X INTRODUCTION
relation du reste de notre voyage , depuis le cap Sunium jusqu^à Constantinople ; de notre séjour dans cette capitale, et de notre retour en Morée. .
On m^avoit invité à remplir ce vide ; mais je craignois de prendre pour le vœu du public, . celui d'amis trop indulgens. J'hésitai à les satisfaire, et même, avant de me déterminer à publier la suite ou plutôt le complément de mon voyage dans le Levant, Je crus devoir communiquer mon journal à quelques savans géographes, pour les faire juges de Tintérét qu'il pourroit comporter. Ils y trouvèrent des faits ignorés, et quelques idées neuves; ils pensèrent que mon travail ne seroit pas dépourvu d'utilité, et qu'il pourroit servir à compléter celui des autres voyageurs. Ces motifs me déterminèrent , et voici la marche que je suivis dans ce second volume , publié en 1811.
Je répéterai ici ce que je disois pour lors dans mon Avant -propos : « Je jette un coup d'œil sur les nombreuses ile& qui s'offrent à nous, en traversant l'Archipel, et je rapporte
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les traits les moins connus de leur histoire.
» Parvenus aux Dardanelles, nous nous flfattions de faire rapidement le trajet de l'Hellespont , et, bientôt après , d^atteindre au but de notre voyage ; mais un accident imprévu nous arrêta assez long-temps dans ce canal, pour nous permettre d'y faire quelques découvertes intéressantes.
» Nous arrivons à Constantinople, dans une circonstance où cette ville présente le tableau le plus brillant et le plus singulier. Nous y séjournons pendant la belle saison : dans ce moment le peuple turc , en paix avec ses voisins , occupé seulement de jeux et de fêtes , jouissoit sans inquiétude de toutes les délices d'un climat fortuné. Cependant, comme nous avions manqué le but de notre voyage, il falloit songer h retourner dans notre patrie ; nolis profitons de l'occasion que nous offroit un vaisseau destiné à ramener en France une compagnie d'artillerie légère, qu'on avoit pré^ cédemment envoyée à Cpnstantinople, pour instruire les Turcs dans la pratique des manœuvres françaises. Notre projet étoit de nous
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faire jeter sur les côtes de la Grèce , dans le voisinage d'Athènes; mais nous n'avons pu l'exécuter , et ce n'est qu'à Coron en Morée , que nous avons relâché. J'y suis resté avec un seul de mes compagnons de voyage , M. Stanislas Léveillé , ingénieur des ponts et chaussées. C'est surtout dans les contrées à demi barbares, où l'on se trouve étranger aux habitudes et au langage des habitans, qu'on doit s'estimer heureux de trouver un ami.
M. Léveillé est devenu le mien; et, indépendamment des douceurs et des secours de l'amitié , j'ai trouvé en lui un artiste aimable et très-instruit, dont j'ai mis à profit .les conseils et les exemples.
» Partis de Constantinople avant que la guerre, la peste, un affreux incendie et une révolution encore plus funeste, en aient rendu le séjour pénible et même dangereux, nous pouvons considérer notre voyage comme un rêve agréable, dont on retrouvera peut-être les traces dans mes descriptions; cependant cette époque n'est pas assez éloignée, pour que j'aie mis à la place de la vérité l'illusion
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des souvenirs. J'ai conservé la série des faits consignés dans mon journal; j^ai laissé sub^ sisler, autant que je l'ai pu, un premier jet empreint, si j'ose le dire, de la couleur même des objets. D'ailleurs, ces études faites d'après nature, ont toujours bien plus de vérité que les tableaux composés de souvenir.
» J'ai suivi le même principe, quant aux dessins que je joins à mes descriptions : tous ont été faits d'après nature, quelquefois un peu à la hâte , et pour ainsi dire à la dérobée; mais ils n'ont pas été arranges dans l'intention de les rendre plus pittoresques. Je n'ai point cherché à les terminer, on ne m^en eût pas laissé le loisir; mais je me suis appliqué à leur conserver cette vérité qui frappe au premier aspect , et reste dans la mémoire.
» Si les objets que j'ai retracés n'ont pas , en apparence, tout le mérite de la nouveauté, qu'on ne croie pas cependant que, je mé sois borné à ressasser les observations des autres voyageurs. Je me suis attaché de préférence à recueillir les faits qui leur avoient échappé^ ou à présenter, sous un aspect différent, ceux
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qu^ils avoient observes ayant moL Je craindre , surtout, que mes légers croquis sur Constantinople^ ne se trourassent en entier, et bien mieux exprimés dans le f^ojage piitoresque de M. Melliog ; je me suis couTaincu que nous avions suivi une marche souvent opposée. Cet habile dessinateur donne des vues générales, et la plupart de mes dessins n'offrent que des aspects circonscrits. D'ailleurs ^ i'étois bien loin de songer à lutter contre un tel adversaire : j'ai mieux aimé m'en faire un appui'; je lui ai ouvert mes portefeuilles, il y a puisé quelques matériaux, et, en échange , il m'a donné des renseignemens précieux, dont je me £iis un devoir et un plaisir de lui témoigner ici ma reconooissance. » J'ai les mêmes obligations à mes compagnons de voyage, M. Léveillé, ingénieur en chef des ponls et chaussées , et M. Barabé , dessinateur géographe. Je dois aussi à de savans littérateurs , tels que MM. Barbie du Bocage , Yisconti , et Dufourny, membres de rinstitut de France, des avis salutaires^ et des communications importantes. ^
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Ce second rolume parut en i8i i ; j'y témoignois mes regrets de quitter la Grèce , que j'allois néanmoins retrouver dans un pays où elle est , pour ainsi dire y passée tout entière , et je f ormois le vœu , si mes lecteurs paroissoient avoir eu quelque plaisir à me suivre dans mes excursions vers le Levant, de les entretenir peut-être un jour de cette belle Italie , dont j'avois admiré et étudié les merveilles pendant plusieurs années.
J'ai encore eu le bonheur de pouvoir réaliser ce projet; et, l'éditeur de ce dernier Ouvrage, publié en 1819, désirant faire réimprimer les Lettres sur la Morée^ VHeUespord et Constantinople y dont la première édition étoit épuisée , j'ai entrepris la révision de cet
ouvrage , dans l'espoir de le rendre plus digne d'être offert au public.
J'y ai joint de nouvelles planches gravées d'après mes dessins, et j'ai donné plus de développement aux parties qui en étoient susceptibles. La plupart de ces augmentations portent sur des objets que j^avois d'abord supprimés, ou sur lesquels je me suis procuré
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de nouveaux renseignemens. Par exemple J'avois relraxiché entièrement Iç récit du conteur grec, comme étant hors de proportion avec le reste de Fouvrage ; plusieurs personnes, qui en avoient connoissance , et qui aiment apparemment les contes, ont désiré que je leur restitue ce morceau , comme offrant des traits qui caractérisent et mettent en action les mœurs du pays.
Mais raugmenta:tion la plus considérable porte un caractère plus sérieux et plus utile , ce sont des observations sur Tétatdes arts et de rindustrie dans le Levant, considérés surtout dans leurs rapports avec les procédés antiques.
Quant au surplus, je me suis borné à remettre dans leur ordre de date les Lettres qui avoient été transposées dans la première édition ; enfin , j'ai achevé de remplir quelques lacunes, pour que les faits se suivent sans interruption , et qu'ils puissent se lier avec les Lettres^ sur F Italie^ qui forment la suite et le complément de mon voyage.