’œufs ;

Le fluide nutritif commun circule par un petit canal C, dans lapartie centrale de chaque rameau.

Il est imposible que tu puisses te faire une dée juste de la variété infinie , — non-seulement dans la forme, dans le développement, dans les modifications organiques des polypes,

— maia encore dans le mode de leur agrégation, et de la forme et de la nature du polypier. 11 y a des polypiers mous, flexibles; — d’autres doués de la consistance de la corne; — d’autres , — et ce sont les plus nombreux , — ont la dureté de la pierre et sont formés de carbonate de chaux uni à une faible quantité de matière organique. Quant à la forme, — il en est de rameu-x, — d’autres qui affectent la forme du champignon, — quelques-uns ressemblent à un éventail : — ceux-ci sont formés de tubes parallèles, disposés l’un sur l’autre, par étages; — ceux-là apparaissent élégamment découpés en manière de dentelle;

— on en voit aussi sous forme de grandes masses globuleuses régulièrement percées, ou avec des sillons tortueux et profonds, subdivisés verticalement par plusieurs lames internes. Tous les trous épars sur la superficie des poly-

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piers sont les réceptacles des organes de chaque animalcule.

IV. Tu connais le corail ; — mais tp ne sais rien sur cette précieuse substance sinon que c’est une production de la mer. Le corail extrait du sein des eaux , et remis à l’ouvrier qui le polit et le travaille, a la configuration d’une plante; ce qui a suffi pour le faire considérer pendant plusieurs siècles comme une véritable plante marine qui acquiert la dureté d’une pierre par le contact de l’air. Le corail brut dont je te donne la figure (Fig. 25) présente :

Fig. 55.

Une portion corticale B, parsemée de petits trous qui sont le siège des petits polyes A;

Et une tige solide C, d'un rouge plus on moins beau et intense, — ce qui a fait distinguer, dans le commerce du corail, le corail écume de sang, fleur de sang, premier, deuxième, troisième sang. — La Méditerranée possède exclusivement cette précieuse espèce de polypiers. On trouve aussi dans cette mer, — mais plus abondamment dans le Pacifique, — d’autres polypiers pierreux, souvent ramifiés comme le corail, très-différents de celui-ci , — non pas tant par leur couleur blanche que par le manque d’une partie corticale distincte delà tige; — do sorte que les petits polypes sont véritablement nichés dans la substance pierreuse. — On nomme ces polypiers génériquement coraux blancs , ou de préférence Madrépores.

Dans les ouvrages de géographie , dans les récits des navigateurs , il est souvent question de grands bancs, d’îles, d’archipels entiers constitués seulement par des amas de madrépores. Le nombre des petits polypes qui concourent à cés formations est prodigieux incalculable, comme le nombre des étoiles — comme les grains de sable du désert. Des canaux, des détroits, des passages, autrefois

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accessibles aux navires cessent de l’être après un certain laps de temps, à cause des polypiers qui tendent continuellement, — non-seulement à s’étendre en direction horizontale vers la mer, — mais encore à se porter vers la surface des eaux. Par ce progrès vertical des polypiers, ils arrivent à opposer une résistance aux ondes marines, qui y déposent de nouvelles couches de sables et de débris de coquilles et de polypiers, et concourent ainsi à produire de nouvelles terres , dont le niveau reste naturellement peu élevé au-dessus du niveau de la • mer. Les courants marins, les vents, les oiseaux, transportent ensuite sur ces nouvelles terres des germes de plantes et d'animaux terrestres; — les cocotiers s’y développent et y grandissent en peu de temps , et l’homme lui-même ne tarde pas à en prendre possession. Une circonstance singulière, inexplicable dans l’état actuel de nos connaissances , mais rapportéepar des auteurs dignes de foi, nous apprend de quelle manière ces nouvelles formations peuvent devenir un asile stable pour l’homme : — c’est que si on y creuse des fossés de 5 ou 6 pieds , — et cela même à une faible distance du rivage, — l’eau de la mer, en pénétrant a travers ce filtre organique, perd sa salure et devient potable.

Ces colonies de polypes doivent naturellement reposer sur une base solide préexistante qui est un rocher sous-marin, — ou bien la partie submergée d’un promontoire, d’une langue de terre, d’une île. Suivant leurs rapports apparents avec ces bases et leur disposition variée elles sont l’origine de trois formations différentes, savoir :

1* Les côtes madréporique » , lorsqu’elles partent du bord des terres émergées et en continuent la plage ;

2° Les bancs ou digues, lorsqu’elles sont éloignées des bords , en suivent toujours les contours, en laissant au milieu un canal qui souvent peut donner passage aux navires.

3° Enfin les îles Madréporiques , ou les A toiles, quand la base sur laquelle reposent les polypiers est totalement submergée.

C’est une chose singulière en pareil cas que la constante disposition annulaire ou cratériforme des reliefs madréporiques, qui circonscrivent ainsi un espace entre lequel l’eau marine s’arrête et forme un étang salé.

Ces prodigieux amas de polypiers pierreux ne sont pas également répandus dans toute l’immensité de la mer, mais seulement dans la zone comprise entre les 28® degrés parallèles de latitude boréale et australe, où la température

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moyenne des couches supérieures de Peau est d’environ de 27 à 29 degrés. Il est bon de signaler leur rareté dans l’Atlantique on à peine on en rencontre aux îles Bermudes ; — tandis que dans l’Océan Pacifique ils sont distribués à profusion autour des grandes îles de Ceylan, de Nicobar, de Sumatra, de Java, des Célèbes, de Timor; — des îles entières, des archipels entiers , — comme les Maldives, les Laquedives, les Carolines, les îles de la Société, — en sont complètement formés.

En explorant la mer près des formations madréporiques, les navigateurs ont reconnu l’existence de polypiers pierreux même à de grandes profondeurs, où, — par la forte pression de la masse d’eau qui est au-dessus, et à cause de la basse température et du défaut de lumière et de nourriture, — les polypes ne pourraient pas vivre. Ce n’est donc pas à ces profondeurs que les polypiers se sont formés; ils y sont descendus par un abaissement graduel, insensible, du terrain sur lequel ils reposent, par un mouvement semblable à celui dont — en l’une des lettres précédentes, — je t’ai donné un exemple, en te parlant des côtes de la Scanie, et du temple de Sérapis, à Pouzzoles.

Le milieu où vivent les polypes et leur faculté

reproductive extraordinaire, sont des conditions qui favoriseraient l’extension illimitée de leurs colonies, si la nature n’y opposait pas l’action antagoniste d’autres espèces d’animaux. Les madrépores, en effet, — outre qu'ils sont incessamment percés et rongés en toutes les directions par une multitude de mollusques et de petites éponges qui y cherchent un refuge, — servent de pâture à d’innombrables légions d’Holothuries, d’une espèce (1) recherchée par

(1) C’est l'Holothurie Trépang ( Holothuria edulis J du genre Thyone d’Oken. Célèbre depuis longtemps dan* le commerce de l’Inde sous le nom de Trépang et de

Suala que lui ont consacré les Malais, et de Priape marin que lui donnent les Européens , cette Holothurie est l’objet d'un immense commerce de toutes les îles indiennes de la Malaisie avec la Chine, le Camboge et la Cochinchine. Des milliers de jonques malaises sont armées chaque année pour la pêche de ce Zoophyte, et des navires anglais et américains se livrent eux-mêmes à la vente de cette denrée, généralement estimée chez tous les peuples polygames. ( Lesson , Centurie zoologie). — Cette pêche, où il faut de la patience et de la dextérité , se fait avec des bambous adaptés les uns à la suite des autres, de façon à atteindre une longueur de cent pieds. L’extrémité est armée d’un crochet acéré. Lorsque l’eau est parfaitement calme , les malais interrogent ses profondeurs, et lorsqu’ils découvrent l’Holothurie adhérent aux coraux ou aux rescifs , ils laissent doucement descendre leur harpon et frappent presque toujours infailliblement leur victime, bien qu’il soit rare que celle-ci ait plus de trente-trois centimètres de longueur. M Lesson, qui a mangé de ce Zoophyte accommodé de plusieurs manières, ne trouve rien de particulier dans sa saveur.

les pêcheurs, et qui convenablement préparée

fournit le Trepang, mets agréable et copieux, que les insulaires du Pacifique mangent avec plaisir. Quelques poissons comme les Scares et les Diodontes , pourvus d’un vigoureux appareil masticatoire, vivent par bandes au milieu des polypes et se nourrissent de leur substance. Non-seulement ces animaux contribuent à empêcher l’excessive extension des formations madréporiques, mais en réduisant en sable très-fin leur substance pierreuse, ils préparent des matériaux de transport que les ondes marines déposent de nouveau dans les madrépores, pour en remplir les vides, en consolider le merveilleux édifice et augmenter ainsi le terrain hors de l'eau.

< Or donc, apprends que Dieu a créé les plus » petites choses, et a assigné à chacune sa pro- » pre destination; que si elles ne nous parais- » sent pas nécessaires pour notre maison , par » elles s’achève et s’accomplit ce monde, infi- » uiment plus beau et plus grand que notre > maison (1). >

(1) Saint Augustin.

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