‹ Lettres sur la création terrestre, ou exposé sous forme familière Des principaux faits relatifs à la constitution général du Globe et A L'économie de la nature par le dr. De FilippiChapitre 34 sur 48 · LETTRE DIX-NEUVIEME · texte numérisé non relu

LETTRE DIX-NEUVIEME

1. Lb nourriture des animaux. — U. I*a machine animale. — III. La respiration. — IV.

La chaleur, source de rie. — V. Le sucre et la bile d’une même source.

; • '.rv,

ï. Vers la fin du dernier siècle, un vieux professeur de Pavie -avait l’habitude de faire à Ses élèves, eh plaisantant, une singulière distinction des êtres naturels. — « Les minéraux, disait-il, ne mangent pas et ne sont pas mangés; les végétaux ne mangent pas et ils sont mangés; les animaux mangent et il$ sont mangés: *' Sans rien perdre de son originalité, cette plaisante distinction des êtres naturels a pris, avec le temps, une véritable et réelle valeur scientifique. Tu as appris, en effet, d’après les lettres précédentes, ma chère fille, que les substances. essentiellement nutritives des plantes sont l’eau , l’ammoniaque et l’acide carbo-

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nique, et que, dans l’ordre providentiel delà création, cette atmosphère où elles étendent leurs feuilles eh est le réservoir inépuisable. Donc, l'air, d’où les plantes tirent leur nourriture, les entoure de toutes par ts , et elles ne font, pour m’exprimer ainsi, que s’en laisser pénétrer.

‘ Les animaux-pour vivre oht besoin de beaucoup d’autres choses. Ils doivent aller continuellement à la recherche de leurs aliments, ou, s’ils sont fixés, comme, par exemple, les huitres aux rochers, l’attirer à eux comme dams Un guet-apens. L'aliment une fois pris , entre par une ouverture déterminée, qui est le plus souvent compliquée d’organes pour le triturer ou y mêler dus humeurs particulières et le transmettre ensuite, par le moyen d’un canal membraneux, i'œsophqge, à un organe central qui est l 'estomac ou le ventricule. Des parois de celui-ci transsude une humeur qui agit énergiquement sur les matières ingérées,. les altère, les fond, et rend possible, par la suite, l’absorption d'une partie de ces matières, tandis que la portion résidue s'en va de nouveau hors du corps. La partie absorbée devient un fluide trèsriche de la plus précieuse matière organique, — le sang. •

La nourriture des animaux ne sp compose pas seulement de substances organiques, mais

le plus souvent de véritables êtres vivants, qui sont des plantes ou d’autres animaux. Certains animaloules dont la forme très-variée peut être représentée par un sac charnu, garni sur le bord de prolongements disposés en rayons, de manière à rappeler une fleur avec ses pétales, vivent par myriades dans le sein des eaux, Etonnés d’une ressemblance si frappante, les anciens naturalistes se sont laissés induire a les Considérer comme «les plantés, même, comme des fleurs, tandis cfue leur véritable nature est indiquée jusqu’à l’évidence par leur mode d’alimentation. £es étranges animaux, ont reçu la dénomination générique de Polypes, c’estrà-dire à plusieurs pieds; — considérant comme tels- les prolongements susdits; — parmi eux, se trouvent les Actinies, que l’on appelle aussi Anémones de mer, à cause de leur ressemblance avec les anémones des jardins.

Eh bien, ces actinies sont si voraces, qqe si un * autre animal, par exemple, une petite écrevisse, passe à leur portée, elles le saisissent, le font passer danjs- la cavité de leur corps , — ce qui vaut autant direileur estomac, — en sucent la partie la plus nutritive , et en rejettent la dépouille. Parfois l’animal ainsi mangé èst tellement plus gros que l’animal mangeur que le oorps de <ïelui-ci ne paraît autre chose qu’une enveloppe do son propre repas.

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*Si l’on veut indiquer, par une expression gé-' nérique et en même temps exacte, la condition essentielle de la nourriture des animaux, on peut dire quelle ne se compose jamais d’une manière homogène, mais d’un mélange de différentes substances : — les unes véritablement destinées à devenir partie intégrante de l’organisme; — les autres à y être consumées, précisément comme l’huile dans, une lampe ou le charbon dans un fourneau.

Les substances alimentaires de la première sorte, — celles que nous pouvons appeler dès ce moment substances alimentaires plastiques, — doivent nécessairement être les mêmes' que •celles dont se compose l'organisme de l’animal qui s’en nourrit. Or, une même substance organique fondamentale est celle qui se présente dans chaque tissu animal : — une substance susceptible, dans une certaine sphère, de diverses modifications , et d’assumer en -tel cas, des caractères et des noms divers dans la science. Souviens-toi à ce propos de tout ce que je t’ai dit relativement àja nature chimique presque identique de la' cellulose du bois, du sucre et de l’amidon. Un fait analogue ressort de- la connaissance exacte des substances plastiques animales. La fibre de la chair, le blanc de 1 œuf, le caillé du lait ou-de fromage, se com-

posent respectivement de fibrine, à' albumine, de caséine, trois substances différentes dans leurs caractères, mais toutes composées des mêmes éléments en proportion presque constante. Ces éléments sont l’oxygène, l’hydrogène. le carbone et l’azote, auxquels s’ajoutent de très-petites quantités de soufre ou de phosphore. Et non-seulement les substances fondamentales de la chair, de l’œuf, du lait, sont presque identiques entre elles, mais elles le sont aussi avec le protoplasme des jeunes cellules végétales : d’où il résulte que ces substances sont toutes au même degré de bons aliments plastiques pour les animaux.

La distinction qu’on a vulgairement coutume de faire des animaux, en carnivoreg et en herbivores, bien que juste et importante, n’est donc pas fondée sur une différence essentielle de leurs matières nutritives. La vie des animaux est dans la plus étroite dépendance de celle des plantes. — A celles-ci est exclusivement donné le pouvoir de former la matière organique plastique, en en combinant les éléments; — à ceux-là il n’est concédé d'autre faculté que de la prendre aux plantes et de l’organiser. La cellule végétale est le laboratoire mystérieux où se prépaient l’albumine, la fibrine, lacaséine; — la cellule auimale convertit

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ces matières brutes en membranes, en muscles, en nerfs, en glandes.

II. Que ne m’est-il donné, par le seul moyen de mes paroles, de guider ton esprit dans l’intérieur de la machine animai fonctionnant ! — de cette machine qui est un monde entier pour la contemplation de l'homme 1 — de t’en montrer l’architecture si compliquée, si merveilleuse, — de te rendre spectatrice du travail de tant de parties si différentes et si admirablement coordonnées dans le but unique de conserver l’existence de l’espèce, comme les espèces sont coordonnées pour l’ordre et l’équilibre de toute la création vivante 1 Je n’abandonne pas l’espérance de pouvoir, dans un avenir rapproché, consacrer d’autres entretiens à un objet si sublime, et je souhaite que le tableau que je me dispose à t’en ébaucher rapidement et à larges traits, en éveille en toi le désir et en moi le courage.

A l’exception de quelques êtres microscopiques, — dont la structure très-simple, au moins en apparence, rend les facultés encore plus mystérieuses , — tous les animaux possèdent un tégument, compliqué quelquefois de poils, de plumes, d'écailles, de croûtes, et qui, sous la forme d'une membrane, se prolonge dans toutes les cavités du corps. — Ils ont

des fibres contractiles qui forment les muscles ou la chair proprement dite, par lesquels tout mouvement s'effectue ; — des cordons délicats et mous — les nerfs — qui partent d’un cerveau, instrument mystérieux de l’àme, et par le moyen desquels ils sentent les impressions portées à l’oreille, à l’œil, aux narines, à la langue, à la peau, et transmettent aux organes du mouvement, les actes de la volonté. — Ils ont un canal long, tortueux, compliqué, qui reçoit les aliments, les élabore et prépare la formation du sang , — de ce fluide si riche de matières plastiques, qu’il est justement nommé chair liquide. — Ils ont un cœur qui pousse le sang dans les artères, ou par un tronc central subdivisé en ramifications périphériques, et qui le reçoit de nouveau par le système des

veines, ou par un tronc central formé par la

jonction des rameaux périphériques. — Ils ont des glandes qui extraient de ce fluide commun circulant, — par un pouvoir électif (1) admirable, — et reversent à l’extérieur, chacune leurs principes particuliers et caractéristiques: d’où l’urine, la bile, la salive, le suc gastrique. — Ils ont enfin des organes dans lesquels, l’air et le sang à peine séparés par de fines membra

(1) C’est-à-dire par affinité , par attraction.

leîtres

nés, réagissent entre eux, et de telle sorte, que l’acide carbonique du sang entre dans l’air, et que l’oxygène de l’air pénètre dans le sang.

III. Je t'ai souvent répété que l’organisme animal est une source continuelle d’acide carbonique , en opposition providentielle avec l’organisme des plantes. C’est précisément par la voie des organes respiratoires que cet acide carbonique est émis. Ces organes peuvent être diversement construits et disposés dans les divers animaux , — suivant qu’ils sont destinés à respirer l’air libre élastique, — ou l’air qui reste naturellement dissous dans l'eau. En général, ils prennent la forme de poumons dans le premier cas, — de branchies dans le second. Nous pouvons nous représenter un poumon comme une cavité limitée par des parois membraneuses riches de vaisseaux sanguins , qui , au moyen d’un canal particulier, — la trachée , — reçoit et émet de nouveau l’air extérieur. Une branchie, par contre, est formée par une' frange de vaisseaux sanguins , au contact de laquelle, par des mécanismes différents, l’eau peut être continuellement échangée. Xux poumons aussi bien qu'aux branchies, il parvient et se subdivise en ramifications très-fines, un courant de sang d’une couleur rouge sombre, semblable à celui qui , dans les autres organes du corps ,

circule dans les veines; — il en revient, au

contraire, passant toujours de petits vaisseaux dans des vaisseaux plus considérables, un courant de sang rouge vif, comme celui qui, dans les autres organes du corps, circule dans les artères.

Pour te faire une idée du changement que le sang subit dans les organes respiratoires , fais attention à ce qui se passe dans le sang extrait d’une veine après l’opération de la saignée. Bientôt sa surface libre devient d’une couleur rouge vif, très-distincte de la couleur rouge sombre qui paraît à travers les parois du verre. Cette avivation de la couleur est due au contact de l’air; en effet, elle n’a pas lieu si l'on empêche ce contact. Il serait facile de faire de cette observation vulgaire une expérience d’une grande importance, en plaçant promptement le ■ sang de la saignée sous une cloche renfermant une quantité d’air déterminée. Après un certain temps , — la rougeur de la couche supérieure du sang avivée , — celui qui ferait alors l’examen de l’air contenu dans la cloche, y trouverait l’oxygène diminué, et à sa place un égal volume d’acide carbonique. Des expériences analogues répétées et variées à propos , par plusieurs physiciens modernes , ont mis en plein jour cette vérité : que le sang coutiont do

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l’acide carbonique dissous , et le sang veineux relativement plus. que le sang artériel; et que dans les organes respiratoires, où le sang veineux est porté, a lieu un échange d’une certaine quantité de gaz avec autant d’oxygène de l’air. Cet échange effectué , le sang est devenu artériel et nouvellement distribué dans les différentes parties du corps. Un organe respiratoire se distingue donc de tous les autres organes du corps :

1° Par la disposition organique qui permet le contact médiat du sang avec l’air;

2° Par la direction qu’y ont les deux courants sanguins artériels et veineux ; — celui-ci des troncs vers les rameaux, — celui-là des rameaux vers les troncs. C'est précisément le contraire de tout ce qu’on observe dans les autres organes.

Tu pourras facilement comprendre la formation de l’acide carbonique expiré, si tu réfléchis d’abord à la grande quantité de carbone qui forme un élément — soit des tissus animaux, soit des substances alimentaires , — puis à la quantité d’oxygène qui entre dans le corps à chaque acte respiratoire, que le sang dissout et que les artères portent dans la circulation. C’est donc par un vrai procédé de combustion que se produit cet acide carbonique.

Cependant il y a aussi de l’hydrogène en combinaison avec le carbone. Cet hydrogène brûle d’une manière analogue produit de l’eau, qui est éliminée, — soit par l’exhalation pulmonaire, soit par les diverses sécrétions du corps; — il y a encore de l’azote, — qui, séparé des autres éléments avec lesquels il formait la substance plastique des tissus, — entre en de nouvelles combinaisons que le sang dépose peu-à-peu dans la sécrétion, do l’urine, dont les propriétés caractéristiques sont précisément dues aux composés azotés de rejet.

Ce que tu as appris maintenant suffit pour te convaincre que ce môme air qui nourrit et fait croître les plantes, occasionne en meme temps la lente mais continuelle consommation des tissus animaux, et y rend nécessaire l'affluence en inesure proportionnelle, de nouvelle matière plastique. La vie de l’organisme animal se soutient par un renouvellement continuel de ses parcelles constitutives. Les différentes parties de ton corps, cette année, sont identiques à celles de l’année dernière, et toutefois ne sont pas précisément les mêmes.

IV. La formation continuelle do l’acide carbonique dans les animaux, ne doit pas être considérée seulement comme un effet perdu du procédé respiratoire, mais comme un acte de

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première nécessité, destiné à produire ce calorique qui leur est propre et qui devient le principe excitateur de toute leur activité vitale; — car il est bon que tu saches, qu'il existe dans l’organisme animal quelque chose d'analogue à la condition d’une machine à vapeur, où la quantité de travail est en rapport direct et proportionnel ave la puissance calorique et avec la quantité de combustible qu’on y brûle. Les rations d’aliments sont les charges de combustibles dans la machine animale. L’expérience, en effet, nous enseigne que la vigueur et la résistance aux fatigues d’un cheval sont en raison de la qualité et de la quantité de la nourriture qu’on lui donne; — qu’à une économie mal entendue de fourrage , répond aussitôt une déperdition de forces utiles de la part de l’animal; — qu’afin d’en tirer le plus grand avantage possible , il faut lui fournir des aliments au-delà de sa mesure nécessaire pour sa simple et même sa parfaite conservation. Et on a lieu d’observer, qu’en de tels cas, cet excès d’alments n’est pas assimilé par le cheval (qui en le supposant adulte et bien portant, n’augmente ni ne diminue de poids dans le cours d’une année), mais est consumé, et même véritablement brûlé par la respiration , produisant ainsi dans chaque partie de l’organisme ,

cette quantité de chaleur qui développe et maintient l’énergie vitale. — L’un des effets les plus immédiatement mortels du jeûne absolu consiste précisément dans une production trop diminuée du calorique animal.

Il ne suffit donc pas pour constituer un bon aliment d’une mesure donnée d’une substance plastique à peine suffisante pour les réparations organiques; il faut encore qu’elle soit jointe à d’autres substances organiques non plastiques , mais susceptibles d’être brûlées par l'oxygène continuellement introduit par la respiration. Ces substances sont bien connues, et, quoique bien différentes entre elles , elles ont en commun les caractères suivants ;

1° Elles sont parfaitement neutres;

2° Elles contiennent de fortes proportions de carbone et d’hydrogène ;

3° Elles manquent tout-à-fait d’azote.

La graisse, la fécule, le sucre appartiennent à cette catégorie, et tu comprendras très-bien que l’une au moins de ces substances ne manque jamais dans nos propres aliments, soit pris en état de nature, soit diversement conditionnés. Or, les matières grasses, féculentes, sucrées, sont élaborées dans l’intestin, de là, absorbées et entraînées dans la circulation; mais non pas pour fournir aux réparations des tissus, ni pour être

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évacuées en nature, mais bien pour y subir un procédé de combustion qui les change en eau et en acide carbonique. Ces substances, à bon droit considérées comme des matières nécessaires au mélange nutritif, ont été distinguées par le nom d’aliments respiratoires ou thermogènes (producteur de chaleur). Si tu me demandais maintenant lesquelles, des substances thermogènes ou des plastiques, sont les plus nécessaires pour la conservation des animaux , je te répondrais qu’elles le sont toutes les deux à un même degré. Un chien nourri seulement de lécule, ou d’albumine seule, mourrait à peu près dans le même temps , absolument comme à la suite d’un jeûne absolu.

Souvent néanmoins, il arrive qu’il est introduit dans le corps une quantité plus forte de ces substances thermogènes que celle qui y peut être brûlée : alors l’animal augmente de poids, — non par suite d’un véritable accroissement de ses tissus, — mais par une accumulation de graisse sous la peau et autour des viscères du ventre. Cette graisse peut avoir une double origine : elle peut être en partie directement absorbée du mélange alimentaire, et partie encore, provenir d’une transformation du sucre ou de la fécule. Nourriture copieuse et inertie musculaire, — partant, procédé res-

piratoire ralenti, — sont les conditions au moyen desquelles nous engraissons artificiellement les animaux tenus en esclavage; tandis qu'à 1 état sauvage — leur état naturel — libres et vigoureux , ils sont ordinairement maigres. La graisse accumulée ne l’est pas sans un but : c’est une provision de combustible qui peut rendre l'animal capable de supporter un long jeûne. On observe, en effet, que quelques animaux engraissent à une époque périodique,

— les marmottes, les loirs, par exemple, — lorsqu'ils sont près d’entrer dans leur long sommeil hivernal; — les oiseaux à l’époque de leur émigration. L’on remarque aussi que , lorsque les uns se réveillent et que les autres sont parvenus à leur destination, le gras est consumé.

V. La vie des animaux est si dépendante de ce régulier etcoutinuel procédé de combustion, qne la nature fait concourir à son accomplissement l’action combinée de divers organes.

— L’un des plus importants parmi ceux-ci , c’est sans aucun doute le foie, si l’on pense seulement à son grand développement chez presque tous les animaux. C’est par lui que la bile est sécrétée. On considère celle-ci, parce qu’elle coule dans le canal intestinal, comme l'un des agents les plus nécessaires pou^ le

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procédé de la digestion. L’office principal du foie ne fut donc pas même mis en discusion , tant il semblait évident par lui-même. Mais, après avoir trouvé qu’on pouvait empêcher dans quelques animaux l’effusion de la bile dans l’intestin , en la dérivant et en la conduisant, au contraire, directement hors du ventre, sans dommage sensible pour le procédé digestif, le foie redevint un organe sans destination connue, et remit les naturalistes sur le champ des conjectures. Dans ces dernières années, cependant, le mystère fut tout-à-coup dévoilé; des recherches heureuses permirent à un savant professeur de Paris, M. Bernard, d’arriver à cette brillante découverte, à savoir : que le foie est un laboratoire de sucre, un organe doué de la faculté de convertir en cette substance éminemment thermogène d’autres qui ne le sont pas à un égal degré , et les matières alimentaires plastiques elles-mêmes qui ne le sont pas du tout. Le sucre formé dans ce viscère passe dissous dans le sang, où il se déc impose en eau et en acide carbonique. Singulière association! La bile et le sucre par un même organe : — c’est à-dire, dans le sens physique, ce qu'il y a de plus amer et de plus doux dans le corps animal!

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