‹ Lettres sur la guerre de 1870Chapitre 1 sur 3 · PREMIÈRE’ LETTRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE’ LETTRE

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'.J.; ]' , I ^ ^ • Quand OD ne iMut pas désarmer

le crime, U faut le déshonorer.

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Ad. Franck.

[X Sa, Majesté le Roi .Guillaunae. „

' Piii8<j[uè les souverains de l’Europe et ceux i^ui ont re^ la mission ‘de parler en leur nom, les ministres,les ambassadeurs, les personnages constitués en dignité, assistent silencieux et indifférents à la tragédie épouvantable -oit Vous joueJf A cette heure, -au moins d’une toànière ostensible, "lé pfemièr rôle, souffrez qu’une voix inconnue, sortant des -profondeurs de la foule, comme ün.ébho'de la' conscience 'publique, essaie de plaider devant vohs la cause de'da justice, de l’huihanité, de la civilisation, si cruellement délaissée par les grands de la terre. ' ■ ' ■ j . • ■ , . >

' Je n’invbqnerai point contre le -but que vous poursuivez- dans êette guèrre; et -^contre les moyens par lequéls vous et 'vos conseillers " vous -vous - flattez ^ de l’atteindre ■ les • râisonS qüe' ' pourraient ' me. Suggérer l’esprit ' philosophique ■ de notre > siècle, 1^ règles^ les plus ancôntdstéês dû * droit international, leS opinions

des publicistes les plus accrédités de votre propre pays. Je sais que la philosophie, le droit, l’autorité de la science, les exemples fournis par la conduite d’autrui, exercent une faible influence sur vos décisions souveraines. ^Persuadé, comme les priiioès du moyen âge que votre pouvoir vient de Dieu, vous méprisez les conseils de la sagesse humaine et vous affectez de puiser toutes vos inspirations à une source surnaturelle. Vous avez introduit, dans la politique le langage de la théologie ; vous parlez comme un apôtre couronné à qui le Très-Haut aurait confié la mission de réaliser son règne sur la terre ; on va même jusqu’à vpus attribuer des sermons où’ vous combattez la France avec le texte de saint Luc, pendant que vos généraux la foudroient avec vos mitrailleuses et vos canons d’acier. Voyons donc comment cpt ardent amour de la religion se, soutient dans votre çondujte de roi; .examinons si les leçons de. l’Evangile tiennent autant de place dans vos actes quejdans vos discours.'., y;,

Le premièrj pr^pte de, l’Evangile; et non seulement de l’Evangile ,, mais de la loi.,naturelle et de.laiplus vulgaire^morale,, c’est de respecter; la vériljé, c’est d’être sincère avec soi-môme et avec les autres. [Ce, précepte, l’avez-vous , rempli ^envers nous. Sire? Voua ao" nopcé solennellement avant l’ouverture ^s j hostilité, que vous ne faisiez pas la guerre à la France, mais .à l’empereur^ Napoléon }1L, yoUàjlâeetôt.deux ;in<¥^ Qne l’empereur Napoléon est tombé captif entre vos maina; et, la guerre,, malgré les offres, de pai^», qui vous, ont été faites par, Iq nouyeaur gouvernement, continue contre la 1 France avec ^upe <urie, qpi , parait s’acerottre phaque jour. Vous connaissez l’histoire d’Ânametet de .i^phire.

Pour un mensonge, 4 ui,noas paraitmii aujouir^’hui presque innocent, l’apâtre , inflige ,1a peine de mort à deux membres obscurs de ' l’Eglise naissante. Il n'est pas permis de supposer qu’il aurait été moins sdvère envers un souverain i qui à violé à la flme. dn monde sa parole royale , saebant. qu’il ' en coûtm'ait deux nations . ohréüen&es,, plusieurs centaine^ dor n^iers de têtes innocentes. . i : - vt , f» /I V j

En admettant, ce ; qui est loin d’être démontré et ce que , rhistoire ' impartiale ne manquera pas qertainement de démentir un jour, que votre adversaire ait été l’agres* sepr, , maintenant qu’il est sous vos pieds et que;la France est, allée vers vous un rameau 4’oirrier à la miÛD, qu’est , ce qui vous retient dans cette , oeuvre de carnage ? Le Dieu de l’Evangile que vous faites profession de servir, non seulement comme homme, mais comme prince? ce n’est pas le Dieu de la guerre, ce n’est pas le Dieu des armées, c’est le Dieu de la .-charité et de la paix, le Dieu de l’amour et de la concorde.

On ne saurait, sans doute appliquer à un État les mêmes règles d’abnégation que la parole évangélique prescrit aux individus. Menacé dans son indépendance ou blessé dans son honneur un peuple et par conséquent le souverain qui le représente ne peuvent pas tmadre la ÿoue gauche après avoir été frappé sur la joue droite. Leur prfmier. devoir, parce que c’ést la condition même de leur existence, est de repousser la force par la force et de poursuivre .la r^paratkm des injures qu’ils ont souffertes. Lee guerres défensives, tant qu’on n’anra pas fondé au moins pour la portion la plus éclairée du genre, humain, l’arbitrage des nations, seront donc toujourà légitimes. Mais il n’en est pas de même des guerres

iî’ambitiôn, des de ^ conqudtès pareilles à celle

4uè v<mâ 'faites eû ^cè momeîit à^nétre pays; Celles là; te plus gi'and docteûr' dê l’Eglisiè, saint ’Ao^tm, les ft qtialifiéës coülmé'ellês le meriteht en les appelant ttij Indtier dé brigands exercé sur .une grande éôheUe K ' "‘iJe l)ut‘ avoué par Votre Majesté, ou ce qui' revient àu même; par le chancelier de'voé Etats, - soi-disant confédérés du Nord, n’est-ce-pas la conquête • dé la Lorraine et dé TAlsacéf Ôr nous né sommes' plué- aux temps où uiie”norfrelle province ajoutée 'à un royarâné ne rèpré^ntait 'éxactemènt' ‘qu’une èxteiâibn de territéii'e,! jàrcé que les ifeuples courbés partout sous' un jéug üïtiformte passaient' avec indifférence d’ùil maître â uh‘ autre së demandant comme l’âne ^de lü faMe,' si oh leur ferait ‘ porter doublé bât; Atqôurd’hin ' que? ^ce â la Révolution du 89, le sentiment de la’ dignité hümàine, l’attachemeAt' du citoyen à ses devoirs "et à' Ses droits,’ së sont' éveillés dans toutes lës classes dé la sbciété française la conquête dé' là * Lorraine et de rÀl^me' Voudrait dire là conquête des Lorrains 'et‘ des Alsaciens. ' Ce sont donc des hommes, cé sont deS créatures formées â l’image de Dieu;'qné votis voulez' faire entrer par' la forcé, comme un vil' troupêaü? dans vôtre bercail germanique.* ' . ‘ * ” , ' ' '

' Mais,'’" direz vous,' je'‘ne fais’ qUe 'les rendre 'à leur première patriè','‘'puisque le 'sol sur lequel' üs vivent appartenait' autrefois ’ à l’empire *d’Allemagne.’ S’il éh dst ainsi; réndez-donc à l’Autriché là Silésie, que Votre éieul Frédéric II lui a prisé'; rendjez'à la Pologne ou 'À sa propre autonomie' V duché de ?oSen, inçbrpdt'é. dans

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'■ l' Grande îatroetnium.'’ ' ‘' ''1 ^

vos Etats par un honteux partage, à la suite d'nn.Vë-' ritable guet-apens ; rendez au Danemark les' discricts' danois, que vous retenez sbus votre domination au mépris de votre parole et de la foi des traités! L’empire d’Allemagne si j’ai bonne mémoire , comprenait aussi l’Autriche, que le tranchant de votre épée en â séparé, la ville libre de Francfort, aujourd’hui ville prussienne,’ le royaume de Hanovre, le' duché de Nassau; aujourd’hui provinces prussiennes. '■ ' i . i

Qu’importe au reste , que l’ Alsace et une partie ’ de la Lorraine aient appartenu il y a deux siècles à l’empire d’Allemagne, qui a cessé d’exister?’ ■' '

11 n’y a pas aujourd’hui, vous avez chaque jour l’occasion de vous en convaincre, deux provinces plus françaises de cœur, et où le nom allemand bien plus encore le nom prussien inspire, jé ne voudrais pas me servir d’une expression trop offensante, inspire pins d’aversion.

Pour justifier l’annexion de cette portion de la France au territoire de l’Allemagne, on a' fait valoir encore un autre motif On a dit qu’il fallait à Votre Majésté et à son peuple, des garanties contre un attaque ultérieure de la part de notre pays. Le’ sens moral et le -bon sens sont également blessés par cé langage. C’est comme si im homme qui vient de se battre' én duel ôsait dire, après avoir vaincu son adversaire « Ce n’est pas assez de lui avoir fait rendre "sôn‘ épée et d’avoir obtenu la réparation à laquelle je me croyais droit, il faut maintenant, pour le réduire à l’impuissance de recommencer, que je lui coupe un ou deux membres essentiels. » Puis comment cette amputation pratiquée sur la France par la prise de deux de Ses provinces’

les plus chères et les plus dévouées! pourraât^Ue pré^ venir le retour de la guerre? Ce (serait, au contreûM, le moyen, dans un délai prochain de la rendre, absolument inévitable, A peine la respiration sera*tf«lle revenue à ce corps haletant et mutilé, que membres détachés viendront se rejoindre au tronc, et que celui*ci s’agitera dans des convulsions,, jusqu’à ce qu’ils lui aient été rendus, ou que la vie l’ait abandonné. Ce sera une guerre d’extermination entre deux grands peuples dont l’intelligence , les richesses et les. forces pourraient si bien servir à un .meilleur usage. ‘

S’il y a quelque chose de plus odieux encore ^ que le but de cette guerre, c’est la manière dont elle est faite. Or c’est vous qui la faites, nous nous bornons à la re" pousser. 11 faut remonter jusqu’à l’invasion des barbares, pour rencontrer quelque chose d’analogue à ce qui se passe aujourd’hui ; toute une nation en armes qui se précipite comme une avalanche, comme un déluge sur une naticm voisine pour la submerger. Mais ce n’est point par leur nombre seulement qne les armées allemandes qui ont envahi notre pays nous rappellent les Huns et les Teutons,^ c’est surtout pm: leur férocité, leur, inhumanité et leurs aveugles fureurs.

Il ne sermt pas juste d’acceuillir sans contrôle les faits qui nous sont dénoncés chaque jour par les journaux et les lettres particulières: les femmes outragées sous les yeux de leurs enfants et de leurs maris, les gardes nationaux lâchement assassinés après le combat pour avoir vaillament accompli leur devoir ; des milliers de prisonniers désarmés massacrés en masse par leurs gardiens, les prêtres arrachés à l’autel (l’abbé Sarcelle^ entre autres) . et pendus comme de vils ma.ijaiteur^ I.

Non, par respect pour l’honneur de notre siècle, je ne croirai à de tels récits que lorsque, après une sévôrè enquête, il sera devenu impossible de les nier. ■ i ' ' ^ Mais, ce qui est hors’ de doute , c’est votre desseiJs, poursuivi avec une cruauté implacable, de dévaster,- dé miner, de souiller, d’ensanglanter toute la France. Leè villes ouvertes et les villes fortes, les villages comme les cités, aucun' heu habité n’est à l’àbri du torrent do l’invasion. Votre artillerie, dirigée avec une adresse surprenant, et par conséquent frappant toujours avec intention, écrase auæi bien les habitations -privées et les! populations pacifiques que les citadelles et leurs défenseurs. Elle ne se fait pas fie scrupule de détmiré même les monuments les plus vénérés de l’art ei de la réligion, puisqu’elle a dirigé ses coups contre la cathédrale dé Strasbourg. Ce qui n’est pas écrasé par les boulets et par les bombes est dévoré par le fiML < Qu’avez vous fait' d’une des plus riches bibliothèques de France? Et Chatéau'dun, et Ablis, et Courcellési qu’en reste-t-il encore sinon des monceaUx de' cendres? A Bazeilles, dont le nom sera pour vos armes et pour vous une honte ineffaçable , vos troupes ne se sont pas bornées - à brûler des maiSons, elles ont brûlé deé Vieillards, dés femmes et des enfants. A Bazeilles, se sont renouvellées, dans ^ un petit espace, les hdrreurs du sac de Magdebourg. ‘ . ' ■ ■ ; '

n a'un autre procédé qu’il est impossible’ de ne pas signaler à l’indignation publique, et dont la responsabilité remonte jusqu’à celui qui exerce de nom ou de fait le commandement en chef des armées allemandes. Non contentes des réquisitions, des actes de déprédation; des ravages plus ou moins autorisés par les lois de la

guerre et de la saisie de toutes les valeurs municipales ou nationales, non contentes d’écraser et de déses^rer les populations par des contributions insensées, comme le million exigé récemment de 'chacun des départements envahis, vos troupes on fait revivre un procédé d’exaction qui semblait banni à jamais des nos mœurs ; elles ont pratiqué le pillage des maisons particulières, et cela, non dans une ville forte prise d’assaut, mais dans une ville ouverte, dépourvue de tout moyen de défense, et qui venait de sacrifier, par les mains de la municipalité, une somme exorbitante. Le pillage de Saint Dizier n’est pas plus contestable que les abominations de Baxeilles.

C’est ainsi que se serait conduit Attila s’il avait possédé vos canons d’acier et vos fusils à aiguille. Attila n’a pas été plus féroce ; il a été moins malfiûsant, parce qu’on ne lui avait pas appris à mettre la science an service de la barbarie. Que voulez vous que pensent de nous, en assistant à ce spectacle, les peuples à demicivilisés, païens ou musulmans, que nous avons l’ambition d’élever jusqu'à nous par nos principes et nos exemples ? Quelle opinion pourront-ils se faire du christianisme et de la culture si vantée de notre Occident, quand ils seront instruits de vos exploits, quand ils sauront que c’est une des nations réputées les plus pieuses et les plus savantes de cette Europe si fière de sa religion et de sa civilisation, qui pratique ainsi envers une nation voisine, son égale en toutes choses, le dogme de la fraternité chrétienne ?

Sire, il est permis de croire en comptant les années de votre vie que le terme n’en est pas éloigné. Vous dpvez vous attendre à rendre compte de l’usage que

vous avez fait de votre puissance devant un juge plus sévère que le parlement prussien ou la diète de la Confédération du Nord. Ne pensez vous pas qu’il vous sera bien difficile de justifier en sa présence tout ce sang répandu sans nécessité, toutes ces ruines, toutes ces larmes, tous ces cris de désolation et de désespoir poussés à la fois des deux cdtés de la frontière? Quant à votre gloire terrestre, s’il y a de la gloire à être le plus fort par le nombre des hommes et des engins de destruction, elle disparait devant le prix qu’elle a coûté à vos propres sujets.

Ad* Franck, dk l’Institut,

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