‹ Lettres sur la politique colonialeChapitre 123 sur 126 · EXTENSIVE · texte numérisé non relu

EXTENSIVE

Il y a deux sortes d'agricultures : Tagriculturc extensive et Tagriculture intensive.

La culture extensive laisse en friche une partie du sol, cultive mal les terres auxquelles elle s'applique, a plus de bestiaux qu'elle ne peut en nourrir. Elle a un outil qu'elle n'utilise qu'au quart ou à moitié.

La culture intensive prend le sol le plus limité possible, lui donne le maximum d'engrais qu'il peut supporter, a peu de bestiaux, mais les bourre d'une nourriture poussée jusqu'à la satiété, de manière à tirer de tous ces instruments de production le maximum d'utilité.

De même, il y a deux politiques : — la politique extensive ou « politique coloniale » ; elle laisse en friche les terrains à cultiver en France ; elle va faire des ports, des canaux, des chemins de fer sur tous les points du monde, tandis qu'elle n'a pas d'argent pour outiller nos ports, uniformiser nos canaux, achever nos chemins de fer ; elle veut nous créer des débouchés chez des gens qui n'ont pas d'argent ou **' **** nos marchandises ; elle

ferme les nôtres par des tarifs de transport trop élevés et elle a eu soin de nous isoler par des tarifs de douanes qui, en fermant nos portes, empêchent forcément aussi bien la sortie que l'entrée ; elle est très préoccupée de civiliser les Cochinchinois ; mais elle manque d'argent pour payer les instituteurs; elle commence tout sans rien achever ; elle est affairée et ahurie ; elle masque toutes ses fautes derrière le patriotisme. Pour elle, le drapeau de la France n'est qu'un cache-pot !

Il y a, au contraire, une politique préoccupée de faire de la France la nation la mieux outillée du monde ; de répartir les impôts qui nous écrasent proportionnellement aux ressources de chacun, tandis qu'actuellement ils sont progressifs à rebours. Elle pense que le rayon d'expansion du commerce extérieur est en raison de l'intensité de la production intérieure. Elle sait, par expérience, que les guerres commerciales ont toujours tourné contre le but de ceux qui les avaient entreprises. Elle pense que notre civilisation présente encore trop de lacunes pour que nous ayons le droit de forcer des gens à s'y plier, sous la menace de nos obus. Elle ne veut pas justifier des exploits renouvelés de Pizarre par de prétendues théories scientifiques qu'on revêt de noms qui ne les ont jamais patronnés. Au lieu de faire la police du Tonkin, elle désire établir une bonne police à Paris. Hostile à la politique de conquête, au nom du droit, elle l'est encore au nom de notre sécurité nationale. Il lui importe peu d'avoir à régenter quelques millions de gens à peau jaune, à

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