‹ Lettres sur la politique colonialeChapitre 17 sur 126 · I. — Nos Établissements de l'Inde · texte numérisé non relu

I. — Nos Établissements de l'Inde

Les Français occupèrent Pondichéry , la capitale de nos établissements dans Tlnde, pour la première fois, en 1683 ; perdu en 1692, récupéré en 1697 par le traité de Ryswick, rendu aux Anglais en 1701, récupéré par la France en 1763, repris en 1778, récupéré en 1783, perdu de nouveau en 1793, récupéré en 1802, reperdu en 1803, Pondichéry a été restitué définitivement par les traités de 1815. Depuis 70 ans, il y a donc possession incontestée pendant laquelle la prospérité de la colonie aurait pu se développer.

Le total de la population de Pondichéry est de 273,000 têtes, sur lequel 1,660 Européens, desquels il faut déduire les fonctionnaires et les soldats d'in-

fanterie de marine, dont les documents officiels ne donnent pas le nombre. Parmi les Européens, combien de Français? Nous n'en savons rien.

Tel est le résultat obtenu au bout de deuK siècles de domination. Malgré les efforts du gouvernement, les Français ne vont pas volontiers à Pondichéry, une des terres les plus chaudes de Tlnde, dont la température moyenne est de 28.30 degrés au-dessus de zéro. S'ils échappent par hasard à la dysenterie, ils sont sûrs de tomber dans Tanémie.

Quoique la mortalité y soit moins grande qu'aux Antilles, à la Guyane et en Cochinchine, pendant une seule période, de 1856 à 1864, on a constaté un excédent de 300 naissances pour 246 décès ; dans les autres périodes, on trouve 34 décès polir 28 naissances.

A Karikal, de 1849 à 1856, la population blanche a donné 15 naissances pour 22 décès. De tous les établissements de l'Inde, Mahé, d'une superficie de 5,900 hectares, paraît seul salubre ; et, en 1868, il a donné un excédent de naissances sur les décès.

Ces faits prouvent que, dcuis nos établissements de rinde, l'Européen s'épuise et ne se reproduit pas.

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n. — Établissements de l'Indo-Chine.

Est-ce dans l'Indo-Ghine, dans « cet empire colonial » dont M. Jules Ferry fait si haut retentir Timportance, que « le vieux tronc desséché de la France se reproduira en une vigoureuse bouture? »

Notre première intervention militaire dans ce territoire date de 1779.

La Cochinchine compte une population de 1,825 Français, de 139 étrangers, de 1 ,483,000 indigènes et de 64,027 Asiatiques étrangers. On voit combien, après un siècle de combats, nous avons fait de progrès !

La Cochinchine est un terrain d'alluvion, formé par l'embouchure du Mékong, une sorte de marais, exactement comme le Tonkin. La surface est tellement plate que, dans certaines parties, elle se trouve au-dessous du niveau de la mer. Saigon est une Venise. L'humidité de Tair y est cinq fois plus considérable qu'en France.

D'après le D' Thorel, aucune localité de la Basse- Cochinchine n'est exempte de l'infection palustre, qui ne disparaît que vers 2000 m. d'altitude.

Le docteur Morice, qui est mort victime de ce climat, le docteur Mondière constatent que le caractère du Français s'altère. L'Européen ne peut pas résister plus de trois ans. La mortalité des troupes y est de 9 à 10 p. 100. Les trois cinquièmes de la mortalité sont provoqués par la dysenterie. La femme européenne succombe presque toujours dans ses couches. La phrase suivante est officielle :

« Le nombre des mariages à Saigon, en 1880, s'est élevé à 7 pour les Européens. Il y a eu 46 naissances et 102 décès (1). »

Cette phrase, simple et brève, contrarie singulièrement le système qui représente l'Indo-Chine

(1) Les Colonies françaises en 1883. 2« édit. 1884.

comme une couveuse artificielle destinée à faire pulluler les petits Français. Nous voyons les œufs cassés. Nous ne trouvons ni omelette ni poulets.

Il en sera de même au Tonkin. Le docteur C. Maget considère que les Européens ne doivent pas y séjourner plus de deux ans (1).

m. — Côte orientale d'Afrique.

La Réunion,

Les colonies de l'Afrique présentent-elles plus de ressources à l'émigration française que les établiesements de l'Inde et notre empire « Indo-Chinois? »

Occupée depuis 1638 par les Français, elle a toujours été en leur possession, sauf pendant une période de quatre ans, de 1810 à 1814. Nous avons donc pu y faire une expérience complète.

Sa température moyenne est de 24 degrés au-dessus de zéro, mais dans la plaine des Palmistes, à 930 mètres d'altitude, elle n'est que de 16°5. Les blancs sont sinon tous riches, du moins aisés. Il y a un type de « petits blancs », produits d'un croisement de blancs avec femmes malgaches, très vigoureux. C«tte colonie se présente donc dans de bonnes conditions.

En 1872, la population était de 193,000 habitants : en 1882, elle n'est plus que de 170,518 habitants; différence 23,000. Pour la moyenne quinquennale de 1877 à 1881 le nombre des naissances a été de 4,492, celui des décès de 6,378 : différence, 1886. Cette différence a un peu diminué en 1882; le nombre des décès a été seulement de 5,340 et le nombre

(1) Arch. de méd. nacale. Mai 1881.

des naissances de 4,647 : différence, 694. Grâce à cette diminution dont nous ne connaissons pas les causes, la moyenne de Texcès des décès pour les cinq années 1878-1882 est ramenée à 1774.

Sainte -Marie de Madagascar

compte 7,189 habitants sur lesquels une centaine de blancs. En 1722, Carpeau de Saussay la nommait le « cimetière des Français, parce qu'il n'y a aucun navire qui n'y laisse bon nombre de personnes pour peu de séjour qu'il y fasse. »

Nossi-Bé.

9,009 habitants; 1881, 29 naissances et 18 décès pour les Européens.

Cependant on aurait tort de conclure de ces chiffres à la salubrité de l'île. En 1853, la colonie comptait 123 Européens ; en quelques mois, lo étaient morts. De 1842 à 1866, la mortalité des Européens a été de 7.3 0/0; loin de diminuer elle s'est élevée à 7, 0, 8, 10 0/0. Les créoles de la Réunion ne résistent pas mieux que les ?]uropéens. En 40 ans, les fonctions de chef de service de santé ont été remplies par 39 médecins !

rv. — La Côte occidentale d'Afri(iue.

Le Sénégal.

En 1872, le Sénégal avait une population de 210,823 habitants; en 1873, il y avait eu une augmentation de la population de 3,368 et une diminution de 14,537 ; perte : 11,169.

Les renseignements pour 1880 donnent 191,608 habitants; différence en naoins : 20,000. Ceux de 1882 prouvent une nouvelle diminution : 189,564, avec un excédent de décès sur les naissances de 525.

Mais ce serait une grande erreur de croire que ces chiffres sont ceux de la population colonisatrice ; ils représentent les indigènes, et rien que les indigènes, Yoloffs, Sereres, Sousous, Bogos, Mandingues, Sarracolets, Peuls, etc., auxquels il faut ajouter une population flottante de 2,095 individus, fonctionnaires et soldats qui sont l'élément colonisateur î Cependant, il paraît qu'il y avait, en 1872, 655 colons tant portugais, qu'anglais et français.

Le D' Corre estime qu'à Saint-Louis il y a 280 créoles blancs qui résisteraient, mais dont la natalité serait très faible. Les documents publiés par le ministère ne donnent point ces renseignements qui seraient cependant intéressants. En 1881, il y avait 6,000 électeurs inscrits. Quelles sont leurs origines diverses ?

D'après le D'^ Borius (1) le nombre de frébricitants est à Saint-Louis de 33, à Dugana de 48, à Bakel de 72, à Sedhion de 87 pour 100.

La mortalité y est pour l'ensemble des fonctionnaires et colons dé 7,7 0/0; pour les médecins de 18,0 0/0. Les turcos ne résistent pas même au climat. Sur 1,080 hommes d'effectif, dans une même période, les Européens ont donné 1,789 entrées à rhôpital, coûté 34,007 journées et compté 119 dé-

(1) Borius. Arck. de méd. navale. Topographie médicale du Sénégal,

ces; les Arabes 1,235 entrées, 26,137 journées et 176 décès.

Les statistiques de 1843-44-45-47 qui entrent dans des détails qu'on ne retrouve pas dans les Tableaux de population, donnent pour les Européens 39 i décès pour 100 naissances. La situation ne paraît pas s'être améliorée, d'après le D' Gestin, qui affirme qu'il n'y a pas, au Sénégal, un seul blanc qui ne souffre de Fhypochondre droit.

Bérenger-Féraud, qui a fait une étude complète du Sénégal, déclare que l'acclimatement au Sénégal est une chimère. « Que ceux qui voudraient soutenir, dit-il, qu on parvient à s'acclimater au Sénégal, regardent seulement ceux qui se prétendent acclimatés, et je suis persuadé qu'ils ne continueront plus à discuter. » Un fonctionnaire, observant les conditions les plus hygiéniques, les plus strictes, ne peut pas résister plus de trois ans dans l'intérieur du pays.

A Saint-Louis, sur le bord de la mer, quatre, cinq ans, huit ans au grand maximum. Tous sont victimes de Timpaludisme, de la dysenterie ou de l'hépatite, sans compter les insolations. La fièvre jaune, en 1878 et en 1881, est venue ravager le pays, et est cause que nous n'avons pas la statistique de 1881 qui aurait montré un déchet beaucoup plus considérable encore que dans les années précédentes. Le nombre des Européens atteints a été, en moyenne, de 80 0/0 ; celui des morts de 46 0/0.

Nous occupons le Sénégal depuis 1664 : nous l'avons perdu et recouvré dans le dix-huitième

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siècle, puis dans les guerres de Tempire. Notre occupation, depuis 1817, n'a subi aucune interruption. Quels résultats nous a-t-elle donnés au point de vue de Texpansion de notre race et de notre langue? Quel avenir réserve-t-il aux Français qui vont s'y établir ?

Côte de Guinée,

Sur la Côte de Guinée, nous possédons quatre ou cinq petits comptoirs, où sont une demi-douzaine de maisons françaises. L'Européen ne peut vivre dans ces parages. En six ans, à Lagos, sur 80 blancs on compte 48 décès. Ce climat est si terrible, qu'il a mauvaise réputation même au Sénégal. Tout est relatif.

Gabon,

Le chiffre de la population indigène n'est pas connu. Le document officiel résume par cette phrase vague la situation : « Sur le littoral occupé par l'élément européen, la population s'élève à environ 200 (deux cents) âmes, presque tous Portugais. »

La température moyenne est de 28°o au-dessus de zéro. La plupart des Européens y périssent de fièvre palustre et d'une langueur énervante si caractéristique qu'elle a reçu le nom « d'anémie du Gabon. »

La moitié des Européens qui ont fait partie de la mission Brazza (mars 1883 — avril 1884), subiront toute leur vie les conséquences de leur séjour à l'Ogooué. Ils laissaient cinq morts derrière eux.

LES EUROPÉENS SOUS LE CLlMAf- TORRIDE 23

Les partisans de la « politique coloniale » parlent pbinpeusement de notre ^< empire africain ». 11 n'y manque qu'une chose, c'est de pouvoir y vivre.

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