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Lettres sur la Morée: l'Hellespont et Constantinople

Ijes Français sont les plus anciens alliés des Turcs, et les traités qui les ont toujours unis dévoient être d'autant plus sincères et désintéressés , que ces deux peuples étoient moins voisins. En effet , par leur position respective , la monarchie française et Tempire ottoman , ne pouvant se porter aucun préjudice , étoient au contraire en élat de se procurer mutuellement de grands avantages. .

Aussi , pendant la révolution qui a bouleversé notre malheureuse patrie, a-t-on yu, par un contraste assez extraordinaire , la république française rechercher Falliance de la Porte, et ne conserver même d'autre ami que le plus despote des souverains.

Bien plus , le sultan Selim , séduit par une fausse idée de perfectibilité qui lui coûta cher par la suite , et désirant transplanter et faire refleurir les sciences et les arts sur le sol fertile de Fantique Grèce, s'adressa aux Frdn-

TJ IlfTROBrCTIOÎf.

çais , et leur demanda des instmctions et des exemples. On ne tarda pas en effet à envoyer à Constantinople des généraux , des officiers de toutes armes , des savans , des artistes , et même des artisans de toutes les classes.

Quelque temps après, en 1797, le Grand- Seigneur, voulant faire exécuter dans le port de sa capitale des travaux importans , et surtout une Forme pour radouber les vaisseaux de ligne , à Tinstar de celle que M. Brogniart; «voit construite à Toulon , offrit à ce célèbre constructeur de passer à Constantinople avec des adjoints en état d'entreprendre et d'exécuter ces ouvrages.

M. Brogniart , déjà avancé en âge , et d^une foible santé , se vit forcé de refuser cette nouvelle occasion de faire briller ses talens.

Le gouvernement français le remplaça dignement par le choix qu'il fit de M. Ferregeau , ingénieur en chef des ponts et chaussées , dont l'expérience et l'activité promettoient un plein succès ; il désigna aussi ses collaborateurs. C'est en qualité de dessinateur, que je fus compris dans cette honorable mission.

INTRODUCTION. vij

A notre arrivée à Constantinople , nous fumes surpris de voir les travaux pour lesquels nous avions été appelés, commencés par des ingénieurs étrangers. Il est vrai que les retards que Ton avoit apportés en France à notre départ , les accidens multipliés , les vents contraires, les longues relâches, qui avoient prolongé notre traversée outre mesure ; le bruit ^ même qu^on avoit malignement répandu, que nous avions été pris en mer par les Anglais, ou que nous avions fait naufrage; enfin, Fimpatience de jouir, Tun des traits les plus saillans du caractère turc, tout avoit été contre nous , devoit faire manquer notre mission , et la rendre inutile.

Je profitai néanmoins de Foccasion de ce voyage pour recueillir , dans les contrées que je parcourois, ce que mes foibles connoissances me mettoient à portée d'observer avec fruit; et, dans la vue d'étendre mes jouissances en les faisant partager à ma famille et à mes amis , je déposai ces observations dans des Lettres écrites sur les lieux même ; j'y joignis des vues exactes , dessinées d'après nature.

viij INTKODUCTION.

Cest un choix de ces Lettres et Dessins que je me proposai de publier ; mais d^autres voyages, des devoirs à remplir, et la gravure de mes dessins faite par moi-même , retardèrent de quelques années Texécution de ce projet , et donnèrent le temps à un voyageur distingué, M. le docteur Pouqueville, qui, depuis, a parcouru à peu près les mêmes contrées, de faire paroître son Voyage en Morée. Je fus donc obligé de supprimer du mien tout ce qui n'auroit été qu'une répétition fastidieuse , et qu'on auroit pu prendre pour un plagiat.

Cependant, les objets vus par diverses personnes , sans cesser d'être les mêmes , peuvent inspirer des réflexions différentes, suivant l'aspect sous lequel on les envisage. Le même lieu, qu'un poëte embellira de tous les charmes de l'imagination , ne présentera à l'observateur profond qu'une source de regrets ; mais le peintre doit imiter la nature , s'il veut conserver la ressemblance qu'on exige dans un portrait. C'est sous ce point de vue que je considérois les objets , que je cher-

INTRODUCTION. ÎX

chois à les peindre , et mes dessins devenoient en quelque sorte les garans de Vexactitude de mes descriptions.

Au reste , mon voyage avoit été trop rapide ; et mon séjour en Morée trop court , pour me flatter d'offrir un corps complet d'observations. Je m'étois contenté de cueillir quelques fleurs sur les bords de ma route , et d'indiquer les abondantes moissons qui attendent un voyageur plus heureux et plus insti^uit.

C'est en 1808 que parut un premier volume intitulé : i^//r^5 sur la Morée ^ etc., et dans lequel je m'étois borné à parler de ce pays , l'un des moins connus de la Grèce. J'avois extrait seulement de mon journal de voyage ce qui étoit relatif, soit à la Morée proprement dite , soit aux îles de Cérigo , Hydra et Zante , qui l'avoisinent. Mais, n'ayant vu les divers lieux dont je parlois que dans des temps ditférens, c'est-à-dire en allant et en revenant de Constantinople, il en résultoit, entre la première et la seconde partie de ce volume , une lacune qui'comprenoit l'espace de plusieurs mois 7 et devoit être remplie par la

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